Graham Ingels, également dit Ghastly Graham, né le à Cincinnati dans l'Ohio et mort le à Lantana en Floride, est un dessinateur américain de comics, connu surtout pour ses bandes dessinées d'horreur.

Dès son adolescence il est obligé de travailler pour nourrir sa famille après la mort de son père. Doué pour le dessin, il suit des études d'art qui lui permettent de trouver un emploi d'illustrateur pour des magazines. Bien qu'il considère les comics comme un art mineur, il est amené, pour assurer un revenu à sa famille après son mariage, à placer des histoires chez plusieurs éditeurs. Sa carrière démarre vraiment après la Seconde Guerre mondiale.

En 1946, il est engagé par Standard Comics comme éditeur et responsable artistique. Il continue cependant de proposer ses services à d'autres maisons dont EC Comics à partir de 1948. Il s'y intègre très bien et y dessine des westerns, des récits policiers ou de la science-fiction. Mais c'est lorsque l'éditeur William Gaines, aidé du scénariste et dessinateur Al Feldstein, décide d'abandonner le genre du policier au profit de l'horreur que Graham Ingels révèle tout son talent. Il est un des dessinateurs les plus présents et signe toutes les histoires mettant en scène le personnage de . En 1954, les bandes dessinées d'horreur sont interdites par la censure. Graham Ingels reste chez EC Comics, qui lance de nouvelles collections plus acceptables, jusqu'à ce que William Gaines décide d'arrêter car les ventes sont beaucoup trop faibles. Graham Ingels continue à trouver du travail chez d'autres éditeurs, dont la maison d'édition chrétienne George A. Pflaum, mais il se détache finalement de cet univers après avoir trouvé un emploi de professeur de dessin. Miné depuis des années par un alcoolisme chronique et vivant de plus en plus mal son mariage, il disparaît en 1962. Il abandonne tout pour refaire sa vie en Floride avec une autre femme. Il gagne sa vie comme professeur et rejette tout ce qui peut lui rappeler son ancienne existence. Il peint aussi plusieurs portraits pour des personnalités ou des fresques pour des organismes publics ou privés. Il meurt le à Lantana en Floride.

Bien que sa carrière dans les comics soit plutôt brève, avec une période florissante de moins d'une dizaine d'années lorsqu'il dessine des histoires d'horreur chez EC Comics, elle laisse une forte empreinte. Son style unique le fait considérer comme un des maîtres de l'horreur et a marqué les lecteurs.

Biographie Jeunesse vignette|redresse|alt=Couverture en couleur d'un magazine représentant au premier plan une jeune femme menacée par un monstre extraterrestre, au deuxième plan un astronaute combattant un autre extraterrestre et en arrière-plan un troisième monstre avançant vers une fusée protégée par un astronaute âgé.|Couverture de Planet Stories réalisée par Graham Ingels en 1944. Graham Ingels naît le . à Cincinnati dans l'Ohio mais passe une partie de sa jeunesse en Géorgie et à New York.. Alors qu'il a , son père, Don Ingels, dessinateur pour publicités, meurt. Les États-Unis sont frappés par la Grande Dépression et Graham Ingels est obligé de travailler très jeune pour subvenir aux besoins de sa famille. Il enchaîne les petits boulots, comme nettoyeur de vitres, mais, comme il est doué pour le dessin, il parvient tout de même à travailler dans un milieu artistique et à il réalise des affiches de théâtre.. En 1935, il commence à proposer ses dessins comme auteur indépendant pour différentes sociétés et cette même année il se marie. Dans ces années d'avant-guerre, il travaille aussi un temps dans la publicité.

À partir de 1942, il travaille pour l'éditeur de où il réalise des illustrations pour des revues et des récits publiés dans , et .. Sa première histoire publiée est dans 9 de . En 1943, pendant la guerre, il sert dans la marine. C'est durant cette période, alors qu'il est stationné au Hunter College de New-York, qu'il y peint une fresque pour les Nations uniesLe à Washington est signée la Déclaration des Nations unies qui préfigure la création de l'Organisation des Nations unies.. Peu après il est affecté sur le mais n'y reste que deux jours avant d'être déplacé à Long Island où il dessine des œuvres pour l'armée. Il trouve aussi le temps de travailler pour des magazines comme il le faisait avant d'être appelé. Ainsi, il dessine une couverture pour Planet Stories en 1944 mais, celle-ci étant largement critiquée par les lecteurs, il se cantonne ensuite aux illustrations intérieures.

Après-guerre vignette|redresse|alt=page en couleur d'un comics. Le héros combat un monstre menaçant une jeune femme|Auro, Lord of Jupiter (Planet Comics 58) dessiné par Graham Ingels. Une fois libéré de ses obligations militaires, Graham Ingels tente de reprendre son emploi d'illustrateur indépendant mais sans succès. Par défaut, il propose ses services à des éditeurs de comics et en 1946 il dessine sa première histoire intitulée Ambassador to Chinatown dans le numéro 39 de New Heroic Comics publié par Famous Funnies. Il contribue alors à plusieurs numéros de celui-ci. Il travaille ensuite pour la maison d'édition Standard Comics en tant que dessinateur (Thrilling Comics, Startling Comics), scénariste (Tygra et Lance Lewis, Space Detective) et éditeur/directeur artistique. Là, sa tâche principale est un temps de corriger les planches de Ken Battefield que Ned Pines, le propriétaire de Standard, lui avait acheté durant la guerre alors que de nombreux dessinateurs étaient au combat et que, de ce fait, étaient engagés des dessinateurs dont le travail était de moindre qualité. Il partage cette tâche jugée particulièrement ennuyeuse avec Rafael Astarita. En tant que responsable éditorial, il remarque le travail de Frank Frazetta et est le premier à l'engager régulièrement..

Cet emploi chez Standard ne l'empêche pas de proposer ses services à d'autres éditeurs et on le retrouve ainsi chez Fiction House où il dessine la série Auro, Lord of Jupiter dans Planet Comics, des numéros 57 à 61. Durant cette période, les comics policiers connaissent un très grand succès suivant le modèle de Crime Does Not Pay publié par Lev Gleason Publications. Les autres éditeurs suivent cette mode et Graham Ingels est amené à dessiner des histoires policières pour Magazine Enterprises (Manhunt et Killers), D.S. Publishing (Underworld et Gangsters can't Win). Il ne se cantonne cependant pas à ce genre et signe aussi des westerns comme, entre autres, Guns chez Magazine Enterprises ou Western Fighter pour Hillman Periodicals. Enfin, il travaille sur plusieurs séries publiées par Fox Feature Syndicate.

EC Comics Succès vignette|redresse|alt=dessin en couleur d'un homme âgé, Al Feldstein|Al Feldstein, un des scénaristes des récits d'horreur illustrés par Graham Ingels. En 1948 Graham Ingels rejoint EC Comics. Ses premiers travaux pour cet éditeur sont et publiés dans le premier numéro de (5 sur la couverture). Toutefois il continue à fournir des planches pour d'autres éditeurs (, , ). EC Comics était à l'origine une maison d'édition spécialisée dans les comics religieux ou éducatifs et était constamment déficitaire. Bill Gaines et Al Feldstein changent radicalement de politique éditoriale dans cette fin des années 1940 et décident de proposer des comics qui suivent les modes du moment. Ainsi, ils publient des westerns, de la romance, du policier et de la science-fiction. Graham Ingels est présent dans de nombreux comics d'EC quel que soit le genre. Sa signature se retrouve ainsi sur Saddle Justice, War Against Crime, Crime Patrol, Saddle Romance, Modern Love et A Moon, A Girl, Romance. Bien qu'EC soit enfin bénéficiaire, Gaines et Feldstein ne sont pas satisfaits de ce qu'ils publient et, comme ils apprécient tous deux les récits fantastiques et d'horreur, ils décident de proposer de telles histoires. Après quelques essais très positifs dans les comics policiers, ils décident de transformer ceux-ci en comics d'horreur. Crime patrol devient The Crypt of Terror et War against Crime The Vault of Horror. Quant à Gunfighter il est renommé en The Haunt of Fear.. Graham Ingels participe aux récits d'horreur du : nom donné à la période durant laquelle EC Comics publie des comics d'horreur. dès le premier numéro de (13 sur la couverture) avec le titre . À partir de ce moment, il se spécialise dans ce genre et fournira uniquement pour EC des histoires publiées dans , , , et . Cette spécialisation lui vaut le surnom de signifie « horrible ». qu'il utilise pour signer ses histoires d'horreur.

Chacun des comics d'horreur est constitué de quatre histoires et chacune d’elles est introduite par un « hôte » : , et . Chacun a son magazine attitré mais se retrouve aussi dans les deux autres. Bien qu'il ne soit pas le créateur du personnage, Graham Ingels devient le dessinateur de et des histoires qu'elle raconte à partir du quatrième numéro de The Haunt of Fear. Il est aussi le seul dessinateur des couvertures de ce dernier à partir du et ce jusqu'à sa fin au . Ces années chez EC sont très fertiles pour Ingels, qui est le quatrième dessinateur ayant le plus d'histoires publiées chez cet éditeur ( et ). EC Comics recrute de nombreux auteurs talentueux et Graham Ingels ne dépare pas au regard de ses collègues comme Wally Wood, Al Williamson ou Harvey Kurtzman. Sa spécialisation dans les récits d'horreur lui attache un lectorat enthousiaste. Mais, malgré ce succès, son mariage et ses enfants, Graham Ingels est malade ; il souffre d'alcoolisme chronique... À cause de cela, il éprouve parfois des difficultés à rendre ses planches à temps. Bill Gaines en vient alors à lui imposer de fausses dates de retour, plus tôt que nécessaire, pour avoir le matériel à temps. De plus, cet alcoolisme chronique fait parfois disparaître Graham Ingels pendant plusieurs jours sans que quiconque sache où il est.

De la fin D'EC Comics à son dernier comics En 1953, l'État fédéral américain, inquiet de l'influence que peuvent avoir les comics sur les enfants et poussé par une partie de l'opinion publique qui y voit une cause de la délinquance juvénile, institue un sous-comité sénatorial sur la délinquance juvénile.. Plusieurs personnalités, dont Bill Gaines et Fredric Wertham, auteur de Seduction of the Innocent qui dénonce la nocivité des comics, sont entendues.. En 1954, pour éviter une censure d'État, les éditeurs fondent le Comics Code Authority, un organe d'auto-censure qui empêche de fait la diffusion des comics d'horreur.. William Gaines cesse alors la publication de ceux-ci et essaie de lancer de nouvelles séries plus acceptables. Graham Ingels reste chez EC et fournit plusieurs histoires pour les nouvelles collections (Valor, Piracy et M.D.). Il est encore présent quand, après l'échec de ces nouvelles séries, Gaines lance des magazines intitulés comprenant des textes illustrés. Il signe les dessins pour des histoires publiées dans Crime Illustrated, Shock Illustrated et Terror Illustrated.

Aucun de ces essais ne trouve son lectorat et William Gaines décide de cesser la publication de ces magazines déficitaires. Il ne garde que Mad qui connaît un très grand succès. Graham Ingels n'est pas de cette aventure et quitte finalement EC Comics. Il retrouve du travail quelques mois plus tard dans un genre bien éloigné de l'horreur. En effet, peu de temps avant son départ d'EC, il avait signé une histoire, Waterloo, pour Classics Illustrated édité par Gilberton d'après un roman d'Erckmann-Chatrian. En 1957-1958, il travaille pour l'éditeur chrétien George A. Pflaum sur quelques numéros de et, en 1959, il est de nouveau chez Gilberton et dessine des numéros du comics éducatif et encore un numéro de . Son dernier travail pour cet éditeur est publié en .

Après les comics vignette|redresse|alt=Photo aérienne d'une ville bordée par la mer.|South Palm Beach et Lantana, où a vécu Graham Ingels.