Le cheval de Corlay, ou demi-sang de Corlay, est un type de cheval demi-sang issu de croisements pratiqués autour de la ville de Corlay en Bretagne, entre les juments locales bidet breton et des étalons importés, principalement de race Pur-sang. Destinée aux courses, cette variété de chevaux bretons est réputée pour avoir impressionné Napoléon III par ses capacités en steeple-chase. Par la suite, les éleveurs locaux se spécialisent dans ce cheval de course, en optimisant notamment l'alimentation par l'ajout de maërl dans la ration. L'élevage du cheval de Corlay gagne une excellente réputation du milieu jusqu'à la fin du . L'étalon le plus influent sur la race est Corlay, qui se reproduit de 1876 à 1897 dans la localité homonyme. La race est considérée comme fixée à la fin du siècle.
Le cheval de Corlay voit ses effectifs diminuer régulièrement au siècle suivant, en raison notamment de la concurrence du cheval de trait. Il disparaît pratiquement à la fin du . N'ayant jamais eu de registre généalogique sous son nom propre, il est désormais référencé en France parmi les chevaux AQPS (Autre que Pur-sang), des chevaux de course de toutes origines possédant une haute proportion d'ascendants pur-sang. La race de Corlay est considérée comme éteinte par la FAO.
Dénomination Le cheval de Corlay est également connu sous les noms de « demi-sang de Corlay » et de « cheval léger de la montagne » ; F.-M Bléas, éleveur auteur d'une monographie destinée au député du Finistère, le nomme . Il est surnommé le « bon cru breton des chevaux de selle », cité par ..
Histoire L'élevage du cheval « de sang » en Bretagne est à la fois rare, et particulier à la région de Corlay ; en effet, d'après le vétérinaire Robert Hamon, l'essentiel de l'élevage breton au début du concerne le cheval de trait.
Origine
Avant la Restauration, il n'existe aucune sélection particulière aux chevaux de la région de Corlay.. La race ne remonte pas au-delà du début du .. Les archives de la seigneurie de Corlay attestent toutefois de l'élevage et du commerce de chevaux sous l'Ancien Régime., au titre de la corvée. Les animaux étaient vendus le plus souvent sur la foire de Noyal-Pontivy.
Les ancêtres du cheval de Corlay ressemblent aux bidets des pays montagneux, de petite taille ( à au plus), minces et secs. Plusieurs auteurs, dont la société des courses de Corlay, le vétérinaire Robert Hamon, et le président de l'Association des amis du cheval du Pays de Corlay, lui attribuent une ascendance orientaleBeaucoup d'auteurs attribuent des ancêtres orientaux aux chevaux français depuis le , en raison de la vague d'arabomanie équestre.. Toutefois, l'étude historique des paysans du Centre-Bretagne menée par Jean Le Tallec ne révèle pas de preuves de présence de chevaux importés avant le , hormis celle de neuf étalons arabes pris par la famille de Rohan durant les croisades.
Sobres, adroits et d'une longue durée, les bidets vivent à l'état semi-sauvage sur la lande bretonne et se contentent de peu de soins. La variété de ce petit cheval commune au centre et au sud de la Bretagne est connue sous le nom de « bidet de Briec », ou encore de « cheval de la lande »..
Formation vignette|Course de chevaux à Corlay, 1895.|alt=Gravure de 1895 représentant un cheval durant une course bretonne à Corlay.
De 1806 à 1808, après la réorganisation des Haras nationaux, des étalons arabes et quelques pur-sangs sont introduits dans la région. Le dépôt d'étalons de Langonnet, dans le Morbihan, comporte une moitié d'étalons de selle et met ses chevaux pur-sang à la disposition des éleveurs locaux. Les premiers reproducteurs influents sont l'étalon arabe Médany, et les étalons pur-sang Young Emilius, Stangfort et Young Rattler. Le cheval de Corlay a reçu l'influence d'autres races, comme l'Anglo-normand, le Vendéen, celle de métis issus du Trotteur Norfolk et du Pur-sang, du trotteur d'Orlov russe, et même du Percheron.
Une expression populaire corlaysienne souligne l'attachement des locaux pour les chevaux. D'après Bléas, . La concurrence des chevaux de course venus de Paris et de l'Anjou pousse les éleveurs locaux à croiser leurs chevaux pour faire naître des montures de selle.
La taille de ces chevaux croisés augmente, de à . Le cheval de Corlay résulte de croisements entre ces chevaux autochtones bretons, le Pur-sang, et l'Arabe.. Selon Guy de Sallier Dupin, c'est la distribution de primes par le conseil général et les Haras nationaux, récompensant les meilleurs éleveurs, qui permet l'émergence d'éleveurs pionniers de chevaux demi-sang à Corlay, par croisement avec des Pur-sang et des Arabe.
Montée en réputation vignette|gauche|Mina, jument demi-sang de Corlay, vue par dans Le Cheval de selle en France, , 1898. En quelques décennies, l'élevage local gagne une excellente réputation. Le comte Achille de Montendre fait l'éloge de l'élevage dans la région de Corlay dans un ouvrage paru en 1840, qualifiant la de cheval d'avenir, qui .. Son texte est repris dans un numéro du Recueil de médecine vétérinaire paru l'année suivante., puis par Éphrem Houël, dans son Traité complet de l'élève du cheval en Bretagne.. La société de courses de Corlay est créée en 1842, au moment de la réorganisation de la répartition des étalons, qui favorise la région.
En 1844, le rapport des inspecteurs de l'agriculture française pour le département des Côtes-du-Nord y distingue trois races, dont celle de Corlay ; les sujets sont décrits comme de petite taille () mais de grande qualité.. Il ajoute que les chevaux non-croisés avec l'Arabe ou le Pur-sang se vendent beaucoup plus cher et plus facilement pour le service de la cavalerie légère. En 1845, après le rétablissement du haras national de Lamballe, plusieurs étalons pur-sang sont envoyés à Corlay : Craven, Brandy-Face, Festival, Gouvieux, Beauvais, Marin, Chassenon, Chambois, Basque, Kirsch, le Rakos, Vertumne et Pedlar. Ce haras reçoit aussi les demi-sangs Cœur de Chêne, Ementier, Infaillible et Lancastre, puis l'étalon trotteur Norfolk Flying Cloud, père du chef de race Corlay. En 1849, la commission hippique de Guingamp recommande de faire appel à l'Anglo-arabe en plus du Pur-sang pour améliorer la race de Corlay. En 1862, le concours de poulains et pouliches de Lamballe est re-nommé , et exige que les participants concourent en trot ou en galop dans l'année. À partir de 1864, les primes ne sont plus distribuées qu'aux juments ayant été saillies par un étalon pur-sang ou demi-sang de l'administration des haras.
En 1867, le rapporteur d'une session du conseil général affirme que . En 1880, un journaliste écrit que les meilleurs chevaux de demi-sang proviennent de l'arrondissement de Loudéac. En 1897, Martial Cornic abonde dans le même sens, qualifiant le cheval de Corlay de .. Au début du , l'élevage du cheval dit « de sang » en Bretagne est exclusivement propre aux régions de Corlay, Rostrenen, et Loudéac.
Influence de l'étalon Corlay vignette|L'étalon Corlay, d'après un tableau d'Adhémar Louis Gaspard de Clermont-Gallerande (1837-1895).|alt=Gravure d'un cheval vu de profil
Le cheval de Corlay doit une partie de sa réputation à l'étalon reproducteur nommé Corlay, considéré par Bléas comme . En 1864, le premier trotteur Norfolk est introduit, Flying Cloud. Par croisement avec une petite jument corlaysienne de galop aux 3/4 pur-sang, nommée Thérésine, il donne naissance à Corlay en 1872, qui sert d'étalon reproducteur dans la station de monte du même nom pendant 21 ans, entre 1876 et 1897. Corlay engendre énormément de descendants qui s'illustrent comme chevaux d'attelage, de course et de selle, et sont réputés pour leur distinction.
Fixation
En 1894, le studbook français du cheval de demi-sang est ouvert, avec une section bretonne. Le se termine sur la disparition du type ancien et traditionnel de la race, le « bidet ambleur de Corlay ».. Un journal local écrit que les caractéristiques du cheval de Corlay sont désormais fixées : alliant la taille du Pur-sang à la douceur des bidets bretons, . En 1903 est constituée la Société hippique de Corlay, qui met en place des concours. Ceux des pouliches d'un an et deux ans contribuent significativement à l'amélioration de la race locale. En 1905, la région de Corlay se dote d'un hippodrome, « Le Petit Paris ». En 1908, le comte Henry de Robien livre un avis dépréciatif au sujet du cheval de Corlay, qu'il décrit comme .
En 1911, le directeur du haras de Corlay salue la constante amélioration de l'élevage. Les cultures fourragères permettent aussi une meilleure alimentation animale, en particulier celles du trèfle. En 1928, la société hippique de Corlay publie une étude de 30 pages constituant un réquisitoire , cité par .. Les étalons les plus influents sur la race au début du sont le demi-sang Soliman, mort en 1916 et connu comme père d'excellentes poulinières, et les Pur-sangs Pedlar (1905-1919), Vertumne, Roncal, Rendez-vous et Bon. L'élevage de Corlay fourni pour la Première Guerre mondiale. L'élevage de chevaux de sang à Loudéac périclite après la guerre.
Déclin
vignette|Pouliche demi-sang de Corlay, primée en 1935.
Le comte Henry de Robien (1908) anticipe le déclin de la race, en raison de son manque de débouchés autres que militaires. Par ailleurs, il la décrit comme disparue vingt ans auparavant :
En 1919, le vétérinaire E. Frouin, directeur des services vétérinaires de Côtes-du-Nord, présente un rapport conseillant de supprimer les concours de chevaux de selle dans toutes les villes du département, sauf à Corlay, où il conseille d'augmenter les primes afin d'éviter que la race disparaisse. La race décline, d'après le général de Champvallier (1921), le zootechnicien Paul Diffloth (1923), E. Frouin (1927-1928) et la Société hippique de Corlay (1928), qui précise une réduction significative des effectifs d'étalons pur-sang et demi-sang entre 1900 et 1927, ainsi qu'une réduction des saillies par le Pur-sang et le demi-sang de 729 à 110 sur le même laps de temps.
Les raisons en sont la concurrence du cheval de trait, notamment du Postier breton ; celle des véhicules automobiles, et la difficulté à trouver des étalons reproducteurs de qualité. Le modèle des chevaux tend à l'allègement et au rapprochement avec le Pur-sang ; Diffloth affirme ainsi que la race du demi-sang galopeur est « condamnée à disparaître ». En 1933, il ne reste qu'environ 120 poulinières de Corlay très hétérogènes au modèle, en fonction de la part d'influence Pur-sang.
En 1927, la Société hippique de Corlay estime que les chevaux de Corlay ont gagné un cumul de de gains en courses de demi-sang.
Description vignette|Venise XII, pouliche de 3 ans en 1924, baie, 1,57 m. Le cheval de Corlay est historiquement un demi-sang plutôt petit et trapu, qui mesure environ 1,50 à d'après l'auteur italien Maurizio Bongianni, et dépasse rarement d'après Paul Diffloth. Sa taille a augmenté au fil du temps, puisqu'une mesure moyenne réalisée en 1898 l'estime de 1,52 à , une autre réalisée dans les années 1930 donne une moyenne de pour , avec de périmètre thoracique, et un tour de canon de . F.-M Bléas (1913) cite pour sa part une taille moyenne de , avec de périmètre thoracique, et de tour de canon. En 1927, d'après la thèse du vétérinaire E. Frouin, la taille moyenne est de à . En 1928 et en 1933, la Société hippique de Corlay et un article de la revue Sport universel illustré donnent une moyenne de pour ainsi qu'un maximum de , déterminés par la Société du cheval de guerre ; un quart des chevaux de la race toisent plus de .
Morphologie