thumb|upright=1.5|Insigne du RIF (régiment d'infanterie de forteresse), reprenant la devise « on ne passe pas ». Ce régiment assurait la garde des fortifications autour de Neuf-Brisach en 1939. thumb|upright=1.5|Bloc 6 de l'ouvrage du Hochwald, chargé de protéger la plaine d'Alsace avec ses trois canons de . Ce bloc est aujourd'hui désarmé et à l'abandon. L'histoire de la ligne Maginot est le récit et l'analyse de l'évolution des fortifications françaises appelées ligne Maginot, qui s'étendent le long des frontières de la France avec la Belgique, le Luxembourg, l'Allemagne, la Suisse et l'Italie.
Elle couvre la période qui va des premiers projets dans les années 1920 jusqu'à nos jours, avec notamment la période de construction de la ligne pendant les années 1930, l'épreuve du feu en mai et juin 1940, l'occupation allemande et italienne de 1940 à 1944, les combats de 1944-1945 et le réemploi de la ligne lors de la guerre froide.
Après les fortifications édifiées par Vauban sous Louis XIV et le système Séré de Rivières après la guerre franco-allemande de 1870, la ligne Maginot est historiquement le troisième ensemble fortifié de défense des frontières dont s'est dotée la France..
Projets et constructions Dès la fin de la Première Guerre mondiale, la question de la fortification des frontières françaises se pose.. D'une part elles sont nécessaires malgré le fait que les Français disposent alors d'une puissante armée qui occupe la rive gauche du Rhin (de Bonn à Huningue), car la France ne fait pas le poids en comparaison de la puissance économique et démographique allemande. D'autre part l'annexion de l'Alsace-Lorraine repousse la frontière entre l'Allemagne et la France loin des précédentes fortifications construites à partir de 1874 (les forts Séré de Rivières autour de Verdun, de Toul, d'Épinal et de Belfort), ces dernières sont en plus soit ravagées par les combats de 1914-1918, soit techniquement dépassées (ils ne sont pas à l'épreuve des obus de gros calibre)Au contraire des groupes fortifiés (les ) construits par l'Armée impériale allemande au nombre de huit autour de Metz, trois autour de Thionville (à Guentrange, Kœnigsmacker et Illange) et à Mutzig, qui sont techniquement en avance (ventilation, chauffage, éclairage électrique, etc.) et offrent des possibilités de défense tous azimuts, à tel point que plusieurs furent intégrés aux secteurs fortifiés de la ligne Maginot pour servir de PC ou de dépôts. Leur dernier emploi est en 1944 par les Allemands contre les Américains lors de la bataille de Metz..
Le principe de la place forte, c'est-à-dire d'une ceinture de fortifications (comprenant forts, ouvrages, batteries et abris) protégeant tous azimuts un nœud de communication, avait été abandonné en au profit de la « région fortifiée », plus linéaire et intégrant des fortifications de campagne. Cette évolution se justifiait par l'incapacité d'une place forte isolée de poursuivre le combat, étant donné la quantité considérable de munitions nécessaire, avec en appui l'exemple de la capitulation de la place de Maubeuge au bout de douze jours..
En 1919, le grand quartier général des armées françaises de l'Est (commandé par le maréchal Pétain) propose au ministre de la Guerre Georges Clemenceau non seulement de maintenir une armée de manœuvre prête à intervenir en Allemagne, mais aussi d'« assurer l'inviolabilité » du territoire français par « une organisation proprement dite de la frontière dès le temps de paix » et ..
Projets des années 1920
En , le ministre de la Guerre André Lefèvre signe une Instruction fixant grossièrement les positions des nouvelles fortifications à construire..
Ces nouvelles fortifications ont ainsi plusieurs missions en cas de guerre :
économiser les troupes et compenser les classes creuses causées par la Première Guerre mondiale ; empêcher une attaque-surprise venant d'Italie ou d'Allemagne et de donner à l'armée française le temps pour mobiliser. ; protéger les bassins industriels d'Alsace et de Moselle. ; servir de base à une éventuelle contre-attaque ; pousser les Allemands à passer par la Belgique ou par la Suisse, obligeant d'une part le Royaume-Uni (garant de la Belgique) à se battre contre l'Allemagne, d'autre part en déplaçant la zone des combats hors de FranceChapitre III du Rapport sur l'organisation défensive des frontières du 6 novembre 1926..
En 2022 est créé la première commissions de défense du territoire par André Maginot. Elle est présidée par le général d'armée Guillaumat, dans le but d'élaborer une organisation défensive du territoire.
La séance du Conseil supérieur de la Guerre du (y siège le président de la République Millerand, le ministre de la Guerre Maginot, les maréchaux Pétain, Foch et Joffre, les généraux Berthelot, Buat, Debeney, Guillaumat et Hellot) est consacrée aux questions de fortification. Quand la notion d'inviolabilité du territoire national est posée, Foch déclare : Il est suivi par Joffre : Puis par Guillaumat : Quand le président demande l'avis du conseil sur le type de fortifications, Pétain déclare qu' Comme les militaires ne sont pas d'accord entre eux, le Conseil supérieur de la guerre décide la création d'une « Commission chargée des études d'organisation de la défense du territoire »..
Projets de la CDT (1922-1923) Au début de , la commission se forme, présidée par le maréchal Joffre. Mais les différents membres de la commission s'opposent sur la forme théorique des fortifications, notamment entre ceux qui défendent l'idée d'un champ de bataille organisé tout le long de la frontière (une ligne continue légère, position défendue par le maréchal Pétain, vice-président du Conseil supérieur de la guerre) et ceux qui défendent le principe des régions fortifiées (ligne discontinue puissante, défendue par Joffre). Au bout de quinze jours, Joffre démissionne ; la commission est dissoute. Une seconde commission est créée le : la « Commission de défense du territoire » (). Son président est le général Guillaumat, qui fait tenir deux séances avant de la dissoudre le , après avoir rendu un Rapport au Ministre sur les principes de l'organisation défensive du territoire (de 36 pages)..
Ce rapport ne s'intéresse qu'à la frontière avec l'Allemagne, car la BelgiqueLe rapport de la précise qu' Les Alpes et les Pyrénées n'y sont pas évoqués. et l'Italie sont alors des alliées, tandis que l'Espagne est neutre. Le rapport prévoit quatre axes possibles d'attaques allemandes à barrer : par la vallée de la Moselle, par le plateau lorrain, par la plaine d'Alsace entre Vosges et Rhin et par la trouée de Belfort. La conclusion du document est qu'il faut créer trois régions fortifiées, soit la région de Metz–Thionville–Longwy, la région de la Lauter et la région de Belfort (ou Haute-Alsace). Étant donné l'incertitude de l'attribution du bassin de la Sarre à la France ou à l'Allemagne, un vide doit être laissé entre Sarreguemines et les Vosges.
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Projets de la CDF (1925-1931) Le , le ministre de la Guerre Paul Painlevé crée la « Commission de défense des frontières » (), avec de nouveau le général Guillaumat comme président de commission. Elle est composée de six autres membres, soit cinq officiers-généraux issus du Conseil supérieur de la guerre, les généraux Berthelot, Debeney, Degoutte et Maurin, auxquels se rajoutent deux spécialistes, le général Fillonneau (inspecteur général du génie et président du Comité technique du génie) et le colonel Culmann (artilleur, membre de l'état-major de l'armée française du RhinL'armée française du Rhin regroupe les troupes d'occupation en Rhénanie ; elle est commandée par le général Guillaumat de 1924 à 1930.).
Le , la fournit le Rapport sur l'organisation défensive des frontièresRapport de la . Le chapitre IX (Front des Alpes) reprend le mémoire sur la défense des Alpes du général Degoutte. et . ( sans compter les cartes).
Rapport de la CDF de novembre 1926 Ce rapport reprend les propositions du rapport de 1923 fait par la , soit la construction de trois régions fortifiées dites de Metz, de la Lauter et de Belfort ; les zones entre ces régions seront l'objet de destructions massives des infrastructures et ultérieurement de fortifications de raccordement (pour réaliser à terme un front continu). Les buts de ces régions fortifiées sont, selon le rapport, de protéger la mobilisation, de favoriser une bataille à proximité de la frontière, d'économiser les forces au profit d'une offensive et d'obliger l'Allemagne à s'étendre sur les ailes pour passer par la Belgique ou la Suisse (ce qui amènerait d'autres pays à entrer dans le conflit). Les nouveautés du document sont d'abord qu'il ne se limite pas seulement au Nord-Est, car sont désormais pris en compte le Nord, les Ardennes, le Jura et les Alpes : Mussolini est à la tête du gouvernement italien depuis et il ne cache pas ses intentions vis-à-vis de la Savoie et de NiceLe , le ministre de la Guerre Charles Nollet invite le général Degoutte, qui après avoir commandé l'armée française du Rhin est désigné comme le futur commandant de l'armée des Alpes en cas de conflit avec l'Italie, à « préciser le tracé d'une position de résistance de l'armée des Alpes ». Le , Guillaumat demande à Degoutte de rédiger un mémoire sur la défense des Alpes, pour être intégré au rapport de la CDF. Les premiers incidents de frontière entre Français et Italiens datent de l'automne 1926.., tandis que la Belgique et la Suisse sont envisagés comme des champs de bataille possibles.
Ensuite le rapport est plus précis quant aux emplacements des fortifications : Dans le Nord, aucune fortification n'est prévue mais seulement un aménagement du champ de bataille (à base de destructions, d'inondations artificielles et d'équipements stockés) pour affronter trois possibilités, l'échec d'un intervention en Belgique, ou l'hostilité belge, ou un débarquement britannique. Dans les Ardennes, la destruction de toutes les infrastructures routières et ferroviaires. La région fortifiée de « Metz - Thionville - Longwy » doit protéger le bassin industriel lorrain et le flanc gauche des forces françaises en formant un arc-de-cercle de Longwy à Faulquemont en couvrant ThionvilleLe tracé de la région fortifiée de Metz défini par le projet de 1926 commence au nord de Longuyon, suit la rive droite de la Chiers jusqu'à Longwy, va vers l'est jusqu'à Kœnigsmacker (en englobant la forêt de Cattenom et les forts construits par les Allemands autour de Thionville) où il s'infléchit vers le sud-est jusqu'à la forêt de Remilly à l'ouest de Faulquemont.. Les forts de Metz forment une position de barrage au centre de la région fortifiée. L'intervalle face au territoire de la Sarre doit être traité par des inondations. La commission estime qu'en cas d'attaque allemande par cette trouée, la situation serait favorable à une contre-attaque de flanc venant de la région de Metz. La région fortifiée de la « Lauter - Basses-Vosges » doit couvrir le flanc droit de la Lorraine ainsi que la plaine d'Alsace. Deux tronçons sont prévus, l'un entre Montbronn et Bitche, l'autre entre Lembach et le Rhin à Seltz, séparé par des destructions au cœur des Vosges du Nord. L'intervalle le long du Rhin doit être protégé par trois lignes successives de casemates, la première sur la berge, les deux suivantes en retrait. Les forts entourant Strasbourg doivent être déclassés, tandis que le fort de Mutzig forme une position de barrage. La région fortifiée de « Haute-Alsace ou de Belfort » doit barrer la trouée de Belfort. Son tracé est une ligne nord-sud à à l'est de Belfort, avec des ouvrages uniquement au nord du canal Rhin-Rhône. Les vieux forts autour de Belfort forment une position de barrage. Le massif du Jura ne doit recevoir aucune nouvelle fortification, par contre les forts Séré-de-Rivières franc-comtois doivent être entretenus.