Mario Vargas Llosa Prononciation en espagnol d'Amérique retranscrite selon la norme API., marquis de Vargas Llosa, né le à Arequipa (région d'Arequipa, Pérou) et mort le à Lima (Pérou)., est un écrivain péruvien naturalisé espagnol. Auteur de romans et d'essais politiques, il est notamment lauréat du prix Nobel de littérature 2010 .
Comme beaucoup d'auteurs hispano-américains, Mario Vargas Llosa s’engage activement en politique, avec des opinions qui passent progressivement du communisme au libéralisme, jusqu'à un soutien à des candidats de l'extrême droite chilienne et brésilienne. Candidat à l'élection présidentielle péruvienne de 1990 avec le soutien de la coalition libérale de centre droit Front démocratique, il est battu au second tour par le populiste de droite Alberto Fujimori.
En 2021, il est élu à l'Académie française, devenant le premier membre de cette institution à n’avoir jamais écrit un ouvrage en français, bien qu’il parle cette langue couramment et qu’il ait été le premier écrivain étranger à être publié à la Pléiade de son vivant. En outre, il a été élu malgré la limite d'âge de 75 ans.
Biographie Situation personnelle
Mario Vargas Llosa est issu de la classe moyenne péruvienne... Il est le fils unique d'Ernesto Vargas Maldonado et de Dora Llosa Ureta. Ses parents se séparent quelques mois après sa naissance à la suite de la révélation, par son père, d'une liaison avec une femme allemande qui donnera deux demi-frères au jeune Mario : Ernesto, qui meurt à onze ans d'une leucémie, et Enrique, qui deviendra avocat et citoyen américain....
Élevé par sa famille maternelle, Mario Vargas Llosa passe du Pérou à la Bolivie, où son grand-père tient une plantation de coton. Sous le gouvernement de José Luis Bustamante y Rivero, l'aïeul se voit offrir un poste diplomatique à PiuraNotice bibliographique consacrée à Mario Vargas Llosa sur le site de l'Académie suédoise.. Cet épisode marque le retour des Llosa au Pérou. En 1946, à l'âge de 10 ans, Mario part vivre à Lima où il rencontre son père pour la première fois alors qu'il l'avait longtemps cru mort. Ses parents se remettent ensemble et déménagent à Magdalena del Mar, une banlieue aisée de la capitale.. Il est admis à l'école élémentaire catholique Colegio La Salle.. Dans cette école, un religieux de l'ordre salésien, le frère Leoncio, abuse sexuellement de lui alors qu'il a douze ans..
À l'âge de 14 ans, il est envoyé en internat à l'Académie militaire de Lima par son père qui ne voit pas d'un bon œil sa vocation poétique naissante. Cet épisode lui laisse un sinistre souvenir et la matière de son livre La Ville et les Chiens. Il se retire de l'académie militaire et termine ses études à Piura, où il travaille pour le journal local, La Industria, et assiste à la représentation théâtrale de sa première œuvre dramatique, La huida del Inca.. Mario Vargas Llosa n'a que 19 ans lorsqu'il publie son premier article dans El Comercio : un reportage sur José María Arguedas en . Il conservera toute sa vie relation une relation étroite avec le grand quotidien péruvien fondé à Lima en 1839, dont il fut parfois un correspondant (il a même couvert la Coupe du monde de 1982 en Espagne), puis, à certaines périodes, comme contributeur régulier avec des chroniques bimensuelles.
vignette|gauche|redresse|Thèse de Mario Vargas Llosa Bases para una interpretación de Rubén Darío, pour son université, l'université San Marcos (Pérou) en 1958.
Il étudie ensuite la littérature et le droit à l'université San Marcos, une faculté publique, exerçant en parallèle différentes professions : correcteur littéraire puis collaborateur aux rubriques cinéma de la revue Literatura (1957-1958) et du journal El Comercio. Durant ses études, il découvre l'œuvre de Jean-Paul Sartre et le marxisme, qui le marquent durablement. Il combat également la dictature militaire du général Manuel Odría. Pendant une brève période, il s'implique dans une branche étudiante du Parti communiste péruvien qu'il abandonne en protestation de la ligne stalinienne du mouvement sur l'art et la littérature. La révolution cubaine fait un temps revivre ses espoirs d'une révolution progressiste.
Grâce à une bourse d'études, il poursuit son cursus universitaire à l'université centrale de Madrid où il soutient, en 1958, une thèse de doctorat sur Rubén Darío. Après avoir écrit un recueil de nouvelles remarqué, Les Caïds (Los Jefes, 1959), œuvre qui obtient le Prix Leopoldo Alas, il épouse la belle-sœur de son oncle maternel : sa tante par alliance Julia Urquidi, de dix ans son aînée. Cette relation lui inspire des années plus tard le roman (La Tante Julia et le Scribouillard). En 1964, il se sépare de Julia Urquidi et se remarie avec sa cousine Patricia Llosa, avec qui il aura trois fils et dont il divorcera cinquante ans plus tard en 2015. Depuis 2015, il est en couple avec Isabel Preysler, mère des enfants de Julio Iglesias et trois fois divorcée. Avec sa première épouse, il s'installe à Paris en 1959 dans l'espoir de recevoir une bourse pour reprendre des études, mais sa demande est rejetée.. Le couple reste malgré tout dans la capitale française et Vargas Llosa y travaille en tant que professeur d'espagnol à l'école Berlitz, nègre littéraire, puis journaliste pour l'Agence France-Presse et la télévision.. Il se passionne pour la littérature du pays, suit avec intérêt la querelle opposant Sartre à Albert Camus et écrit de manière prolifique. Il part ensuite pour Londres et Barcelone où il côtoie les grandes figures de la gauche divine. Pendant son séjour en Europe, il se lie d'amitié avec d'autres jeunes auteurs, futurs piliers du boom latino-américain : l'Argentin Julio Cortázar, le Mexicain Carlos Fuentes et le Colombien Gabriel García Márquez. Il retourne à Lima en 1974 et est élu à l'Académie péruvienne un an plus tard.
Carrière d’écrivain Essor latino-américain Avec Julio Cortázar, Carlos Fuentes, Juan Rulfo, Gabriel García Márquez, Juan Carlos Onetti et José Donoso, Mario Vargas Llosa est considéré comme l'un des grands noms du boom de la littérature latino-américaine des années 1960 L'Express.fr, « Mario Vargas Llosa, un Nobel amplement mérité », consulté le 14 octobre 2010... À des degrés divers, tous ces auteurs prennent leurs distances avec la narration traditionnelle et revendiquent l'influence des courants littéraires moderniste et postmoderne européens ou nord-américains auxquels ils empruntent des procédés novateurs (détournement des codes fictionnels, multiplicité des points de vue, polyphonie, morcellement de la chronologie, monologue intérieur ou encore flux de conscience sur l'exemple de James Joyce et William Faulkner) Biographie de Mario Vargas Llosa sur biografiacortade.com, consulté le 17 juin 2016... Leur style visionnaire, foisonnant et luxuriant a révélé au monde entier la complexité artistique, idéologique et politique du continent sud-américain qu'ils peignent comme une entité pittoresque, morcelée et paradoxale..
Style vignette|Mario Vargas Llosa en 1982. Dès la parution de son premier roman, Vargas Llosa devient un écrivain reconnu, régulièrement invité dans les universités du monde entier pour y donner des cours et des conférences. À la fois chroniqueur et pourfendeur de l'Amérique latine, il est considéré par une partie de la critique comme le maître du « bouillonnement romanesque »Le Monde.fr, « Mario Vargas Llosa, maître du bouillonnement romanesque », consulté le 14 octobre 2010.. Contrairement à ses collègues du boom, Vargas Llosa s'écarte totalement du réalisme magique en vigueur. Mais ses récits gardent la spécificité latino-américaine de changer régulièrement de voix pour passer du général au particulier en opposition aux littératures européenne et anglo-saxonne qui ont tendance à partir d'un caractère particulier pour dériver vers le général. Le romancier cherche également à rompre avec la veine indigéniste, dominante dans les lettres sud-américaines« Les dimensions du désir chez Vargas Llosa » par Bernard Sesé sur le site de l'encyclopædia Universalis, consulté le 18 novembre 2013. visant avant tout à atteindre l'universel dans l'écriture.
Techniques et influences Les ouvrages de Vargas Llosa trahissent l'influence de Faulkner pour les recherches stylistiques et Balzac pour la densité de l'observation psychologique et sociale« De la réalité sociale à la réalité verbale chez Vargas Llosa » par Bernard Sesé sur le site de l'encyclopædia Universalis, consulté le 18 novembre 2013.. Ils se démarquent par un style polyphonique, une ironie mordante et une tonalité dramatico-bouffonne dans l'évocation des mythes et des aspirations des peuples latino-américains écrasés par les dictatures. Ses récits sont identifiables par une fragmentation de la chronologie et la pluralité de narrateurs. Par ailleurs, ses personnages sont inséparables du climat et du cadre culturel, historique et géographique dont ils sont issus. L'action de ses romans débute sur une acmé qui installe une atmosphère oppressante, enfermant les protagonistes dans un engrenage implacable« Un goût précoce pour l'écriture chez Vargas Llosa » par Bernard Sesé sur le site de l'encyclopædia Universalis, consulté le 18 novembre 2013.. Par le biais d'une écriture épique, apparemment sans effets, Vargas Llosa retranscrit les mutations brutales d'une civilisation marquée par la violence et le sexe. Dans ses fictions, les pouvoirs politiques (notamment le caudillisme) apparaissent comme le symbole du pourrissement moral de la société. Au fil de son travail romanesque, Vargas Llosa dessine une cartographie métissée et cosmopolite issue de ses voyages et de ses expériences personnelles., le Pérou étant néanmoins un invariant thématique dans ses romans.
La Ville et les Chiens Vargas Llosa rédige La Ville et les Chiens à Paris en 1963, ouvrage qui fait de lui un auteur de renom (prix Biblioteca Breve du roman et prix de la Critique espagnole). Son roman est traduit presque aussitôt dans une vingtaine de langues et se voit salué par la presse étrangère pour son originalité. Vargas Llosa y juxtapose une tradition romanesque classique à des recherches d'écriture novatrices sur le plan narratif et formel« Violence et contestation chez Vargas Llosa » par Bernard Sesé sur le site de l'encyclopædia Universalis, consulté le .. Dans cette œuvre, un réalisme folklorique lié au costumbrismo se mêle à des envolées poétiques proches du symbolisme. Le romancier décrit alors la vie menée par les cadets (les chiens) et met en contraste l'oppression de la discipline, la violence et les brimades subies par les jeunes gens avec le vent de liberté qui souffle sur la ville. L'auteur est vivement critiqué dans son pays pour s'être attaqué à l'institution militaire. On l'accuse d'être stipendié par l'Équateur pour déstabiliser l'armée péruvienne et cent exemplaires du roman sont brûlés lors d'une cérémonie expiatoire dans la cour du collège militaire de Lima. Cependant, le livre n'est pas interdit à la vente et connaît un grand succès public au Pérou.
Fresques et romans policiers Dans La Maison verte (1966), l'auteur évoque, avec un grand souci du détail et un impressionnant souffle narratif, la vie dans la lointaine forêt péruvienne et la zone urbaine de Piura. Il y met en scène une maison close dans laquelle se croisent divers personnages. Ce roman lui vaut à nouveau le prix de la Critique, puis le prix international de littérature Rómulo Gallegos en 1967. Vargas Llosa y approfondit sa technique expérimentale de « narrations télescopiques » et de « vases communicants », selon ses propres termes, qu'il tire de Faulkner. Ce procédé consiste à entrecroiser simultanément plusieurs histoires se déroulant en divers lieux et époques.