Damien de Martel, baron de Rénac, seigneur puis marquis de la Porte et de la Chesnardière, né vers au Bec-Hellouin, dans le diocèse d'Évreux, et mort le est un aristocrate et officier de marine français du . Descendant d'une famille de la noblesse normande, il fera carrière dans la Marine royale. Capitaine de vaisseau à , il gravit tous les échelons dans la Royale et parvient à celui de lieutenant général des armées navales du Ponant en 1656. Après plusieurs missions en mer Méditerranée contre les barbaresques, il prend part à la Guerre de Hollande. « Brave soldat et mauvais matelot », selon le marquis de Villette-Mursay, il accepte mal l'autorité du comte d'Estrées, et l'accuse publiquement des défaites subies par la flotte alliée. Ces accusations lui valent d'être embastillé. Libéré, il ne recevra plus aucun commandement.

Biographie Origines et famille Originaire d'une famille de la noblesse normande. Damien de Martel est le troisième fils de Jacques de Martel, seigneur de Tenuel, et de Marguerite de Tenel. Le couple se marie le . De cette union naissent trois fils : René de Martel, seigneur du Parc Jean de Martel, seigneur de la Clairaye Damien de Martel, baron de Rénac

Damien est reçu de minorité au sein de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem le mais ne fera jamais ses caravanes et ne prononcera jamais ses vœux de frère-chevalier de l'Ordre.

Armoiries

Selon Vertot : d'or à trois marteau de sable

Carrière dans la Marine royale

Le chevalier Damien de Martel avait reçu le brevet de capitaine de vaisseau en 1637. Il devint chef d'escadre en 1642, puis lieutenant général des armées navales du Ponant en 1656, le plus haut grade de la Marine royale, qui ne compte à l'époque que deux lieutenant générauxAbraham Duquesne, sera nommé lieutenant général en 1667..

Damien de Martel épouse, le , à Rennes, avec Judith Champion (1629–?), fille aînée de Charles Champion seigneur et baron de CicéVoir l'article dédié à la famille Champion de Cicé. (1598–1670), conseiller du Roi au Parlement de Bretagne et de Judith Thevin (1610–1679). Cette union reste sans postérité <à confirmer, car deux fils son présents à l'inhumation en 1681>. En 1658, Damien de Martel se rend acquéreur de la « terre de la Porte et des dépendances du dit lieu », dont le grand hôtel de Léouville. En 1660, la seigneurie de La Porte est érigée en marquisat, en sa faveur.

Missions en Méditerranée et expédition de Candie (juin-juillet 1669)

En 1664, le marquis de Martel se signale dans l'expédition du duc de Beaufort contre les Algériens. Le , il participe - au commandement de La Princesse, et d'équipage - à la prise d'une escadre algéroise par Beaufort à Cherchell. Engagé en 1666 dans la campagne du Ponant, il commande le vaisseau Le DauphinQui sera renommé par la suite Le Vermandois et servira pendant la guerre de Hollande., . Le marquis de Martel commande Le Courtisan, , dans l'expédition de secours envoyée à la ville de Candie, assiégée par les Turcs depuis 1648. Cette expédition commandée par le duc de Beaufort, part de France le . La flotte devait rallier en route la petite flotte de Rome et de Naples, placée sous les ordres du bailli de Rospigliosi, cardinal-neveu du pape Clément IX.

thumb|right|Représentation de Candie assiégée vers 1667 Après la jonction des flottes combinées, le bailli se fait présenter les officiers français par le général des galères. Lorsque arrive le tour du marquis de Martel: « Mon aile droite, dit Vivonne, se compose du Courtisan, de soixante-douze, vice-amiral, commandé par M. le marquis de Martel, et remorqué par la Force, capitaine M. le chevalier de Breteuil. — Est-ce donc M. le marquis de Martel qui a fait la campagne de Gigery, avec M. le duc de Beaufort, monsieur le comte ? — Oui, monsieur le bailli. — C'est lui-même, monsieur le bailli, et heureusement que ses canons s'expliquent un peu plus clairement que lui ; car le pauvre marquis est terriblement distrait et embarrassé dans ses paroles, aussi je me tiens a admirer seulement le langage de son artillerie..Il avait, selon Eugène Sue, « l'esprit confus et peu de facilité à s'exprimer. » »

La flotte franco-napolitaine, forte de 31 navires et de troupe, arrive devant Candie le . Au mois de juillet, plusieurs assauts sont lancés contre la ville assiégée, au cours desquels le marquis de Martel se distingue par son courage devant l'ennemi. Dans le récit qu'il envoie au Roi, le duc de Vivonne écrit :

En 1670, Louis XIV confie au marquis de Martel le commandement d'une escadre composée de dix bâtimentsLe Thérèse, Le Saint Esprit, Le Brusque, Le Joly, La Syrène, Le Croissant, Le Bienvenu, L'Inquiet, une flûte, un brûlot et une Tartane., pour aller punir les Algériens en Méditerranée. Commandant La Thérèse, le marquis de Martel quitte Toulon au début janvier. La chasse aux corsaires dure pendant un mois, et l'escadre se présente devant le fort de La Goulette pour l'attaquer. Le siège n'eut pas lieu.

Les « infidèles » se soumettent et demandent la paix. On la leur accorde, mais à des conditions très dures qu'ils sont obligés d’accepter« La protection que Colbert donnait au commerce l'engagea à envoyer, en 1670, contre les pirates barbaresques, qui recommençaient à infester la Méditerranée, une escadre sous les ordres du marquis de Martel, lieutenant général des armées navales. Le terreur que cette escadre répandit força les Algériens, qui étaient les plus redoutables des pirates, à solliciter la paix. » . On exige qu'ils rendent tous les vaisseaux pris aux Français, ainsi que les trois cents esclaves qu'ils avaient faits, dont cinquante-trois chevaliers de Malte. Martel conclut un nouveau traité de paix avec les Algériens, à la satisfaction de Louis XIV« Louis XIV, dont l'intention était d'utiliser prochainement ses vaisseaux dans une guerre qui avait plus d'intérêt pour lui, la leur accorda à des conditions avantageuses pour le moment, mais dont les garanties étaient toujours peu solides, avec des peuples qui ne se croyaient jamais liés par les serments faits à des chrétiens. » , qui apprend la nouvelle le , de la bouche du vicomte de Cicé, beau-frère du marquis de Martel.

Le marquis de Martel, en 1672, commandait la marine à Toulon. Madame de Sévigné envoie à sa fille, Madame de Grignan une lettre, le : « M. de Martel a écrit ici qu'il vous recevroit comme la reine de France. » La fête a lieu à la mi-, à bord du Royal Louis« Cette rigueur dut faire de la peine à madame de Sévigné, qui était liée avec la femme du marquis de Martel depuis que celui-ci avait donné, sur le beau et célèbre Royal-Louis, vaisseau qu'il commandait, une fête à madame de Grnignan, lorsqu'elle alla voir le fort de Toulon vers le milieu du mois de . » .

Guerre de Hollande (1672-1678)

280px|thumb|right|La bataille du Texel par Willem van de Velde le Jeune.

Pendant la Guerre de Hollande, il commande une division dans la flotte franco-anglaise dirigée par le prince Rupert et le comte d'Estrées. Il est à la bataille de Schooneveld le et au combat du Texel, le à bord du Royal Thérèse, de , au cours duquel il se distingue. Son sens de la discipline laissait, paraît-il, à désirer ; durant la campagne de 1672-1673, il entre dans un violent conflit avec l’amiral d’Estrées, son supérieur, qu’il accuse dans une lettre à Colbert envoyée d'Angleterre, d’avoir « déshonoré la nation ». Ce qui était probablement vrai et ne devait pas se direL'échec de la campagne de 1673, est attribuée au comte d'Estrées aussi bien par les officiers français et anglais, qui lui reprochent son comportement hésitant et peu combatif. L'historien anglais Jenkins écrit : « [c'était] un mauvais chef et un pauvre subordonné »..

L'auteur du , Gatien de Courtilz de Sandras dit à son propos :

Seignelay, le fils du « Grand Colbert » lit cette lettre à Louis XIV, qui demande à son principal ministre de punir l'officier :

Il est envoyé à la Bastille le . Le comte de Bussy-Rabutin a conservé le souvenir de cet épisode dans ses Mémoires'' :

Le biographe et historien de la Marine du , Léon Guérin :

Emprisonnement et mort

Libéré par ordre du Roi ne reçoit ensuite plus aucune affectation. Il meurt le à Châtres (Arpajon) et fut inhumé le suivant dans l'église d'Autruy en présence de Louis Charles Henri de Martel de Rénac et Jean Damien de Martel, ses fils, et Louis Champion, abbé de Cicé, son beau-frère Recherches sur Autruy et les seigneuries qui en dépendent, de l'Abbé Bernois, 1893, page 79.

Notes et références

Voir aussi Sources et bibliographie

Article connexe Histoire de la marine française de Richelieu à Louis XIV

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