Aurobindo Ghose, dit Sri Aurobindo, né le à Calcutta (Raj britannique) et mort le à Pondichéry (Inde française), est un philosophe, poète et écrivain spiritualiste qui a développé une approche nouvelle du yoga. Il fut également un des leaders du mouvement pour l'indépendance de l'Inde..

Biographie Après ses études en Angleterre (1879-1893) à Cambridge, il retourne en Inde, commence à étudier les grandes traditions de son pays avant de militer pour l'indépendanceSri Aurobindo, Autobiographical Notes and Other Writings of Historical Interest (en anglais), page 32, dans le Volume 36 de la collection "THE COMPLETE WORKS OF SRI AUROBINDO" éditée par Sri Aurobindo Ashram Publication Department en 2006. ouvrage consultable ici..

En 1907, il fit la rencontre du yogi Vishnu Bhâskar Lélé, venu de Gwalior pour examiner avec lui son intention de yoga activiste. Il organisera avec lui des rencontres spirituelles dans l’Inde occidentaleLionel Tardif, Sri Aurobindo ou l’évolution future de l’humanité.

En 1909, il sort de la prison où il a passé un an pour ses activités indépendantistes. Il était soupçonné d'avoir participé de près ou de loin à des attentats : il reconnaîtra d'ailleurs ultérieurement que sa philosophie spirituelle ne conduit pas à militer pour la non-violence comme celle de GandhiSri Aurobindo, Autobiographical Notes and Other Writings of Historical Interest (en anglais), page 8, dans le Volume 36 de la collection "THE COMPLETE WORKS OF SRI AUROBINDO" éditée par Sri Aurobindo Ashram Publication Department en 2006. ouvrage consultable ici.. Pendant cette année de prison, il dit avoir vécu une série d'expériences spirituelles qui l'auraient conduit à expérimenter des états de conscience au-delà du NirvanaSatprem, Sri Aurobindo ou l'aventure de la conscience, Buchet Chastel, p. 177, écrit citant Aurobindo sur lui-même : « Je vécus jour et nuit dans ce Nirvana avant qu'il ne commence à admettre autre chose en lui ou à se modifier tant soit peu… puis il commença à disparaître dans une Supraconscience plus grande, en haut… L'aspect illusoire du monde cédait la place à un autre aspect où l'illusion n'était plus qu'un petit phénomène de surface, avec une immense réalité divine par derrière, une suprême Réalité divine au-dessus et une intense Réalité divine au cœur de toutes les choses qui, tout d'abord, m'étaient apparues comme des formes vides ou des ombres cinématographiques. ».

Dans son livre Jours de prison, Sri Aurobindo explique que rien ne prouve qu'il ait été impliqué dans un attentat. Il ne connaissait même pas la plupart des accusés qu’il rencontra en prison pour la première fois. Trente ans plus tard, aux questions que lui posaient quelques disciples, il répondit : « Je n’étais ni le fondateur, ni le chef du mouvement révolutionnaire… Mon idée était une révolte armée dans l’Inde entière. Ce qu’ils faisaient à cette époque, comme de s’attaquer aux magistrats, etc., était tout à fait puéril. Quand ils se livrèrent par la suite à des actes de terrorisme et au brigandage, cela ne correspondait ni à mes idées ni à mes intentions… »

C’est en 1909-10, après son « acquittement », que Sri Aurobindo écrivit pour le journal bengali Suprabhat, sous le titre Kârâkâhinî, une série de sept articles qui relatent certains épisodes de son séjour en prison. Son départ pour Chandernagor ne lui permit pas d’en achever la rédaction.

Pour échapper aux Anglais20 mars 1909: Et si la France accueillait Aurobindo?, le , il finit par s'établir à Pondichéry, ville sous autorité française. Affirmant alors qu'il y a une lutte pour l'avenir de l'humanité au-delà de la lutte légitime pour l'indépendance de l'Inde, il se consacre à ses recherches spirituelles et à la composition de ses œuvres. De plus en plus de disciples commencent à venir pour vivre auprès de lui et de sa collaboratrice française, Mirra Alfassa, que lui et ses disciples nomment « Mère ». Cette dernière prendra la direction matérielle de l'âshram fondé officiellement dans les années 1920.

Il considère que le sens de son âshram est d'être un « laboratoire évolutif »Satprem, Mère, Robert Lafont, tome 1, p.382 sq.. Jusqu'en 1926, il développe sa doctrine : selon lui, l'homme n'est aujourd'hui qu'à un niveau imparfait de son évolution ; il faut pour lui reconnaître que « l'homme est un être de transition »Satprem, Luc Venet, La vie sans mort, Robert Lafont, p.25 traduit un passage de The Hour of God d'Aurobindo : « L'homme est un être de transition ; il n'est pas ultime. Car, dans l'homme et bien au-dessus de lui, s'élèvent les degrés radieux qui mènent à une surhumanité divine. C'est là que résident notre destinée et la clef qui nous libèrera de notre existence mondaine, pleine de promesses, mais inquiète et limitée… Une surhumanité gnostique est la prochaine étape évolutive évidente et triomphante que doit atteindre la Nature terrestre. Le passage de l'homme au surhomme est la prochaine réalisation imminente de l'évolution terrestre. Ce passage est inévitable parce qu'il est à la fois l'intention de l'Esprit intérieur et la logique du processus naturel. ». Quand Charles Darwin avoue « comme confesser un meurtre » avant sa publication de l'Origine des espècesDarwin cité par Satprem dans Evolution II, Robert Lafont, cela concerne le fait de reconnaître que l'humanité appartient à la même famille que les singes. Pour Sri Aurobindo, admettre l'évolution des espèces va plus loin encore. L'admettre revient à nous faire considérer la possibilité que l'être humain soit un chaînon vers une nouvelle espèce. Cette nouvelle espèce dont l'homme serait une transition ne serait pas forcément dotée d'une conscience compréhensible pour la conscience mentale humaine. Cette conscience nouvelle dont serait dotée cette nouvelle espèce pourrait être incompréhensible pour l'homme comme la conscience humaine mentale l'est pour les autres animaux. Cependant Sri Aurobindo envisage une différence évolutive importante avec les évolutions d'espèces précédentes : nous pouvons a priori la concevoir et surtout nous pourrions peut-être y collaborer consciemment.

vignette|180px|Sri Aurobindo et sa famille en Angleterre vers 1879 (assis au centre à côté de sa mère).

Le chemin conscient de notre évolution est d'après lui à chercher dans le développement de nos capacités spirituelles. Un développement plus radical des capacités spirituelles déjà explorées par l'humanité aboutirait selon lui un jour à l'éveil d'une dimension encore tout à fait inconsciente. La manifestation d'une telle dimension de conscience marquerait le saut évolutif propre à la manifestation d'une nouvelle espèce.

En 1926, Sri Aurobindo entre dans une retraite pour se consacrer exclusivement à la manifestation terrestre du supramental. Il ne sort de sa retraite que rarement : soit pour retrouver des fidèles réunis, soit pour intervenir dans la vie politique indienne. Le reste du temps, il communique par écrit avec ses disciples.

Il a écrit beaucoup de livres sur les écritures sacrées indiennes qui seront pour beaucoup d'Occidentaux à la suite de ceux de Vivekananda une véritable porte d'entrée vers l'hindouisme et sa philosophie. Il meurt dans son âshram en 1950.

Bref aperçu de la pensée évolutionniste de Sri Aurobindo

La conception de l'évolution que propose Sri Aurobindo n'est donc pas seulement matérialiste comme celle de la plupart des héritiers de Charles Darwin. Aurobindo ne nie pas l'approche matérialiste mais il signifie sa limite :

« Tout le monde sait maintenant que la Science n'est pas un énoncé de la vérité des choses mais seulement un langage pour exprimer une certaine expérience des objets, leur structure, leur mathématique, une impression coordonnée et utilisable de leurs processus . La matière elle-même est quelque chose (peut-être une formation d'énergie ?) dont nous connaissons superficiellement la structure telle qu'elle apparaît à notre mental et à nos sens et à certains instruments d'examen (dont on soupçonne maintenant qu'ils déterminent largement leurs propres résultats, la Nature adaptant ses réponses à l'instrument utilisé), mais nul savant n'en sait davantage ou ne peut en savoir davantageSatprem, Luc Venet, La Vie sans mort, Robert Laffont, p.22 cite Aurobindo dans ses Lettres sur le yoga ».

À partir de ce constat, Sri Aurobindo affirme que la science n'interdit pas un point de vue spiritualiste sur l'évolution. Pour lui, l'inconscient n'est pas seulement de nature subconsciente comme l'affirment les Freudiens (mais pas les Jungiens) et tous les psychologues matérialistesSatprem, Sri Aurobindo ou l'aventure de la conscience, Buchet Chastel, p. 271-276 traite ce point en détail, mais l'inconscient a aussi une nature spirituelle où la conscience est élargie, se dépassant elle-même en supra-conscience.

Certes on peut considérer à un certain niveau que le subconscient est comme un ensemble de pulsions qualitatives traduisant un jeu de forces matérielles que la Science estime quantitatives et qui seules assureraient l'évolution. Mais pour Sri Aurobindo découvrir que l'inconscient est aussi de nature supraconsciente apporte un éclairage supraconscient jusqu'au fond du subconscient qui montre que le regard scientifique passe forcément à côté de la conscience cachée au cœur de la matièreSri Aurobindo, Métaphysique et psychologie, textes groupés par Jean Herbert, p.132 : « 539. - En chaque particule, atome, molécule, cellule de la Matière vivent cachées et œuvrent inconnues toute l'omniscience de l'Eternel et toute l'omnipotence de l'Infini. [Hour of God] * 540. - L'état matériel… n'est-il pas plutôt un sommeil de la conscience ? [La Vie divine] ».

Sri Aurobindo caractérise la conscience humaine comme une conscience mentale :

« Dans la terminologie de notre yoga, le substantif « mental » et l'adjectif « mental » sont utilisés pour désigner spécialement la partie de la nature qui a rapport avec la cognition et l'intelligence, avec les idées, les perceptions de l'esprit ou la pensée, les réactions provoquées par les objets sur la pensée, les formations et les mouvements vraiment mentaux, la vision et la volonté mentalesSri Aurobindo, Métaphysique et psychologie, textes groupés par Jean Herbert, § 1.201. p.262 ». La conscience mentale humaine englobe selon lui une conscience vitale héritée des animaux et une conscience physique héritées des premières formes de vie.

Au-delà des plus hautes cimes supraconscientes de la conscience mentale, Aurobindo affirme qu'il nous est possible d'expérimenter un « supramental », qui est une connaissance directe de la vérité aujourd'hui connaissable indirectement et partiellement par notre intelligence mentale :

« Par supramental, j'entends la Conscience de vérité… par laquelle le Divin connaît non seulement sa propre essence et son être propre, mais aussi sa manifestationLettres sur le Yoga, Buchet Chastel, tome 2 » mais ailleurs il précise : « une description mentale de la nature supramentale ne pourrait que s'exprimer soit en termes trop abstraits, soit en images mentales qui pourraient la transformer en tout autre chose que sa réalitéLa Vie Divine, Albin Michel Spiritualités Vivantes ».

Le yoga intégral élaboré par Aurobindo voudrait permettre la progression spirituelle individuelle et collective vers ce nouvel état.