Guillaume d'Alméras, marquis de Mirevaux, né dans la ville assiégée de Montpellier, place-forte huguenote, vers 1617, mort le à la bataille d'Agosta, est un officier de marine et aristocrate français.
Entré dans la Marine royale vers l'âge de 20 ans, Guillaume d'Alméras fait ses débuts pendant la guerre de Trente Ans sur les côtes d'Italie, et prend part notamment à la bataille d'Orbetello. Lorsque la Fronde éclate, il quitte la Royale et équipe à ses frais un régiment de cavalerie. La paix revenue dans le royaume de France, il réintègre la Marine et mène de nombreuses missions d'escorte et de lutte contre les pirates barbaresques entre 1660 et 1672, date à laquelle se déclenche la guerre de Hollande. Après des succès mitigés en 1673-1674, la France envoie une flotte au secours de la ville de Messine, en révolte contre les Espagnols. Le , le marquis d'Alméras se distingue à la bataille d'Alicudi, puis à nouveau à la bataille d'Agosta, le , au cours de laquelle il est tué par un boulet de canon.
Biographie Origines et famille Guillaume d'Alméras est un des fils de Jacques d'Alméras (1582-1658), le biographe d'Abraham Duquesne, fait de Guillaume d'Alméras, un fils de Simon, viguier de Bagnols. Il s'appuie pour cela sur les écrits de l'abbé de Dangeau (Dictionnaire des bienfaits du Roi, Bibl. Nationale, Ms Suppl. fr. 572-13). Or, dans son dernier testament daté du 12 janvier 1676, le lieutenant-général fait allusion à Antoine, son frère aîné., né à Bagnols, ancien receveur général des gabelles de Languedoc au département de Narbonne. Pourvu par lettres royales du de l'un des trois nouveaux offices de Conseiller aux aides créées à Montpellier par l’Édit de . Sa mère est Lucrèce du Pont de Gout, une sœur d'Antoine du Pont de Gout, qui était alors premier Consul de Montpellier. De cette union naissent : Simon, baptisé le , vraisemblablement mort jeune ; Des jumeaux, Simon et Antoine, nés le et baptisés le de la même année à la basilique Notre-Dame des Tables ; François, né le François d'Alméras (24 décembre 1618 - avant le septembre 1692), il est major de chevau-légers, viguier et gouverneur de Bagnols-sur-Cèze..
Malheureusement, les registres paroissiaux n'ont conservé aucune trace de la naissance de Guillaume. Il est donc impossible de savoir si ce dernier est né à Montpellier entre Antoine et François (donc en 1617) ou après ce dernier (c’est-à-dire à la fin de 1619 ou au début de 1620). Mais il se peut aussi que, durant cette période troublée qui correspond au siège de Montpellier, sa mère ait quitté la ville avec ses enfants pour mettre son enfant au monde dans un village voisin tandis que son mari était emprisonné pendant quelque temps.
Le mystère qui entoure la naissance de Guillaume d'Alméras se prolonge sur son enfance : une seule certitude, il a fait ses études au collège de Montpellier. On le voit, en effet, figurer avec ses frères parmi les acteurs d'une représentation théâtrale donnée par les élèves de cet établissement le Notons au passage que les trois frères Alméras sont qualifiés de « Montpellierains » et que l'ordre de leur présentation : Antoine, Guillaume, François, si elle a une valeur chronologique, semble confirmer l'antériorité de Guillaume sur François.
Carrière dans la Marine royale Débuts pendant la Guerre de Trente Ans 280px|thumb|right|La bataille navale d'Orbetello (Toscane), en 1646.
En 1637, selon ses propres dires, il « entre au service du Roi », dans la Marine royale et prend part à la campagne des îles de Lérins, au cours de laquelle les Espagnols sont chassés. Trois ans plus tard, en 1640, il est « capitaine dans la Marine »Probablement capitaine de frégate..
Capitaine de vaisseau en 1645, Alméras commande, lors de la campagne des Présides de Toscane en 1646, La Madeleine, un modeste bâtiment armé de 16 canons et de 125 hommes d'équipage.
L'année suivante, en 1647, il participe sous les ordres de Launay-Razilly à l'expédition des côtes de Naples. Il commande alors Le Cygne, armé de 22 canons et comptant de 250 hommes d'équipage. Son rôle, au cours des divers accrochages avec les Napolitains, n'est pas resté dans les mémoires : on sait seulement que, le , pendant une violente tempête, Le Cygne endommagé de toutes parts, coule, heureusement sans dommages pour ses occupants.
Dans la cavalerie pendant la Fronde
En 1650, commandant Le Dragon de 16 canons, il s'empare d'un bâtiment espagnol chargé de munitions, et transportant, outre des dépêches importantes, le trésorier et le contrôleur général de l'armée ennemie. C'est peut-être en raison de cet exploit qu'un brevet de César de Vendôme, Grand-maître, chef et surintendant général de la navigation et du commerce en France, le commissionne chef d'escadre.
Il quitte la Marine royale pendant la Fronde et équipe, avec son argent, un régiment de cavalerie de six compagnies qu'il commande en qualité de mestre de camp.
Missions en Méditerranée et dans l'Atlantique (1660-1672) thumb|right|280px|Combat d'un vaisseau français et de deux galères barbaresques (Huile sur toile de Théodore Gudin). En 1660, il réintègre l'armée navale, avec le grade de chef d'escadre. Cette année-là, il propose d'organiser avec Abraham Duquesne le blocus d'Alger, de Tunis et de Tripoli, dans le cadre de la lutte menée contre les pirates barbaresques en Méditerranée. Pourtant, c'est au chevalier Paul que le roi confie cette mission. Une escadre de 15 bâtiments, dont Alméras fait partie, arrive à Tripoli vers la mi-juillet, passe à La Goulette le , et reste une semaine devant Alger, du au , avant de regagner Toulon faute de vivres.
En 1661, une lettre anonyme envoyée à Colbert cite d'Alméras parmi une liste d'officiers de marine attachés (ou du moins redevables) au surintendant des Finances Fouquet, arrêté le de cette même année. Parmi cette liste d'officiers figurent en outre, « les sieurs de Fricambault, Ectot, […] et des Ardens », qui s'emploieraient alors à discréditer le chevalier Paul auprès de M. de Vendôme, alors grand maître, chef et surintendant général de la navigation
En 1662, Alméras commande Le Grand Chalin, sous les ordres du duc de Beaufort. À la mi-juin, ce dernier l'envoie à la cour de Versailles pour rendre compte de la campagne. Le , il est de retour à Toulon, porteur des ordres du Roi et des instructions de Colbert aux officiers de l'escadre. Il reçoit à cette occasion une confortable indemnité de déplacement de . Dès son arrivée, il prépare activement, et en partie sur ses deniers, l'armement d'une escadre de trois vaisseaux qu'il doit commander avec mission de passer dans la Manche pour convoyer les navires marchands. Il quitte Toulon le à bord du Triomphe, 40 canons, 300 hommes d'équipage, accompagné du Beaufort et de L'Infante. Après avoir croisé en Méditerranée pendant 3 mois et demi, il passe le détroit de Gibraltar, arrive à Belle-Isle le , puis à La Rochelle fin août. Malgré cinquante jours de vents arrières, il parvient à conduire à Lisbonne le convoi de navires« M. d'Alméras, qui en était réduit à l'ingrat mais important métier de convoyeur, après cinquante jours de vents contraires put faire attirer à Lisbonne, le 25 octobre, les bâtiments marchands qu'à Belle-Isle il avait rallié sous sa cornette. ». Il se rend ensuite à Cadix pour ramener en France huit bâtiments de commerce qu'il escorte jusqu'au Cap Finisterre« M. d'Alméras avait gagné Cadix, où il trouvait six navires de Saint-Malo et deux de Rouen, qu'il devait convoyer jusqu'aux côtes de France. ». À la mer, il rencontre l'amiral Tromp et son vice-amiral, les deux flottes se saluent de loin avec leurs pavillons et leurs canons. Dans deux lettres, datées du et du , il se plaint à Colbert du manque de moyens mis à sa disposition« M. d'Alméras faisait remarquer à M. Colbert qu'il était, avec trois vaisseaux de guerre, chargé de faire ce que les Anglais faisaient avec seize vaisseaux, les Hollandais avec dix-huit et les Génois avec dix et six galères […] » et que ces nations-là n'étaient pas en guerre contre les Turcs..
En , une centaine de soldats — levés par Colbert du Terron, commissaire général de la Marine — embarquent à La Rochelle sur deux vaisseaux, commandés par d'Alméras et La Roche-Saint-André à Lisbonne. En 1665, il commande Le Diamant, de 60 canons et 450 hommes d'équipage, au sein de l'escadre du Ponant.
En , Guillaume d'Alméras est arrêté à La Rochelle. Louvois, Secrétaire d'État à la Guerre, « sur un ouï-dire malveillant », l'accuse d'une part d'avoir conduit à Lisbonne une prise qu'il a faite au lieu de la conduire en France et, d'autre part, d'avoir amené son vaisseau devant des navires anglais. Il parvient à justifier de la seconde accusation — grâce au témoignage en sa faveur de M. de Treillebois-Rabesnières, capitaine de L'Infante qui faisait route en compagnie du Mazarin commandé par d'Alméras — mais pas de la première, et passe donc quelques jours dans la tour où Colbert demande qu'il couche « étant important qu'on en use ainsi ».
Dans une lettre envoyée de La Rochelle le , il demande à être placé à la tête d'une petite division de trois vaisseaux et de brûlots pour aller faire la guerre en Manche, en attendant l'arrivée du duc de Beaufort, mais sa demande est rejetée.
thumb|right|Marie Françoise de Savoie-Nemours, escortée par Duquesne et d'Alméras au Portugal. Il prend le commandement, à l'automne 1666, du vaisseau Le Charmant, 60 canons, le second bâtiment de la flotte, par ordre d'importance, après Le Vendôme de Duquesne. Il le garde cinq ans, faisant partie, de l'escorte chargée de conduire à Lisbonne, en , la duchesse de Nemours mariée par procuration au roi de Portugal Alphonse IV.
Entre et , il participe à diverses missions de surveillance dans la Manche. À l'automne 1667, il est chargé de faire passer une escadre importante de l'océan Atlantique en Méditerranée. Il fait voile le de Belle-Isle.
Le , d'Alméras, à la tête d'une escadre forte de dix vaisseaux, deux brûlots et une galiote, arrive à Toulon avec pour mission de se préparer à reprendre la mer en avril avec huit vaisseaux. En fait, la campagne projetée n'aura jamais lieu : à la tête de trois vaisseaux, Alméras quitte Toulon au cours du dernier trimestre pour se rendre à Constantinople et se mettre à la disposition de M. de La Haye, ambassadeur de France. Mais une violente tempête, qu'il subit à hauteur de Cythère, démâte deux de ses vaisseaux, l'obligeant à revenir sur ses pas et à relâcher à Malte pour réparer.
Le secours de Candie thumb|right|280px|Carte de Candie, assiégée par les Ottomans, entre 1648 et 1669.
Le , le Roi lui écrit :
Le , il mouille à Cythère, attendant un ambassadeur turc. Pourtant, il participe le , personnellement ou par l'intermédiaire de son aide de camp, d'Amblimont, à une tentative infructueuse pour dégager Candie assiégée par les Ottomans. Au cours de l'opération, le chef de l'expédition française, le duc de Beaufort, est porté disparu. Au lieu de rentrer en France avec le reste de la flotte, Alméras se rend à Constantinople où, ayant reçu « toute sorte de courtoisie, de rafraîchissements et de bons traitements avec des passeports tout à fait honnêtes », il embarque comme passager M. Aga, l'envoyé extraordinaire que Mehmed IV dépêche auprès de Louis XIV. L'ambassadeur turc débarque à Toulon avec une suite de 20 personnes le .
Les Archives de la Marine pour l'année 1669 comporte, le concernant, le commentaire suivant :
1669 voit la nomination de Colbert au poste de Secrétariat d'État de la Marine. Ce dernier entreprend, dès sa nomination, une importante réflexion visant à réformer et à moderniser la Marine de Louis XIV. Il associe à ces réformes les officiers supérieurs et sollicite leur avis sur diverses questions. Le , le Ministre envoie au marquis d'Infreville une lettre lui demandant de .