L'abbaye de Sixt est une abbaye de chanoines réguliers de la congrégation d'Abondance située à Sixt-Fer-à-Cheval, dans le département français de la Haute-Savoie en région Auvergne-Rhône-Alpes en France. Fondée avant 1144, elle est fermée en 1792 à la suite de l'invasion française de la Savoie.
Seule une partie des bâtiments de l'ancienne subsiste aujourd'hui ; plusieurs sont inscrits au titre des monuments historiques en 1997. Au cours des années 2010, l'ancien site abbatial a fait l'objet de recherches archéologiques (préventives et programmées) et historiques.
L'abbaye a contribué à assurer dès le Moyen Âge une activité de pastoralisme dans un secteur de haute-montagne.
Géographie
L'abbaye est située dans la région historique du Faucigny, le département français de la Haute-Savoie et dans la commune de Sixt-Fer-à-Cheval. Elle a été implantée à une altitude d'environ sur une terrasse aménagée en contrehaut de la rivière du Giffre et en amont du verrou des Tines, à la confluence entre le Giffre et le Giffre des Fonds.
Histoire de l'Abbaye Entre sa fondation et le début du , l’abbaye de Sixt fait partie de la congrégation d’Abondance, fondée par les chanoines réguliers de la même abbaye fondée dans les Préalpes du Chablais autour de l’an 1100 et supprimée par François de Sales. Devant le succès de leur fondation, ces frères suivant la règle de saint Augustin essaiment principalement dans l’ancien diocèse de Genève, mais aussi dans le Jura et le Haut-Valais. Leurs ères d’influence voisinent celles d’autres chanoines réguliers , ainsi que de nombreux moines (bénédictins, cisterciens, chartreux puis ordre mendiant). alt=|droite|vignette|Vue de la façade sud de l'abbaye de Sixt-Fer-à-Cheval (Haute-Savoie).
La fondation de l'abbaye au Un premier prieuré est fondé à Sixt par des chanoines réguliers de saint Augustin issus de l'abbaye d'Abondance à une date inconnue, mais antérieure à 1144, date à laquelle le prieuré est érigé en abbaye. Les religieux s'établissent sur des terres que l’on considère traditionnellement avoir été concédées par Aymon , sire de Faucigny, bien qu’aucun nom de soit mentionné dans la charte de 1144.. À cette époque, le frère du sire de Faucigny, Arducius de Faucigny, est évêque de l’ancien diocèse de Genève.
Un abbé légendaire : Ponce de Faucigny Le premier abbé de Sixt se nomme Ponce.. Il est mentionné dans six actes datés du , ce qui est remarquable pour cette époque, en raison de ses abbatiats successifs d’abord à Sixt dès 1244, puis à Abondance entre 1168 et 1172, puis de nouveau à Sixt où il meurt un . Néanmoins, son identité demeure inconnue : contrairement à ce qu'affirme la vie légendaire de Ponce de Sixt rédigée par le chanoine Jean Depassier et publiée en 1666, rien ne prouve que Ponce soit issu de la famille de Faucigny . En revanche, la famille de Faucigny se montre particulièrement favorable à la réforme grégorienne et soutient dans toute la région la fondation de nouveaux monastères.. Outre Ponce, Jean Depassier rapportait dans son ouvrage l’existence d’une certaine Adélaïde de Faucigny qui aurait été une nièce de Ponce et qui aurait dirigé un prieuré de femmes dépendant de l’abbaye à l’entrée du territoire de Sixt et au lieu-dit Salmoiry. À nouveau, aucune source primaire n’atteste l’existence de cette Adélaïde, qui n’apparaît que dans des inventaires d’archives postérieurs à la publication de la légende de Ponce de Faucigny.. Du reste, aucune Adélaïde n’apparaît dans l’obituaire de la congrégation d’Abondance.
Un prieuré de femmes à Sixt ? Bien que l’existence de la prieuresse Adélaïde ne soit pas attestée, il n’est pas impossible qu’une petite maison religieuse de femmes ait été fondée à l’entrée de Sixt en marge de la fondation de l’abbaye au . Les communautés doubles, c’est-à-dire mixtes, de chanoines réguliers et de chanoinesses ont existé dans la moitié nord de l’Europe à cette époque.. La règle de saint Augustin était par ailleurs adaptée à la cohabitation d’hommes et de femmes ainsi que de pères et de leurs enfants, permettant ainsi des conversions familiales. Par ailleurs, la main-d’œuvre que représentait ces femmes, qui pouvaient être de simples converses, était certainement la bienvenue au moment de commencer à exploiter de larges territoires comprenant entre autres des alpages. D’après Jean Depassier, repris par la suite par d’autres auteurs (Marie Rannaud et Hilaire Feige), cette maison fut finalement fermée et les femmes rassemblées avec d’autres dans la nouvelle chartreuse de Mélan à Taninges.
Les premiers siècles L’expansion territoriale de l’abbaye Comme tout monastère, l’abbaye de Sixt doit subvenir à ses besoins et se doter progressivement des moyens de sa subsistance. Une bulle en date du et émise par le pape Adrien IV confirme les possessions et les droits de l'abbaye de Sixt : terres, eaux, alpages, forêts, prés ainsi que des granges à Sixt, mais aussi granges et dépendances, notamment à Fillinges. En 1167, Arducius de Faucigny, évêque de Genève, confirme la donation à l'abbaye de la paroisse de Samoëns. L'acte est rédigé à l'abbaye de Sixt. Avant son décès vers 1166., Aymon s'était fait chanoine de l'abbaye. Il y est peut-être enterré.. Une seconde bulle, émise par le pape Innocent III le , énumérait d’autres propriétés : l’alpage de Sales, des dîmes perçues au Mont-Saxonnex, à Aloz, à Mieussy, à Fillinges ainsi que diverses granges (16) et des tènements, notamment à Scionzier ainsi que divers revenus en espèces ou en nature.. La montagne de Sales avait été donnée par plusieurs propriétaires issus de la noblesse (Amédée de Nangy et Nantelme de Miolans) aux chanoines à la fin du .. Le même mois, le pape écrit à l'évêque de Genève Nantelme à propos de contestations qu'il avait élevé à propos de l'église paroissiale de Samoëns. L'abbé doit encore gérer des conflits nés des donations effectuées au siècle précédent par Turembert de Lucinges. L’abbaye reçoit d’Aymon II de Faucigny des vignes du côté de Châtillon en 1211, puis de nombreuses autres donations par ses vassaux qu’il confirme et augmente jusqu’à son décès vers 1253-1254. De 1282 jusqu'en 1292, l'église accueille la dépouille de l'héritier du Viennois, fils de Béatrice de Faucigny, la Grande Dauphine, en attendant la fin de la construction de la chartreuse de Mélan, .. D'autres membres de l'aristocratie du Faucigny se font enterrer à Sixt. alt=|droite|vignette|Vue des roches de Sales à Sixt-Fer-à-Cheval (Haute-Savoie). La gestion du territoire À Sixt, on suppose pour le moment qu’il n’y a pas eu d’occupation pérenne avant l’arrivée des chanoines d’Abondance. Ainsi, les religieux doivent faire appel à des colons pour exploiter le territoire et ainsi nourrir tout le monde. En 1226, les frères s’entendent avec Aymon II de Faucigny pour peupler des mas qui appartiennent à l’abbaye.. Au début du , c’est la montagne des Fonts qui est abergée à un groupe de personnes.. Après la crise de la peste noire, les religieux renoncent à l’exploitation directe. La population augmente à nouveau jusqu’à être trop importante et voir une partie d’entre eux émigrer dans le pays de Vaud (Suisse actuelle). En parallèle, les chanoines exercent la justice sur les habitants de Sixt par concession des sires de Faucigny depuis au moins l’an 1200.. En 1318, c’est le Dauphin du Viennois qui confirme les donations des droits de justice effectuées par les Faucigny..
La fin du Moyen Âge
Tentatives de réforme La fin du Moyen Âge est marquée par la Guerre delphino-savoyarde, qui prend fin en 1355, et par l’épidémie de Peste noire. À la veille de l’épidémie, soit lors de l’enquête delphinale de 1341, les habitants de Sixt sont regroupés en 113 feux., ce qui les porte à environ 550 à . Lorsqu’en 1411, l'évêque de Genève Jean V de Bertrand visite l'abbaye de Sixt, les feux ne sont plus que 60 (soit environ ).. Le prélat constate que la vie régulière n'est plus observée : les chanoines, comme ceux d’Abondance, vivent des vies privées voire familiales à l’intérieur ou à l’extérieur du couvent et l’abbé Guillaume de Marignier, lui-même concubinaire, manque d’autorité. Plus grave : les bâtiments nécessitent d'urgentes réparations, mais la communauté n’a pas les moyens d’y procéder. Ainsi, en 1418, les chanoines et l'abbé albergent l'alpage de Sales pour "l'introge considérable, ." de 400 florins d'or afin de financer ces travaux. L’abbaye est à nouveau visitée par l’autorité épiscopale le 16 octobre 1443 en la personne de Bartolomeo Vitelleschi.. Les chanoines ne sont plus que sept. Le visiteur insiste sur la règle que doivent respecter les religieux (prendre leurs repas en commun, dormir ensemble) et quelques travaux qui doivent être menés, notamment la réparation du toit de l’église. La valeur annuelle de l’abbaye atteint les 800 florins. En cette première moitié du , la difficulté des temps pousse de nombreux habitants du Haut-Giffre a émigrer, notamment dans le Lavaux (aujourd’hui en Suisse) : le nombre de feux n’est plus que de 50.
La mise en commende de l’abbaye Pour remédier à ces difficultés, le Régime de la commende est instauré à l’abbaye autour du milieu du . Le premier abbé commendataire, Humbert de Alibertis, est remplacé par Jean de Compey, issu de la noblesse régionale. Les suivants seront plutôt des Italiens. Néanmoins, certains abbés élus apparaissent dans les archives, par exemple Anserme de Lullin en 1481. La situation s’améliore dans la seconde moitié du grâce à la reprise démographique, permise par une accalmie des résurgences de peste, et des défrichements. Ainsi, dans l’ensemble de l’ancien diocèse de Genève, les revenus seigneuriaux augmentent ; en 1517, les revenus de l’abbaye atteignent les 1330 florins.. En 1481, les chanoines sont quatorze. Ils sont principalement originaires du Faucigny voire de Sixt (Depassier, Denambride, Moccand, Ducroz, Pin, Dufayet, Delessert).. Il apparaît clairement dans ces visites pastorales de 1443 et de 1481 que l’église de l’abbaye était alors partagée en deux parties : l’une, à l’est, réservée à la communauté canoniale, et l’autre à l’ouest ouverte à la communauté paroissiale. Les frais d’entretien des bâtiments étaient répartis entre l’abbé et les paroissiens. Néanmoins, les objets liturgiques n’étaient pas partagés.. Des investissements sont réalisés. L'enceinte est reconstruite et munie d'une tour d'angle à proximité de l'entrée principale de l'abbaye . Dans l'église, une chapelle latérale sud est construite à l'emplacement de la salle du chapitre qui est réduite en longueur .
L'époque moderne droite|vignette|242x242px|Clé de la porte de l'abbaye - 1558.Le est marqué par de nombreux conflits financiers entre chanoines et abbés commendataires, représentés à l’abbaye par leurs coadjuteurs. Après une série d’abbés originaires d’Italie du Nord, dont le cardinal vénitien Giovanni Battista Zeno qui meurt en 1501 et François Della Rovere qui meurt en 1551, ce sont de nouveau des Savoyards qui sont nommés à la tête de l’abbaye et qui la dirigent d’oncles en neveux entre 1564 et 1646 : les Mouxy.
François de Sales et la Réforme catholique