Le cheval corse (en ou ) est un petit cheval de selle propre à l'île de Corse. Influencée par différentes migrations sur l'île, la race s'est adaptée à son biotope montagneux en acquérant une grande sûreté de pied. Elle forme la première monture de Napoléon . Plusieurs chroniques de voyages louent les qualités de ce petit cheval adroit monté, attelé et employé à diverses tâches par les habitants de Corse, des siècles durant.

Le cheval corse a failli disparaître avec la motorisation des transports et de l'agriculture. À la fin du , une série d'initiatives se mettent localement en place afin de le préserver. En 2012, la race est officiellement reconnue au niveau national grâce à l'association , avec une base de huit étalons reproducteurs. Le cheval corse est d'une taille réduite, harmonieux et carré, doté d'un dos court, et plutôt tardif. La robe est baie, bai-brun ou noire. Adapté à l'équitation de loisir sous toutes ses formes, il est élevé principalement pour le tourisme équestre. Il peut aussi être monté en polo, en équitation de travail ou en endurance et s'adapte également bien en centre équestre. Mi-2011, la race compte 180 représentants. Le cheval corse est indissociable de l'identité culturelle de son île d'origine.

Terminologie Ce cheval est localement surnommé . ou ., ce qui signifie « le païen », « l'insoumis » ou encore « le rebelle », pour marquer son statut d'animal sauvage et noble et le différencier des bêtes de somme.. En raison de sa taille relativement réduite, certains amateurs le nomment « poney », mais il n'en possède pas la morphologie.

Histoire Origine Comme tous les chevaux domestiques modernes, il provient de la lignée dite DOM2, qui a émergé dans les steppes eurasiennes vers selon une vaste étude génomique publiée dans Nature..

L'origine exacte de cette race n'est pas réellement connue. Le cheval corse serait issu de la même souche que le Barbe tunisien. Selon Bonnie lou Hendricks (université de l'Oklahoma), la Corse n'a jamais eu de chevaux indigènes. Paléontologues et archéologues constatent l'absence de restes osseux du moindre cheval pour les temps géologiques comme pour la Préhistoire. Il ne fait aucun doute que les ancêtres de la race ont été amenés par les hommes.

Les plus anciennes traces de chevaux sur l'île remontent peut-être à 600 ou 500 ans avant l'ère chrétienne. Les Phocéens s'installent en Corse en La nécropole gréco-étrusque de Casabiande, à Aléria, a livré trois squelettes de petits chevaux.. Il s'agit des tout premiers vestiges d'équidés certifiés pour l'ensemble de la Corse. Différentes sources attestent ensuite de l'utilisation militaire des chevaux à l'époque de Jules César. D'après Hendricks, des chevaux sont amenés au fil du temps par les Vandales, les Lombards, les Sarrasins, les Génois, les Pisans, puis finalement les Français.

La sélection naturelle fait que seuls les animaux adaptés au terrain accidenté du centre et au climat perdurent, et donnent une descendance. Ils font l'objet de croisements, principalement avec l'Arabe et le Barbe (depuis les invasions du selon l'association ) et peut-être des ibériques. Le vétérinaire Paul Dechambre décrit le cheval corse comme ., c'est donc un cheval indo-européen influencé par différents croisements.

Aux et vignette|left|alt=Gravures de 1889 représentant deux chevaux corses.|Chevaux corses vus par Aline Billet, en 1889. Buffon décrit les chevaux de Corse et de Sardaigne comme .. Au , l'abbé Gaudin et deux officiers français vaincus à Borgo en 1768 font l'éloge de l'adresse du cheval corse dans les terrains difficiles. Jean F. Goury de Champgrand, dans son Histoire de l'Isle de Corse (1749), assure qu'ils , mais qu'on : ils sont petits et tout leur mérite réside dans leur sûreté de pied. Ils sont assez difficiles à dompter parce qu'élevés en liberté, sans jamais rentrer dans des écuries, jusqu'à l'âge de deux ou trois ans où l'on commence à les accoutumer à la selle ou au bât. La présence de chevaux sauvages en Corse n'est pas sans poser des problèmes aux cultivateurs dont les champs sont piétinés ou consommés, d'où la création de l'« article 77 des statuts criminels », qui impose le marquage du cheptel et la garde des animaux. Ceux qui ne sont ni marqués ni gardés peuvent être tués ou capturés à vue. Les chevaux corses sont naturellement forts et vigoureux, vivent de peu et ne mangent presque jamais de grain. S'ils sont très adroits en montagne, ils semblent en revanche mal s'adapter aux plaines d'après Goury de Champgrand..

Les chevaux corses sont connus pour avoir fait partie des premières montures de Napoléon , et pour l'avoir accompagné dans son exil sur l'île d'Elbe.. En 1837, la Corse compte environ , principalement dans l'arrondissement de Bastia, et les bêtes toisent en moyenne trois pieds et cinq pouces. Leur prix va de 100 à 200 francs, et augmente beaucoup pour les chevaux de grande taille..

En 1861, les haras nationaux tentent de modifier le modèle du cheval corse par croisement avec des Anglo-arabes, afin de le rendre propre à la cavalerie légère pour la guerre : le croisement entre cheval corse et Arabe ou Pur-sang est en effet réputé pour donner des chevaux de selle « qualiteux » Cf. ., rapides et harmonieux.. Le cheval local résiste à ces croisements grâce à son adaptation ancestrale au biotope corse, les gènes dits améliorateurs sont éliminés.. Les habitants de Corse récupèrent le contrôle total de leurs chevaux, une certaine homogénéité s'installe dans le modèle des animaux.

Depuis le vignette|alt=Carte postale représentant un paysan en voyage sur un cheval corse.|Le cheval corse, seul moyen de transport à travers l'île. Jusqu'au début du , la Corse héberge , d'après les encyclopédies d'époque.. En 1915, un guide de voyage parle du cheval corse comme d'une .. En 1934, Antoine Albitreccia décrit le cheval corse comme . Il ajoute que l'élevage au grand air le rend sobre et endurant et que la vie en liberté le rend vif, mais qu'il n'en demeure pas moins obéissant..

Raréfaction Le « poney corse » est répertorié par les haras nationaux, mais semble disparaître dans les années 1920. Le cheval corse manque lui aussi de disparaître à la suite de l'arrivée de l'automobile. Les Corses n'étant généralement pas hippophages, la race échappe à l'alourdissement pour la viande qui touche bon nombre d'autres chevaux français. Certains propriétaires de chevaux relâchent leurs bêtes dans la nature, entre autres dans le haut-Nebbio où un troupeau de plusieurs dizaines de chevaux s'est réadapté à la vie sauvage.

Sauvegarde Quelques éleveurs reconstituent le cheptel du cheval corse dans les années 1980. grâce à deux associations, et . En 1988 débute le travail de reconstitution du standard de la race, tous les chevaux lâchés en liberté dans les montagnes de Corse n'étant pas du type historique. L'élevage équin est alors limité car les besoins en chevaux sur l'île sont réduits. Les éleveurs ne peuvent espérer exporter ou vendre leurs animaux sans papiers aux haras nationaux. Vers 1999, ils vendent les chevaux corses guère plus de 200 ou .. La commune de Lento accepte de faire du plateau de Tenda un sanctuaire pour la race. Les deux associations de sauvegarde, et , ne s'accordent pas sur la définition du standard de race. Pour la seconde, le cheval corse ne peut être que bai-brun et ne doit pas dépasser de haut. Certains éleveurs voient dans l'ouverture du standard à des chevaux plus grands et d'autres couleurs de robe une « opération marketing ».

Fin 2006, des tensions naissent en raison de la présence du troupeau sauvage du haut-Nebbio, contestée par les bergers pratiquant le pastoralisme, dont les bêtes sont en concurrence avec ces chevaux. Ils exigent l'expulsion du troupeau et se heurtent à un refus en raison de son statut de patrimoine corse, qui présente aussi un intérêt touristique. Des bergers ont néanmoins abattu quelques chevaux. Le développement du loisir et du tourisme équestre sur l'île semblent désormais préserver la race corse de l'extinction. L'INRA et les haras nationaux travaillent à leur tour sur des documents bibliographiques et des recensements afin de reconstituer un standard. En octobre 2008, 120 chevaux conformes sont recensés. La possibilité de croisements avec des étalons Barbes est envisagée en cas de consanguinité, mais le cheptel est reconstitué sans y avoir recours.

2010-2013 : Reconnaissance officielle vignette|Logo de l'association U cavallu corsu Un recensement de chevaux à grande échelle est organisé en par l'association , issue du regroupement de et en 2009.. De grandes barrières sont posées sur le plateau de Tenda pour capturer et trier le troupeau sauvage.. 500 chevaux sont testés.. Sur les 180 recensés pour être présentés aux haras nationaux, 100 juments et 7 étalons sont reconnus conformes au standard de la race..

La demande de reconnaissance officielle vise alors à permettre à la race de participer aux compétitions équestres (réservées aux chevaux possédant des papiers), aux éleveurs de bénéficier de primes d'élevage, à permettre les exportations et à augmenter la valeur marchande de ces chevaux, triplée s'ils possèdent des documents d'identification. La collectivité territoriale de Corse convoque une cession extraordinaire les 26 et 27 mai 2011 et reconnaît le cheval corse comme et comme , tout en demandant la Motion avec demande d'examen prioritaire déposée par Fabienne Giovanni, Collectivité territoriale de Corse, extraordinaire 2011 des 26-27 mai, /E3/029, Objet : reconnaissance de la race du « cheval corse /  ». ..

Après trente ans de travail associatif., le dossier de sa reconnaissance comme race est présenté à l'institut français du cheval et de l'équitation par l'association . L'association rencontre le ministre Bruno Le Maire à plusieurs reprises en 2011. Le , la race est officiellement reconnue par décret au journal officiel, puis l'association est à son tour reconnue au niveau national pour gérer la race.. Huit étalons sont agréés à la reproduction. Le règlement du stud-book est établi en décembre 2012. Sa mise en application est effective depuis le Modifications 2013 des règlements de stud-books pour les chevaux de sang, Institut français du cheval et de l'équitation, 2013. ..

Description vignette|left|upright|alt=Photo des sabots du Cheval Corse sur un sol rocailleux.|De petits pieds très durs, pouvant se passer facilement de ferrure. L'association U Cavallu Corsu a travaillé à partir de documents d'époque afin de reconstituer un standard de race. La morphologie est celle d'un petit cheval de selle toisant de , avec une tolérance de . Le poids va de . Les allures sont rapides sans être rasantes, étendues, avec un bon engagement des membres postérieurs.

Morphologie vignette|alt=Photo du profil gauche d'un étalon Corse.|Étalon corse au modèle.

Le modèle est léger. Les chevaux corses présentent des différences de morphologie suivant leur origine exacte, ainsi ceux du Nord de l'île (près de Bastia) et ceux des riches plaines de l'Est sont plus grands.

Tête La tête est plutôt courte. Elle s'affine au niveau des naseaux (bien ouverts), bien qu'elle puisse souvent être un peu lourde. Le chanfrein est rectiligne ou bien légèrement convexe. L'œil doit être vif, les oreilles sont droites et de taille relativement réduite.

Avant-main, corps et arrière-main