L’insurrection dans le royaume des Deux-Siciles de 1847 est le prolongement de l'insurrection de 1820 mais à la fois le commencement du Printemps des Peuples. Elle vise à obtenir une monarchie constitutionnelle dans le royaume des Deux-Siciles. Elle est le fruit d'un long processus de préparation par des Comités de libéraux de toutes les régions de l’État mais particulièrement par un comité réuni à Naples qui décide de trois insurrections : une à Messine, une à Reggio de Calabre et une dans le district de Gerace.
La révolte de Messine commence le soit un jour plus tôt que les deux autres mais elle est rapidement réprimée. Celle de Reggio de Calabre débute le jour suivant, sous l'égide de Domenico Romeo, et mène à la création d'un gouvernement provisoire dirigé par Paolo Pellicano et la famille Romeo. Simultanément, la révolte de Gerace, menée par Rocco Verduci, débute. C'est elle qui durera le plus longtemps bien qu'elle se cantonnera surtout à un milieu rural.
La révolte de Reggio se termine par l'exécution de Domenico Romeo et celle de Gerace par l'arrestation des cinq principaux chefs et leurs exécutions. Ils passeront à la postérité sous le nom des Cinq Martyrs de Gerace : Rocco Verduci, Michele Bello, Gaetano Ruffo, Pietro Mazzoni et Domenico Salvadori.
Causes et débuts
Causes
Les tentatives de Cosenza thumb|Exécutions des frères Bandiera.
Le projet d'obtention d'une monarchie constitutionnelle était présent en Calabre dès 1843. En effet, un projet d'insurrection avait été mis en place par Carlo Poerio, Ottavio Graziosi et Domenico Frugiuele lors d'une réunion à Naples le . Il visait à soulever la population de la ville de Cosenza le mais rien ne se passa et la révolte n'eut pas lieu. Les raisons de ce non-lieu sont à chercher dans le manque d’organisation des insurgés et dans une grande tempête qui s’abattit sur Cosenza dans la nuit du 26 au .
Une nouvelle date pour une insurrection est donc fixée au par Antonino Plutino et le Comité libéral de Cosenza. Cette révolte échouera elle aussi. Le but était de créer un seul règne italien, comprenant aussi la Gaule cisalpine, gouverné par une monarchie constitutionnelle dont le roi serait Ferdinand II. Une des objections faites à l’encontre de cette idée est le manque de soutien des autres pays : la France et l'Angleterre ne peuvent apporter leur aide tout comme l’Espagne en raison des conflits intérieurs qu'elle subit.
Le , les frères Bandiera, Attilio et Emilio, débarquent en Calabre en provenance de Corfou. Ce sont deux jeunes Vénitiens ayant adhéré aux idées de Giuseppe Mazzini et ayant fondé une société secrète : L’Esperia. Ils accostent à l'embouchure du fleuve Neto, à proximité de Crotone, avec l'intention de prendre la ville de Cosenza. Malheureusement pour les frères Bandiera, ils ne trouvent pas d'insurgés car l'insurrection a pris fin et à ce moment il n'y a aucune rébellion contre l'autorité du roi Ferdinand II des Deux-SicilesIstituto di storia del Risorgimento italiano Comitato cosentino, I martiri cosentini del 15 marzo 1844: celebrazione ad iniziativa della consulta del comitato cosentino del Regio Istituto di storia del Risorgimento italiano: 15 marzo 1937, Cosenza, SCAT, 1937.. La recherche des rebelles par les gardes civiques des Bourbons commence immédiatement. Lorsque le petit groupe se trouve devant les portes de San Giovanni in Fiore, ils sont repérés, et après un court combat aux alentours du lieu-dit la Stragola, ils sont capturés, à l'exception du brigand Giuseppe Melusi qui connaît très bien la région étant lui-même originaire de San Giovanni in FioreRapport:-- .. Ils sont d'abord emmenés dans la prison de la ville à l'exception des blessés qui sont transportés à Cosenza. Les prisonniers sont présentés devant la cour martiale qui les condamne à mort. Le roi Ferdinand II se montre sévère et en gracie peu, les frères Bandiera avec sept autres compagnons, Giovanni Venerucci, Anacarsi Nardi, Nicola Ricciotti, Giacomo Rocca, Domenico Moro, Francesco Berti et Domenico Lupatelli sont fusillés dans le vallon de le ..
Les libéraux à Sant'Agata et à Catanzaro
Dans le district de Gerace, très peu d'épisodes de protestation contre le gouvernement ont lieu dans les décennies précédant l'insurrection de 1847 même s'il est probable que des groupes secrets de libéraux se soit formés comme c'est le cas à Sant'Agata del Bianco en 1833. Le de cette année, le prêtre du village, don Vincenzo Tedesco, ayant entre autres rencontré l'écrivain, illustrateur et ornithologue britannique Edward Lear, rapporte au sous-intendant de Gerace la présence d'une secte libérale à Sant'Agata, Nuovi Europei Riformati, lié au carbonarisme. Il semble que les membres de ce groupe se reconnaissaient entre eux grâce à un langage secret. Parmi ceux qui firent partie de cette secte, Tedesco dénonce le nouveau maire du village, Gregorio Scabellone, le chancelier de la commune, Giuseppe Luca, ainsi que le premier conseiller municipal et le frère de celui-ci, Nicola et Giuseppe Mesiti. La secte entretenait des rapports avec plusieurs libéraux de communes voisines, dont Antonio Virduci ou Verduci, père du patriote Rocco Verduci, futur chef d'une des trois révoltes de l'insurrection de 1847 : la révolte de Gerace.
La secte de Sant'Agata del Bianco, Nuovi Europei Riformati prenait origine de la première secte libérale et carbonariste de Catanzaro. En effet, le carbonarisme avait été introduit à Catanzaro par les frères Marincola, officiers du beau-frère de Napoléon Ier, Joachim Murat. Ces derniers avaient fondé la secte des Cavalieri Tebani qui suivait le Pacte de l'Ausonie de 1821L'Ausonie est le nom que des carbonari en 1821 avaient donné aux pays devant s'étendre sur toute l'actuelle Italie, une partie de la Croatie et aller jusqu'à la ville de Kotor (actuellement au Monténégro). Toutes les îles de la mer Adriatique et de la mer Méditerranée situées à moins de cent milles des côtes faisaient aussi partie de l'Ausonie. -- Voir . et qui vantaient des tendances républicaines et unitaires. À la suite de l'invasion de Naples par l'Autriche, Raffaele Poerio (l'oncle de Carlo Poerio et Alessandro Poerio) arriva à Catanzaro et se mit en accord avec les frères Marincola pour maintenir la secte sous le nom de Cavalieri Europei Riformati.
L’élection du Pape Pie IX
Le , le Pape Pie IX accède au trône pontifical. Son élection suscite un sentiment d'espoir parmi les libéraux. En effet, à peine un mois après, le pape concède une amnistie aux prisonniers politiques. Cette première réforme est suivie de plusieurs autres dont l'institution de la liberté de presse et la mise en place de ministères laïques. Outre ces nouveautés plaisant déjà aux libéraux, ils autorisent aussi les cercles et les associations politiques. Plusieurs groupes libéraux, demandant une monarchie constitutionnelle, apparaissent alors dans plusieurs États italiens.
Les Comités libéraux
Pour l'obtention d'une constitution, les libéraux de tout le royaume des Deux-Siciles se réunissent en comités selon leurs régions d'origine. Ces comités se rassemblent et tiennent des réunions à Naples, capitale du royaume, pour discuter des actions à mener mais, pourtant, ils n'arrivent pas à ce mettre d'accord sur les actions à entreprendre en raison des divergences d'opinions entre les membres des comités. En effet, Carlo Poerio soutient le commencement immédiat d'une insurrection tandis que Mariano d'Ayala est convaincu que cela ne servirait qu'à un inutile bain de sang.
Les comités choisissent alors Antonino Plutino, déjà responsable d'une tentative d'insurrection manquée à Cosenza en , pour préparer l'insurrection en Italie du Sud. Celui-ci se rend donc dans les diverses provinces du royaume et revient avec le verdict que toutes les régions étaient prêtes à se soulever sauf celles de Reggio de Calabre et de Messine. Les comités se firent donc un devoir de les préparer au mieux. Alors que l'insurrection était sur le point d'exploser, l'arrivée des frères Bandiera interrompit l'activité préparatoire qui durait maintenant depuis trois ans. À la suite de l’arrestation des deux frères, il fallut tout recommencer jusqu'à ce qu'arrive l'année 1847.
Bien que les principaux comités libéraux se formaient surtout dans les grandes villes du royaume, de petits comités d'importance mineure se formèrent aussi dans le district de Gerace. Les chefs de ces comités étaient le médecin Vitale à Cap Spartivento, les familles Musitano, Medici et De Angelis à Brancaleone, le baron Caffarelli à Ferruzzano, le prêtre Lorenzo Musi et son frère Domenico Musi ainsi que la famille Martelli à Staiti et enfin, le carbonaro et franc-maçon Giuseppe Amaduri et ses fils Luigi et Vincenzo Amaduri à Gioiosa Ionica.
Dès 1846, il existe des liens entre les révolutionnaires de Sicile, de Calabre et de Naples sous l’égide de Carlo Gemelli, écrivain et mazzinien.. L'objectif est la promulgation d'une constitution de la part de Ferdinand II des Deux-Siciles. Les principaux membres sont Agostino et Antonino Plutino, Domenico Romeo et Rocco Verduci pour la Calabre et Carlo Poerio pour Naples.
Entre juillet et , plusieurs réunions se tiennent à Naples pour mettre en place ce qui sera l'insurrection de 1847.
Domenico Romeo à Reggio
L’occasion fournie pour l’insurrection fut un manque de céréales touchant le district de Reggio au printemps 1847 et une divergence entre le maire de la ville, Giuseppe Logoteta Mari, et le nouvel intendant, Majolino. Le gouvernement chargea donc Domenico Romeo, inspecteur général des Entreprises des Douanes, d’aller en Calabre pour s’occuper de l’affaire. Domenico Romeo saisit l'occasion pour étendre ses idées révolutionnaires. Il imagine alors, avec l'accord du Comité de Messine, une action révolutionnaire simultanée qui devrait avoir lieu à la fin de l’été mais le Comité de Sicile et le Comité des Abruzzes refusent. Domenico Romeo et quelques libéraux de l'ouest de la Sicile décident donc d'une insurrection à Reggio de Calabre et à Messine.
Cette insurrection simultanée entre Messine, Reggio mais aussi le district de Gerace, et la date pour laquelle elle sera prévue sont décidées à Naples, dans la maison de Carlo Gemelli, en présence de Carlo Poerio, Mariano d'Ayala, Casimiro De Lieto et Domenico Romeo pour représenter la Calabre et Domenico Piraino, futur membre du gouvernement provisoire de la Sicile en 1848 et futur gouverneur de Messine, pour représenter le Comité de Messine.
Une insurrection de grande ampleur se préparant donc entre Messine, Reggio et le district de Gerace. Rocco Verduci, futur commandant de la révolte de Gerace, et Gemelli viennent chercher de grandes quantités de poudres à Reggio de Calabre et les cachent dans la campagne aux alentours de Gerace. À Reggio, des munitions sont fabriquées dans la maison du chanoine Paolo Pellicano, futur dirigeant du gouvernement provisoire de la révolte de Reggio, tandis que des gibernes et des chaussures pour les futurs insurgés sont fabriquées chez le cordonnier Lorenzo Colosi. Le coût de fabrication est payé grâce aux dons des libéraux les plus riches. Pendant ce temps, une délégations de libéraux de Reggio se rend à Messine et fixe la date de l'insurrection au .
Déroulement de l'insurrection
Révolte de Messine
Insurrection dans les rues de Messine Bien que les trois révoltes de Messine, Reggio Calabria et Gerace auraient dû avoir lieu simultanément le , la ville de Messine, en Sicile, se soulève le en devenant ainsi la première ville insurgée..
L'insurrection se propage rapidement dans la ville aux cris de (). Les chefs de la révolte de Messine sont les patriotes Antonino Pracanica, Antonio Caglià, Girolamo Mari, Vincenzo Mari, Luigi Migali, Salvatore Santantonio, Francesco Saccà, Andrea Miloro et Andrea Nesci.