Le groupe fortifié du Saint-Quentin, ou , est un ouvrage militaire de la commune de Scy-Chazelles situé au nord-ouest de Metz sur le mont Saint-Quentin. Constitué des forts Diou et Girardin, il fait partie de la première ceinture fortifiée des forts de Metz et connut son baptême du feu, fin 1944, lors de la bataille de Metz.

Contexte historique Le groupe fortifié du Saint-Quentin appartient à la première ceinture fortifiée de Metz conçue pendant le Second Empire par . La première ceinture fortifiée de Metz se compose des forts de Saint-Privat (1870), de Queuleu (1867), des Bordes (1870), de Saint-Julien (1867), Gambetta, Déroulède, Decaen, de Plappeville (1867) et du Saint-Quentin (1867), la plupart inachevés ou à l’état de projet en 1870, lorsque la Guerre Franco-prussienne éclate. Durant l’Annexion, Metz, dont la garnison allemande oscillera entre au début de la périodeRené Bour, Histoire de Metz, 1950, . et dépassera avant la Première Guerre mondialeL’Express, , du 18 au 24 octobre 2007, dossier « Metz en 1900 », Philippe Martin., deviendra progressivement la première place forte du Reich allemandFrançois Roth : Metz annexée à l’Empire allemand, in François-Yves Le Moigne, Histoire de Metz, Privat, Toulouse, 1986, ()..

Construction et aménagements Le groupe fortifié du Saint-Quentin est conçu dans l’esprit des « forts détachés », concept mis au point par le lieutenant-colonel du génie Raymond Adolphe Séré de Rivières en France et par Hans Alexis von Biehler en Allemagne. Le but était de former une enceinte discontinue autour de Metz faite de forts d’artillerie espacés d’une portée de canons. Le groupe fortifié s’étend sur Gérard Bornemann: La reconversion du patrimoine militaire dans l'agglomération messine, in Renaissance du vieux Metz, bull. , avril 2003 ()., sur un plateau orienté d’ouest en est. Avec et une surface bâtie de carrés, c’est l’un des plus vastes ensembles fortifiés de la première ceinture des forts de Metz. Le groupe fortifié du Saint-Quentin n’a pas été conçu comme un « groupe fortifié » à l'origine, mais résulte de la réunion de deux forts de type classique, le fort Diou et le fort Girardin. Il fut partiellement construit par les Français entre 1868 et 1871 et largement développé par les Allemands entre 1872 et 1892. Sa position topographique sur le mont Saint-Quentin, dominant la ville de Metz, en faisait une position stratégique majeure pour les états-majors français et allemand. Il est séparé du fort de Plappeville par le col de Lessy.

Le groupe fortifié du Saint-Quentin se compose de trois parties, le fort MansteinDurant la guerre franco-prussienne de 1870, le général "von Manstein (1805-1877) a participé à la bataille de Saint-Privat., ou fort Girardin, à l’ouest, le fort Saint-Quentin au centre, et le fort DiouPaul Emile Diou (1855-1914) est un général de brigade français né à Metz. Il est mort au champ d’honneur lors de l’offensive française en Lorraine., ou Ostfort, à l’est. Le fort Diou, en forme de trapèze, fut construit par les Français de 1868 à 1870 et achevé par les Prussiens après 1872. Parmi les forts de Metz, c’est le seul ouvrage français conçu par le lieutenant-colonel Séré de Rivières. Le fort pouvait accueillir un contingent de et une quarantaine de pièces d’artillerie. Ses angles sont bastionnés et de profondes douves sèches en interdisent l’accès.

Sur le plateau proprement-dit, le Plateau Kaserne, ou fort Saint-Quentin, assure la jonction entre l’Ostfort et le fort von Manstein. Construit entre 1872 et 1874, il est entouré de fossés au nord et au sud. Le Plateau Kaserne se compose d’une caserne principale enterrée sur trois côtés, d’un magasin à poudre et de plusieurs fortins. Ces édifices sont reliés entre eux par des chemins couverts, où court une voie ferrée de de large permettant à des wagonnets de transporter matériel et munitions. Derrière les parapets, de nombreuses rampes d’artillerie permettaient le positionnement de pièces d’artillerie en plein air. Sur le mont Saint-Quentin, le groupe fortifié Saint-Quentin, a été inscrit partiellement sur l'inventaire supplémentaire des monuments historiques : ouvrages maçonnés ou bétonnés, organes métalliques d’observation et de défense, Système Séré de Rivières. Des « œuvres d'art » dessinées ou peintes par des soldats allemands, français ou américains, sont disséminées à travers les deux ceintures de fortifications messinesAutour de Metz, ces "œuvres d'art" militaires condamnées à disparaître, Le Républicain Lorrain, 25 août 2022.

À l’ouest du plateau, les allemands construisent le fort von Manstein de 1872 à 1874, afin de contrôler la vallée de la Moselle vers le sud et le col de Lessy vers le nord. De forme pentagonale, le fort von Manstein est doté de douves sèches sur trois de ses côtés. Il pouvait accueillir un contingent de plus de et de nombreuses pièces d’artillerie derrière ses parapets. Il possède en outre plusieurs tourelles d’observation. Les travaux se poursuivent jusqu’en 1898.

Affectations successives Durant l’annexion, le fort est un camp d’entraînement pour les troupes prussiennes. À partir de 1890, la relève dans les forts est assurée par les troupes du Corps d’Armée stationnées à Metz et à Thionville. De 1914 à 1918, le fort est épargné par les combats. Il sert de relais pour les soldats allemands montant au front. Du fait de sa proximité avec la ville de Metz, le fort, repris par l’armée française en 1919, est en partie désaffecté avant la Seconde Guerre mondiale. En 1939, il sert de P.C. à la Défense aérienne du Territoire. Repris par les Allemands en , il sert d’entrepôts et de terrain d’entraînement pendant la Seconde Guerre mondiale. Début , pendant la bataille de Metz, les troupes allemandes réorganisent sa défense, et l’intègre au dispositif défensif mis en place autour de Metz. De nouveau désaffecté après 1945, le fort reste pourtant en zone militaire interdite. Le fort Diou sert de relais hertzien depuis la construction d'une tour en 1953 pour relier l'émetteur de télévision de Strasbourg au réseau nationalRevue "Télévision", novembre 1956 : Le développement du réseau français de télévision. Cette tour a elle-même hébergé un émetteur de télévision local provisoire à partir du jusqu'à la mise en service de l'émetteur régional de Luttange le Revue "Le Haut-Parleur", 30 octobre 1959. Le groupe fortifié du Saint-Quentin est inscrit par arrêté depuis le « Ouvrages maçonnés ou bétonnés, y compris les organes métalliques d’observation et de défense directement liés à ceux-ci »: Base Mérimée : Immeubles protégés au titre des Monuments Historiques français

Aujourd’hui, si l’accès aux anciens sites militaires est toujours interdit, car en cours de dépollution pyrotechnique, la Communauté d'agglomération de Metz-Métropole a lancé un chantier de restauration de longue haleineLe 12 décembre 2005, Metz Métropole a approuvé un projet de mise en valeur du site, dont les travaux doivent durer , pour un coût s’élevant à d’euros. visant à mettre en valeur le patrimoine architectural et le patrimoine naturel de ce site emblématiqueLe site du Mont Saint-Quentin sur metzmetropole.fr

Seconde Guerre mondiale Bombardé à plusieurs reprises en 1944, le groupe fortifié du mont-Saint-Quentin n’est pourtant pas détruit. Hormis un bastion du fort Diou, et des constructions annexes dispersées sur le plateau, la plupart des casernes ont plutôt bien résisté aux bombes américaines. Mais dans la nuit du au , deux casemates du fort, où des manuscrits et des incunables de la bibliothèque de Metz avaient été entreposés, sont incendiéesLa Bibliothèque de Metz et ses collections patrimoniales sur mairie-metz.fr, avec des stocks appartenant à l’intendance allemande.

Comme le fort de Plappeville, le groupe fortifié Driant ou le groupe fortifié Jeanne d’Arc, le groupe fortifié du mont-Saint-Quentin connaîtra son baptême du feu entre septembre et , au moment de la libération de Metz. Le , le Generalleutnant Krause, alors commandant de la place forte de Metz, établit son poste de commandement de combat au fort de PlappevilleL’état-major de la 462 division d’infanterie se repliera plus tard dans le groupe fortifié Jeanne d’Arc.. Ce fort est en effet situé au centre du dispositif défensif de Metz, bien défendu au sud par le fort von Manstein (Girardin), tenu à ce moment par le colonel von SiegrothRené Caboz, La bataille de Metz, Éditions Pierron, Sarreguemines, 1984, .. Durant ces trois mois de combats, le fort de Plappeville, placé sous le commandement du colonel d’artillerie Vogel, et celui du Saint-Quentin, commandé successivement par les colonels Von Siegroth, Richter et Von Stössel, se couvriront mutuellement, verrouillant l’accès des troupes américaines dans la vallée de la Moselle, à l’ouest de Metz. L’offensive américaine, lancée le sur la ligne ouest des forts de Metz tourne court. Les troupes américaines s’arrêtent finalement sur la Moselle, malgré la prise de deux têtes de ponts au sud de Metz. Buttant contre des forts mieux défendus qu’elles ne le pensaient, les troupes américaines sont maintenant à bout de souffle. Le général McLain, en accord avec le général Walker, décide de suspendre les attaques, en attendant de nouveaux plans de l’état-major de la Infantry DivisionHugh M. Cole, The Lorraine Campaign, Center of Military History, Washington, 1950, .. Lorsque les hostilités reprennent en , après un mois pluvieux, les soldats de la 462 Volks-Grenadier-Division tiennent toujours solidement les forts de Metz, même si les ravitaillements se font plus difficilement, sous les tirs d’artillerie et des bombardements fréquentsHugh M. Cole, The Lorraine Campaign, Center of Military History, Washington, 1950, ..

Le , en guise de prélude à l’offensive sur Metz, pas moins de lourds B-17 et B-24 déversent de bombes, de , sur les ouvrages fortifiés et les points stratégiques situés dans la zone de combat de la arméeGénéral Jean Colin, Contribution à l’histoire de la libération de la ville de Metz ; Les combats du fort Driant (septembre-décembre 1944), Académie nationale de Metz, 1963, .. La plupart des bombardiers ayant largué leurs bombes sans visibilité, à plus de , les objectifs sont souvent manqués. À Metz, les 689 chargements de bombes destinés à frapper sept des forts de Metz désignés comme des cibles prioritaires, ne font que des dégâts collatérauxHugh M. Cole, The Lorraine Campaign, Center of Military History, Washington, 1950, .. Les fortifications enterrées, comme celles du mont Saint-Quentin, résistent bien aux bombardements américains, notamment aux bombes incendiaires. Malgré la combativité des troupes de la 462 division d’infanterie, les forts tombent cependant les uns après les autres, à la suite de combats ou plus simplement à court de vivres et de munitions.