vignette|375px|Carte de Wasselnheim, gravée en 1682 par Mathias Mérian,représentant le château et son village avant sa destruction en 1674. L’histoire de Wasselonne, commune française du département du Bas-Rhin dans la région Alsace est très riche en événements.

Des origines de la cité center|450px vignette|Eau-forte: Autel dédié à Diane à Wasselonne, Musée archéologique de StrasbourgObjet de la collection de J.-D. Schoepflin, disparus dans l’incendie de 1870. Des recherches archéologiques effectuées en 1990 au lieu-dit Wiedbield ont mis au jour des vestiges d’occupation humaine remontant au Néolithique, au Rubané, au Poinçonné, à la civilisation de Michelberg, à la période de Hallstatt, et aux ères gallo-romaine et mérovingienneWerl 1991, 454.

En fait, le peuplement humain de Wasselonne serait vieux de ans. Du mobilier retrouvé dans une glaisière atteste d’une occupation permanente à l’âge du bronze et à l’âge du ferWerl 1991, 12. Des pièces de bronze retrouvées par l’archéologue Robert Forrer montrent que Wasselonne était d’abord celtique.

À l’époque romaine, Wasselonne est un vicus peuplé par les Triboques. Le village se situait sur la colline de Durenberg et la rive gauche de la Mossig, et était un point de passage sur la ligne secondaire Dabo-KuttolsheimWerl 1991, 15.

Toponymie Attesté sous la forme Wazelnheim en 1221Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieu en France, Librairie Guénégaud, Paris, 1989 . p. 732., Wazzelenheim (sans date), Wasslenheim en 1851.

Le nom allemand de Wasselonne est Wasselnheim, conformément à la plus ancienne attestation. L'appellatif -heim « foyer, village », utilisé comme terminaison, est très commun en Alsace et il se retrouve dans le nom des villages voisins comme Marlenheim, Kirchheim, ou encore Nordheim, signifie « maison » ou « foyer ».

Le premier élément est sans doute un nom de personne germanique, comme la plupart des composés avec l'appellatif -heim. Albert Dauzat et Charles RostaingIbidem. proposent l'anthroponyme germanique Wezil.

En alsacien, le village porte le nom de Wàssle et en allemand Wasselnheim ou Wasslenheim. Le suffixe -le est aussi courant en alsacien pour remplacer le -heim allemand, comme Marlenheim dont le nom alsacien est Màrle. La forme Wasselonne (sans date), sans doute récente, est une francisation du nom germanique d'origine.

Héraldique et devise En 1696, l’armorial de Louis XIV confie à la commune de Wasselonne le blason suivant : « porte d’azur à un saint Laurent, martyr, vêtu en diacre tenant un gril de sa dextre abaissée, et une palme de sa senestre, le tout d’or ».

Le blason simplifié, « d’azur au gril d’or posé en barre » qui se trouve sur le linteau daté de 1606 du porche de la maison située 23 place du Marché, a été confirmé par l’empereur Guillaume II par une Wappenverleihung (attribution des armoiries) le .

Saint Laurent est le patron de la cité, de la paroisse catholique et le titulaire de l’église protestante de Wasselonne.

thumb|500px|center|De gauche à droite : 1. Porte d’azur à un saint Laurent, martyr, vêtu en diacre tenant un gril de sa dextre abaissée, et une palme de sa senestre, le tout d’or. Armorial de Louis XIV, 1696.2. D’or au gril de sable posé en barre, Frédéric-Emile Simon 1849 Jacques Baquol, L’Alsace ancienne et moderne ou Dictionnaire géographique, historique et statistique du Haut et du Bas-Rhin, Strasbourg 1849. pl. 4.3. Armoiries de Wasselnheim, période de la première annexion de 1871Wappenbuch der Gemeinden des Elsass, nebst Darstellung der Bannsteine mit statistischen Notizen fuer jede Gemeinde herausgegeben von Ludwig Schnhaupt. - Strassburg : Buchhandlung J. Noiriel, F. Staat, Nachfolger, 1900 (pl. 303).4. D’azur au gril d’or posé en barre, 1909.

Du Moyen Âge à la Renaissance, un château et sa cité De la construction au thumb|Wasselonne et son château en 1674,cuivre gravé par Mathias Mérian Wasselonne est mentionné pour la première fois dans un document de 754 sous le nom de Wasselnheim par la comtesse Adala, descendante des ducs d’AlsaceWerl 1991, 11; mais la découverte d’armes et de monnaies laissent présumer que le site fut habité dès l’époque Celtique.

Aucun texte n’évoque l’existence du château de Wasselonne avant le . S’il existait entre le et le , il devait être de proportions plus modestes et n’avoir été développé en une puissante forteresse qu’à partir du . Au début du , il est présenté comme l’une des forteresses les plus importantes de la Basse Alsace. Le château possédait vingt-sept tours, cinq énormes et vingt-deux plus petites.

Le château de Wasselonne était le siège du bailliage de Wasselonne. Les pierres utilisées pour sa construction ont été extraites des carrières de grès rose du Kronthal, identiques à celles qui ont servi à la construction de la Cathédrale de Strasbourg<ref>Marie-José Nohlen, La construction de la cathédrale gothique in 'Strasbourg - La grâce d’une cathédrale sous la direction de Joseph Doré, Éd. La Nuée Bleue, Strasbourg 2008.</ref>.

En 1308, la moitié du ban communal de Wasselonne est inclus dans une transaction entre l’empereur Henri VII et les évêques de Strasbourg pour les faire renoncer à leurs prétentions sur Mulhouse.

, la Guerre de Wasselonne. thumb|left|Siège du château pendantla Guerre de Wasselonne en 1448. thumb|Le château reconstruit vers 1450, dans son état de 1674,lithographie du . Un mariage princier a lieu en 1425 entre Friedrich von Dahn, fils de Walther von Dahn, bailli de Basse-Alsace, descendant d’une famille de nobles palatins dont le château ancestral se trouvait près de l’actuelle ville de Dahn dans le Palatinat et Eda von Waszelnheim, fille de Hans von Waszelnheim, bailli du fief impérial de Wasselonne. En 1447, pendant la Guerre de Wasselonne (1446-1448) que le Grand chapitre de Strasbourg eut à soutenir contre Guillaume, comte de Fénétrange et Walther von Dahn qui a possédé le fief impérial de Wasselonne de 1425 à 1483, Wasselonne fut assiégée et prise par ces derniers puis reprise par les troupes strasbourgeoises qui incendièrent le château en 1448. Il fut cependant reconstruit rapidement contrairement au château du Nideck, son voisin, lui aussi entièrement ravagé.

De tracé presque circulaire, se succédaient trois murs d’enceintes avec deux fossés sans eau. Une quinzaine de tours flanquaient les deux premières enceintes. Au centre, une haute tour carrée, ancien clocher d’église, faisait office de tour de guet.

Walther von Dahn vendit à la ville de Strasbourg, en 1496, pour florins, le château et le village de Wasselnheim, avec toutes les munitions de guerre, comme aussi Brechlingen, et la moitié des villages de Fridesheim et Utelnheim, vente à laquelle l’empereur Maximilien du Saint-Empire a donné son consentement, sous la double condition que la ville de Strasbourg préposerait toujours un personnage noble, pour recevoir les investitures des empereurs, et que les Adeltzheim remplaceraient les biens vendus par d’autres, qu’ils achèteraient à concurrence de , et qu’ils offriraient en fief à l’empire. La ville commit le chevalier Frédéric Bock, pour la représenter dans la première investiture, et l’empereur délégua le comte Henri de Hennenberg, écolâtre du grand chapitre, pour recevoir son serment. Les nobles de Lutzelburg, qui avaient un droit d’habitation dans le château de Wasselonne, ont de même vendu ce droit avec d’autres biens à la ville de Strasbourg, en 1506Schœpfflin, Histoire par ordre de seigneuries des villes, villages et hameaux de la Basse Alsace ou du Landgraviat inférieur, Strasbourg, Imp. Vve Silbermann, 1829..

, la Guerre des évêques.

thumb|Évêché de Strasbourg,Thaler de Jean de Manderscheid, 1575.

En décembre 1524, peu de temps après les premiers frémissements de la Réforme à Strasbourg, les responsables du bourg demandent au Magistrat un prédicateur évangélique. Andreas Keller-Cellarius sera son premier pasteur à partir de 1525 et Wasselonne passe à la Réforme.

L’évêque de Londres Edmund Grindal, qui devint en 1576 primat d’Angleterre, se réfugia à Wasselonne en pour se soustraire aux persécutions que sa volonté de réforme lui avait attirées sous le règne de la reine Mary I. Il s’instruisit de la langue allemande, au point qu'il y prêcha publiquement dans cette langue. Il y resta jusqu’en 1559.

Après la mort de Jean IV de Manderscheid (1569-1592), prince-évêque de Strasbourg et Landgrave de Basse-Alsace, Jean-George de Brandebourg (1577-1624), administrateur protestant et laïc de l’évêché de Strasbourg de 1592 à 1604 et le cardinal Charles II de Lorraine (1567-1607), s’étant disputé le siège épiscopal, il s’ensuivit la Guerre des évêques (1592-1604) qui mit l’Alsace rurale à feu et à sang et pendant laquelle Wasselonne fut occupée par les troupes du cardinal de Lorraine. Le , la place forte de Wasselonne fut abandonnée par les Strasbourgeois.

, le rattachement de l’Alsace au royaume de France. À l’issue de la Guerre de Trente Ans (1618-1648), l’Alsace exsangue fut rattachée à la France de Louis XIV.

Le château fut au cours de la Guerre de Hollande (1672-1678) l’objet d’un litige entre le maréchal de Turenne (1611-1675) et les Brandebourg. Il fut occupé successivement par les troupes de Turenne et celles de Louvois.

thumb|center|upright=1.5|Wasselonne, sur la place du Marché,linteau de porte armorié aux armes de Strasbourg et Wasselonne. En 1674, pendant la campagne de Turenne en Alsace, la cité fut prise par les troupes françaises : le commandant de la place-forte avait permis à quelques soldats français d’entrer dans le château ; lorsque ceux-ci se virent en nombre, ils tombèrent sur la garnison de cent quarante hommes et prirent possession du château et de la ville où ils trouvèrent des approvisionnements considérables. Ils en furent expulsés le de la même année, par les troupes brandebourgeoises. Après un bombardement de trois jours, les lieux étaient partiellement détruits. Ils ne furent jamais reconstruitsJacques Baquol, L’Alsace ancienne et moderne ou Dictionnaire géographique, historique et statistique du Haut et du Bas-Rhin, Strasbourg 1851. .

Après l’annexion au royaume de France, l’église devient simultanée en 1686.

et la Révolution française

thumb|left|150px|Assignat de 1790en usage à Wasselonne. Au , la majorité de la population wasselonnaise parle uniquement l’alsacien, à l’exception des élites, qui parlent allemand. Des francophones arrivent entre 1680 (date de l’annexion à la France) et 1789, notamment d’une part des Suisses calvinistes originaire des cantons francophones, et des Français de l’intérieur, de confession catholique, originaire de Lorraine ou de Franche-Comté. Ils restent cependant minoritaires.

En 1757, après sa démolition, la nouvelle église Saint-Laurent, construite de concert par les deux cultes en style baroque, est achevée.

Le , Strasbourg perd son statut de capitale de l’Alsace et son territoire rural. Wasselonne devient alors une Georges Livet et Francis Rapp, Histoire de Strasbourg des origines à nos jours, Editions des DNA, Strasbourg, 1981, 540. Pendant la Révolution, le pouvoir reste aux mains des anciens baillis et de la bourgeoisie locale.

Le , dans son cahier de doléances, le bailli de Wasselonne Philippe-Xavier Horrer, soutenu par cent bourgeois de Wasselonne, demande notamment que l’allemand redevienne la langue officielle en AlsaceArchives départementales du Bas-Rhin, un vœu qui ne sera jamais exaucé.

Pendant la Révolution française, le français commence à s’implanter profondément et durablement à Wasselonne, car les actes officiels, autrefois rédigés dans un allemand fortement marqué par les apports du dialecte, sont rédigés dans un françois d’abord approximatif, puis s’affinant sous le Directoire puis l’Empire.

Le : entre apogée et déclin industriel De Napoléon à la Guerre Franco-Prussienne (1799-1870) thumb|Carte d’État major de 1885. left|130px