Frederic Augustus Thesiger, Chelmsford, né le et décédé le , est un général britannique connu surtout pour avoir déclenché la guerre anglo-zouloue, au cours de laquelle l'armée britannique connut une de ses défaites les plus retentissantes (bataille d'Isandlwana, ).

Jeunesse Frederic A. Thesiger, né le , était le fils de Frederic Thesiger, un avocat qui fut nommé 2 fois (en 1856 et 1866) Lord Chancellor (lord chancelier) par Lord Derby (Edward Smith-Stanley, de Derby), et fut créé Chelmsford.

Frederic Thesiger étudia à la public school élitiste d'Eton.

Débuts thumb|right|upright|Lord Chelmsford en 1879, à 52 ans, dessiné par un officier lors de la bataille d'Ulundi. Le jeune Frederic fut attiré par la carrière des armes. Il ne put obtenir de poste dans le très prestigieux régiment des Grenadier Guards, mais put entrer (en 1844) dans la Rifle Brigade

En 1845 il est stationné avec la Rifle Brigade à Halifax (Nouvelle-Écosse). Il a alors la possibilité d'acheter son transfert comme enseigne dans les Grenadier Guards ; il en est lieutenant en , et capitaine en 1850.

Thesiger est ensuite nommé aide de camp du lord-lieutenant d'Irlande, Lord Eglinton (1852), puis aide de camp du Commander-in-Chief in Ireland, Sir Edward Blakeney, de 1853 à 1854.

Maturité

Guerre de Crimée En , Thesiger part pour la Crimée ; il sert d'abord avec son bataillon, puis est nommé (en ) aide de camp du commandant de la division, le lieutenant general Markham.

En , il est nommé deputy assistant quartermaster general (fourrier en second) de l'état-major. Il est ensuite promu au rang de brevet major, est MiD (Mentionned in Despatches ), il est aussi décoré de l'ordre turc de Medjidie () , et reçoit les médailles de Crimée britannique, turque et italienne.

En 1857 Frederic Thesiger est promu capitaine puis lieutenant-colonel.

En Inde et en Éthiopie En 1858 il est transféré (avec le même grade) au 95° régiment d'infanterie (Derbyshire) ; il participe à la fin de la répression de la révolte des cipayes, et est à nouveau MiD (mentionné dans les dépêches).

De 1861 à 1862 Thesiger est deputy adjutant general (administrateur en second) à Bombay. En 1863 il est promu au grade de colonel.

Il est à nouveau deputy adjutant general lors de l'expédition britannique en Éthiopie (1868), à l'issue de laquelle il est nommé compagnon de l'ordre du Bain et aide de camp de la reine Victoria (1868).

Il est ensuite adjutant general (officier supérieur de l'administration des armées) en Asie du Sud-Est de 1869 à 1874.

Retour en Angleterre En 1874 Thesiger revient comme colonel à Shorncliffe (Kent), puis à Aldershot. Il est nommé brigadier general, puis major general en 1877.

En Afrique du Sud En Thesiger est nommé à la tête des forces britanniques en Afrique du Sud, avec le grade de lieutenant general. En son père décède et il lui succède comme baron Chelmsford.

La des guerres cafres En Thesiger remporte, avec une troupe peu nombreuse, la et dernière des guerres cafres ; il est nommé KCB (chevalier de l'ordre du Bain) en .

La guerre anglo-zouloue Le Thesiger envahit (sur l'ordre du high commissioner en Afrique du Sud, Sir Henry Bartle Frere, qui n'a pas attendu l'aval du gouvernement britannique) le royaume de Zoulouland. Le déroulement des événements qui ont précédé l'invasion est complexe.

Genèse de la guerre anglo-zouloue thumb|Cetshwayo kaMpande, roi de la nation zouloue, en 1875

En 1865, Cetshwayo kaMpande héritier du royaume zoulou, entre en conflit avec les Boers : il leur avait offert une bande de terre le long de la frontière sud de son royaume (en échange de son frère qui avait fui après avoir, disait-il, conspiré contre lui) puis avait contesté la validité de la cession. Après que Zoulous et Boers se furent affrontés au nord de la rivière Pongola, les 2 parties acceptent l'arbitrage du lieutenant governor du Natal; mais par la suite Zoulous et Boers se disent tous deux mécontents de la décision prise par le haut fonctionnaire britannique.

En 1873, à la mort de son père, Cetshawayo devient chef absolu de la nation zouloue tout entière et il entame une politique hostile vis-à-vis des Blancs : il aide en sous-main des tribus révoltées (les Xhosas au Transkei, celles du chef Sikukuni au Transvaal) , il réarme et réorganise ses Zoulous selon les méthodes du grand guerrier que fut son oncle Chaka, il achète des armes à feu, il déclenche une campagne d'obstruction contre l'action des missionnaires.

Cependant en 1874, Henry Herbert (4e comte de Carnarvon), après avoir confédéré le Canada, pense que le même schéma peut être appliqué à l'Afrique du Sud : le désir des Boers d'installer une classe blanche minoritaire et dirigeante au-dessus d'une vaste classe laborieuse noire au service des usines à sucre et des mines (8) n'est d'ailleurs nullement opposé au schéma politique britannique. Mais il existe 2 obstacles notables à cet arrangement : 2 Etats libres, la république boer d'Afrique du Sud et le royaume de Zoulouland.

Sir Henry Bartle Frere, nommé en 1877 high commissioner en Afrique du Sud ne tarde guère à créer un casus belli contre les Zoulous en montant en épingle divers incidents et en créant des tensions entre les communautés.

thumb| Le fleuve Tugela traverse le Natal d'ouest en est, de sa source dans le massif de Drakensberg à son estuaire dans l'Océan Indien. En 1879, lors du début de la guerre anglo-zouloue, il marquait la frontière entre le Natal des Boers au sud et le royaume de Cetshwayo au nord

En 1876 Cetshwayo a fait exécuter des jeunes filles zouloues qui refusaient d'épouser ses soldats, ce qui a soulevé la réprobation au Transvaal voisin, toujours opposé aux Zoulous sur la question de la frontière entre les 2 États. Et Sir Bartle Frere énonce que la commission qui a jugé le différend frontalier entre Zoulous et Boers du Natal a nettement défavorisé les Blancs. Par ailleurs Sir Theophilus Shepstone, jusque-là apparemment défenseur des Zoulous et donc en bons termes avec Cetshwayo, persuade les Boers du Transvaal d'accepter la protection britannique (en fait, il s'agit d'une annexion), et passe donc ouvertement du côté des ennemis des Zoulous.

La tension monte de plus en plus entre les Blancs et les Zoulous. Et 3 "incidents majeurs" surviennent alors à point pour Bartle Frere : par 2 fois des Zoulous passent la frontière pour arrêter des épouses fugitives et les mettre à mort - et une équipe d'ouvriers routiers menée par 2 Blancs est arrêtée et malmenée dans le lit (alors presque à sec) du fleuve Tugela, qui fait office de frontière.

Bartle Frere, mettant à profit la lenteur des communications avec le pouvoir central à Londres pour le mettre devant le fait accompli, envoie alors le un ultimatum à rubriques multiples à Cetshwayo.

En résumé, selon les termes de cet ultimatum, « Le roi Cetshwayo devra livrer les pillards et les responsables des incidents de frontière à la justice du Natal, payer une amende de plusieurs centaines de tête de bétail, libéraliser le mariage, laisser les missionnaires étrangers et leurs adeptes exercer leurs activités... Et surtout il devra accepter la présence d'un résident britannique dans sa capitale, dissoudre son armée, arrêter la formation et l'entrainement intensifs de ses guerriers, et suivre pour ce qui concerne la défense de son royaume les recommandations des Britanniques. Faute d'une acceptation à la date du , les Britanniques se considéreront en guerre avec le royaume du Zoulouland. ».

Cetsawayo ne répond pas.

La première invasion thumb|Une des colonnes de Lord Chelmsford passe un cours d'eau à gué et s'enfonce en Zoulouland. Les cavaliers (lance en bandoulière et carabine dans l'étui) traversant en colonne par 2, les gros chariots conduits par un noir au long fouet et tirés par 7 paires de bœufs aux grandes cornes, l'attelage d'un petit canon de campagne s'abreuvant dans le courant. À droite des fantassins (accompagnés par un auxiliaire africain) s'apprêtent à traverser : l'un délace sa botte, et l'autre tient son Martini-Henry long ainsi que celui de son ami ; leurs collègues sont déjà déchaussés, pantalons roulés en haut des cuisses.

Lord Chelsmford, qui dispose en tout de britanniques et de indigènes (contre les de Cetshwayo) mais n'a pas l'aval officiel du gouvernement britannique, se lance le à l'attaque du royaume Zoulou.

Face aux Zoulous qui ne sont armés que de leur bouclier, de sagaies (iklwas), de bâtons et de rares armes à feu, les Britanniques disposent d'armes qui, pensent-ils, doivent leur assurer une supériorité écrasante sur les Noirs : 2 canons, le fameux fusil Martini-Henry, la mitrailleuse Gatling et même la fusée Congreve.

Chelsmford forme 3 colonnes qui doivent passer l'une par le district d'Utrecht (à l'ouest), l'autre par Rorke's Drift (au centre) et la par le cours inférieur du fleuve Tugela (à l'est), pour converger vers Ulundi, la capitale de Cetshwayo ; indigènes seront laissés à la frontière du Natal pour la garder.

La colonne du centre (, ) passe par le gué de Rorke's Drift, et s'enfonce dans l'arrière-pays. C'est la saison des pluies, les pistes sont boueuses, la progression des hommes et des 130 grands chariots traînés par des bœufs est épuisante et très lente : 10 miles en 10 jours.

Le Chelsmford, ignorant que zoulous sont à proximité, omet de faire former le cercle à ses chariots (laager), divise ses forces pour partir à la recherche des Zoulous et laisse 1000 de ses redcoats près du piton d'Isandlwana.

Quand zoulous attaquent le camp (voir l'article bataille d'Isandlwana) le commandant par intérim laisse ses soldats éparpillés en petits groupes et ne fait pas distribuer assez largement les munitions. Les Britanniques sont écrasés : (même nombre chez les Zoulous), et de plus 1000 fusils Martini-Henry (la fierté des troupiers britanniques, l'arme qui devait leur permettre d'écraser les ennemis sommairement équipés) tombent aux mains des Zoulous, avec Dans le film Zulu (Zoulou) , un officier britannique, assiégé à Rorke's Drift, et se rendant compte que les Zoulous tirent avec des Martini-Henry pris aux morts après la bataille d'Isandlwana, s'exclame (cf Wikiquote): Well, that's a bitter pill, our own damn rifles!("Et en plus ils ont nos p... de fusils ! La pilule est amère !").

Le même jour et le lendemain, attaquent le dépôt-ambulance établi à la mission de Rorke's Drift. Les Britanniques résistent victorieusement (voir l'article bataille de Rorke's Drift). Dans l'opinion publique britannique traumatisée, ce fait d'armes efface en partie le désastre d'Isandhlwana.

La colonne de l'est : sous le colonel Charles Pearson, elle traverse le fleuve Tugela non loin de la côte de l'océan Indien, repousse les Zoulous qui lui ont dressé une embuscade (bataille de l'Inyezane) , entre dans la mission désertée d'Eshowe et s'y fortifie.

Chelmsford envoie à Pearson un courrier par lequel (sans lui mentionner le désastre d'Isandhlwanaselon l'article "Siege of Eshowe" de WP en) il lui ordonne de battre en retraite. Mais les Zoulous ont déjà coupé les lignes de communications, le siège d'Eshowe débute.

La colonne de l'ouest, menée par le colonel Evelyn Wood, devait faire diversion et occuper les tribus zouloues du nord-ouest. Wood, qui avait établi un kraal (camp fortifié) à Tinta, près de la montagne de Hlobane, allait attaquer un impi (corps d'armée) de lorsqu'il apprend la défaite britannique d'Islandhwana. Il décide de se retirer dans son kraal : ses forces sont les seules qui ne sont ni détruites ni assiégées, mais elles sont trop faibles pour continuer l'offensive. Fin de la invasion.