La campagne des îles de l'Amirauté (également connue sous le nom de code opération Brewer) est une série de batailles s'étant déroulée lors de la campagne de Nouvelle-Guinée de la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle la de cavalerie américaine a pris le contrôle des îles de l'Amirauté, alors occupées par les Japonais.

Se basant sur les rapports de la United States Air Force précisant qu'il n'y avait aucun signe d'activité ennemie et que les îles avaient été peut-être évacuées, le général Douglas MacArthur a accéléré son emploi du temps pour la capture des îles et a ordonné une reconnaissance immédiate. La campagne a débuté le lorsque les Américains ont débarqué sur Los Negros, la troisième plus grande île du groupe par sa superficie. En utilisant une plage isolée où les Japonais n'avaient pas prévu un assaut, les Alliés ont atteint une surprise tactique mais les îles s'avéraient toutefois loin d'être inoccupées. Une bataille acharnée s'ensuivit pour le contrôle de l'Amirauté.

La victoire des Alliés permit d'isoler l'importante base japonaise de Rabaul qui constituait l'objectif ultime de la campagne de ces derniers de 1942 à 1943.

Contexte Géographie vignette|gauche|Les îles de l'Amirauté sont au nord de la partie continentale de la Nouvelle-Guinée. Les îles de l'Amirauté se trouvent à au nord-est de la partie continentale de la Nouvelle-Guinée et à à l'ouest de Rabaul, seulement deux degrés au sud de l'équateur.

Le climat est tropical, avec des températures constantes élevées et l'humidité élevée et une pluviométrie annuelle de . Les orages sont fréquents. De décembre à mai dans le nord-ouest est la saison de la mousson, avec des vents dominants formant cette directionFrierson, The Admiralties : Operations of the 1st Cavalry Division, p.6–7..

La plus grande île du groupe est celle de Manus, qui fait environ d'est en ouest et du nord au sud. L'intérieur est montagneux, avec des pics à et en grande partie recouverte de forêt tropicale épaisse. Los Negros est séparé de Manus par le passage étroit de Loniu.

L'île dispose de deux ports importants : Papitai sur la côte ouest, qui relie le port de Seeadler et Hyane sur la côte est. Les deux sont séparés par une broche de sable de de large. Les indigènes avaient construit une voie de glissement sur laquelle ils pouvaient faire glisser les canots entre les deux ports. L'entrée principale était constituée par un passage de de large entre les îles Hauwei et les îles Ndrilo. Le port de Seeadler était d'environ d'est en ouest et de du nord au sud et jusqu'à de profondeurFrierson, The Admiralties : Operations of the 1st Cavalry Division, pp. 4–5..

Préparatifs alliés vignette|Le vice-amiral Thomas C. Kinkaid (centre gauche) avec le général Douglas MacArthur (au centre) sur le pont du pavillon du l' lors du bombardement de pré-invasion de l'île de Los Negros. En , le Joint Chiefs of Staff approuve une série d'opérations contre le bastion japonais de Rabaul, qui bloque toute l'avancée des Alliés sur la côte de nord de la Nouvelle-Guinée vers les Philippines et la base navale japonaise de Truk. En accord avec la stratégie globale des Alliés visant à s'assurer une victoire sur le front européen en objectif principal, ces opérations n'ont pas pour but la défaite immédiate de l'empire du Japon mais simplement la réduction de la menace posée par des avions et des navires de guerre japonais basés à Rabaul aux communications aériennes et maritimes entre les États-Unis et l'Australie.

Par accord entre les nations alliées, en , le théâtre du Pacifique a été divisé en plusieurs zones, parmi lesquelles la zone du Pacifique Sud-Ouest, sous commandement du général Douglas MacArthur, et les zones de l'océan Pacifique, sous le contrôle de l'amiral Chester Nimitz. Rabaul est tombé dans la zone de MacArthur mais les opérations initiales dans le sud des îles Salomon est transféré sous le commandement de NimitzMiller, Cartwheel: The Reduction of Rabaul, p. 1–2.. La réaction japonaise est plus violente que prévu et plusieurs mois passent avant que les Alliés n'obtiennent une victoire à Guadalcanal. Pendant ce temps, les forces du général MacArthur, principalement australiennes, repoussent une série d'offensives japonaise en Papouasie, dont lors des batailles de Milne et de WauMiller, Cartwheel: The Reduction of Rabaul, pp. 5–6..

Lors de la conférence militaire du Pacifique en , le Joint Chiefs of Staff approuve la dernière version du plan du général MacArthur pour une offensive sur Rabaul. En raison d'une pénurie de matériels, particulièrement de bombardiers lourds, la dernière étape du plan, la capture de Rabaul en elle-même, a été reportée jusqu'en 1944Hayes, The History of the Joint Chiefs of Staff in World War II : The War Against Japan, p. 312–334..

En , le Joint Chiefs envisage de neutraliser et de contourner l'avant-poste japonais mais la United States Navy aurait encore besoin d'une base plus avancée pour sa flotteHayes, The History of the Joint Chiefs of Staff in World War II: The War Against Japan, pp. 425–430.. Les îles de l'Amirauté pourraient alors servir à cette fin car elles contenaient des zones plates pour les pistes d'atterrissage, de l'espace pour les installations militaires et le port de Seeadler était suffisamment grand pour accueillir une force opérationnelle navaleMorison, Breaking the Bismarcks Barrier, p. 432.. Le , le Joint Chiefs of Staff adopte un plan qui prévoit une neutralisation plutôt qu'une capture de Rabaul et qui prévoit l'invasion des îles de l'Amirauté pour le Hayes, The History of the Joint Chiefs of Staff in World War II: The War Against Japan, p. 427–430..

Tout au long de , des aéronefs de la United States Air Force et de la Royal Australian Air Force basés dans îles Salomon et sur Kiriwina ont conduit une offensive aérienne soutenue contre Rabaul. Sous cette pression constante et implacable, la défense aérienne japonaise a commencé à faiblir, ce qui permit de procéder à un parachutage le dans les îles Green, qui se situent à un peu plus de de Rabaul. Les 16 et , la Task Force 38 de la United States Pacific Fleet attaque la principale base japonaise à Truk. La plupart des avions japonais de Rabaul sont alors rappelés pour défendre la base le Mortensen, « Rabaul and Cape Gloucester », in Craven and Cate (eds), Guadalcanal to Saipan, p. 350–356.. Pendant ce temps, le , le général MacArthur émet des ordres pour l'invasion des îles de l'Amirauté, le nom de code Opération Brewer qui est à présent prévue pour le .

Les forces affectées comprenaient principalement la de cavalerie ainsi que l'escadre de la Royal Australian Air Force, fournissant un appui aérien rapproché. S'ajoutaient également le d'embarcation et de shore, le amphibie tracté et des marins appartenant aux Seabee, formant un total de Miller, Cartwheel: The Reduction of Rabaul, pp. 316–317. En raison des changements de plans, l'ensemble des unités affectées ne seront pas déployées..

Le , trois bombardiers B-25 Mitchell de la 5th USAAF survolent à basse altitude Los Negros et constatent qu'il n'y a aucun signe d'activité ennemie et que les îles ont peut-être été évacuéesReports of General MacArthur, vol. I, p. 137.. Le lieutenant-général George Kenney, commandant des forces aériennes alliées dans la région Pacifique Sud-Ouest propose à MacArthur de porter un coup décisif sur les îles. Selon ce dernier, dans l'un de ses rapports :

Déroulement de la campagne Missions de reconnaissance alliées Les ordres sont donnés le à un escadron renforcé de la de cavalerie pour effectuer une mission de reconnaissance en cinq jours. Si les îles de l'Amirauté ont effectivement été évacuées, elles seraient alors occupées. Si l'ennemi étaient puissant, alors la force pourrait être retirée. Le général MacArthur et le vice-amiral Thomas Kinkaid, le commandant des Forces navales alliées dans la région Pacifique Sud-Ouest, seraient à portée de main pour prendre la décision d'attaquer mais auraient sinon délégué le commandement à l'amiral William Fechteler, le commandement du Groupe amphibie 8 (Amphibous Group 8) de l'arrière-force du VII Amphibious Force sous commandement de l'amiral Daniel Barbey. Pour les accueillir, le croiseur léger a eu l'ordre de prendre le cap. À l'époque, il se trouvait alors à Brisbane, avec plus de 300 membres de son équipe en permissionMorison, Breaking the Bismarcks Barrier, p. 435.. Afin de les prendre par surprise et d'atteindre les îles de l'Amirauté en cinq jours seulement, des High Speed Transports (APD) étaient nécessaires, les Landing Ship Tank étant bien trop lents pour parcourir la distance requise en quelques joursBarbey, MacArthur's Amphibious Navy, p.145–151.. Seulement trois APD étaient alors disponibles : le USS Brooks, Humpreys et Sands. Chacun pouvait accueillir jusqu'à 170 hommes. Les troupes restantes sont transportées sur les neuf destroyers : USS Bush, Drayton, Flusser, USS Mahan, Reid, Smith, Stevenson, Stockton et Welles. Au total, feront partie de la mission de reconnaissanceMorison, Breaking the Bismarcks Barrier, p. 436–437..

Cette force était commandée par le brigadier général William Chasse, commandant de la de cavalerieHirrel, Bismarck Archipelago, p. 14.. Elle comprenait également trois compagnies de fusiliers et les mitrailleurs du du de cavalerie, un peloton du d'artillerie de campagne avec deux obusiers de , le Anti-Aircraft Machine Gun Battery (Airborne)Frierson, The Admiralties : Operations of the 1st Cavalry Division, p. 18–19. et 29 Australiens de la Australian New Guinea Administrative Unit, qui devaient aider à la collecte de renseignements et de négocier avec la population indigène des îles, soit Powell, The Third Force:ANGAU's New Guinea War 1942–46, p. 82..

vignette|La première tête de pont alliée sur Los Negros le 29 février 1944. Une fois les îles capturées, une force de suivi avec le reste du de cavalerie, du d'artillerie de campagne et du de construction navale prendraient le cap sur des Landing Ship Tank à partir de Finschafen pour les îles de l'AmirautéBarbey, MacArthur's Amphibious Navy, p. 152.. Au personnel de camp qui se disait préoccupé par l'attribution d'une mission aussi dangereuse pour une unité sans expérience du combat, le général MacArthur rappelle comment le de cavalerie avait combattu aux côtés des troupes de son père dans la campagne contre Geronimo. « Ils se battaient », dit-il, alors « ils vont se battre maintenantTaafe, MacArthur's Jungle War, p. 61.. »

Le major-général Charles Willoughby des services de renseignement G-2 n'était toutefois pas en accord avec les rapports des aviateurs qui affirmaient que les îles étaient inoccupées. S'appuyant sur le Ultra et le Allied Intelligence Bureau japonais seraient présents selon une estimation le .

Le , l'estimation est revue à la hausse, . Les renseignements attribuaient alors l'absence de tirs anti-aériens à la situation logistique japonaise, croyant qu'il s'agissait d'une mesure pour conserver des munitions. Le lieutenant-général Walter Krueger, commandant de la américaine a rappelé plus tard que personne n'avait cru à son quartier-général que les îles étaient inoccupées. Ce dernier dirigeait une compagne de six hommes des Alamo Scouts, débarqués sur la côte sud de Los Negros le sous couverture d'un raid aérien. Les éclaireurs ont rapporté que la côte sud était « pleine de JapsKrueger, From Down Under to Nippon, p. 48–49. ».

Défenses japonaises