Jean-Baptiste Rivoire, né en à Cambrai (Nord), est un journaliste d'investigation français.
Ancien enquêteur de 90 minutes (1999-2006) puis rédacteur en chef adjoint de l'émission Spécial Investigation, sur Canal+, il est le coauteur de nombreuses investigations télévisées, notamment sur la guerre civile algérienne des années 1990 et l'auteur de trois livres d'investigation, dont deux sur l'Algérie, et un sur les liens supposés entre Emmanuel Macron et les oligarques.
En 2021, après avoir quitté Canal+ à la suite de la prise de contrôle de Vincent Bolloré, il a créé Off investigation, un site de presse en ligne spécialisé dans l'enquête.
Biographie Famille et formation Né en 1966, il est le fils de Bruno Rivoire et de Bernardine Thiery, née à Constantine (Algérie) et y ayant vécu de 1941 à 1959. En 1971, ses parents repartent en Algérie. La famille vit dans le quartier de Ben Aknoun, sur les hauteurs d'Alger, dans une cité de coopérants issus des pays de l'Est.
En 1976, la famille s'installe à Beni-Abbes où Bruno Rivoire est muté au CNRZA (Centre national de recherches en zones arides).
En 1977, la famille revient en France et s'installe à Créteil, dans le Val-de-Marne.
Après ses études secondaires au lycée Saint-Exupéry de Créteil, et une licence de droit international à Paris 1 (Panthéon), Jean-Baptiste Rivoire entre à Sciences Po qu'il quitte en 1989 pour le CFJ de Paris, dont il sort diplomé en 1991.
Premiers reportages En 1991, diplômé de la section Journalistes reporters d'images du CFJ, il commence à travailler pour France 3 Nancy, Marseille, Metz, Lille, Bordeaux, Lyon, puis pour France 2.
En 1992, il entame une collaboration avec l'agence CAPA. Devenu grand reporter, il parcourt le monde pour des émissions comme 24h (Canal plus), Envoyé Spécial (France 2), Zone interdite (M6), La marche du Siècle et États d'urgence (France 3).
En 1995, il se rend au Rwanda pour un reportage de 52 minutes sur les conséquences du génocide.
Enquêtes sur la situation en Algérie De 1997 à 2000, il travaille au sein de l'Agence CAPA, pour le Vrai Journal de Karl Zéro, sur Canal+, où il effectue plusieurs enquêtes sur la « sale guerre » qui ravage l'Algérie.
En , Jean-Baptiste Rivoire est embauché par Canal+ pour rejoindre Paul Moreira et l'émission d'investigation 90 minutes.
Son parcours est marqué par la réalisation de documentaires comme « Benthala, autopsie d'un massacre » en 1999, « Algérie : la grande manipulation » en 2000, et « Attentats de Paris, enquête sur les commanditaires » en 2002Biographie sur "Média et Communication" du "Figaroscope" dans Le Figaro .
En , il est envoyé à Bagdad pour couvrir le début de la seconde guerre d'Irak.
En 2006, Rivoire propose à Canal+ Faites passer l'info, une nouvelle émission d'enquête sur la société de consommation diffusée en première partie de soirée.
En 2008, après sept numéros, Canal+ supprime l'émission. Jean-Baptiste Rivoire prend alors un congé sans solde pour rejoindre le site Bakchich.info. Il y animait une petite équipe de journalistes chargée de créer un portail vidéo d'information.
En 2009, il réintègre Canal+ et rejoint l'équipe de Stéphane Haumant comme rédacteur en chef adjoint de Spécial InvestigationSpécial Investigation, Canal plus.
Affaire Didier Contant et enquêtes sur l'assassinat des moines de Tibhirine En 2004, le journaliste Didier Contant, qui avait combattu à plusieurs reprises la thèse de la responsabilité du régime militaire algérien dans l'assassinat des moines de Tibhirine, fait une chute mortelle d'un immeuble parisien. Les autorités françaises concluent à un suicide.
Quelques jours avant le drame, Rivoire avait été informé qu'un certain « Didier Contant » avait exercé, sur le territoire algérien, en compagnie d'un journaliste d'Algérie Presse Service, des pressions psychologiques sur l'épouse de l'adjudant du DRS Abdelkader Tigha, un témoin clé de l'affaire de Tibhirine en fuite à l'étranger qu'il venait d'interviewer. Il avait alors contacté quelques confrères parisiens susceptibles de connaître Contant pour savoir s'il travaillait « en liaison avec les services algériens ».
À la suite de ces appels téléphoniques et du décès de Didier Contant, Jean-Baptiste Rivoire est accusé par le journal Marianne et par la presse algérienne d'avoir volontairement contribué à sa mort.
En 2006, Jean-François Kahn est condamné pour avoir diffamé Jean-Baptiste RivoireCondamnation de J-F Kahn, directeur de Marianne pour diffamation, communiqué de Jean-Baptiste Rivoire. Puis, il est relaxé en appel.
Visé en outre par une plainte de l'une des compagnes de Didier Contant, Rina Sherman, pour « violences volontaires » en raison de ses appels téléphoniques, Rivoire est mis en examen. En , il est condamné à une amende contraventionnelle de 750 euros pour « violence volontaire »Rivoire condamné en première instance pour « violences volontaires », lesoirdalgerie.com. Mais en , la Cour d'appel de Paris relaxe finalement Jean-Baptiste Rivoire, estimant notamment que comme il ne « connaissait pas Didier Contant au moment des faits », il ne pouvait y avoir eu « infraction intentionnelle de violence volontaire »La Cour d'appel de Paris donne raison à Jean-Baptiste Rivoire, Communiqué de Me William Bourdon, .
Entretemps, à la suite de la publication du Huitième mort de Tibhirine, un livre sur l'affaire Contant, Rina Sherman a été condamnée en pour « injures publiques » envers Jean-Baptiste Rivoire et pour « diffamation » envers Paul Moreira. Jean Robin, son éditeur, a également été condamné pour diffamationdouble Condamnation de , algeria-watch.org, .
En 2011, il publie aux éditions La Découverte Le crime de Tibhirine, révélations sur les responsables, décliné sous forme documentaire sur Canal+ en sous le titre .
L'enquête présente de nouveaux témoignages d'anciens agents algériens du DRS, notamment Karim Moulaï et « Rachid », membres du commando ayant enlevé les moines, qui confirment que les sept trappistes furent victimes d'un « vrai-faux » enlèvement islamiste secrètement organisé par le général Smaïn Lamari, numéro 2 du DRSJean-Marie Durand, Tibhirine : la piste des services secrets algériens, lesinrocks.com, .
L' enlèvement des moines effectué par de « faux » islamistes travaillant pour le DRS, n'aurait pas dû déboucher sur la mort des moines, mais aurait dérapé, contraignant la sécurité militaire algérienne à les assassiner et à faire disparaître leurs corps, tout en mettant le crime sur le dos de Djamel Zitouni, présenté officiellement comme le « chef du Groupe islamique armé ».
Karim Moulaï, alors résidant à Glasgow, en Écosse, a été repéré par l'auteur via « plusieurs sites Web » qui évoquaient un homme, exilé depuis 2001, « prêt à faire des révélations »"Le Crime de Tibhirine. Révélations sur les responsables", de Jean-Baptiste Rivoire : l'enquête impossible" par Isabelle Mandraud, dans Le Monde le . Ces accusations s'ajoutent à d'autres, d'anciens officiers algériens, dont Abdelkader Tigha, réfugié aux Pays-Bas.
Conflits avec la direction de Canal+
Fin 2014, Vincent Bolloré prend le contrôle de la société Vivendi, maison-mère de Canal+ et de la chaîne d'information en continu I-Télé, qu'il rebaptisera CNews. L'année suivante émergent des conflits entre des journalistes et la direction de Canal+ et I-Télé. En , après la censure par Vincent Bolloré d'une enquête sur le Crédit mutuel dans Spécial Investigation, Rivoire interpelle Maxime Saada, directeur général adjoint de Canal+.
À l'été 2015, la direction nommée par Vincent Bolloré élimine tous les auteurs des Guignols de l'info, décide de les diffuser en crypté, assume la censure de Spécial Investigation en indiquant en comité d'entreprise qu'il faut désormais « éviter les attaques frontales ou polémiques contre les partenaires actuels ou futurs du groupe » et déprogramme, à la fin septembre, un documentaire, Hollande Sarkozy, guerres secrètes puis décide plusieurs semaines après de le reprogrammer le .
En octobre, Jean-Baptiste Rivoire est nommé représentant du Syndicat national des journalistes (SNJ) et de la CGT à Canal+, ce qui lui permet d'assister aux comités d'entreprise et d'y interroger la direction sur la façon dont elle « traite » l'investigation"Canal+: Le rédacteur en chef adjoint de «Spécial Investigation» serait sur la sellette", article dans 20 Minutes (France) le citant des informations du Monde .
Après avoir annoncé ce mandat syndical à sa hiérarchie, il reçoit une lettre recommandée le convoquant à un « entretien préalable à un éventuel licenciement ».
Selon le journal Le Monde, la direction n'a aucune faute à reprocher à Rivoire, le fait qu'il se soit lancé dans des activités syndicales, n'étant sans doute pas étranger à cette décision. La direction de Canal+ a finalement décidé de ne pas poursuivre la procédure à l’encontre de Jean-Baptiste Rivoire.
En , après un refus de 7 enquêtes sur 11 par Maxime Saada (le nouveau directeur de Canal+ nommé sous Vincent Bolloré), Rivoire révèle ces censures dans Arrêt sur images. Puis, Le Canard enchaîné indique que Rivoire fait partie, avec Patrick Menais (patron du Zapping), Bruno Gaccio (ex-auteur des Guignols), Olivier Ravanello (président de la SDJ d'I-Télé) et Françoise Feuillye (syndicaliste +Libres) d'une Information du Canard enchaîné reprise dans L'Express le .
En , la direction nommée par Vincent Bolloré supprime l'émission Spécial Investigation, puis, Le Zapping de Patrick MenaisArticle dans Les Échos, le .
Le Système B, documentaire RSF sur Bolloré et la liberté d'informer
Les équipes de Reporters sans frontières, sous la direction de Christophe Deloire, se sont intéressées à l'action de Jean-Baptiste Rivoire, menée en interne contre les censures subies par ses collègues. Pour faire connaitre ce problème et trouver une solution, elles ont produit Le Système B, un documentaire français, diffusé en et largement médiatisé car il a appelé et dénoncé des et alerté contre la censure répétée d'enquêtes dans différents médias de Vincent Bolloré"RSF dénonce les «méthodes brutales» de Vincent Bolloré dans les médias" dans Le Figaro le "Reporters sans frontières dénonce les méthodes de Vincent Bolloré contre l’information" par Aude Dassonville, dans Le Monde le "Vidéo. Vincent Bolloré : un documentaire de Reporters sans frontières dénonce ses « méthodes brutales »", par l'Agence France-Presse reprise le par le quotidien régional Sud Ouest"Europe 1 ne digère pas la patte Bollo" le dans Libération "Liberté de la presse : que montre le documentaire de Reporters sans frontières sur le groupe Bolloré ?" le sur France Télévisions "Le Système B." : un documentaire de Reporters sans frontières dénonce les méthodes de Vincent Bolloré" par Maxime Tellier, le sur France Culture “Le Système B”, un docu choc sur la méthode Bolloré contre la liberté d’informer" par Richard Sénéjoux le dans Télérama "Concentration des médias : une commission et des propositions sur la table" par Aude Carasco, le dans La Croix, mais visant aussi d'autres médias, par un usage massif des poursuites judiciaires, afin de décourager au maximum les enquêtes sur , qui représentent une part importante du groupe Bolloré.
Alors que Jean-Baptiste Rivoire témoignait précisément sur ces procédures abusives de Vincent Bolloré, dans ce documentaire, il fait l'objet d'une procédure diligentée par une filiale du groupe du même Vincent Bolloré, a souligné Christophe Deloire, directeur général de Reporters sans frontières, qui a qualifié cette procédure de , auprès de l'Agence France-Presse.
a de son côté déclaré Jean-Baptiste Rivoire, rappelant les conséquences financières de telles procédures. Ses avocats William Bourdon et Vincent Brengarth ont dénoncé une et "Un ex-journaliste de Canal+ assigné aux Prud'hommes pour des propos sur Vincent Bolloré", dans La Provence ..