Philippicos (ou Philippicus, parfois Philippique ; en grec : ) est brièvement empereur et usurpateur byzantin du au . De son vrai nom Bardanès ou Vardanis (, arménien Վարդան), il est d'une famille arménienne de haut rang au service de ses prédécesseurs.

Général sous , affichant des prétentions impériales, il est exilé, d'abord sous puis lors du second règne de Justinien. C'est lors de ce nouvel exil qu'il est placé à la tête d'une sédition partie de la possession éloignée de Cherson, en Crimée byzantine. De là, il parvient à prendre Constantinople et à mettre à mort son prédécesseur.

Son court règne de dix-sept moisCe nombre varie selon les sources de l’époque : Théophanes (386) parle d’un règne de 2 ans et 9 mois, Nicéphore d’un règne de deux ans, le Chronicon Altinate et Gradense d’un an, 6 mois et 10 jours (). ravive les controverses christologiques dans un contexte d'atermoiements croissants de la posture des empereurs sur les questions théologiques. Au-delà, il ne parvient guère à contrecarrer les périls extérieurs qui menacent son Empire, avec l'intensification des raids des Omeyyades en Anatolie et la pression des Bulgares en Thrace.

Au printemps 713, une révolte militaire met fin à son règne fragile mais c'est un civil qui profite des troubles pour s'emparer du pouvoir, en la personne d'Anastase II.

Sources Le règne de Philippicos intervient à une période de relative pauvreté des sources textuelles. Théophane le Confesseur est le principal auteur à couvrir cette époque, même s'il écrit bien après la mort de Philippicos. Sa chronique et celle bien postérieure de Michel le Syrien le présentent comme un homme cultivé et éloquent. Théophane souligne même le contraste entre l'intelligence de ses discours et l'indignité de son comportement, le jugeant notamment coupable d'adultère et d'hérésie. Les sources lui sont généralement hostiles en raison de son adhésion au monothélisme, une doctrine jugée hérétique par ses contemporains et plus encore par les érudits ultérieurs. lui consacre quelques passages dans son Breviarium, partageant vraisemblablement le même matériau de base que Théophane, désormais perdu mais sûrement écrit par un contemporain de Philippicos. Au regard des avis tranchés de Nicéphore et surtout de Théophane à l'encontre de Philippicos, cette source disparue lui serait hostile.

En revanche, Judith Herrin a mis en exergue une autre source : le Parastaseis syntomoi chronikai, un texte anonyme qui s'attarde sur diverses constructions et statues de Constantinople mais qui éclaire parfois certains pans de l'histoire byzantine. Recueil de textes divers, vraisemblablement composés au voire sous Philippicos pour certaines parties, il est particulièrement favorable à l'empereur, décrit comme bon, presque naïf. Il aurait été manipulé pour promouvoir le monothélisme, comme une manière de le disculper de son hérésie. Selon une hypothèse tracée par Benjamin Anderson, cette magnanimité s'expliquerait par l'origine sociale des auteurs de ce texte, issus de la vieille aristocratie combattue par , que Philippicos renverse, devenant ainsi un allié de cette classe sociale..

Comme souvent dans l'histoire byzantine, des perspectives extérieures à l'Empire peuvent être convoquées, comme Michel le Syrien, auteur syriaque du dont l'avis sur Phlippicos est plutôt pondéré ou Movsès Kaghankatvatsi qui écrit depuis un point de vue arménien et permet d'appréhender plus précisément les relations entre l'Empire et les peuples du Caucase à cette époque. Quant aux affaires occidentales, notamment les relations avec la papauté, elles peuvent être éclairées par le Liber Pontificalis.

Origine ethnique Il est souvent considéré par les historiens modernes comme un Arménien sur la base de son prénom d'emprunt Bardanès (une forme hellénisée de « Vardan »).. Celui-ci pousse d'ailleurs le généalogiste Christian Settipani à rattacher Bardanès à la famille Mamikonian à travers son père Nicéphore, patrice en 668, l'année de sa mort, fils de Bardanios, consul et de sa femme, une fille inconnue de Valentin, et petit-fils d'Artabasde et de sa femme , issue d'une colonie arménienne à Pergame, peut-être le fils de .. Toutefois, selon l'historienne de l'Arménie médiévale, Nina Garsoïan, la thèse de la descendance de Bardanès et d'autres nobles arméno-byzantins des Mamikonian aussi . Par ailleurs, Wolfram Brandes réfute aussi la thèse d'une origine de Pergame. Il estime qu'il s'agit d'une mauvaise interprétation d'un écrit d'Agathon le Diacre, dans lequel il faut plutôt lire que Nicéphore, le père de Philippicos, est d'origine persarménienne, donc des provinces arméniennes traditionnellement du ressort de la Perse.. Quoi qu'il en soit, Philippicos semble le premier exemple d'un notable arménien qui parvient à s'élever jusqu'au sommet de la hiérarchie impériale byzantine.

Prétentions impériales et révolte vignette|gauche|Philippicos fait assassiner Tibère, le fils de Justinien , en 711. Miniature de la chronique de Constantin Manassès, Bibliothèque apostolique vaticane, Cod. slav. II.|alt=Page d'un manuscrit faisant figurer en haut de page le dessin d'un assassinat d'un jeune garçon.

Si les origines et les premières années de Philippicos sont largement méconnues, Théophane rapporte une prédiction que lui aurait faite un ermite du monastère de Kallistratos, vraisemblablement lors du premier règne de . Il lui aurait garanti une destinée impériale, de même qu'il l'aurait incité à revenir sur le sixième concile. À deux reprises, en 695 lors de la révolte de Léonce puis en 698 lors de celle de Tibère Apsimar, il s'étonne que d'autres accèdent à la pourpre avant lui, mais l'ermite l'aurait poussé à la patience. Toutefois, Philippicos aurait évoqué à d'autres cette ambition impériale, à tel point que en a des échos et préfère l'exiler à Céphalonie, non sans l'avoir fait fouetter et tonsurer. Il est d'ailleurs possible qu'il ait subi un jugement vers 703, mentionné sans date précise par le Parastaseis. C'est seulement au retour de Justinien en 705 qu'il revient d'exil.

Bardanès apparaît dans les sources plus explicitement en 710, au moment de la révolte de Cherson, possession impériale en Crimée. L'enchaînement des événements est assez complexe puisque Justinien essaie d'abord de chasser les Khazars qui ont occupé la ville. La flotte qui se rend dans la région est dirigée par Mauros et Étienne Asmiktos mais comprend d'autres officiers dont Bardanès, peut-être pour y être exiléSeul Nicéphore de Constantinople évoque explicitement cet exil ()., et le spathaire Hélias. Les chroniqueurs qui lui sont hostiles se plaisent à rapporter une féroce entreprise de répression à l'égard de la ville, qui est laissée sous le gouvernement d'Hélias. Il est plus probable que l'empereur ait cherché à châtier ceux de l'élite locale qui ont pu coopérer avec les Khazars. Or, dès que la flotte impériale repart, visiblement sans Bardanès, certains habitants ainsi qu'Hélias se tournent à nouveau vers les Khazars, obligeant Justinien à renvoyer une flotte, dirigée par le patrice Georges et l'éparque Jean, mais ceux-ci tombent dans un piège et sont exécutés. Il est probable que la ville s'attende à nouveau à être attaquée et préfère alors entrer en sédition ouverte. Elle se tourne vers Bardanès comme candidat à l'Empire, probablement en . Selon Mikaël Nichanian, un tel choix s'explique par le statut d'opposant politique de Bardanès, son origine proche des milieux aristocratiques et une possible expérience militaire assez solide.

Pendant l'été, envoie une nouvelle flotte sous le commandement du patrice Mauros. Celle-ci, en arrivant, aurait provoqué la fuite de Bardanès chez les Khazars. Dans le même temps, les Arabes attaquant sur la frontière orientale, Justinien quitte lui-même la capitale à la tête d'une armée qui atteint Sinope. Mais à Chersonèse Bardanès s'entend avec le khagan des Khazars, et Mauros se retrouve dans l'incapacité évidente de se rendre maître de la ville, laquelle obtient des Khazars qu'ils laissent partir Bardanès, semble-t-il contre une importante somme d'argent. Craignant de retourner affronter la colère de , Mauros change de camp, et lui et sa troupe proclament aussi Bardanès empereur sous le nom de Philippicos, un patronyme grec jugé plus digne d'un prétendant à l'EmpireCette pratique de changer de patronyme au moment de l'accession à l'Empire est une pratique relativement répandue à cette époque où se succèdent des empereurs issus d'usurpations et qui ne peuvent se prévaloir d'une légitimité dynastique notamment, comme Léonce qui règne sous le nom de Léon ou le futur , qui s'appelle en réalité Artémios.. Probablement en octobre, la flotte fait voile pour Constantinople.

Règne Une prise du pouvoir violente vignette|Portrait de Philippicos dans le Mutinensis gr. 122, manuscrit grec du .|alt=Miniature du portrait d'un homme d'âge mûr couronné. Apprenant le tour pris par les événements, rebrousse précipitamment chemin. Quand il arrive sur la rive asiatique du Bosphore, Philippicos et Mauros sont déjà entrés dans Constantinople, visiblement sans grande oppositionPhilippicos entre à Constantinople le 4 ou le 24 novembre 711 (cf. P. Grierson, Dumbarton Oak Papers, 16 (1962), 50f et ).. Ils font exécuter les principaux responsables de la cour de ; son fils Tibère, six ans, est arraché à l'autel de l'église Sainte-Marie-des-Blachernes, malgré les supplications de sa grand-mère Anastasie, femme de , et égorgé par Mauros et un spathaire connu sous le nom de Jean Strouthos. Philippicos envoie également des hommes menés par Hélias débarquer devant le camp de près de Chalcédoine, et ceux-ci réussissent à retourner une partie des troupes de l'empereur déchu, à le capturer et à le décapiter. La tête de Justinien, livrée à Philippicos, est envoyée à Ravenne et à Rome, tandis qu'un de ses fidèles, Barasbakourios, est aussi mis à mort. La date des événements n'est pas tout à fait claire mais le renversement effectif de Justinien intervient en novembre, soit le 4, soit le 24.

Aspects artistiques et iconographiques vignette|gauche|Gros plan sur la face d'un solidus représentant Philippicos.|alt=Photographie de la face d'une pièce en or faisant figurer un empereur. Un aspect original du règne de Philippicos, décrit dans le Parastaseis, est son lien apparent avec l'art antique et païen. Celui-ci transparaît à l'occasion d'une enquête qu'il commandite pour faire la lumière sur les causes de la mort d'un dignitaire de la cour, le chartulaire Himérios, mort lors d'une inspection de la collection de statues entreposées dans le quartier du Kynegion, probablement pour les recenser. Il aurait demandé à faire enterrer la statue liée à cette mort. Le Patria de Constantinople, plus tardif et parfois moins fiable, lui attribue aussi la destruction de deux statues du port de Sophia, en raison d'inscriptions divinatoires de nature païenne. Par ailleurs, il se fait représenter au sein des bains de Zeuxippe, connus pour leur riche décoration, et ce portrait, qu'il s'agisse d'une mosaïque ou d'une statue peinte, semble bénéficier d'une réelle estime parmi les artistes byzantins. Ce choix de se faire ainsi figurer est certainement à rattacher à une forme de propagande impériale alors assez courante, en particulier dans un lieu aussi symbolique et proche du centre du pouvoir que les bains de Zeuxippe, longtemps réputés pour leur collection de statuaire impériale en partie détruite lors de la sédition Nika de 532.