L'alliance italo-prussienne est un pacte militaire signé par le royaume d'Italie et le royaume de Prusse le . Il établit les modalités de l'entrée en guerre des deux nations contre l'empire d'Autriche et les compensations respectives en cas de victoire. Pour l'Italie, la compensation serait la Vénétie, pour la Prusse des territoires de l'Autriche.

L'alliance débouche sur la guerre austro-prussienne qui sur le front italien prend le nom de la troisième guerre d'indépendance. À la fin de la guerre, grâce aux victoires de la Prusse, et malgré les défaites de Custoza et Lissa, l'Italie obtient la Vénétie. La Prusse, quant à elle, étend son influence sur l'ensemble de l'Allemagne au nord du Main rassemblé au sein de la confédération de l'Allemagne du Nord.

Le contexte (1859-1866) En Italie Après l'armistice de Villafranca du qui met fin à la deuxième guerre d'indépendance italienne et laisse la Vénétie à l'Autriche, Cavour pense que la libération de cette province pourrait être obtenue grâce à un accord avec la Prusse. Cette nation aussi exprime des ressentiments à l'égard l'Autriche qui a obtenu, au congrès de Vienne, que la Confédération germanique appartienne à sa sphère d'influenceBortolotti, La guerra del 1866, Milan, 1941, ..

Le Président du Conseil Cavour, en , quelques mois avant sa mort, envoie dans la capitale prussienne Berlin le général Alfonso La Marmora, avec la mission officielle de représenter le royaume d'Italie au couronnement du roi . La mission a également le but secret de sonder les intentions du gouvernement prussien sur un éventuel accord contre l'Autriche. La mission échoue surtout en raison du conservatisme de la Prusse qui se méfie d'une nation que les dirigeants prussiens considèrent comme trop libérale.

Au cours de la période 1861-1866, l'Italie fait plusieurs tentatives pour obtenir la Vénétie de l'Autriche qui, ne reconnaissant pas le nouveau royaume, oblige le gouvernement italien à chercher la médiation de la France ou du Royaume-Uni. À cette fin, un premier contact est établi par Giuseppe Pasolini en et un second par La Marmora en . Les deux tentatives, cependant, ne donnent aucun résultatBortolotti, La guerra del 1866, Milan, 1941, ..

En , la diplomatie italienne mène une dernière action pour obtenir la Vénétie sans effusion de sang. La Marmora autorise le comte Alessandro Valeri Malaguzzi à ouvrir des négociations secrètes avec l'Autriche, afin de lui offrir une grosse somme d'argent en échange de la région. Cette mission aussi échoueGiordano, Cilindri e feluche, Rome, 2008, ..

En Prusse

Trois ans après son arrivée au pouvoir en Prusse, en 1865, le ministre-président Otto von Bismarck décide de mettre fin à l'influence de l'Autriche sur l'Allemagne par la guerre. Il tente une approche avec la France et l'Italie.

À la fin de , il demande au Premier ministre La Marmora par son diplomate, Karl von UsedomKarl Georg Ludwig Guido, comte di Usedom (1805-1884), diplomate prussien à Florence de 1863 à 1869., à Florence (alors capitale), quelle attitude aurait l'Italie en cas de conflit austro-prussien. La réponse de La Marmora est prudente : pour ne pas s'aliéner un vieil allié, il déclare qu'il ne peut pas prendre d'engagements sans connaître les intentions de Bortolotti, La guerra del 1866, Milan, 1941, ..

Interrogé le sur le sujet par l'ambassadeur italien à Paris Costantino Nigra, le ministre français des Affaires étrangères Drouyn de Lhuys rapporte que la France en cas de guerre austro-prussienne resterait neutre et qu'elle ne s'opposerait pas à une implication de l'Italie en faveur de la PrusseBortolotti, La guerra del 1866, Milano, 1941, .Giordano, Cilindri e feluche, Rome, 2008, ..

Pendant ce temps, pas du tout découragé par le climat qui devient plus distant entre la Prusse et Autriche avec le convention de Gastein, Bismarck, en septembre, confirme au représentant italien à Berlin, Quigini PulicaEfisio Quigini Pulica (1827-1876), comte, diplomate, chargé des affaires à Berlin de 1864 à 1867. que la confrontation est seulement repoussée. Cependant, pour arriver à la guerre sans risquer d'être attaqué par des puissances voisines, il obtient l'attitude bienveillante de la Russie et le désintérêt du Royaume-Uni. Il ne lui reste, par conséquent, qu'à consulter lui aussi la FranceGiordano, Cilindri e feluche, Rome, 2008, ..

Bismarck et se rencontrent à Biarritz et Paris en octobre et , rencontre au cours de laquelle l'empereur français confirme sa neutralité. Le , à Paris, Bismarck confie à Costantino Nigra qu'il faut aller vite parce que les finances de l'Autriche sont dans une situation difficile alors que celles des Prussiens sont en meilleur étatBortolotti, La guerra del 1866, Milan, 1941, ..

De retour de la France, Bismarck provoque une détérioration des relations austro-prussiennes ; tout d'abord par des incidents dans les duchés danois objets de la guerre des Duchés, puis, le , en envoyant à l'Autriche une note sévère de protestation l'accusant de comploter avec les Augustenbourg, prétendants au trône des duchés. Le , le ministre autrichien des Affaires étrangères, Alexandre de Mensdorff-Pouilly, à son tour, proteste contre l'ingérence prussienne dans l'administration du duché de Holstein et contre l'intolérable climat créé par la Prusse. Enfin, à Berlin, le , le Conseil de la Couronne prussienne décide la guerre de Prusse contre l'Autriche et une alliance avec l'ItalieBortolotti, La guerra del 1866, Milan, 1941, ..

Les négociations Au cours du Conseil privé de , la Prusse décide de demander au gouvernement italien d'envoyer un officier à Berlin pour traiter les questions d'une éventuelle alliance militaire, tandis qu'un Prussien serait envoyé à Florence. En Italie, la mission est confiée au général Giuseppe Govone qui, le , arrive à BerlinGiordano, Cilindri e feluche, Rome, 2008, ..

Le général quitte Florence avec peu d'instructionsBortolotti, La guerra del 1866, Milan, 1941, ., et à l'issue de sa première entrevue avec Bismarck, il en ressort avec une impression très peu encourageante. Le Premier ministre prussien propose, en fait, un traité générique avec l'Italie, dépourvu d'éléments concrets, qui semble plus approprié pour intimider l'Autriche afin d'obtenir des avantages sur la question des duchés danois.

Au cours de ses journées, une nouvelle arrive de Saint-Pétersbourg selon laquelle la Russie s'oppose à une proposition française visant à donner à l'Autriche les principautés danubiennes (de plus en plus indépendantes du protectorat turc) en échange de la Vénétie à l'Italie. Le ministre britannique des Affaires étrangères, Clarendon, et le gouvernement autrichien expriment la même perplexitéBortolotti, La guerra del 1866, Milan, 1941, ..

L'attention se concentre de nouveau sur Bismarck et sa proposition. Le Premier ministre rencontre comme opposition à ses projets belliqueux aussi bien la cour de , que son pays. Pour ces raisons, il ne peut établir un traité réciproque avec l'Italie avec pour objectif une guerre décisive ce que désire La Marmora. Cependant, l'insistance de à saisir l'opportunité de conclure un traité persuade les Italiens de mettre de côté leurs réservesBortolotti, La guerra del 1866, Milan, 1941, .. Depuis Paris, Costantino Nigra écrit à La Marmora, le , que conseille à l'Italie d'accepter l'alliance avec la Prusse et qu'il ne permettrait pas à l'Autriche d'attaquer l'Italie dans le cas où la Prusse se retirerait du conflitBortolotti, La guerra del 1866, Milan, 1941, ..

La signature et le texte du traité Après avoir pris connaissance de la trame du traité de Bismarck, le , le Premier ministre La Marmora télégraphie à son représentant à Berlin, Giulio De BarralGiulio Camillo De Barral De Montauvrard (1815-1880), comte, représentant italien de 1864 à 1866., pour lui communiquer le sentiment favorable que rencontre le projet à FlorenceGiordano, Cilindri e feluche, Rome, 2008, .. Le , une autre communication de Costantino Nigra à La Marmora l'informe de l'intérêt de d'une guerre pour trouver le moyen d'étendre les frontières de la France sur le Rhin, et l'assurance que si l'Autriche agressait l'Italie pour première, la France interviendrait contre l'AutricheBortolotti, La guerra del 1866, Milan, 1941, ..

Il ne reste qu'à conclure. Le traité d'alliance italo-prussien est signé à Berlin, le , par Barral et Govone pour l'Italie, et Bismarck pour la Prusse. Voici le texteAA.VV., Storia delle relazioni internazionali, Bologna, 2004, . :

[…] Art. 1. Il y aura amitié et alliance entre S.M. le Roi d'Italie et S.M. le Roi de Prusse. Art. 2. Si les négociations que le Roi de Prusse est sur le point d'ouvrir avec d'autres Gouvernements allemands en vertu d'une réforme de la Constitution fédérale conforme aux besoins de la Nation allemande ne réussissent pas et que S.M. par conséquent soit contraint de prendre les armes pour faire valoir ses propositions, S.M. le Roi d'Italie, après l’initiative prise par la Prusse, à peine en sera-t-elle informée, en vertu de la présence convention, déclarera la guerre à l'Autriche. Art. 3. À partir de ce moment, la guerre sera poursuivie par Leurs Majestés avec toutes les forces que la Providence a mises à leur disposition, et ni l’Italie ni la Prusse pourrait conclure une paix ou un armistice sens un accord mutuel. Art. 4. L'accord [pour une paix ou pour un armistice] ne pourra être refusé lorsque l'Autriche aura accepté de céder le Royaume lombard-vénitien et à la Prusse, des territoires autrichiens équivalents en population au dit Royaume. Art. 5. Ce traité cessera si trois mois après sa signature, la Prusse n'a pas déclaré la guerre à l'Autriche. Art. 6. Si la flotte autrichienne quitte l'Adriatique avant la déclaration de la guerre, S.M. le Roi d'Italie enverra un nombre suffisant de vaisseaux dans la Baltique, où ils stationneront afin d'être prêts à s'unir à la flotte prussienne, à peine les hostilités débutées.

La proposition autrichienne de la cession de la Vénétie

À la nouvelle d'un traité entre l'Italie et la Prusse, l'Autriche fait diverses tentatives pour rompre l'alliance. La plus sérieuse est une proposition de céder la Vénétie à la France (l'Autriche n'a pas de relations officielles avec l'Italie), en échange de la neutralité française et italienne en cas de conflit entre l'Autriche et la PrusseGiordano, Cilindri e feluche, Rome, 2008, ..

La proposition est faite par le gouvernement autrichien à qui en informe, le , Costantino Nigra. ce dernier, le jour d'après télégraphie à La Marmora. L’offre est liée à la non-intervention de la France et de l'Italie en faveur de la Prusse et comprend les points suivantsBortolotti, La guerra del 1866, Milan, 1941, . : Cession de la Vénétie à la France qui à son tour l'aurait cédée à l'Italie, la cession aurait compris les forteresses du quadrilatère ; Paiement d'une somme d'argent de la part de l'Italie qui aurait été destinée à construire des fortifications autrichiennes sur la nouvelle frontière ; l'occupation autrichienne de la Silésie prussienne.

L'offre semble intéressante pour La Marmora, d'autant plus que le traité conclu avec la Prusse ne prévoit pas de réciprocité, en ce sens qu'il n'oblige pas la Prusse à secourir l'Italie en cas de déclenchement des hostilités entre l'Autriche et l'Italie. La proposition n'est, cependant, pas sans inconvénients. Premièrement, l'Italie violerait, ainsi, l'accord avec la Prusse qui deviendrait alors son ennemi. Deuxièmement, l'Italie aurait un engagement avec la France pour la cession de la Vénétie. Troisièmement, l'offre de Vienne est liée à l'occupation autrichienne de la Silésie, ce qui semble être tout à fait problématique.