Emmanuel-Auguste de Cahideuc, comte du Bois de La Motte, dit « Dubois de La Motte », né en 1683 à Rennes, mort le à Rennes, est un officier de marine français des règnes de Louis XIV et de Louis XV. Entré jeune dans la Marine royale, il fait ses débuts pendant la guerre de Succession d'Espagne (1702-1713), mais ce n'est qu'après la signature du traité d’Utrecht en 1713 qu'il connait une série de promotions. Nommé chef d'escadre et gouverneur général de Saint-Domingue en 1751, il est fait Commandeur de Saint-Louis l'année suivante.
Emmanuel-Auguste de Cahideuc se distingue pendant la guerre de Sept Ans en ravitaillant et en défendant l'établissement français de Louisbourg sur l'île Royale, en 1757, mais contraint par une épidémie à rentrer en France, il ne peut empêcher la ville de tomber l'année suivante. Retiré de la vie militaire, il participe à la défense de Saint-Malo où les Anglais essayent de débarquer en 1758, ce qui lui vaut d'être décoré de la Grand-croix de l'Ordre de Saint-Louis en 1761 et promu vice-amiral du Levant le . Il meurt l'année suivante à l'âge de 81 ans.
Biographie Origines et famille
Les Cahideuc, ancienne famille de chevalerie bretonne originaire de la paroisse d’Iffendic en Ille-et-Vilaine, pouvant justifier de 14 générations successives, sont déclarés d’ancienne extraction à la Réformation en 1668.. Leur château s’élevait à 2 kilomètres dans l’ouest d’Iffendic, où une ferme porte encore le nom de Cahideuc. Leurs armoiries sont de gueules à 3 têtes de léopard d’or et leur devise « Antiqua fortis virtute »Alphonse Chassant, Henri Tausin, Dictionnaire des devises historiques et héraldiques : avec figures et une table alphabétique des noms, J.-B. Dumoulin, Paris, Lire en ligne ; elles figurent toujours sur les vitraux et les piliers de l’église d’IffendicIffendic sur www.infobretagne.com.
Le fondateur de la famille, Jehan de Cahideuc, est mort vers 1200 ; Robert de Cahideuc, qui épouse Jeanne de Montfort, se croise en 1248 ; Raoul de Cahideuc, époux de Louise de Liscouët, est écuyer tranchant de la reine sous François . François, onzième seigneur de Cahideuc, né en 1530, époux de Françoise de Coëtlogon Méjusseaume en 1555, veuf en 1570, devient prêtre, chanoine de Rennes et Prieur de Bécherel, d’Iffendic et de Saint-Nicolas de Montfort ; son fils Arthur, né en 1562 à Rennes, fait le blocus de l’île Tristan à Douarnenez en 1595 contre le pirate Fontenelle et meurt à Bignan près de Locminé en 1631 ; il était seigneur de Saint Armel au sud de Rennes et baron du Guildo..
La terre du Bois de La Motte, dans la commune de Trigavou au nord de Dinan, dans les Côtes-d'Armor, est érigée en bannière le par le duc Jean V de Bretagne au profit de son chambellan Jean de Beaumanoir, né au château d'Evran au sud de Dinan ; à cette époque s’élève au Bois de la Motte un château fort avec douves, pont levis, murailles, tours crénelées et donjon. Par mariage des héritières des seigneurs du Bois de La Motte, la seigneurie passe successivement à François de Coëtquen, à Michel de Bellouan et à Jean d’Avaugour (1550-1617), gouverneur de Dinan. Son fils Jean II d’Avaugour, dont la terre du Bois de La Motte est érigée en marquisat en 1621 par Louis XIII (premier marquis) meurt en 1654 sans enfants. Le marquisat passe à la fille du frère utérin de son père Guyonne de Montbourcher, qui a épousé en 1633 Sébastien de Cahideuc ( du nom), lequel devient ainsi deuxième marquis du Bois de la Motte en 1654.
Leur fille Jeanne épouse François d’Andigné, seigneur de la Chasse (château voisin de celui des Cahideuc), qui acquiert la terre de Cahideuc reliée, selon la légende, par un souterrain à La Chasse ; leur fils Jean-François né en 1640 à Cahideuc ( du nom) épouse en 1664 Gilonne-Charlotte de Langan, fille du marquis de Bois Ferrier, fait reconstruire l’église de Saint-Armel et devient en 1670, à la mort de son père le troisième marquis du Bois de la Motte.
Le marquis et la marquise du Bois de la Motte habitent Rennes dans leur hôtel particulierL'Hôtel de Brie, situé rue du Chapitre à Rennes. Il fait corps avec l’Hôtel de Blossac. Construit pour le président du Parlement de Bretagne, Loysel de Brie, il passe par succession à la famille de Cahideuc en 1624, il est loué par les Intendants de Bretagne de 1692 à 1725, puis acheté (échangé) par Louis Gabriel de la Bourdonnaye de Blossac (1727), qui y accole son propre hôtel. À la Révolution, il est saisi comme bien national sur les de Cahideuc. Il est actuellement occupé par l'Université de Rennes 1, et le château du Bois de la Motte en Trigavou près de Dinan ; ils ont successivement deux fils : Jean François, né en 1665, et Henri-Charles, né à Rennes en 1673 ; deux filles : Marie-Anne, morte à sa naissance en 1679, et Claire Hyppolyte, née à Rennes en 1681, qui deviendra visitandine ; un troisième fils en 1683, Emmanuel-Auguste ; une troisième fille Julienne Lucrèce, née à Rennes en 1685, et un quatrième fils Achille né en 1688.
Jeunesse Né en 1683 à Rennes, Emmanuel-Auguste de Cahideuc est baptisé en la paroisse de Saint-Sauveur le ; Charles René d’Andigné, son parrain, Jeanne de Cahideuc, épouse de François d’Andigné, sa tante et Thérèse Boterel, dame de la Voué, sa marraine, ont signé sur le registre de Saint-Sauveur.
Le jeune garçon, dont le père est conseiller au Parlement de Bretagne, fait ses études à Rennes et passe ses vacances avec ses frères et ses sœurs au château du Bois de la Motte, où pendant cinq ans règne encore sa grand-mère la marquise douairière, née Guyonne de Montbourcher, décédée en 1688, l’année de la naissance de son dernier frère. Il perd en 1692 le premier de ses frères aînés, Jean François, capitaine de dragons, marquis de Brie, tué à 27 ans en Savoie et inhumé en la cathédrale de Rennes ; son père réserve son bien à son deuxième fils Henri Charles, qui deviendra le du Bois de la Motte.
Carrière dans la Marine royale Débuts comme garde de la Marine à Brest Admis garde de la Marine le à 15 ans, Emmanuel-Auguste entre à la Compagnie de Brest le ; le cousin de son père, le chef d’escadre Alain-Emmanuel de Coëtlogon, n’est certainement pas étranger à sa vocation maritime, destinée d’ailleurs normale pour un cadet sans fortune.
À partir de , le jeune du Bois de la Motte fait ses classes à Brest dans la Compagnie des Gardes, un an après le traité de Ryswick, qui mettait fin à la guerre de la Ligue d'Augsbourg. Les compagnies des Gardes dans les ports doivent former les officiers de vaisseau et leur fonctionnement est réglé par l’Ordonnance de 1683 rédigée avant sa mort par Colbert, qui disait « Tout ce qui s’est fait et se fera dans la Marine ne servira de rien, si l’on n’a pas de bons officiers ». Emmanuel-Auguste s’exerce aux évolutions militaires, au maniement des armes, à la pratique des arts du gentilhomme : escrime, danse… , il visite l’arsenal et se prépare à son métier d’officier de marine.
Avec plusieurs camarades, Emmanuel-Auguste embarque en 1699 sur le vaisseau L’Éclatant du lieutenant-général comte de Relingues. L’effectif des Gardes constitue un vingtième de l’équipage. Traité en soldat, il fait la police, porte des ordres, arme les batteries et est initié par les officiers et les pilotes à la manœuvre et à la navigation. Le jeune Du Bois de la Motte va naviguer et apprendre son métier sur L’Éclatant de 1699 à 1701 et sur Le Merveilleux dans l’escadre du comte de Châteaurenault, promu vice-amiral à la mort de Tourville, de 1701 à 1703.
Baptême du feu pendant la guerre de Succession d'Espagne (1702-1713)
Durant la guerre de Succession d'Espagne, Le Merveilleux escorte des galions espagnols à travers l’Atlantique et ne participe pas au désastre de Vigo le durant lequel l’amiral Rooke s’empare de 6 vaisseaux français, de 3 vaisseaux et 6 frégates espagnols et de 19 galions ramenés de La Havane par Châteaurenault, tandis que 9 vaisseaux français sont incendiés dans le port pour ne pas tomber aux mains des Anglais.
En 1703, Emmanuel-Auguste de Cahideuc embarque sur le vaisseau La Couronne, armé à Toulon et commandé par le chef d’escadre M. de Châteaurenault, fils du vice-amiral, qui sert dans l’escadre du lieutenant-général de Coëtlogon. celui-ci, sur Le Monarque, attaque avec son escadre le , au large de Lisbonne un convoi hollandais escorté par 5 vaisseaux, dont l’un est coulé et les 4 autres pris. Le jeune du Bois de La Motte reçoit dans cette affaire son baptême du feu, lorsque La Couronne aborde le Rescherner.
En 1704, il passe sur Le Terrible monté par le lieutenant-général de Relingues, qui sera mortellement blessé au combat de Vélez-Málaga le ; du Bois de la Motte est également blessé au bras durant la bataille. Il sert en qualité de lieutenant de grenadiers au siège de Gibraltar en 1705.
thumb|left|Bataille du cap Lizard, 21 octobre 1707Huile sur toile de Théodore Gudin. Le , Emmanuel-Auguste de Cahideuc sert comme lieutenant de grenadiers puis comme major des batteries de la défense côtière à Saint-Malo. Il revient alors souvent au château paternel du Bois de la Motte en Trigavou. En 1706, il devient second de la frégate La Dauphine, commandée par M. de Gouyon-MiniacLouis-François Gouyon, seigneur de Miniac (1667-1732), qui dans un combat très vif s’empare de 2 corsaires flessinguois de 30 et 36 canons emmenés à Port-Louis, de plusieurs marchands, d’un navire portugais de 36 canons, d’un vaisseau dans la rade de l’île Saint-Michel sous les forts malgré les tirs de toutes les batteries et d’un corsaire de Salé de 18 canons. En 1707, sur L’Achille, commandé par M. de Beauharnais dans l’escadre de Duguay-Trouin, du Bois de la Motte participe au combat du cap Lizard, durant lequel le , Duguay Trouin sur Le Lys et M. de la Jaille sur La Gloire s’emparent du de l’amiral Richard Edwards ; M. de Courserac sur Le Jason prend le ; M. de la Moinerie sur Le Maure vient à bout du ; seul le échappe à L’Achille, tandis que Forbin engage le , qui coule pavillon haut. Du Bois de la Motte est nommé brigadier des gardes-marine le .
thumb|En 1711, Dubois de La Motte participe à l'expédition contre Rio de Janeiro sous les ordres de Duguay-Trouin. Promu enseigne de vaisseau, le , du Bois de la Motte obtient du comte de Toulouse la permission d’armer et d’équiper en guerre, la frégate l' Argonaute de « pour courir aux pirates ». Il s’empare d’une frégate anglaise de même force, croise à l’ouvert de la Manche et se trouvant dans la brume au milieu de 5 gros vaisseaux anglais, s’échappe en manœuvrant. À la vue du cap Lizard, il rencontre une petite flotte anglaise de 7 à 8 navires marchands escortés par un vaisseau de 60 canons, auquel il livre un combat de trois heures en effectuant trois tentatives d’abordage. À la suite d’un incendie dans le gaillard d’avant, il est obligé d’abandonner la lutte : mâts abattus, gréements hachés ; sur d’équipage, il n’en reste que 80 debout ; son jeune frère Achille, âgé de 19 ans, a reçu deux coups de fusil au travers du corps et est coupé en deux par un boulet. Après une relâche à Brest pour réparer, il prend, avec L’Amazone de M. de La Jaille, 3 vaisseaux anglais ; il fait ensuite de nombreuses prises sur la côte d’Irlande et combat un corsaire flessinguois de 54 canons. Protégé de Duguay-Trouin, il participe avec lui à l’expédition réussie contre Rio de Janeiro le , au cours de laquelle il se distingue à la tête d’une compagnie de grenadiers. Il y commande le vaisseau de 46 canons l'Argonaute.
Il perd son père le , qui meurt à 72 ans en rentrant des États de Bretagne et est inhumé à Saint-Armel, dont il avait fait reconstruire l’église. Le , il épouse Jeanne François d’Andigné, la fille de son parrain et de Jeanne de Bréban, qui lui donnera un fils né à Saint-Malo en 1714, et un second fils, Charles François-Emmanuel né à Rennes en 1716.
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