Les bourses ont connu plusieurs tempêtes boursières en juillet, août et , aboutissant à l'une des plus sévères baisses de l’Histoire des bourses de valeurs, causée par la crainte de voir la reprise économique mondiale s'essouffler après seulement un an de croissance, ce qui aurait aggravé les déficits publics alors que la crise économique de 2008, la plus profonde depuis 70 ans, les avait déjà creusés.
Le krach s'est produit sur la plupart des grands marchés boursiers occidentaux, avec parfois des variations quotidiennes dépassant 6 %. À Paris, une chute de presque 30% (29,43%) du CAC 40 s'est produite entre le et le . La baisse des actions a été jugée d'autant plus forte que les marchés obligataires de plusieurs pays ont au contraire connu des fortes progressions sur la même période.
Le contexte économique thumb|upright=1.2|Taux d’intérêts à long terme de pays européens (hors zone euro), et de la Grèce, le Portugal et l’Irlande. La plupart des grands pays industriels ont connu une année de croissance en 2009, mais modeste, qui est loin d'effacer l'ampleur de la récession subie en 2008. C'est particulièrement le cas aux États-Unis, dont le produit intérieur brut (PIB) a reculé de 2,4 % en 2009, la plus forte baisse recensée depuis 1946« En 2009, le PIB américain a enregistré sa plus forte chute depuis 1946 » sur France 24, le 29 janvier 2010, malgré un rebond de 5,7 % sur le quatrième trimestre.
L'inquiétude concerne aussi l'Espagne, l'Irlande et l'Angleterre, mal remise du dégonflement des bulle immobilière records. L'Espagne a vu son PIB reculer de 0,1 % en 2010 après 3,7 % en 2009, alors que n'étaient pas encore entrées en vigueur les mesures d'austérité budgétaires décidées en 2010, parmi lesquelles la baisse de 5 % du traitement des fonctionnaires et des coupes dans les remboursements de médicaments. Le krach boursier de l'été 2011 s'effectue dans un contexte général de baisse des rendements obligataires, en particulier dans les grands pays, sauf pour plusieurs petits pays en grande difficulté budgétaire, comme le Portugal, la Bulgarie, la Hongrie, la Grèce et l'Islande.
Le contexte financier Les banques ont subi de très lourdes pertes financières lors de la crise des subprimes mais sont en conflit avec les régulateurs internationaux car plusieurs d'entre elles refusent les normes internationales de capitalisation plus sévères, appelées Bâle III, issues des accords de Bâle III, rendus publics le .
Les grandes banques deviennent plus exposées aux rumeurs sur leur santé financière, en particulier en France, où elles n'ont pas été recapitalisées, le gouvernement ayant préféré leur prêter de l'argent, qu'elles ont rapidement remboursé.
Le krach boursier de juillet, août et voit ainsi le CAC 40 perdre un quart de sa valeur entre le et le . De 3982,21 points le , l'indice français passe à 2810,11 points le soit une baisse de 1172,10 points (-29,43%) en 86 jours. Les différents facteurs de la baisse Plusieurs facteurs se sont conjugués pour déclencher une forte baisse fin : l'accord européen d'aide à la Grèce du et l'éventualité d'un départ de la Grèce de l'euro la sous-capitalisation de certaines banques la mise sous surveillance de la dette espagnole par Moody's, suivi par l'annonce d'élections anticipées la réaction de Standard & Poor's à l'accord politique sur le relèvement du plafond d'endettement des États-Unis les plans de rigueur anglais, grecs, italiens et français une série de mauvais indicateurs économiques en Europe comme aux États-Unis Accord européen d’aide à la Grèce Lors du sommet européen du , la Grèce avait accepté d'accélérer son programme de privatisations dans l'espoir que la durée des emprunts des pays européens passe de 4,5 ans à 7,5 ans, et que les taux d'intérêt reviennent à 4,2 % contre 5,2 %. Mais dès le , un autre sommet « secret », limité à six ministres des Finances« Pour Jean-Claude Juncker, le démenti de la réunion de Senningen était dans l’intérêt des citoyens et de leur monnaie commune », le 12 mai 2011 au château de Sennigen au Luxembourg, révélé par le magazine allemand Der Spiegel et le Wall Street Journal, évoque un nouveau plan de sauvetage, avec l'éventualité d'un départ de la Grèce de l'euro, sans pouvoir empêcher Standard & Poor's d'abaisser la note grecque à CCC, pour défaut de payement, un mois après, le . Le , Moody's place sous surveillance négative BNP Paribas (Aa2), Société générale (Aa2) et Crédit agricole (Aa1) du fait de leur exposition à la dette grecque« Trois banques françaises dans le collimateur de Moody's », dans La Tribune du 15 juin 2001.
Réunis le à Bruxelles, les dirigeants de la zone euro sont parvenus à un accord sur un nouveau plan d'aide pour la Grèce, de 158 milliards d'euros, dont 109 milliards par l'Europe et le FMI, combinant allègement de la dette et nouveaux outils pour le Fonds européen de stabilité financière (FESF), désormais autorisé à racheter de la dette publique sur le marché secondaireLe Monde du 22 juillet 2011. Ce plan se traduit par « un défaut de paiement partiel du pays », selon la Banque centrale européenne : « mis à contribution » les créanciers doivent assumer une partie des pertes sur les obligations de la crise grecque, même si ce n'est fixé que globalement, sous forme d'estimation.
L'accord a été précédé par des discussions opposant l'Allemagne et la France. Pour ne pas créer de précédent, la chancelière Angela Merkel voulait une aide qui n'interviendrait qu'« en dernier ressort », avec intervention exclusive du FMI, excluant la mise en place de prêts bilatéraux. Sur ce point, elle a dû reculer mais a imposé à la France une concession : la perte partielle imposée aux financiers détenant des obligations grecques. Dans le doute, l'agence de notation financière Moody's invoque ce détail 8 jours après pour placer sous surveillance négative l'Espagne, dont le déficit budgétaire est d'autant plus dur à résorber que la croissance n'est pas revenue en 2010, et reste proche de la stagnation en 2011, après une terrible année 2009.
Mise sous surveillance de la dette publique espagnole L'agence de notation Moody's avait déjà retiré à la fin sa note maximale AAA à l'Espagne, puis prévenu deux mois après qu'elle envisageait de l'abaisser à nouveau la note, en raison de ses « besoins élevés de refinancement en 2011 » du pays, « susceptible de connaître de nouvelles périodes de tension pour se financer sur le marché ». Ce scénario est mis à exécution le : Moody's abaisse d'un cran la note de l'Espagne, à Aa2 contre Aa1 auparavant.
Trois mois après, le , Moody's affirme qu'elle envisage d'abaisser la note de la dette souveraine de l'Espagne« Moody's menace de dégrader l'Espagne », par l'AFP, le 29/07/2011, car elle a de la difficulté à appliquer une rigueur budgétaire du fait d'un « environnement de faible croissance » : seulement +0,3 % au premier trimestre 2011, contre +1,5 % pour l'Allemagne et +1 % pour la France« La croissance espagnole se contracte à nouveau », dans Challenges du 16 août 2011. Le pays vise un déficit budgétaire 2011 à 6 % du PIB, après l'avoir ramené à 9,2 % en 2010 contre 11,1 % en 2009. Mais le PIB espagnol, après avoir connu en 2009 une des plus fortes baisses au monde (-3,7 %), n'a pas en rebondi en 2010, se repliant même de 0,1 %.
La seconde raison avancée par Moody's est l'accord européen d'aide à la Grèce, annoncé le , qui a « créé un précédent » en impliquant le secteur privé et ainsi marqué un accroissement du risque pour les investisseurs détenteurs d'obligations publiques.
Standard and Poor's et le relèvement du plafond de la dette américaine Le , Deven Sharma, président de l'agence de notation financière Standard & Poor's entre dans le débat politique en déclarant devant une commission de la Chambre des représentants américains que les États-Unis ne doivent pas faire défaut sur leur dette« Le bras de fer sur la dette des États-Unis pèse sur les marchés », par Andy Sullivan et Catherine Monin pour Reuters, le 27 juillet 2011; "Nos analystes ne pensent pas qu'un défaut aura lieu", a-t-il déclaré, juste avant le , dernier jour pour trouver un accord sur le relèvement du plafond de la dette des États-Unis.
Malgré cette menace, le , les sénateur démocrates rejettent le projet de budget, voté par les représentants républicains« Dette : le bras de fer continue entre élus américains », par Guillaume Errard, dans Le Figaro du 19 juillet 2011. Un plan de la dernière chance est trouvé le , pour permettre le versement des salaires des fonctionnaires. Les conservateurs du Tea Party ont obtenu une baisse importante des dépenses fédérales, sans hausses d'impôts« Le Tea Party gagne le bras de fer sur la dette mais à quel prix ? », par Tangi Salaün, pour Reuters, dans L'Express du 02/08/2011.
Le fonds d'investissement américain BlackRock accueille l'accord par un communiqué déclarant que "la composition précise et le calendrier de toutes les réductions de dépenses détermineront si cette proposition produit une réduction réelle et significative du déficit"« Félicitations nuancées après l'accord aux États-Unis », dans Le Figaro du août 2011. Quelques jours après, l'agence de notation financière Standard & Poor's met fin à la notation AAA des États-Unis, qu'elle avait placés sous surveillance négative dès le .
Rumeurs sur les banques À partir du , la plupart des valeurs banques françaises sont la cible de rumeurs alarmistes sur les marchés boursiers. La plus touchée est la Société générale, à la suite d'un article du Mail on Sunday, un tabloïd londonien qui avait affirmé avoir parlé à « une source gouvernementale de haut rang », en Angleterre, et que la banque se trouvait « au bord du désastre après d'énormes pertes » en Grèce, tout comme l'italienne UniCredit« Société générale : la rumeur, l’autre rumeur... et "Le Monde" », par Clément Lacombe dans Le Monde du 12 août 2011. Le Mail on Sunday avait rapidement présenté ses excuses et retiré l'article de son site Internet. Dans la foulée, d'autres rumeurs s'étaient ajoutées, affirmant qu'une des agences de notation financière allait retirer sa notation AAA à la France et que cette perspective pesait sur le cours des banques. Des démentis catégoriques ont écarté aussi ce scénario. Mais le , l'action Société générale perd encore 12,3 % et celle du Crédit agricole 7,29 %.
Pour stabiliser la situation et mettre fin à ces rumeurs l'ex-investisseur George Soros estime que les banques doivent se donner plus de capitaux propres, car les établissements « sont trop fragiles (…) sous-capitalisés et détiennent beaucoup de titres de dettes européennes, jusqu'ici considérés comme des produits sans risque. En particulier concernant les titres espagnols et italiens. Il faut lever ce risque avec des euro-obligations et recapitaliser les banques », explique-t-il dans un entretien au quotidien Le Monde"L'Europe est en danger", par George Soros, dans Le Monde du 17 août 2011. Mais pour se recapitaliser, les banques doivent créer de nouvelles actions, ce qui risque de faire baisser leur bénéfice par action, l'indicateur de performance des marchés boursiers.