Catherine Millot, née le 4 septembre 1944 à Villars-les-Dombes et morte le à Nice, est une psychanalyste lacanienne française. Férue des mystiques rhénans, elle est dans les années 1970 un des jeunes philosophes, tel Jacques-Alain Miller, desquels s'est entouré Lacan concevant son Séminaire, nourrissant parfois sa clinique de leurs recherches, de leurs lectures voire de leurs mots et concepts.

Elle est l'auteur d'essais centrés, à l'instar de l'étude freudienne de la Gradiva, sur ce que l'écriture propre à un écrivain dit à partir d'un fantasme de la structure singulière de l'inconscient et révèle de l'indicible du désir. La singularité de la démarche, mêlant réflexion théorique et expérience personnelle, et la clarté du propos, loin de tout jargonPh. Forest, cité in A. Profizi, « "Crue" : de l’autobiographie au fantastique. », in La Règle du jeu, Paris, 28 juillet 2016., doublée de la musicalité d'une écritureC. Millot, cité in M. Pesenti Irrmann, « Catherine Millot : La vie parfaite. », in Figures de la psychanalyse, , , mars 2007, . proche de l'association libreC. Millot, cité in G. Calciolari, « Le voyage de l’écriture », Transfinito, Vérone, 14 novembre 2014., lui valent d'être elle-même appréciée en tant qu'écrivain .

Biographie De la lecture à la psychanalyse (1944-1972) Née le 4 septembre 1944 à Villars-les-Dombes, fille d'un diplomate, André Millot, chapraisienPlaque inaugurative du parc des Chaprais commémorant les deux cent cinquante ans de présence des Millot. qui sera consul général à FrancfortStaats Anzeiger für das Land Hessen, , , Francfort-sur-le-Main, 21 janvier 1963. durant les négociations du Traité de non-prolifération nucléaire et terminera sa carrière ambassadeur à Skopje« Liste chronologique des ambassadeurs, envoyés extraordinaires, ministres plénipotentiaires et chargés d'affaires de France à l'étranger depuis 1945 », , Ministère des affaires étrangères, Paris, novembre 2012. puis au Cap-Vert« Liste chronologique des ambassadeurs, envoyés extraordinaires, ministres plénipotentiaires et chargés d'affaires de France à l'étranger depuis 1945 », , Ministère des Affaires étrangères, Paris, novembre 2012., Catherine Millot est élevée dans des villes toujours différentesC. Millot, cité in Bertrand Piret, « Catherine Millot, Ô solitude. Ed. Gallimard, coll. L’Infini, 2011. », in Analuein, , , FEDEPSY, Strasbourg, décembre 2011., Budapest, Helsinki... au gré des affectations de son père. En perpétuel exil, elle grandit toujours étrangère au milieu de langues particulièrement étranges. La Recherche du temps perdu la conduit à envisager que le désir amoureux a à voir avec l'enfance et son écritureC. Millot, cité in F. Ribéry, « Entretien avec Catherine Millot », in Le Poulailler, Brest, 16 février 2016.. Bachelière à dix sept ans, en 1961, elle s'imagine écrivain et psychanalyste à la foisC. Millot, cité in « Catherine Millot - O solitude », in J. M. Devésa, Carnets Montaigne, université Bordeaux-Montaigne, Bordeaux, décembre 2011.. Elle poursuit ses études à la Faculté de lettres, section philosophie, en SorbonneB. Nölleke, « Catherine Millot », in Psychoanalytikerinen. Biografisches Lexikon, novembre 2016.. Elle obtient le CAPES et prend un poste de professeur de philosophie dans le lycée d'une proche provinceÉ. Porge, « Un libre rien Abîmes ordinaires de Catherine Millot », in Essaim, , , Érès, Ramonville Saint-Agne, mars 2002, ..

Lectrice de Maurice Blanchot, elle est travaillée par l'inhibition de son désir de devenir écrivain qui remonte à l'enfance, quand en 1966, après avoir survécu à un grave accident automobile, elle devient une des analysantes de Jacques Lacan, auprès duquel elle se décharge totalementA. Konrad, « Catherine Millot. La vie avec Lacan. Paris, Gallimard, coll. « Infini », 2016. », in Analyse Freudienne Presse, , , Érès, Ramonville Saint-Agne, mars 2016 . du poids de l'incesteC. Millot, Abîmes ordinaires, , Gallimard, Paris, 2001, cité in É. Porge, « Un libre rien Abîmes ordinaires de Catherine Millot », in Essaim, , , Érès, Ramonville Saint-Agne, mars 2002, . à défaut d'en finir.

Lacan, praticien retraité qui continue d'enseigner, vient d'acquérir auprès des étudiants une renommée fulgurante en publiant ses Écrits, par lesquels il dote le freudisme d'une armature structuraliste. L'analyste, qui attend de ses futurs confrères qu'ils se consacrent totalement à leur métier, n'encourage pas sa patiente sur la voie symptomatique de l'écriture :

Elle a vingt quatre ans quand éclate mai 68, qu'elle regarde sans s'y engager. Ce qui l'intéresse, ce sont les écrivains mystiques, Maître Eckart, Angelus Silesius, Sainte Thérèse mais aussi Hadewych d'Anvers, dont elle fait découvrir les textes à son analyste, au point de l'exaspérer et de le pousser à déclarer lors d'un de ses cours .

En 1969, elle retrouve son père, nouvellement affecté au Ministère des Affaires étrangères à Paris« Stadtchronik. 15 März 1969. », Institut für Stadtgeschichte, Francfort, 2011..

Lacan amant (1973-1980) À partir de 1972, devenue une intime de LacanE. Roudinesco, « Lacan, amour et bouts de ficelle. », in Le Monde, Paris, 18 février 2016., Catherine Millot l'accompagnera dans de nombreuses villes où il prononce des conférences. En Italie, à Rome, Florence, Milan, Venise, Naples et Palerme, ainsi qu'à Barcelone et à Londres. Elle rendra visite avec lui à Heidegger, en 1978, à Fribourg-en-Brisgau. À Paris, elle suit son séminaire du mardi à la Faculté de droit de l'université Panthéon-Assas, les conférences qu'il prononce à la chapelle de l'Hôpital Sainte-Anne, ainsi que ses présentations de malades du vendredi également dans cet hôpital. À la même époque, elle participe comme enseignante aux différentes activités du département de psychanalyse de l'université Paris-VIII : Section Clinique, préparation du DEA, Formation permanente. Elle devient membre, en 1977, de l'École freudienne de Paris, fondée par Lacan, et le restera jusqu'à sa dissolution par celui-ci en 1980. En 1981, fut créée l'École de la cause freudienne, à laquelle elle appartint jusqu'en 1989.

À partir de 1974, elle rejoint Lacan tous les week-ends dans sa maison de campagne de Guitrancourt, où, associée, ainsi que Jacques Alain Miller, à une simpleD. Pinaud, « Avec celle qui était l’être-là de Lacan », in L'Humanité, Paris, 2 mai 2016. vie de famille, elle s'attelle péniblement dans le face à lui à la préparation de son séminaire hebdomadaireC. Millot, cité in M. Plon, « Lacan l’obstiné », in En attendant Nadeau, n°4, , Paris, 8 mars 2016 .. Le psychiatre vient de perdre sa fille aînée, CarolineA. Konrad, « Catherine Millot. La vie avec Lacan. Paris, Gallimard, coll. « Infini », 2016. », in Analyse Freudienne Presse, , , Érès, Ramonville Saint-Agne, mars 2016 ., mère de deux garçons de six et neuf ans, renversée à l'âge de trente-six ans à Antibes par une voiture.

En 1975, Catherine Millot est nommée assistant au Département de psychanalyseElaine Hoffman Baruch & Lucienne J. Serrano, Women Analyze Women : In France, England, and the United States., , NYU Press, New York, 1991, . que dirige désormais Jacques Alain Miller au sein de l'Université de Vincennes. Elle l'est dans le cadre d'une réorientation polémiqueG. Deleuze, Deux régimes de fous : textes et entretiens 1975-1995., Minuit, Paris, 2003 . de l'enseignement dispensé qui a provoqué le départ de nombreux chargés de cours du Département. Elle poursuit parallèlement des études d'histoire de la philosophie et de philologie à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne, réputée plutôt à gauche. Le , à trente cinq ans, elle soutient une thèse de doctorat en philosophie dirigée par Yvon BelavalHistoire de l'éducation, & 16, , INRP, Paris, aout 1982 ., que Lacan ne daignera pas lireA. Konrad, « Catherine Millot. La vie avec Lacan. Paris, Gallimard, coll. « Infini », 2016. », in Analyse Freudienne Presse, , , Érès, Ramonville Saint-Agne, mars 2016 ., L'Éducation dans l'œuvre de Freud, partiellement publiée sous le titre Freud anti pédagogue.

Catherine Millot sera la dernière compagne de Jacques Lacan, cet homme de quarante trois ans son aîné qui travaillait douze heures par jourC. Millot, « Du mésusage du témoignage », in lacanquotidien.fr, , Paris, 3 mars 2015., entièrement concentré sur ses recherches borroméennes et presséJean Allouch, « Vivre à tombeau ouvert », in Œdipe.org, 12 février 2016. par l'âge. Elle explique qu'elle se tenait vis-à-vis de l'écrivain, mal remis d'un accident automobile intervenu en 1978, à une position de mi dire, C. Millot, La Vie avec Lacan, , Gallimard, Paris, 2016., ce qui est précisément un dénouement du RSI. En effet, la relation amoureuse s'interrompt en 1980 sur un désir d'enfant impossible à satisfaire. Concomitamment à la rupture, Catherine Millot s'autorise à exercer elle-même comme psychanalyste.

Ce qu'écrire veut dire (1981-1998) Après la mort annoncée de Jacques Lacan, le , Catherine Millot exerce en tant qu'analyste sous le de Michel Silvestre, le plus capable des élèves succédant au « maître »J. A. Miller, « Avant-propos », in M. Silvestre, Demain la psychanalyse, Navarin, Paris, 1987, réed. Seuil, Paris, juin 1993 , .. Elle publie dans Sicilet et Ornicar ?, des articles sur les liens entre écriture et sadisme, perversion ou homosexualité.

En 1983, elle a l'heur de heurter les idées toutes faites sur le transsexualisme niant la différence des sexes par un texte, Horsexe, dans lequel elle souligne la différence qu'il y a entre une hystérique revendiquant une position masculine et un paranoïaque pris dans le pousse à la femme ou encore un transsexuel non délirant.

Le Michel Silvestre meurt prématurément. Catherine Millot entreprend une seconde analyse auprès de Brigitte Lemérer. Dans le cadre d'un cartel, elle étudie avec Jacques Aubert, Jean-Michel Rabaté, Jean-Guy Godin et Annie Tardits le Séminaire Le sinthome, qui tourne autour du travail d'écriture de James Joyce. Elle rédige des études psychanalytiques sur l’auteur d’Ulysse, puis sur différents écrivains, Rilke, Hofmannsthal, Colette, Mallarmé, Musil, Barthes, Hudson... dans la perspective d'en faire un livre.

Au bout de huit ans, en 1989, elle démissionne de l'École de la cause freudienne. En 1991, Philippe Sollers, ex auditeur de Lacan devenu directeur de collection chez Gallimard, sélectionne deux de ses articles pour la revue L'Infini puis publie l'ensemble de ses études sur différents écrivains sous le titre La Vocation de l'écrivain, qui clôt son analyse.

De l'analyste à l'écrivain (1999-2006) Dix huit ans après la mort de Jacques Lacan, en , Catherine Millot est de ceux qui, témoins directs, sont convoqués à la Salpêtrière pour restituer lors d'un colloque de ce que fut la pratique lacanienne qui n'est pas transmis par les textesAvec J. Péroy, J. P. Winter, M. Moreau Ricaud, « Discussion », in M. Assagui, « La présentation des malades », in Coll. Mouvement du coût freudien, Lacan, psychanalyste, , Coll. Ligne 57, Éditions du hasard, Marseille, 2002, 295 p. ..

En 2001, à la suite de la mort de son père intervenue durant l'élaboration du texte, elle fait paraître Abîmes ordinaires, un essai autobiographique sur l'expérience quiétiste. Au risque de passer pour folle, elle rend compte à partir de scènes de Stromboli, le film de Rossellini, et de La Mort d'Ivan Ilitch, le roman de TolstoïÉ. Porge, « Un libre rien Abîmes ordinaires de Catherine Millot », in Essaim, , , Érès, Ramonville Saint-Agne, mars 2002, ., mais aussi de son expérience personnelle, de ce que Jacques Lacan, introduit aux textes des mystiques par elle-même, désignait d'un terme emprunté à Angelus Silesius, Gelassenheit, et qui pourrait être traduit par lâcher prise.