Su Renshan ou Sou Jen-Chan ou Su Jēn-Shan (蘇仁山), surnom : Changchun (長春), noms de pinceau : Jingfu (靜甫), Qizu 七祖 Renshan, Changchun daoren, Lingnan Daojen, Shouzhuang (寿庄), Daiyue, Qixia (栖霞), Liuhuo et Aqing, né à Xingtan, dans la province du Guangdong en 1814 et mort dans le district de Shunde peut-être en 1849, est un peintre chinois.
Biographie classique La vie et l'œuvre de Su Renshan - rebelle, peintre et fou? (1814-1849?) Issu d'une famille de mandarins locaux, conservateurs et provinciaux, Su Renshan est initié aux grands classiques, à la calligraphie et à la peinture, et dès l'âge de seize ans, commence à préparer les examens de la carrière administrative. Il y échoue par deux fois, en 1832 et en 1835, et dès lors, décide de se consacrer à la peinture. La vie, pourtant bien obscure, et l'œuvre de cet artiste cantonais, qui se situe donc d'emblée à l'écart des grands courants académiques, nous sont connus grâce à l'étude, en tous points remarquable, de P. Ryckmans, à qui nous empruntons l'essentiel de nos remarques puisque nous lui devons la révélation de cette œuvre d'une saisissante originalité.
Génie solitaire, voguant à contre-courant des conventions de son âge, en vérité l'originalité et l'audace créatrice de son œuvre sont directement fonction de son isolement provincial et de sa relative ignorance des peintures classiques, et donc du moindre degré de pression auquel il se trouve soumis de la part de la tradition. Ce phénomène du «provincialisme», à une époque où les centres artistiques ploient sous le joug d'un académisme exsangue, est particulièrement bénéfique et s'accompagne de traits spécifiques, tels la crudité fruste, la spontanéité, l'invention, que l'on retrouve, au reste, dans différentes écoles isolées.
Su et ses semblables, incontestablement moins bien dotés techniquement que les académistes, ne s'en trouvent pas moins dans un état de liberté candide à partir duquel toutes les audaces créatrices sont possibles. La peinture traditionnelle cantonaise lui fournit ses premières bases techniques, mais c'est la gravure, son principal instrument de connaissance de la peinture ancienne par l'intermédiaire de manuels, qui joue un rôle décisif dans l'élaboration de son style personnel. Il s'intéresse très tôt, aux possibilités plastiques d'une peinture réduite au trait pur, où le graphisme se substitue aux valeurs tonales du lavis.
Introduction sur le cas Su Renshan par P. Ryckmans Qui est Su Renshan? Les spécialistes occidentaux de la peinture chinoise de même que les connaisseurs chinois à moins qu'ils ne soient originaires de la province du Guangdong, ignorent jusqu'à son nom. Tout comme Su Renshan n'est mentionné dans nul ouvrage occidental de la peinture chinoise, les références sont également muettes à son égard, du côté chinois à l'exception du considérable index de Shang Chengzuo : Zhongguo lidai shu hua zhuanke jia zi hao suoyin 中国历代书画篆刻家字号索引 (Pékin, 1960), en précisant que cet auteur est cantonais.
Inconnu dans le reste de la Chine, Su Renshan souffre d'une relative méconnaissance dans sa province: dans la version initiale de son panorama des peintres cantonais (Lingnan hua zheng lue) Wang Zhaoyong choisie délibérément d'ignorer Su Renshan. Est-il opportun d'exhumer et d'analyser en détail la personnalité et les œuvres d'un artiste provincial aussi obscur que Su Renshan. Pour justifier l'intérêt de cette entreprise, il suffit de jeter un coup d'œil sur ses peintures qui révèlent un art saisissant d'originalité et de qualité esthétique, exigeant la divulgation au-delà du cercle restreint de ses admirateurs locaux, pour enrichir le patrimoine de la peinture universelle.
À cette motivation esthétique s'ajoutent diverses raisons objectives: d'abord en ce qui concerne l'histoire de la peinture chinoise, un examen du "cas" Su Renshan peut nous aider à remettre en question certaines perspectives traditionnelles qui, jusqu'à présent, régissent et limitent étroitement l'approche des historiens et des critiques, en Chine et même en Occident. Ensuite d'un point de vue général, en ce qui concerne l'histoire socio-politique de la Chine méridionale au début du , le phénomène Su Renshan peut constituer une pièce justificative à verser au dossier des études consacrées à cette période de bouleversements qui prélude à la formation de la Chine moderne.
En ce qui concerne l'histoire de la peinture chinoise, le double phénomène et de l'œuvre exceptionnelle accomplie par un Su Renshan et de l'oubli presque total dans lequel il se trouve enseveli, nous ouvre un aperçu nouveau sur les conditions de la création picturale en Chine, et en même temps nous amène à mieux prendre conscience de certaines limites particulières de l'historiographie traditionnelle. Le style de Su Renshan, l'originalité et l'audace créatrices de sa peinture sont directement fonction de son isolement, de sa relative ignorance des œuvres classiques, et donc du moindre degré de pression auquel il se trouve soumis de la part de la tradition.
Tandis que nous admirons les œuvres de Su Renshan, ne perdons pas de vue que c'est à une heureuse conjonction de circonstances, et au zèle fervent de deux ou trois collectionneurs éclairés, que nous devons aujourd'hui de pouvoir connaître un certain nombre de ses peintures (celles de ses œuvres qui subsistent encore, à peine un siècle après sa mort, ne représentent guère que le dixième de sa production totale) ainsi que quelques éléments d'information sur sa vie et sa personnalité.
Dans son cas précis, que ses pérégrinations ne mènent jamais au-delà de Guangdong Guangxi, qu'il ne réussit pas à trouver sa place dans la Gentry locale, et dont le comportement et la pensée sont une insulte à toutes les valeurs traditionnelles de l'élite confucéenne, la conspiration du silence s'exerce d'une façon particulièrement sévère et délibérée.
Comme signalé plus haut, le cas Su Renshan peut intéresser de façon plus large l'historien des phénomènes socio-politiques. L'écart entre le conservatisme statique de l'élite officielle et l'obscur dynamise de la base, provoque une forte entrée dans l'histoire par le truchement d'un colossal bouleversement, d'une explosion de violence révolutionnaire qui ébranle les fondements de l'ordre social, politique et culturel.
Su Renshan vit à la veille d'une de ces crises (la révolte des Taiping), dans le climat st sur les lieux mêmes où elle trouve son ferment initial. Né la même année et dans la même province que Hong Xiuquan, appartenant au même milieu social, ayant reçu la même formation intellectuelle, ayant connu à ses débuts les mêmes expériences de vie, les mêmes frustrations et échecs, sa destinée présente avec celle du leader-prophète des Taiping des analogies qui ne relèvent pas simplement du hasard.
L'un est l'autre sont habités de cette même impulsion révolutionnaire qui, durant la première moitié du , se développe dans la Chine méridionale, chacun l'exprime selon son génie propre, Su par la création artistique, et Hong par l'action politique. La voie particulière choisie par Su, son isolement et sa mort prématurée l'empêchent d'exercer la moindre influence sur son entourage. Il est donc étroitement lié aux forces vives d'une époque et d'une région où s'amorce la première phase de l'éveil de la Chine au monde moderne. À ce titre, son témoignage, tout limité qu'il soit, peut nous fournir sur cette période décisive de l'histoire chinoise, une perspective vivante dont l'intérêt n'est pas négligeable.
Le milieu Bien que la région de l'actuelle province de Guangdong soit mentionnée dans l'histoire dès une période reculée, il faut attendre la dynastie Ming pour la voir participer activement au concert général de la culture. Jusqu'au début de l'époque Ming, le Guangdong présente encore des étendues vierges et reste dans une certaine mesure une terre de pionniers, peuplée d'immigrants venus s'y installer par vagues à l'occasion de chacun des bouleversements politiques qui secouent la Chine centrale, et maintenu dans un état d'isolement jusqu'à la fin du .
Cette population d'immigrants est bien entendu arrivée sans bagage de culture lettrée. Simultanément la lenteur des communications et les distances qui séparent le Guangdong de la capitale, l'affranchissent relativement du contrôle du pouvoir central, d'où l'adage fameux étendu au Guangdong qui qualifie le Sichuan la première province de l'empire à se rebeller, la dernière à se laisser pacifier. Ainsi, lors de l'invasion Mandchous, le Guangdong peut continuer à opposer une résistance obstinée aux envahisseurs, alors que la Chine se trouve déjà occupée. Cette résistance opiniâtre est finalement noyée dans le sang.
Les sentiments anti-mandchous restent donc très vivaces. Ils trouvent leur première expression massive et organisée lors de l'insurrection des Taiping, et nous verrons en ce qui concerne Su Renshan, que ces sentiments jouent un rôle important dans sa destinée. Canton n'est pas seulement un atterrage cosmopolite pour les navires marchands, mais aussi, depuis le début du , le premier point de pénétration pour les missionnaires occidentaux et même après qu'une série de mesures sont prises dans l'intérieur de l'empire pour mettre fin à leurs activités, leur présence continue à se faire sentir à Canton où, en plus, débarquent au début du , les premiers missionnaires protestants.
On sait comment la lecture d'un de leurs tracts de propagande joue dans la formation et l'expression de la pensée révolutionnaire de Hong Xiuquan un véritable rôle de catalyseur. En ce qui concerne Su Renshan, nous avons la preuve que lui aussi entend à Canton la prédication des missionnaires étrangers. Rien ne permet de conclure que cet enseignement exerce une influence quelconque sur sa pensée, mais il est certain que, dans l'ensemble, sa démarche intellectuelle et artistique bénéficie directement d'une certaine atmosphère propre au Guangdong, plus directement exposée à tous les stimulants nouveaux.
Vie de Su Renshan Le peu que nous savons de sa vie apparaît étrange et dramatique, et reste entouré de larges pans d'ombre qui incitent l'imagination à se donner libre carrière. La tâche à laquelle nous nous attelons ici est malheureusement d'un ordre beaucoup plus aride. Étant donné le mur de silence qui s'est formé autour de Su Renshan, des informations rares, tardives et souvent contradictoires. Certaines émanent de sources douteuses, beaucoup se fondent sur d'anonymes rumeurs transmises oralement. Cette présente étude consiste à rassembler, comparer et examiner de façon critique ces diverses informations. Dans cette myope progression, il ne faut surtout pas de vue le fait le plus important: la passion solitaire vécue par un homme que le génie de peindre consume comme une fièvre, fièvre dont quelques centaines d'œuvres préservent le graphique énigmatique.
Question d'identité D'entrée de jeu, une question élémentaire est la détermination exacte de son prénom. Pour la majorité des auteurs, son prénom est Changchun 長春, et Renshan 仁山, son surnom. À première vue, cette affirmation ne doit soulever nulle discussion; elle est d'ailleurs étayée par plusieurs peintures de jeunesse signées Renshan Su Changchun 仁山蘇長春. De plus, une peinture exécutée à l'âge de quinze ans et dédiée à son père, est signée Su Changchun: suivant l'étiquette traditionnelle, il n'est pas concevable qu'un adolescent s'adresse à son père en se désignant lui-même autrement que par son prénom 名; l'emploi à cet endroit d'un surnom, est inconvenant.
Enfin, il y a l'évidence interne présentée par chacune des deux appellations: Changchun comporte une certaine redondance d'heureux auspice, un peu vulgaire, qu'on rencontre fréquemment dans les prénoms des classes moyennes et populaires, tandis que Renshan présente une connotation plus raffinée et littéraire, bien conforme à ce que l'on attend du surnom d'un lettré.