Les dévaluations du franc français sont l'ensemble des dévaluations décidées par les autorités publiques françaises à l'égard du franc français.

Ces dévaluations ont été nombreuses après la Première Guerre mondiale, ayant pour objectif de restaurer temporairement la compétitivité économique du pays, en rendant les exportations françaises meilleur marché mais en prenant le risque que les importations, plus chères, ne se traduisent par de l'inflation, en particulier en période de choc pétrolier. Certaines dévaluations ont également pour origine l'endettement du pays et la perte de confiance des investisseurs financiers internationaux dans le franc comme monnaie refuge.

Au cours du , le franc français a connu dix-sept dévaluations dont la plupart au cours des . La dernière a eu lieu en . Les dévaluations des ont été effectuées par rapport au mark allemand, considéré comme un modèle de stabilité monétaire.

Concept

À partir de , la dévaluation signifie la baisse de la valeur d'une devise par rapport à une ou plusieurs autres. La livre sterling, puis le dollar américain, étaient souvent pris comme référence. C'est une procédure voulue par la banque centrale de la monnaie en question contrairement à la dépréciation qui est un phénomène spéculatif entre autres. Avant cette date, la dévaluation se faisait par rapport à un équivalent en masse d'or par unité de monnaie (étalon or)John Maynard Keynes, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, 1936..

L'objectif est généralement de restaurer la compétitivité économique de la France..

En matière de change, la valeur relative du franc français pour l'année 1912 par rapport à trois devises typesTableaux de change publié dans la revue Je sais tout, janvier 1912. s’établissait comme suit : 1 dollar américain = 5,17 1 mark = 1,235 1 livre sterling = 25,23

Troisième République

Dévaluation de 1928 Le (franc Poincaré), le franc est dévalué. Il s'agit d'une réponse à la difficile situation financière de la France. Depuis , le franc a cours forcé : la convertibilité en or est suspendue. À partir de , l'Angleterre et les États-Unis demandent remboursement de leurs créances, la France étant endettée à hauteur de . Les investisseurs ne souhaitant pas détenir de franc, la devise s'effondre sur le marché des changes. Finalement, le , Raymond Poincaré décide la fin du franc germinal : sa valeur est divisée par cinq par rapport à celle de . La convertibilité en or est rétablie.

Dévaluation de 1936 Le (franc Auriol). Le , la livre sterling est dévaluée et se met à flotter, le gouvernement britannique suspend sa convertibilité en or. En , le dollar est dévalué. En , le franc est attaqué sur le marché des changes. Le , le Front populaire dévalue le franc de 35 %. Un décret interdit le commerce de l'or et les propriétaires de plus de d'or peuvent les céder à la Banque de France au cours antérieur à la dévaluation ou devront s'acquitter d'une taxe.

Dévaluation de 1937 Le (franc Bonnet), le franc est déprécié à nouveau au départ du gouvernement Blum.

Dévaluation de mai 1938 Le (franc Marchandeau), le franc est dévalué de 10 %.

Dévaluation de novembre 1938 Le (franc Reynaud). Le franc est rattaché à la livre sterling, et non plus à l'or. Cela permet une forte dépréciation du franc, qui donne un avantage commercial à la France.

Dévaluation de février 1940 Le (franc Reynaud), une nouvelle dévaluation a lieu. Elle permet d'alléger le coût des emprunts passés par Paul Reynaud en préparation de la guerre. À l'issue de cette dévaluation, une livre vaut , contre 125 en 1928.

Régime de Vichy

Dévaluation allemande de 1940 En , l'occupant allemand impose un taux prohibitif de pour 1 reichsmark (il était de en ).

Quatrième République

Dévaluation de 1944 Le , Pierre Mendès France dévalue le franc par rapport à l'or, de 13 %. Le cours du dollar s'établit à René Courtin, « L'évolution économique et financière depuis la guerre » in Le Monde, 27 décembre 1947..

Dévaluation de 1945 (franc Pleven) : la dévaluation est de 60 % par rapport au dernier cours de . Ce même jour, la France ratifie les accords de Bretton Woods et fait sa première déclaration de parité au Fonds monétaire international (FMI). Le franc CFA est créé, sur la parité de 1 franc CFA = 1,70 franc français (anciens francs)Histoire du Franc CFA. Cette dévaluation dope les exportations et l'inflation.

Dévaluation de 1948 (franc Mayer) : la dévaluation se monte à 80 %. Le cours du dollar US passe de 119 à 214 francs., obligeant Robert Schuman à réagir.

Dévaluation de 1949 (franc Queuille) : dévaluation de 22,27 % par le gouvernement d'Henri Queuille, le dollar coûte 350 francs..

Dévaluation de 1957 (franc Gaillard) : dévaluation « déguisée » de 20 % par le président du Conseil Félix Gaillard, laquelle fut légalisée en .

Cinquième République

Présidence de Charles de Gaulle

Dévaluation de juin 1958 En , Charles de Gaulle valide la dévaluation Gaillard de 20 %. Elle est considérée comme une réussite.

Dévaluation de décembre 1958 Le (franc Pinay), une nouvelle dévaluation, de 17,55 %, est décidée. Elle s'insère de manière plus large dans le plan Pinay-Rueff. Avec la dévaluation précédente, cette nouvelle dévaluation consolide le commerce extérieur français, et s'accompagne de la création d'un « franc lourd » qui vaut 100 anciens francs. Cette dévaluation a pour objectif de faire entrer du mieux possible la France dans le marché commun.

Présidence de Georges Pompidou

Dévaluation d'août 1969 Georges Pompidou arrive au pouvoir. Il annonce une dévaluation du franc le (franc Giscard), à l'issue d'un Conseil des ministres extraordinaire. Le premier ministre Jacques Chaban-Delmas, qui avait refusé la dévaluation en , accepte une dévaluation de 11,1 % du franc. Il s'agit d'une réussite : la bourse de Paris est fermée ce jour-là, et aucune pression spéculatrice ne s'exerce sur le franc. Les effets sont renforcés par la réévaluation du mark allemand le , contre toutes les autres monnaies« Débats monétaires autour de la dévaluation du franc de 1969 », par Bertrand Blancheton et Christian Bordes, Revue des sciences sociales, pages 213 à 232..

Présidence de François Mitterrand

Dévaluation de 1981 : quelques mois après l'entrée en fonctions de François Mitterrand, le gouvernement dévalue le franc de 3 %.

Dévaluation de 1982 Le , le président Mitterrand acte une nouvelle dévaluation du franc de 5,75 %. Elle est assortie d'un plan de rigueur et marque à ce titre le début du tournant de la rigueur. La dévaluation est actée dans le cadre d'une négociation européenne : les ministres des Finances des dix pays de la Communauté européenne s'accordent sur une réévaluation de 4,25% du mark et du florin, contre une dévaluation de 2,75 % de la lire et de 5,75 % du franc.

Dévaluation de 1983 : le mark allemand et le florin néerlandais sont réévalués de 4,25 % contre toutes les monnaies du Système monétaire européen. La lire italienne est dévaluée de 2,75 % face à toutes les monnaies du Système monétaire européen. Le franc perd 8 % par rapport au mark.

Dévaluation de 1986 Le , la France dévalue de 3 % le franc. Cette dévaluation est faite dans le cadre du système monétaire européen. En effet, les ministres de l'Économie et des Finances des douze pays de la Communauté européenne, réunis aux Pays-Bas, acceptent, à la demande de la France, un réajustement des parités des monnaies appartenant au SME.

Dévaluation de 1987 Le , la France négocie avec ses partenaires du système monétaire européen afin que l'Allemagne et les Pays-Bas réévaluent le deutschemark et le florin, de 3 % et de 2 % respectivement. Cela permet une dévaluation tacite du franc.

Notes et références

Voir aussi

Textes officiels , dans , , , , . , dans , , , , . , dans , , , , . , dans , , , et , . , dans , , , , .

Bibliographie

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