Rifaat al-Assad (en ), né le à Qardaha (Syrie mandataire) et mort le à Dubaï (Émirats arabes unis), est un homme d'État syrien, vice-président de Syrie de 1984 à 1998.

Lieutenant dans l'armée syrienne, il est promu au rang de général de division des en 1971 par son frère aîné et président de Syrie, Hafez al-Assad. Les Brigades de Défense sont impliquées dans les massacres de la prison de Palmyre en 1980 et de Hama en 1982, crimes de guerre que Rifaat al-Assad est accusé d'avoir dirigés.

Après une tentative de coup d'État, Rifaat al-Assad quitte l'armée et s'exile de Syrie en 1984. La même année, il est élu vice-président de Syrie, fonction qu'il exerce 13 ans depuis l'étranger. Il s'installe d'abord en Suisse puis en France, où il est décoré de la Légion d'honneur par François Mitterrand en 1986.

En 1998, à la suite de nombreux conflits politiques l'opposant à son frère Hafez, ce dernier le destitue de son titre de vice-président, coupant ainsi définitivement court à tout espoir de succession.

En 2011, Rifaat al-Assad fait l'objet d'accusations de blanchiment en bande organisée et détournement de fonds publics syriens de la part des ONG Sherpa et Transparency International. En 2013, l'ONG Suisse TRIAL International dépose également plainte pour crimes de guerre. En , la justice française le condamne à quatre ans de prison ferme et confisque ses biens.

En , il se soustrait à la justice et retourne en Syrie. En , sa condamnation définitive est confirmée par la cour de cassation et Rifaat al-Assad rend sa légion d'honneur à la France. La Cour européenne des droits de l'homme, saisie par ses avocats, a rejeté définitivement son recours en 2023.

En 2022, la justice suisse lance un avis de recherche à son encontre, qu'elle rend public l'année suivante, pour les crimes commis en 1982 à Hama.

Biographie Enfance et éducation vignette|gauche|Drapeau du parti Baas. Cadet de dix enfants d'une famille alaouite, Rifaat al-Assad est né en 1937 dans le nord-ouest de la Syrie à Qardaha, dans la province de Lattaquié. Très jeune, il s'est initié au débat politique à l'école grâce à un professeur, Michel Aflak, fondateur du parti Baas. Dans les premières années du secondaire, il intègre ce parti en 1951 à l'âge de quatorze ans.

Un an plus tard, il devient chef de l'organisation de la jeunesse du parti à Damas. Parvenu à s'élever au rang de membre du Comité central, Rifaat poursuit malgré tout son cursus à l'Université de Damas où il sera diplômé en économie. C'est là qu'il commença à façonner ses propres visions politiques sous une forme plus cohérente. Il est alors le plus jeune membre jamais élu au comité exécutif du parti Baas. Il rejoint plus tard l' pour y poursuivre un doctorat en sciences politiques.

Ascension Rifaat al-Assad est emprisonné à plusieurs reprises et même torturé à cause de son appartenance à ce qui était considéré comme des groupes radicaux. Après avoir terminé ses études, Rifaat al-Assad rejoint l'académie militaire de Homs en tant qu'officier. Il est ensuite impliqué dans différents mouvements d'opposition. Rifaat s'engage alors dans l'armée syrienne en 1958 en tant que lieutenant. Le , il prend part au coup d'État contre le gouvernement militaire baasiste dirigé par Amin al-Hafez. Ses activités ont culminé dans le « mouvement de correction » de 1969 et 1970, où il a collaboré avec son frère Hafez al-Assad pour renverser le gouvernement baasiste autocratique et militaire dirigé par Noureddine al-Atassi. Il est ensuite nommé Président du Haut Tribunal constitutionnel du Parti Baas : un groupe de six personnes nommées au niveau international pour veiller sur le parti Baas en Irak et en Syrie.

Sous l'administration de Hafez al-Assad vignette|gauche|Rifaat al-Assad et Hafez al-Assad en 1980.

Politique intérieure Sous la nouvelle administration de Hafez al-Assad, Rifaat al-Assad est le chef de la sécurité et le commandant des brigades de défense « Saraya Al-Difaa ». Ses nombreuses activités politiques, le développement de projets de construction et l'essor d'entreprises commerciales ont fait de lui l'un des membres les plus influents du gouvernement.

Relations internationales vignette|Rifaat al-Assad et Yasser Arafat en 1983.

En 1983, Rifaat al-Assad rencontre le dirigeant de l'OLP Yasser Arafat au Liban, juste avant son exil, dans l'optique d'apaiser les tensions syro-palestiniennes.

Rifaat al-Assad était également proche du roi d'Arabie Saoudite Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud.

Yossef Bodansky, directeur de la task force américaine au Congrès sur le terrorisme et la guerre non conventionnelle, a déclaré que Rifaat bénéficiait du soutien des États-Unis et de l'Arabie saoudite.

Rifaat al-Assad a été mentionné par Stratfor (société américaine d'analyse géopolitique) comme un suspect dans l'attentat à la bombe qui a tué en 2005 l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, ainsi que dans la série d'attentats qui a frappé Beyrouth après le retrait syrien. L'objectif a été de déstabiliser le régime syrien. Il n'y a aucune mention de Rifaat dans le rapport des Nations unies sur l'assassinat de Rafic Hariri.

Libération de David S. Dodge Rifaat al-Assad a contribué à la libération de David S. Dodge, homme politique américain et directeur de l'Université américaine de Beyrouth, le .

Le , Dodge fut enlevé par des miliciens membres du mouvement pro-iranien Amal Islamique à Beyrouth, dirigés par Hussein al-Musawi. Il est d’abord détenu au Liban, puis maintenu en captivité en Iran jusqu’à sa libération un an plus tard. Par le biais de ses contacts dans le régime iranien de Khomeini, Rifaat pu garantir la libération de Dodge et fut publiquement remercié par le président américain Ronald Reagan. Le , le porte-parole de la Maison-Blanche Larry Speakes déclare :

Lutte contre les Frères musulmans et massacres

La fin années 1970 et le début des années 1980 sont marquées par l'insurrection des Frères musulmans. Le , les Frères musulmans organisent le massacre de l'École d'artillerie d'Alep. puis, le , lors d'une visite officielle du président du Mali, Moussa Traoré, le président Hafez al-Assad échappe de justesse à une tentative d'assassinat menée par un membre de la garde présidentielle.

Massacre de la prison de Palmyre

Le lendemain, en représailles, Rifaat al-Assad, alors général de division des , organise le massacre de 500 à détenus, membres des Frères musulmans dans la prison de PalmyreAlain Chemali, La prison de Palmyre, un enfer pour les opposants au système Assad, Geopolis, 22 mai 2015.Quiades Ismael, Le massacre de Hama - février 1982, SciencesPo : Violence de masse et Résistance - Réseau de recherche, 12 octobre 2009..

Massacre de Hama

Début , les Frères musulmans en Syrie tentent de « libérer » la ville de Hama, en réponse, le régime envoie des Brigades de Défense, dirigées par Rifaat al-Assad, assiéger et reprendre le contrôle complet de la villeThe Syrian Army: Doctrinal Order of Battle, Joseph Holliday, February 2013Syrie : l'ombre du massacre de février 1982 plane toujours sur Hama, Le Monde, 2 février 2012.. Pendant quatre semaines, les bombardements, ainsi que les exactions des troupes gouvernementales constituent le massacre de Hama. Selon les différentes estimations, les tueries compteraient entre et , en majorité des civils.. Un rapport de la Defense Intelligence Agency américaine, daté de et déclassifié en 2012, donne des chiffres très différents : le nombre total de victimes serait estimé à environ , et Rifaat al-Assad n'y est jamais cité.

. Islamistes et habitants suspectés de sympathie envers eux sont regroupés au stade municipal et dans des écoles où ils sont torturés puis abattus. Selon la spécialiste américaine Robin Wright, de Hama ont été rassemblés au stade avant d'y être fusillés.

Rifaat al-Assad a lui-même nié à plusieurs reprises toute implication dans le massacre de Hama. Interviewé en 2012, Rifaat al-Assad s'amuse de la situation et affirme avec cynisme à propos de la ville : .

Ce massacre lui vaut le surnom populaire auprès des Syriens de « Boucher de Hama ». La population de la ville lui prête, selon les témoignages d'anciens responsables locaux du parti Baas et la rumeur locale, la volonté d'avoir voulu raser la ville pour la remplacer par un champ de pommes de terre, alors que son frère, le président Hafez al-Assad s'y est opposé.

Tentative de coup d'État Le , Hafez al-Assad est placé en soins intensifs à l' pour insuffisance cardiaque. Pour maintenir une stabilité administrative, Hafez décide donc de former un comité exécutif de six personnes dont Abdel Halim Khaddam, Moustapha Tlass, Abdul Rauf al-Kasm, , , et Mustafa al-Shihabi., tous issus de la communauté sunnite. Un sentiment d'exclusion commence alors à se propager parmi les autres sphères confessionnelles du pouvoir. Alors que la majorité reste fidèle à Hafez al-Assad, certains officiers haut placés de confession alaouite s'allient peu à peu à Rifaat, également exclu du comité.

Rifaat, qui attendait une opportunité de prendre le pouvoir, pense que le moment est venu. Le , il donne l'ordre aux troupes de ses de se rendre à Damas. Un escadron de tanks T-72 se positionne au rond-point de la ville de ainsi qu'au mont Qassioun, encerclant et surplombant ainsi la capitale. Le même jour à Damas, les des Brigades de Défense montent des check-points, investissent les stations de police et les bâtiments municipaux, procèdent à des arrestations arbitraires d'officiers des dirigées par et de la Garde Républicaine dirigée par , et collent des affiches de Rifaat al-Assad dans les rues. Plus nombreuses et mieux organisées, les forces de Rifaat al-Assad contrôlent désormais Damas. Mais tous les barons du régime se rallient à Hafez et Rifaat évite la confrontation en retirant ses troupes des rues de Damas..

Après son départ du pouvoir Exil En 1983, leurs relations fraternelles se dégradent davantage quand Rifaat al-Assad refuse que le fils de Hafez, Bassel al-Assad, ne prenne le pouvoir. Il est alors destitué de toute responsabilité au sein du Haut Commandement du Parti Baas. Rifaat est ensuite évincé de l'armée et envoyé à la tête de l'administration de l'enseignement supérieur. Le , le président Assad déjoue un putsch organisé par son frère Rifaat, à la suite de quoi ce dernier s'exile en FranceCf les Cles du Moyen-Orient https://www.lesclesdumoyenorient.com/Guerre-civile-libanaise.html..

Il s'établit en Russie, en Suisse puis en France, invité par le président François Mitterrand qui le décore au rang de grand officier de la Légion d'honneur en 1986, pour services rendus à la nation. Il est proche du gouvernement français et garde également ses réseaux en Syrie, ce qui lui permet d'obtenir un accord avec les services secrets français : il doit faire passer le message au régime syrien de cesser les attentats, et en échange, Rifaat al-Assad est libre de poursuivre ses affaires.

Rifaat al-Assad rentre en Syrie pour les funérailles de sa mère en 1992, sans afficher d'ambitions politiques. Cependant, le décès de l'héritier du pouvoir Bassel al-Assad, dans un accident de voiture en , replace Rifaat parmi les prétendants. En 1997, le régime fait enlever et torturer son attachée de presse Zoubyda Moukabel et sa famille, qui, à travers sa chaîne d'information (), fait diffuser une entrevue gardée secrète à Damas entre Rifaat et Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, alors prince héritier au pouvoir saoudien.

Limogé de son titre de vice-président le , Rifaat quitte à nouveau la Syrie la même année pour la France et l'Espagne. La répression de 1999, qui implique des affrontements armés à Lattaquié, détruit une grande partie de son réseau en Syrie ; plusieurs de ses partisans sont arrêtés et emprisonnés. Ces mesures sont liées à la succession d'Hafez, Rifaat ayant commencé à se repositionner alors que son frère cherchait à éliminer toute concurrence potentielle envers son successeur désigné, son fils Bachar el-Assad.