thumb|Goumier appartenant au de Tabors marocains lors de la bataille du Garigliano. La bataille du Garigliano (nom de code Diadem), connue aussi comme la percée des Monts Aurunci, ou quatrième bataille de Monte Cassino, est une bataille de la campagne d'Italie livrée en mai 1944, près du mont Cassin, dans la province de Frosinone, par les Alliés contre les forces allemandes pour percer la ligne Gustave afin de faire la jonction avec les forces débarquées à Anzio et d'occuper Rome.

Cette bataille permit aux troupes du Corps expéditionnaire français de déborder puis d'enfoncer la ligne Gustave sur le fleuve Garigliano, donnant ainsi aux Alliés la possibilité de reprendre leur progression vers Rome, interrompue depuis .

Phases de la bataille Contexte Les attaques directes contre Cassino ont échoué et les alliés attendent les beaux jours pour la reprise de l'offensive.

Au printemps 1944, les Alliés opèrent un repositionnement de leurs unités en vue de leur nouvelle offensive. La armée britannique et le Corps expéditionnaire français sont ainsi redéployés en secret. L'offensive alliée qui se prépare s'appuie sur les plans audacieux du général Juin, qui a réussi à imposer ses vues à l'état-major anglo-américain. Juin veut éviter toute nouvelle attaque frontale contre Monte Cassino, dont les défenses ont été encore renforcées et d'où les troupes allemandes d'élite paraissent impossibles à déloger. C'est au contraire par la montagne, là où l'ennemi ne s'y attend pas, qu'il faut porter l'effort principal : à travers les monts Aurunci, à 25 kilomètres au sud-ouest de Cassino, considérés par les Allemands comme « impénétrables aux armées ».

Dans le plan d’attaqueMémoires du général Anders, op. cit. , le plus gros effort incombait à la qui devait tâcher de « briser les lignes de défenses ennemies dans la vallée du Liri et avancer en direction de Rome ». La américaine avait reçu l’ordre d’attaquer et de pénétrer dans la vallée du Liri, par les monts Aurunci, ainsi que d’opérer le long de la route côtière , pour se diriger vers Minturno.

Dans le cadre de ce plan les rôles furent distribués ainsi : pour la britannique : le polonais doit « conquérir le mont Cassin et opérer contre Piedimonte », le britannique doit traverser le Gari et attaquer dans la vallée du Liri, le canadien doit avancer par la vallée du Liri à la suite du , le britannique, ayant une tâche défensive, dans le secteur nord-est du Monte Cairo, c’est-à-dire à droite du polonais, doit simuler sur son aile gauche une attaque en direction d’Atina ; pour la américaine : le corps français doit opérer contre les monts Aurunci et ensuite sur le cours supérieur du Liri, le américain doit opérer le long de la route côtière .

Ce plan doit permettre de couper les positions arrière de l'ennemi, enveloppant ainsi toute la ligne Gustav. Pour Juin, seul le CEF est capable de mener à bien cette opération, grâce à l'aptitude au combat en montagne des tirailleurs et des goumiers du général Guillaume, ainsi que leurs trains muletiers.

Le plan prévoit une attaque du polonais contre le monastère par le nord, tandis que le britannique doit franchir le fleuve Rapido pour couper la route nationale et isoler la ville.

Tout en acceptant ce plan, Anglais et Américains doutent néanmoins que les Français puissent réussir à accomplir la manœuvre de débordement qui permettrait d'ouvrir enfin les portes de Rome. La date et les objectifs de cette offensive restent inconnus des Allemands, comme en témoigne l'envoi de leurs réserves vers Anzio, où ils prévoient une tentative de percée des Alliés. Une autre inconnue inquiète Kesselring : "Kesselring's answers to questionnaire events in the Italian campaign" cité dans Jean-Christophe Notin, La campagne d'Italie. Les victoires oubliées de la France (1943-1945), éd. Perrin, 2002, 378.

Rupture de la ligne Gustave (11-13 mai) L'opération de rupture de la Ligne Gustave est initialement confiée à la d'infanterie marocaine ( DIM) du général Dody, « le bélier du CEF » selon l'expression de Juin, qui doit s'emparer pour cette mission des monts Faito et Majo. L'offensive générale des Alliés (opération diadème) se déclenche le soir du , à 23 heures, sur l'ensemble du front italien. Une intense préparation d'artillerie de précède l'attaque. Mais dans le secteur de la DIM, ce bombardement n'arrose que les crêtes, sans détruire le dispositif de défense allemand (blockhaus, barbelés, mines…), qui sillonne les pentes que doivent gravir les tirailleurs marocains avant de pouvoir s'emparer des sommets. Dans les autres secteurs d'attaque du CEF, comme celui de la marocaine de montagne ( DMM) du général Sevez, aucune préparation d'artillerie n'a lieu. Cet assaut va s'avérer redoutable. Les régiments de la DIM se lancent ainsi dans une attaque de nuit aux combats souvent confus et très meurtriers, mais la ligne Gustav tient toujours. Juin décide la reprise de l'offensive pour la nuit suivante, après une préparation d'artillerie plus importante et mieux ciblée. Très tôt dans la matinée du , c'est la ruée des tirailleurs marocains sur les positions allemandes, ravagées par le « rouleau de feu » des canons français, qui finissent par céder. La prise du mont Majo par les troupes marocaines de la DIM est saluée par un drapeau français de hissé à son sommet () et visible à des kilomètres à la ronde, par les troupes du CEF comme par les Allemands.

Exploitation à travers les monts Aurunci (14-21 mai) L'exploitation est maintenant possible vers les monts Aurunci puis, plus à l'ouest, les monts Lépins. C'est la DMM et les trois Groupes de Tabors marocains (GTM) du général Guillaume, commandés respectivement par les colonels Georges Leblanc, Jacques Massiet du Biest et le lieutenant-colonel Georges Gautier, formant le corps de montagne du CEF, qui s'en chargent dès le , à « un train d'enfer ». « Les Français avancent si rapidement, que les communiqués ne peuvent suivre leur rythme », rapporte un journaliste américainUn correspondant de guerre américain remarque : Voir François Broche, Georges Caïtucoli et Jean-François Muracciole (dir.), La France au combat, Paris, Perrin, SCÉRÉN-CNDP, 2007, seconde époque, première partie, 197 : « Vers la Libération (juin 1943-mai 1944) », chapitre 3 : « Le corps expéditionnaire français en Italie ». À la suite de cet assaut des goumiers marocains dans les monts Aurunci, les Britanniques prirent l'habitude de qualifier toute attaque audacieuse de « goumisation »"In the widely seen British television documentary The "World at War", the work of the Tabors was also lauded. A british officer commented that after Diadem the Goums were held in awe, and British troops would often refer to any particulat audacious attack as "gouming it" ", Edward L. Bimberg, The morocaan goums, Greenwood press, 1999, . Les combattants marocains prennent par la suite le mont Fammera () et le mont Revole ().

Parallèlement, le de spahis marocains ( RSM) incorporé temporairement à la DIA œuvre à la prise de Castelforte, sur le Garigliano, qui ouvre la route d'Ausonia dans la vallée de l'Ausente ; ce qui permet de déboucher sur la vallée du Liri, au sud-ouest de Cassino, derrière les lignes allemandes. De son côté, le de spahis marocains ( RSM), mis provisoirement à la disposition de la de la France libre ( DFL), participe au mouvement général de cette division qui s'engage dans la haute vallée du Liri via San Apollinare ( au sud de Cassino), en débordant également Cassino par le sud.

Tandis qu'une attaque aérienne détruit le quartier général de la armée allemande, l'avancée du CEF, tant en montagne que dans les vallées, entame le dispositif défensif allemand de la ligne Gustav et facilite la progression des Britanniques et des Américains. Ces derniers atteignent ainsi rapidement Spigno, sur l’axe Minturno - Cassino.

Le , Kesselring ordonne à ses troupes de laisser Cassino de côté, de crainte de se voir envelopper par la manœuvre française. Le même jour, la route nationale est coupée par le britannique et les Polonais parviennent à s’emparer du mont Cassin qui leur avait coûté de lourdes pertes.

Sur la gauche du CEF, le américain réussit à faire sauter les verrous et avance le long de la côte. Il rencontre une résistance plus forte en approchant d’Anzio.

Le , le corps de montagne du CEF atteint la rocade Itri-Pico à l’extrémité nord du massif Petrella et le 23, la Armée, qui était arrêtée face à la ligne Hitler, reprend l’offensive et le Corps canadien s’empare de Pontecorvo, arrivant à la hauteur de la DFL.

Ordre de bataille du CEF

Pertes Au cours de l'opération Diadème, les Alliés ont perdu en trois semaines tués, blessés et disparus dont , , et . Quant aux pertes du CEF, elles sont de (, 396 disparus et ) réparties comme suitPaul Gaujac, Le Corps expéditionnaire français en Italie, Histoire et collections, 2003, :

Unité Tués Disparus Blessés Total ERG et services879227323 DMI30081 DIM25878 DIA473115 DMM409100 Goums marocains17713772962 Total396

Hommages L'action déterminante de l'Armée française et de son commandement vaudront à Alphonse Juin d'être décoré de l'ordre du Bain par le roi d'Angleterre et la reconnaissance des généraux alliés.

Hommages des généraux alliés Présentez mes félicitations au général Juin et à ses commandants de divisions du C.A français pour le grand succès qu'ils ont remporté. Dites leur qu'ils ont fait revivre l'armée française que je connaissais, celle de la Marne et de Verdun.

Je considérerai toujours comme un grand honneur, d'avoir eu votre remarquable Division sous mes ordres et comme une grande chance de vous avoir eu avec nous pour la campagne historique qui a commencé le . […] L'audace et le mordant des troupes, en même temps que les qualités militaires exceptionnelles du Commandement français, ont soulevé l'admiration de nos Alliés et la crainte de l'ennemi. Du Garigliano à Rome et pendant la poursuite de l'ennemi qui a suivi, après avoir refoulé l'ennemi jusqu'à Sienne, la DIA a vécu conformément aux plus hautes traditions de l'Armée française…

Avis des généraux allemands sur le CEF Dans ses mémoires (Krieg in Europa traduites en anglais par Neither Fear nor Hope), le général allemand Frido von Senger, qui commande le 14 corps de blindés en Italie, écrit que ce qu'il craignait le plus à ce moment de la bataille de Cassino , John Ellis, Cassino, the Hollow Victory - The Battle for Rome, January-June 1944, Andre Deutsch, 1984, p. 209. En ligne.Frido von Senger und Etterlin, Neither Fear Nor Hope, Presidio, 1989, p. 206 . En ligne.

Inscriptions de bataille L'inscription de bataille Garigliano 1944 est attribuée aux drapeaux des : régiment de tirailleurs tunisiens , , , et régiment de tirailleurs marocains et régiment de chasseurs d'Afrique et régiment de spahis marocains et 64e régiment d'artillerie d'Afrique régiment d'infanterie coloniale (au titre de la brigade de la DFL) régiment d'artillerie coloniale

Quant à Italie 1944, elle sera accordée au Goumiers marocains.

Citations militaires De nombreuses unités sont citées à l'ordre de l'armée (croix de guerre avec palme) pour ces faits d'armes. Parmi elles, les groupements de tabors marocains (GTM), les tirailleurs, les spahis, les chasseurs d'Afrique et les régiments d'artilleriePaul Gaujac, L'armée de la victoire, Lavauzelle, 2004..

Mémoriaux, monuments et plaques commémoratives Il existe un pont du Garigliano à Paris.

La bataille du Garigliano est célébrée annuellement par le Premier régiment de tirailleurs ( RTIR), héritier des traditions des troupes qui s'y sont illustréeshttps://www.defense.gouv.fr/terre/actu-terre/en-afghanistan-les-tirailleurs-d-epinal-celebrent-la-bataille-du-garigliano.