Le film Zapruder () est un court métrage américain en couleur et muet d'une durée de , qui montre en temps réel l'assassinat du président Kennedy à Dallas, le . La prise de vue a été effectuée par un entrepreneur de Dallas nommé Abraham Zapruder, réalisée sur un film muet avec sa caméra Bell & Howell. Devenu le plus célèbre film amateur de l'histoire, il fut une pièce à conviction essentielle pour les deux commissions d'enquête concernant l'assassinat de Dallas, la Commission Warren en 1964 et le House Select Committee on Assassinations en 1977-79. C'est lors du procès de Clay Shaw intenté par le procureur Jim Garrison en 1968, que le film Zapruder est montré en public pour la première fois, alors que le document n'est connu que sous la forme de photogrammes publiés par le magazine Life qui détient les droits vendus par Zapruder. Le film est diffusé pour la première fois au grand public américain, en à la télévision lors du late show Good Night America présenté par Geraldo Rivera, dans une copie pirate de deuxième génération. Le film Zapruder est devenu une pièce centrale pour les enquêteurs et chercheurs sur l'assassinat, étant à la fois considéré comme une confirmation des théories du complot ou a contrario, comme son infirmation. Il est aussi devenu une source d'inspiration pour le cinéma américain des années 1970, à une période de contestation contre la guerre du Vietnam, et de réaction au scandale du Watergate. En 1991 le film est utilisé pour la première fois comme élément dans le long-métrage d'Oliver Stone, JFK.
Résumé vignette|alt=Un cortège de voitures et de motos défilant devant une foule, vu par derrière|Photo du cortège prise par Phil Willis, en arrière-plan au centre de l'image on aperçoit sur le muret qui jouxte la pergola, Abraham Zapruder et sa secrétaire Marilyn Sitzman. Kennedy est indiqué par une flèche. Après l'amorce et un bref plan montrant des personnes sur la pergola d'Elm Street (debout de profil, , et les époux Charles et Beatrice Hester assis sur un banc, tous trois employés de Zapruder), le film démarre par un plan de sept secondes montrant deux policiers d'escorte à moto qui ouvrent la marche du cortège présidentiel et tournent d'Houston Street vers Elm Street. Brusquement le film s'interrompt pour reprendre au moment où la limousine présidentielle est en vue. John Fitzgerald Kennedy est assis, et à sa gauche son épouse Jacqueline Kennedy. Il est accoudé contre la portière, en train de saluer la foule. En arrière-plan, une petite fille habillée de blanc et rouge suit le cortège en courant. La voiture présidentielle est un instant cachée de la vue de Zapruder par un panneau indicateur, et la petite fille s'est arrêtée de courir. Quand la voiture réapparait, on voit une réaction du président Kennedy, qui porte les mains vers sa gorge, sous le regard de son épouse. Devant eux, le gouverneur John Bowden Connally se tourne vers sa droite puis réagit brusquement à un impact avant de s'effondrer vers son épouse. Au moment où Kennedy se penche, on aperçoit une explosion qui frappe son crâne, et rejette violemment son corps vers l'arrière. À la gauche de l'image, un garde du corps (celui de la première dame, Clinton J. Hill) se met à courir vers la voiture et agrippe l'arrière du capot. Jacqueline Kennedy regarde le crâne de son mari, et grimpe à l'arrière de la voiture, avant de reprendre sa place ; son garde du corps la rejoint sur la banquette arrière. La voiture disparait sous le pont ferroviaire, masquée par la palissade de bois. Le film s'arrête à cette dernière image.
Spécification technique vignette|redresse|alt=Une caméra vu de trois-quart|La caméra Bell & Howell Zoomatic série « Director » avec laquelle Zapruder filma l'assassinat de Kennedy. L'appareil, acheté par Zapruder dans un magasin de Dallas, est une caméra de marque Bell & Howell modèle Zoomatic série « Director », numéro de série , équipée d'un objectif zoom télescopique Varamat . Le magasin de l'appareil est conçu pour contenir une pellicule à double perforation, non sonore, dont seule la moitié en largeur est exposée à une fréquence de . En fin de bobine l'utilisateur ouvre le magasin et retourne la pellicule pour exposer la seconde moitié. Lors du développement, le laboratoire se charge de couper la pellicule en deux dans la longueur et de coller bout à bout les deux morceaux, pour obtenir un film deux fois plus long que le d'origine. Zapruder utilisa une pellicule Kodachrome Safety Film destinée à la prise de vue en extérieur. Le film est d'une longueur de ( en mesure américaine) pour une durée totale de . Les photogrammes concernant la scène de l'assassinat sont numérotés de Z-001 à Z-486.
Historique La prise de vue vignette|alt=Une construction blanche sur un monticule gazonneux, entourée d'arbres. Au premier plan une route|Vue de la pergola « Brian » sur Elm Street : pour filmer, Zapruder s'est installé sur le socle juste à gauche de l'édifice, à droite du réverbère. Abraham Zapruder co-dirige une enseigne de confections pour dames Jennifer Juniors, dont les bureaux sont situés au quatrième étage du . Cet immeuble, situé au 501 Elm Street, fait face au Texas School Book Depository, où travaille Lee Harvey Oswald, le principal suspect de l'assassinat de John F. Kennedy.
Le matin du , Zapruder apprend par la presse que le cortège présidentiel doit passer devant ses bureaux. Lilian Rogers, sa secrétaire de direction, lui conseille de filmer le parcours du président Kennedy avec sa nouvelle caméra. Alors qu'il est réticent à cause de la pluie, il cède à l'insistance de celle-ci, et aussi parce qu'il voit que le ciel s'éclaircit. Mais pour cela il doit quitter ses bureaux pour aller chez lui prendre son appareil. À son retour il remarque que le ciel s'est ensoleillé, mais aussi que la foule s'est amassée à Houston Street où il avait prévu de faire la prise de vue. Il envisage alors de filmer le cortège de ses bureaux, mais il constate que cela n'est pas possible. Comme le cortège a pris du retard, cela lui permet d'avoir le temps de chercher un endroit propice sur Dealey Plaza. alt=Une voiture et deux motos devant une place avec une palissade et des arbres|vignette|gauche|Polaroid original pris par , montrant Kennedy et son épouse réagissant aux tirs. À l'extrême droite en haut de l'image, devant la pergola, Abraham Zapruder filmant la scène, accompagné de sa secrétaire Marilyn Sitzman. Il finit par choisir le petit piédestal de béton d'une hauteur d'un mètre jouxtant la pergola au nord d'Elm Street qui surplombe la butte herbeuse. De ce site il peut balayer toute la place, d'Houston Street jusqu'au pont du chemin de fer, malgré un panneau de signalisation qui masque une partie de la vue. Pour préparer sa caméra, il règle la vitesse sur « run » et l'objectif sur « telephoto », et tourne quelques images de sa réceptionniste Marilyn Sitzman et d'autres employés de son bureau, Beatrice Hester et son mari, qui profitent de la pause pour se reposer sur la pergola en attendant le cortège. Il s'installe ensuite sur le muret avec Marilyn Sitzman, car étant sensible au vertige, et voulant éviter de trembler pendant la prise de vue, il a besoin qu'elle se positionne à côté de lui en le maintenant par la veste, afin de le stabiliser.
Zapruder commence à filmer à quand il voit les deux premiers agents motorisés qui ouvrent la marche, alors qu'ils tournent de Houston Street vers Elm Street. Mais constatant que le président est plus loin, il met un instant son appareil en pause, et reprend le tournage lorsqu'arrive la Lincoln présidentielle. Quelques secondes après, lui et Marilyn Sitzman entendent ce qu'ils pensent être le bruit d'un pétard. Voyant Kennedy réagir en s'étreignant la gorge, et Connaly semblant lui aussi être touché, ils croient tout d'abord à une plaisanterie, liée au pétard en question, mais la violence du dernier coup de feu dissipe toute ambiguïté sur la nature des détonations. Ébranlé par ce qu'il voit à travers l'objectif, Zapruder continue cependant de filmer en travelling latéral jusqu'à ce que la voiture disparaisse sous le pont ferroviaire. Il arrête sa caméra, et descend du piédestal tout en hurlant .
Contacts de la presse et du Secret Service
thumb|upright|alt=5 personnes dont deux debouts qui photographient, sur une pelouse|Des journalistes et des photographes interviennent juste après les tirs. À l’extrême droite en haut de l'image, le petit muret blanc où se tenait Zapruder quelques minutes auparavant.
Après les coups de feu, le reporter du Dallas Morning News Harry McCormick, qui se trouve au Trade Mart avec les journalistes accompagnant le cortège présidentiel, quitte précipitamment la voiture de presse pour se rendre sur Dealey Plaza. Cherchant des témoins à interroger, il voit Zapruder visiblement très choqué, qui se dirige vers son bureau tenant sa caméra. Celui-ci lui raconte qu'il a tout filmé : McCormick, percevant l'importance du document, tente de s'emparer du film, mais Zapruder refuse de le céder à personne d'autre qu'à un responsable du Secret Service ou du FBI. Le journaliste lui propose alors de contacter une de ses connaissances, Forrest Sorrels, responsable du Secret Service de Dallas, et de l'amener à son bureau au .
Peu après l'arrivée de Zapruder dans ses bureaux, deux policiers informés par une des employées, viennent à sa rencontre pour prendre possession du film, mais celui-ci leur signifie qu'il ne confiera le document qu'à une autorité supérieure.
Quelques minutes après, un autre journaliste, Darwin Payne du , prend connaissance de l'existence du film de Zapruder en interrogeant deux de ses employées Beatrice Hester et Marilyn Sitzman. Il se rend aux bureaux de Jennifer Juniors pour tenter de négocier l'achat du film, mais essuie lui aussi un refus de Zapruder. Il insiste cependant, proposant de faire développer le dans le laboratoire du journal, et contacte son directeur James F. Chambers pour tenter de négocier l'achat. Mais une nouvelle fois Zapruder refuse de le confier à d'autres personnes que des membres du FBI ou du Secret Service.
Vers , McCormick se présente aux bureaux de Jennifer Juniors en compagnie de Forrest Sorrels, directeur du Secret Service de Dallas. Au même moment Erwin Schwartz, associé de Zapruder, après avoir été averti de la situation au téléphone par leur secrétaire Lilian Rogers, se rend lui aussi aux bureaux pour lui venir en aide. McCormick remarque que Darwin Payne du journal concurrent est aussi présent, ainsi que deux policiers et d'autres journalistes. Profitant du contact avec Sorrels, le journaliste tente une dernière fois d'acheter le film, mais le refus de Zapruder et les protestations de Payne valent aux deux journalistes d'êtres écartés des pourparlers. Forrest Sorrels s'entretient avec Zapruder dans son bureau privé et demande la possibilité d'avoir des copies du film pour les besoins de l'enquête, ce qui est accordé par l'entrepreneur.
Développement et copies du film
Après cette entrevue et l'obtention du film, Sorrels, à la recherche d'un laboratoire pour faire développer la pellicule, se voit proposer par McCormick celui du Dallas Morning News. Sorrels, McCormick, Schwartz qui est responsable de la caméra et Zapruder, ainsi que les deux policiers, se rendent au siège du journal ; mais le laboratoire ne peut développer que des films noir et blanc. McCormick propose ensuite la station de télévision voisine WFAA, elle aussi équipée d'un laboratoire, mais celle-ci est dans la même situation que le journal. Jay Watson, le directeur des programmes, profite de la présence d'Abraham Zapruder dans la station pour le faire témoigner en direct devant les caméras.