thumb|200px|Situation géopolitique dans les Balkans en 1500. Les guerres ottomanes en Europe sont les guerres qui, après la chute de Constantinople (1453), ont opposé l’Empire ottoman en expansion au nord et à l'ouest, à l’Europe chrétienne du au .
Les principaux adversaires des Ottomans furent d'abord la république de Venise, le Saint-Empire romain germanique, et la Pologne-Lituanie ; s'y ajouta la Russie vers la fin du . Même les principautés chrétiennes tributaires de la « Sublime Porte » (Transylvanie hongroise et principautés roumaines de Moldavie et Valachie) se dressèrent parfois contre leur suzeraine. Au contraire, des puissances comme la France, la Suède et la Prusse s'alliaient sporadiquement avec la Sublime Porte, et au cours du , la Pologne-Lituanie fut temporairement alliée au Khanat des Tatars de Crimée. Enfin au , des patriotes polonais cherchèrent à faire alliance avec les Ottomans.
Expansion Premières conquêtes sur l'Empire byzantin (1346-1356)
Même si les Ottomans multiplient les incursions les long des côtes grecques depuis la fin du , la conquête de l'Europe débute réellement avec l'invasion progressive des Balkans pendant la seconde moitié du . Durant cette période, l'Empire byzantin, longtemps la seule puissance d'Europe orientale à résister aux Ottomans pendant le Moyen Âge, n'est plus que l'ombre de lui-même et s’affaiblit de plus en plus au fil du temps. Ainsi, au cours de la guerre civile qui secoue l'Empire, le prétendant byzantin Jean VI Cantacuzène marie sa fille en 1346 au bey ottoman Orhan.
En 1354, les Ottomans prennent le contrôle de Gallipoli, leur donnant ainsi une base arrière pour de futures opérations militaires en Thrace. En l'espace d'une décennie, l'essentiel de la Thrace orientale tombe ainsi entre leurs mains, Orhan colonisant massivement la région avec des membres des tribus turques. Ces possessions, coupant Byzance de tous ses débouchés européens les plus proches, constituent un atout stratégique décisif. Le contrôle des voies de communication continentales en Thrace isole aussi Byzance, qui perd ainsi contact avec des alliés potentiels dans les Balkans. Jean V Paléologue doit reconnaître la perte des territoires par traité en 1356. Mourad succède à Orhan vers 1360.
Conquête des Balkans (1356-1402) La perte temporaire de Gallipoli par les Ottomans entre 1366 et 1376 bloque Mourad en Anatolie. Les Turcs présents en Thrace, sous l'autorité plus ou moins théorique des Ottomans, remportent cependant des succès, face à des adversaires dont les empires respectifs se sont disloqués en principautés rivales sous le coup de mouvements séparatistes. Andrinople est prise à une date incertaine (entre 1361 et 1371), et les Serbes qui cherchent à les expulser d'Europe sont battus à la bataille de la Maritsa en 1371, ce qui permet aux Ottomans de vassaliser par la suite une partie des multiples souverains serbes et bulgares.
Probablement après 1377, Mourad transfère sa capitale à Édirne (Andrinople) aux dépens de Bursa, marquant ses desseins d’expansion en Europe. Les différentes principautés serbes, bulgares et albanaises sont progressivement vassalisées puis parfois conquises par Mourad et son successeur Bayezid Ier (batailles de Kosovo, Nicopolis, etc.).
L’invasion de Tamerlan en Anatolie et l’interrègne ottoman donnent un répit aux voisins des Ottomans, dont certains reprennent leur indépendance.
Reprise des conquêtes (1430-1478) thumb|La Méditerranée orientale en 1450 : en rouge, Empire byzantin ; en bleu, possessions de Venise ; en jaune, les États latins ; en violet, possessions de Gênes. La victoire de Mehmed Ier sur ses rivaux permet aux Ottomans de reprendre leur politique d'expansion en Europe. Sous son règne et celui de ses successeurs, la quasi-totalité des Balkans passe sous contrôle ottoman direct : conquête de Thessalonique (1430), Bataille de Kosovo, prise de Constantinople (1453), annexion formelle des despotats de Serbie, de Morée (1460), puis de la Bosnie (1463).
Autour de la mer Noire, les comptoirs génois d'Amastris en Asie mineure, de Constanza, San Giorgio, Barilla, Caladda et Montecastro autour des bouches du Danube, et de Gazarie en Crimée et autour du détroit de Vosporo, passent sous la tutelle ottomane en 1475-78, avec l'aide du khanat de CriméePiero Boccardo, Clario Di Fabio (dir.), Il secolo dei genovesi, éd. Electa, Milan 1999, 472 p. ; Octavian Iliescu, Contributions à l'histoire des colonies génoises de la mer Noire aux , Revue roumaine d'histoire, de 1989, .
Affrontements avec les principautés danubiennes et la Pologne-Lituanie Après ses victoires dans les Balkans : bataille de Kosovo Polje, bataille de Nicopolis et prise de Constantinople (1453), l’Empire ottoman fortifie sa frontière européenne sur le Danube et se lance avec des succès divers à la conquête des États chrétiens situés au nord (rive gauche) du fleuve : principautés danubiennes de Valachie et Moldavie, et république des Deux Nations fédérant par l'union de Lublin le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie. Ces États résistent, négocient, composent avec l'expansionnisme ottoman qui se sert souvent, dans cette lutte, de ses alliés tatars du khanat de Crimée pour les prendre à revers. En fin de compte, les Sultans ottomans parviennent à leur arracher temporairement des territoires (comme les re'ayas de Giurgiu, Brăila, Boudjak, Otchak et même brièvement la Podolie et la citadelle de Hotin) mais pas à les transformer en provinces de l'Empire ottoman, contrairement à ce que figurent par erreur beaucoup de cartes modernes. En revanche, entre deux batailles, il astreint les deux principautés danubiennes, et ensuite la principauté de Transylvanie après la conquête de la Hongrie à lui verser un tribut. Les trois principautés carpato-danubiennes deviennent ainsi au des États tributaires des Ottomans, après avoir été vassales de la Hongrie et de la Pologne.
Affrontements avec les Vénitiens et l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem Les Ottomans étaient devenus maîtres de toute la Grèce continentale, mais quelques îles du sud de la Méditerranée leur échappent encore pendant quelques décennies. Venise, qui, depuis des décennies, cherche par divers coups de main à conforter son influence en mer Égée, doit ménager ses relations commerciales avec la Sublime Porte. Rhodes est prise par les Ottomans en 1522 à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, Chypre aux Vénitiens en 1571 et la Crète est contrôlée par les Vénitiens jusqu'en 1669Conquête de la Grèce. Les Hospitaliers se replient sur Malte où ils repoussent les Ottomans lors du Grand Siège de 1565. En marge de la grande guerre, les raids de corsaires se poursuivent sans interruption jusqu'au , Barbaresques du côté musulman et ordre de Saint-Jean de Jérusalem du côté chrétien.
La conquête de la Hongrie thumb|Conquêtes ottomanes en Hongrie entre 1526 et 1568 (en vert) ; la Hongrie occidentale (« Hongrie royale ») passe aux Habsbourg (en orange), tandis qu'en Hongrie orientale un état hongrois, la Transylvanie (en bleu) acquiert un statut international au traité de Spire. thumb|upright|Manteau en soie turc () (trésor de la famille Estherazy)
Avec sa victoire de Mohács sur la Hongrie, l’Empire ottoman ne cache plus son ambition de s’étendre en Europe centrale. La Hongrie, en proie aux troubles intérieurs dus à la rivalité qui oppose Ferdinand et Jean Zápolyia, se révèle une proie tentante pour le Grand Turc. L'armée ottomane, appuyée par le prétendant Jean , s'abat sur Presbourg, puis se dirige sur Vienne. Le siège de Vienne, au début du mois d', est un échec mais n'entame pas l'ambition du sultan. Désormais, la menace d'invasion est permanente et Charles Quint déploie tout au long de son règne une stratégie de défense active sur la frontière de la Hongrie : en 1530, il affronte les Ottomans à plusieurs reprises dans cette région. Il ne s'agit pas seulement pour lui de vaincre des Infidèles, mais aussi d'obtenir la couronne de Hongrie. Il conclut en 1532 la paix de Nuremberg avec les princes protestants d'Allemagne, obligeant Soliman , qui campe aux frontières du Saint-Empire avec son armée, à se replier sans combattre. Le , l'empereur conclut un traité de paix avec les Ottomans, et un armistice avec Jean Zápolyia. Les Ottomans reprennent les hostilités dès 1537 et défont l'armée du roi Ferdinand aux frontières de la Slovénie. L'année suivante, Jean Zápolyia signe avec l'empereur un nouvel armistice. En 1541, les Ottomans s'emparent de Buda et occupent militairement toute la Hongrie et une partie de la Croatie. En 1544, ils prennent la ville de Kraljeva Velika, base arrière pour leurs attaques contre Zagreb. Soliman, alors âgé de plus de , tente encore en 1566 une campagne en Hongrie, mais meurt au siège de Szigetvár le .
Le fardeau de la guerre défensive des Européens, assumé jusqu'en 1525 par le royaume de Hongrie et les principautés danubiennes, passe au Saint-Empire qui crée en particulier une marche militarisée en Croatie, occupée par des milices paysannes de pandoures.
Combats outre-mer La confrontation entre les États chrétiens d'Europe et l’Empire ottoman s'étendait désormais à trois continents. Outre les Balkans, l’Italie, où dès 1480 une armée ottomane s'était emparée d'Otrante, était disputée. Les barbaresques, vassaux des Ottomans, menèrent tout au long du une série de pillages contre les comptoirs espagnols et italiens. Pour cette raison même, l'Espagne des Habsbourg entreprit plusieurs campagnes militaires contre l’Empire ottoman et ses vassaux d’Afrique du Nord, enlevant notamment Tunis (1535) ; le siège d'Alger (1541) échoua. Les possessions du royaume de Portugal aux Indes firent de l'Asie un nouveau théâtre d'opération. Depuis leurs comptoirs de la côte occidentale des Indes, les Portugais lancèrent divers raids contre les ports d'Arabie. En rétorsion, les Ottomans attaquèrent Diu en 1538. En 1550, les Portugais portaient leurs assauts jusqu’à Bassorah en Mésopotamie.
De l'équilibre au déclin Un coup d'arrêt : Lépante thumb|La bataille de Lépante (Venise, musée d'histoire de la marine).
Depuis le début du , les Ottomans pratiquent des razzias en Méditerranée occidentale. Débarquant sur les côtes italiennes, provençales ou espagnoles, ils pillent les villes du littoral et emmènent certains habitants en esclavage. Rompant avec cette tactique sans système, les Ottomans décident de prendre définitivement l'initiative sur mer en s'opposant de front aux Génois et aux Vénitiens. À une rivalité stratégique (le contrôle de la Méditerranée occidentale), s'ajoute en arrière-plan la rivalité religieuse traditionnelle entre chrétienté et islam. En 1570, les Ottomans s'emparent de Chypre au terme d'une conquête brutale (plus de de Nicosie sont mis à mortHitchens, Christopher. Hostage to History: Cyprus from the Ottomans to Kissinger. Verso (1997)). Sous le nom de Sainte Ligue, le pape Pie V appelle à la croisade, et réussit à constituer une alliance entre la république de Venise, les royaumes espagnols de Naples et de Sardaigne, et quelques autres puissances.