Le ferrier antique de Tannerre-en-Puisaye, lieu où sont amassés des résidus d'extraction du fer remontant à l'époque gauloise pour les plus anciens, est l'un des deux plus grands ferriers de France. Il est situé dans la commune française de Tannerre-en-Puisaye (département de l'Yonne, en région Bourgogne-Franche-comté).
L'activité minière et sidérurgique sur ce site concerne l'Antiquité de l'époque des Gaulois (en l'occurrence le peuple des Sénons) jusqu'au Bas-Empire romain. Elle s'affaiblit durant le Haut Moyen Âge et disparait totalement ensuite. Au , le ferrier est exploité industriellement pour fournir du ballast. Cette exploitation prend fin en 1982, lorsque le site est classé monument historique.
Localisation Tannerre-en-Puisaye est située à environ 40 km à l'ouest-sud-ouest d'Auxerre, chef-lieu du département, et à une trentaine de kilomètres de Bonny-sur-Loire, entre Briare et Gien, sur la Loire.
Le ferrier se trouve immédiatement au nord du bourg, dans le bois de la Garenne et aux alentours.
Les deux tiers de la surface totale du ferrier sont dans ce bois et dans les parcelles boisées qui le jouxtent au nord. Le tiers restant s'étend sur les terres cultivées et en zone habitéeHistoire du ferrier – Situation, par l'association du ferrier de Tannerre. Cartes des ferriers répertoriés en Puisaye, de ceux sur la commune de Tannerre, plan du site du ferrier de Tannerre, et nombreuses autres informations..
Ce n'est pas le seul ferrier de la commune, qui a une bonne part des ferriers répertoriés en Puisaye en 2008. D'autres grands ferriers de Puisaye sont à Aillant-sur-Tholon, Saint-Amand-en-Puisaye, Saint-Fargeau, Fontaines, Dracy, Mézilles et bien d'autres endroits.
Description vignette|gauche|Trou de mine rempli d'eau, parmi les buttes de scories.
Ces vestiges d'exploitation sidérurgique antique et récente ont modelé le terrain tout en creux et en bosses : beaucoup de trous d'extraction de minerai, beaucoup de tas de scories de toutes tailles allant de petits monticules dispersés à des buttes de de hauteur. Le tout s'étend sur une surface de . C'est le plus grand ferrier de Puisaye, suivi par Villiers-Saint-Benoît, Dracy, Toucy et plusieurs autresAperçu historique sur l'exploitation des métaux dans la Gaule. A. Daubrée. p. 306., le plus grand de France avec celui des Martys (Aude)Sidérurgie antique, par l'association du ferrier de Tannerre. Photos et informations sur l'extraction du fer dans l'Antiquité., et l'un des plus grands d'EuropeInauguration du ferrier de Tannerre, par l'association du ferrier de Tannerre..
De cette surface, 15,2 ha sont propriété de la commune et sont classés monument historique depuis 1982.
Il est situé au milieu d'un bois d'environ 75 ha, probablement beaucoup plus grand à l'origine car l'extraction du fer exigeait de grandes quantités de charbonLettre de M. Tartois, maître de forges. Annuaire historique 1846. Sur l'ancienneté des ferriers d'après leur taille.. Elle exige également beaucoup d'eau pour le lavage du mineraiFerrier - Le minerai, par l'association du ferrier de Tannerre., et le Branlin passe au pied du coteau. Il faut également le concasser, ce qui était fait dans des moulins appropriésM. Déy, Histoire de la Ville et du Comté de Saint-Fargeau, Auxerre, 1856. p. 310 : Moulin à piler le laitier.. Enfin il fallait de l'air pour activer les fourneaux, et le site est en haut d'une colline, en plein vent.
Le minerai est d'abord ramassé à ciel ouvert ; lorsqu'il s'épuise en surface, des fosses sont creusées – jusqu'à 2 m de profondeur ; il en reste de nombreux exemples dans le ferrier et autour, généralement en partie comblés et souvent emplis d'eau. Plus tard, sont creusés des puits plus profonds et des galeries étayées.
vignette|Puits gallo-romain.
Trois puits gallo-romains ont été découverts, de 1,20 mètre de largeur et avec un débit de /h. L'un était profond de 6 à 8 mètres, les deux autres de 7 à 9 m (maintenant comblés). L'un des deux plus profonds était dans la zone de la Motte Champlay, l'autre vers l'extrémité de l’ancienne voie de chemin de ferActivités de l'association du ferrier de Tannerre..
Les minerais les plus utilisés à Tannerre étaient l'hématite rouge (teneur en fer de 70 %) et la limonite, une hématite hydroxydée (teneur en fer de 60 %). La marcassite ou sulfure de fer y était rarement utilisée.
Histoire Antiquité Le ferrier de Tannerre, et l'extraction du fer dans la région, a connu une période d'activité intense depuis avant la période gallo-romaine et jusqu'au Moyen Âge. Le fer était produit dans des bas-fourneaux d'argile (à ventilation naturelle ou à ventilation par soufflet)Le ferrier de Tannerre-en-Puisay, journée archéologique du 7 juin 2014, document INRAP par le procédé dit de « réduction directe », et épuré en forge sur place. Le peuple vivant là était les Sénons. Nous sommes à moins de (à vol d'oiseau) de la Loire et des Bituriges Cubes, à qui l'on attribue la découverte de l'étamage et qui étaient de la meilleure réputation quant à leur travail des métaux généralement et du fer en particulierPline l'Ancien, XXXIV, 162.. Les plus anciens bas-fourneaux étudiés en France, des fours à scories piégées de faible production, sont dans le Sénonais et remonteraient au Ils sont très nombreux dans le Sud de la Puisaye, allant en diminuant vers le nord de la région. Vers la fin de la Tène, tous les sites d'exploitation importants de Puisaye semblent avoir accru leur taille et raffiné leur équipement.
thumb|left|Emplacement de la Motte-Champlay. thumb|Blocs de calcaire et mortier provenant de la Motte-Champlay. thumb|Butte de scories, couches révélées.
Déjà largement présente du temps des Celtes (en Gaule l'âge du fer débute vers 800 à 700 ), l'activité s'accroît avec les romains qui mettent la main sur les ressources des territoires conquis. Ils font construire de très gros ateliers, sans pour autant que la production privée réduise notablement. Les moyens et techniques qu'ils mettent en œuvre fournissent des « scories à laitier » de même qualité que celles d'un haut-fourneau moderne. La production des 300 ans de cette période romaine est estimée à 80 % de la production totale, toutes époques confondues. Ceci veut dire qu'en 300 , le ferrier occupait déjà plus ou moins autant de surface qu'actuellement. Un village gallo-romain était certainement construit à flanc de colline.
Haut Moyen Âge Après la fin de l'Empire romain d'Occident, cette activité décroît notablement dans la région. Durant le haut Moyen Âge, de petits ferriers subsistent dans les alentours de Saint-Fargeau jusqu'à Lavau, et au nord de Villiers-Saint-Benoît. Mais les archives mentionnent beaucoup plus souvent des activités de forge plutôt que de production de fer. Cette décroissance perdure jusqu'à la quasi extinction de cette activité vers la fin du haut Moyen Âge, laissant derrière elle comme seuls témoins visibles des buttes de scories, les ferriers, qui à Tannerre atteignaient au moins de haut et y sont regroupées principalement dans la moitié nord du ferrierExploitation au , par l'association du ferrier de Tannerre.
Moyen Âge central Vers le une zone dans l'ouest du site est nivelée et un château-fort construit là, qui garde le chemin vers Paris. C'est la Motte Champlay. Elle est prise en 1359 par l'anglais Robert Knolles, au service de Charles II de Navarre lors de la tentative de prise du pouvoir de ce dernier en 1358. Knolles laisse à Champlay, qui permet de piller les voyageurs vers ParisAmbroise Challe, Malicorne-en-Gâtinais, Hautefeuille-sous-Malicorne, dans Monographies des villes et villages de l'Yonne et de leurs monuments, 1837., son lieutenant Dauquin de Halton. Selon un accord entre Knolles et le connétable Robert de Fienne, la motte est rasée par les troupes anglo-navarraises, de même que le village (qui ne faisait probablement pas partie de l'entente agréée) et le fort du bas, lors de leur départ de la Puisaye après le traité de Brétigny en 1360. Tannerre s'éteint pendant plus de deux siècles, et ne recouvre pas son intense activité passée. La motte Champlay ne sera pas reconstruite. De gros blocs maçonnés en ont été trouvés en 2009 lors de relevés de terrain.
Temps modernes (1492-1789)
thumb|Scories, bloc produit sur place.
Les scories ont de tous temps été occasionnellement réemployées pour réparer et « ferrer » des chemins et autres surfaces carrossablesMinières et ferriers du Moyen-Âge en forêt d’Othe (Aube, Yonne) : approches historiques et archéologiques. Patrice Beck, Philippe Braunstein, Michel Philippe et Alain Ploquin. Revue Archéologique de l'Est, tome 57, 2008, p. 333-365.. Mais les prélèvements dans ce sens sur les ferriers antiques restaient très limités.
De 1900 à 1982, en revanche, les buttes de ferriers ont été exploitées de façon industrielle, systématisant l'utilisation (déjà commencée au ) des scories pour empierrer les routes et constituer le ballast des voies ferrées.
Par ailleurs, les déchets encore riches en métaux étaient envoyés aux hauts-fourneaux de Lorraine (entre autres ceux d'Homécourt) pour en extraire le fer et le manganèse restantsLe ferrier, par l'association du ferrier de Tannerre.. En effet, les scories puyaudines étaient plus riches en fer que le minerai lorrain dont la teneur moyenne en fer était à l'époque d'environ 30 %. Elles étaient donc utilisées en complément de la charge normale : on « enrichissait la charge ».
Par ailleurs, les scories de Tannerre contenaient de la silice, qui dans les hauts fourneaux correspond au « fondant » dans les bas-fourneaux : elle permet d'abaisser la température à laquelle la charge fond, ce qui facilitait la tâche des hauts-fourneaux et rétablissait leur bon fonctionnement. À cette époque, un réseau complet de chemin de fer était en place dans le ferrier, avec aiguillages, plaques tournantes, dérailleuses, atelier et puits. Les ouvriers s'étaient bien sûr construit des logements au plus près, sur le site même, avec cantine.
La première guerre mondiale stoppe les activités, qui reprennent en 1916 avec l'arrivée d'ouvriers réfugiés belges et italiens. La guerre finie, ce sont des Serbes qui y travaillent. Avec la fin de la deuxième guerre mondiale, arrivent les gros engins de terrassement, notamment pelles mécaniques et excavatrices. L'utilisation de ces engins accélérant la disparition du ferrier de Tannerre, il est classé monument historique en 1982. Toute exploitation cesse dès lors, laissant aux futurs chercheurs un vaste terrain d'investigation qui, selon Henri de Raincourt le ministre venu à l'inauguration en septembre 2009, rappelle Verdun ou la ligne Maginot par ses bouleversements.
Valorisation actuelle du site thumb|Un chemin accueillant entre buttes de scories et tranchées.
Après 20 ans d'abandon du terrain, l'association du ferrier de Tannerre, créée en 2008, a réalisé un travail d'aménagement considérable pour faire connaître le site – qu'il a d'abord fallu nettoyer des décharges abusives, débroussailler, et dont il a fallu retrouver les sentiersOuverture du ferrier de Tannerre, par l'association du ferrier de Tannerre. L'inauguration s'est déroulée le 19 septembre (journée du Patrimoine) 2009.
La communauté de communes a misé sur la création d'un parcours de course d'orientation, objectif facilité de ce que le bois n'est pas un terrain de chasse : il peut donc être laissé en accès libre toute l'année sans danger de ce côté. Le comité de l’Yonne de course d’orientation a fourni son expertise pour le tracé des chemins et la pose de 25 balises et d'un panneau d'accueil. Le parcours peut également s'étendre sur les terres privées entourant la propriété de la commune, sur demande au propriétaire pour des événements ponctuels.