thumb|right|La Bible de Gutenberg (Vulgate), première Bible imprimée, Bibliothèque du Congrès, Washington.

La datation de la Bible consiste à déterminer la période de composition et de rédaction de chaque livre qui la compose, et si possible de chaque unité textuelle composant ces livres.

La Bible se présente comme une compilation de textes rédigés ou remaniés à différentes époques. La Bible hébraïque comprend trois parties : la Torah (, la Loi ou Pentateuque), les Nevi'im (, les Prophètes) et les Ketouvim ( les Autres Écrits ou Hagiographes). À cette liste s'ajoutent les livres deutérocanoniques pour l'Ancien Testament des chrétiens ainsi que le Nouveau Testament, propre aux bibles chrétiennes.

Depuis le , des fouilles archéologiques au Proche-Orient ont fourni de nombreux éléments sur le contexte dans lequel la Bible a pris forme. Ces découvertes permettent de mieux dater l'histoire des royaumes d'Israël et de Juda, aidant à comprendre la formation du texte biblique. La tradition faisant de Moïse l'auteur de la Torah, de David celui des Psaumes et de Salomon celui des Proverbes est démentie par d'autres recherches, et une nouvelle approche historico-critique s'opère à partir d'une base plus scientifique que proprement religieuse.

La datation des textes bibliques dépend de méthodes telles que la philologie, la paléographie, la comparaison avec d'autres textes antiques, et l'archéologie. Les dates de rédaction des textes de la Bible hébraïque sont difficiles à établir, et font l'objet de débats entre les spécialistes. La majorité d'entre eux s'accordent toutefois pour situer son écriture entre les , et celle du Nouveau Testament au cours du .

Le plus ancien objet où figure un fragment biblique est l'amulette de Ketef Hinnom, datée vers 600 av. J.-C. Le plus ancien manuscrit de la Bible hébraïque retrouvé à ce jour est le fragment d'un rouleau des Livres de Samuel datant du milieu ou de la fin du , trouvé à Qumrân en Samarie. Le plus ancien texte du Nouveau Testament retrouvé à ce jour est le papyrus P52 de la bibliothèque Rylands, contenant un fragment de l’Évangile selon Jean, qui date de la première moitié du (soit seulement quelques dizaines d'années après l'originalL'Évangile selon Jean ayant été rédigé entre l'an 85 et 95.). Les plus anciennes versions relativement complètes des écrits vétérotestamentaires traduits en grec sont deux copies de la Septante datées du : le Codex Sinaiticus et le Codex Vaticanus. Depuis qu'une partie du Codex d'Alep a été perdue en 1947, le plus ancien manuscrit complet du texte massorétique, qui sert de base à de nombreuses éditions modernes de la Bible, est le Codex Leningradensis, datant du .

Méthodes de datation Puisque aucun manuscrit original de la Bible n'est accessible de nos jours, la datation doit s'appuyer sur l'analyse du texte lui-même ainsi que du milieu dans lequel il a pris forme. Cette connaissance fait intervenir la critique philologique et l'analyse rédactionnelle, la comparaison avec d'autres textes antiques, la recherche de témoins textuels, et l'archéologie. Utilisées conjointement, ces techniques permettent de dresser un tableau plus ou moins complet de l'histoire du texte..

L'analyse critique confirme que la majorité des livres bibliques ne sont pas écrits de bout en bout par une seule main, mais subissent au contraire des réécritures plus ou moins importantes tout au long de leur histoire. Nombre d'entre eux sont des collections de traditions ou de fragments épars, ensuite regroupés et reliés pour former un tout plus ou moins cohérent. Ils peuvent ensuite avoir été complétés, retravaillés et actualisés suivant les options ou nécessités théologiques du moment.

La découverte et le déchiffrage à la fin du de textes akkadiens ressemblant étrangement aux récits bibliques., puis celle durant le des manuscrits de la mer Morte, ont modifié la vision traditionnelle de la Bible.. L'archéologie a, quant à elle, permis aux exégètes d'établir des hypothèses plus précises et plus sûres. Si les débats restent vifs sur quelques datations, les grandes lignes de l'histoire du texte paraissent désormais tracées..

Manuscrits les plus anciens thumb|Fragments retrouvés à Qumrân.

Les plus anciens ensembles de textes de la Bible hébraïque, trouvés parmi les manuscrits de la mer Morte, sont datés entre le ., le chercheur Frank Moore Cross datant un petit fragment du Livre de Samuel (4QSamb) de la fin du .. Tous les livres du Tanakh, à l'exception du Livre d'Esther, se trouvent dans les textes découverts à Qumrân, certains en plusieurs exemplaires, d'autres à l'état fragmentaire..

Parmi les plus anciens manuscrits en grec se trouvent des fragments du Lévitique et du Deutéronome de la Septante datant du , ainsi que des fragments de la Genèse, de l’Exode, des Nombres, et des petits prophètes datant du Les manuscrits anciens relativement complets de la Septante sont, entre autres, le Codex Vaticanus (), le Codex Sinaiticus () et le Codex Alexandrinus ()Le Sinaiticus comprend d'importantes parts de la Bible hébraïque et des livres deutérocanoniques et le Vaticanus propose une version presque complète de la Septante à l'exception de quelques passages de la Genèse et de Psaumes, ajoutés au ; cf. .. Ce sont les plus anciens manuscrits presque complets de l’Ancien Testament, toutes langues confondues. Le Pentateuque samaritain, qui aurait vu le jour sous la dynastie hasmonéenne, est aussi un manuscrit biblique très ancien.. Tout comme la Peshitta, cette dernière étant une traduction de la Bible chrétienne en syriaque achevée semble-t-il durant le ..

Le texte massorétique final de la Torah est considéré par la tradition comme ayant été assemblé au , mais les plus anciens manuscrits complets (ou presque complets) sont le Codex d'Alep (vers 920) et le Codex de Léningrad (1008)Il s'agit du manuscrit B19A texte écrit, d'après son colophon, en 1008 et conservé à la Bibliothèque publique de Saint-Pétersbourg. De tradition massorétique tibérienne, il est lui-même basé sur le Codex d'Alep et est resté relativement complet jusqu'à sa destruction partielle en 1947 ; cf. ..

Historicité de la Bible Remise en cause de la tradition Durant des siècles, les lecteurs de la Bible la considèrent comme étant majoritairement la parole de Dieu, parole qu'Il aurait inspirée ou dictée à des sages, des prophètes ou des grands-prêtres israélites. Ainsi, la tradition attribue la rédaction du Pentateuque à Moïse ; l'origine des livres de Josué, des Juges et de Samuel à des archives sacrées recueillies par le prophète Samuel ; Jérémie est vu comme étant l'auteur des premier et deuxième Livres des Rois ; David comme celui des Psaumes, et Salomon comme celui des Proverbes et du Cantique des cantiques. La Bible étant considérée comme d'origine divine, la véracité historique du récit n'est alors pas remise en cause.. Cette tradition remonte à l'Antiquité. Or, durant cette période, il est courant d'utiliser la pseudépigraphie, technique qui consiste à attribuer un texte récemment écrit à un illustre auteur, parfois disparu depuis longtemps ou même purement imaginaire. Il est désormais admis, dans les milieux académiques, que ce procédé prévaut également pour ce qui est de la tradition biblique. C'est ainsi que la tradition judéo-chrétienne attribue les livres de l'Ancien Testament à différents auteurs, comme il est énoncé ci-dessus : ..

La Bible est pendant longtemps le seul moyen d'accéder à l'histoire de l'ancien IsraëlJean-Daniel Macchi, .. À partir du , l'archéologie dite commence par s'intéresser uniquement à chercher à confirmer le récit de la Bible, par les résultats de fouilles sur le terrain... Toutefois, les progrès des recherches aidant, les archéologues s'écartent de plus en plus de cette approche, pas vraiment scientifique. Ils comprennent de plus en plus que le texte biblique est écrit en grande partie bien après les évènements qu'il relate, ou inventé dans un but avant tout théologiqueJean-Daniel Macchi, .. L'archéologie , qui prend la Bible comme la référence qui servira à interpréter chaque découverte, fait alors place à l'archéologie , pour laquelle la Bible est un texte parmi d'autres.. Les recherches historiques et archéologiques démontrent en effet que le texte biblique n'est pas toujours un témoignage historique fiable, notamment concernant les récits originels.. Albert de Pury résume cela en disant que Sylvie Arsever, « Les récits des origines sont toujours mythiques », Le Temps, 8 avril 2009.

Entre positions traditionalistes et minimalistes Partisans de l'historicité intégrale thumb|left|Ostracon de Khirbet Qeiyafa, que certains spécialistes considèrent comme le plus ancien texte en hébreu. Malgré ces considérations, d'autres ne sont pas prêts à renoncer si facilement à l'historicité de la Bible. C'est notamment le cas de l'égyptologue Kenneth Kitchen, qui défend l'idée d'un texte biblique historiquement vrai à partir de l'histoire d'Abraham.. Cependant, le professeur d'Ancien Testament John J. Collins affirme que l'étude de son travail montre qu'il s'agit de l’œuvre d'un apologiste. Pour appuyer cette affirmation, Collins cite par exemple le fait que Kitchen explique le manque de traces d'occupation de Jéricho au par l'érosion du sol. Collins cite aussi le fait que la ville d'Aï ne présente pas de traces d'occupation, contrairement à ce que l'on pourrait attendre si le récit biblique était historiquement vrai, mais que Kitchen n'y voit pas de contradiction car, selon lui, des fouilles futures devraient montrer des traces d'occupation aux alentours. Malgré tout, Kitchen doit bien admettre qu'il n'existe aucune preuve de l'Exode, mais reste convaincu que la Bible est vraie tant que le contraire n'a pas été prouvé John Joseph Collins, The Bible After Babel: Historical Criticism in a Postmodern Age, 2005, .Voir aussi Charles David Isbell, « K. A. Kitchen and Minimalism », 2004.

Une approche similaire est proposée par Iain Provan, Phillips Long et Tremper Longman dans leur livre A Bible History of Israel (Une histoire biblique d'Israël). Ces derniers voient le récit biblique comme un récit fiable, même s'ils admettent ne disposer d'aucune autre source que la Bible pour ce qui est plus ancien que la période supposée de l'installation en terre d'Israël. Cela ne les empêche pas de dater assez précisément l'histoire d'Abraham au milieu du et de conclure que le récit biblique s'accorde assez bien avec ce qui est connu des sociétés anciennes comme celle de Mari Megan Bishop Moore, Brad E. Kelle, Biblical History and Israel's Past, 2011, .. Selon Collins, même s'ils utilisent la pensée critique pour remettre en cause les conclusions des spécialistes, ils ne le font que superficiellement, rejetant la conclusion de l'approche critique qui amène à douter de la fiabilité de tout récit présenté comme historique, incluant celui que l'on veut a priori défendre John Joseph Collins, The Bible After Babel: Historical Criticism in a Postmodern Age, 2005, ..

Partisans d'une rédaction très tardive