Antoine de Lonhy est un peintre, enlumineur et peintre-verrier du d'origine bourguignonne. Caractérisé par son itinérance, il est actif entre 1446 et 1490 en Bourgogne, à Toulouse, en Catalogne, en Savoie et au Piémont.
Historiographie thumb|Trinité de Turin. La redécouverte d’Antoine de Lonhy débute en 1972, avec la publication d’un article de Charles Sterling sur le Maître de la Trinité de Turin. Il constitue la personnalité d’un peintre qu’il considère comme bourguignon et qui aurait été actif dans le Piémont vers 1480-1490. Il considère d’ailleurs cet artiste comme un disciple de l’enlumineur des Heures de Saluces« Études savoyardes II : le maître de la Trinité de Turin », L'Œil, , ..
En 1988, Giovanni Romano propose d’identifier le Maître de la Trinité de Turin à la personnalité d’Antoine de Lonhy sur la base de deux œuvres documentées, dont on a retrouvé la trace des commandes dans des archives à ToulouseGiovanni Romano, « Monumenti del Quattrocento chierese », in Arte del Quattrocento a Chieri. Per i restauri nel battistero, Turin, 1988.. En 1989, il propose de fusionner cet Antoine de Lonhy avec le Maître de la sainte Anne.
En parallèle, François Avril parvient au même résultat par un autre chemin. Il va reprendre la proposition de Charles Sterling et plutôt que de considérer le Maître de la Trinité de Turin comme un disciple de l’enlumineur des Heures de Saluces, il va établir qu’il s’agit de la même personne. Cela lui permet d’aller plus loin et même de retracer l’itinéraire de ce peintre, qui peint dans le Piémont et en Languedoc, et qui est vraisemblablement issu de Bourgogne.
En 1994, Philippe Lorentz confirme qu’Antoine de Lonhy est bien présent en Bourgogne au moins en 1446, puisqu’il découvre un document qui atteste que le peintre est au service de Nicolas Rolin, le chancelier de Philippe le BonPhilippe Lorentz, « Une commande du chancelier Nicolas Rolin au peintre Antoine de Lonhy, 1446 : la vitrerie du château d’Authumes », Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, 1994, .. Philippe Lorentz attribue également en 2005 à Antoine de Lonhy les peintures de Notre-Dame de la Dalbade à ToulousePhilippe Lorentz, « Une œuvre retrouvée d'Antoine de Lonhy et le séjour à Toulouse du peintre bourguignon », Revue de l'art, vol. 147, 1, 2005, ..
Biographie
Origines et formation Antoine de Lonhy est cité pour la première fois sous le nom d' « Anthoine de Loigney [...] pointre demourant a Chalon », ce qui peut le faire naître dans une des deux villes du département actuel de Saône-et-Loire, Lugny-lès-Charolles ou Lugny près de Mâcon.
Il suit une formation d’enlumineur vers 1435-1440 probablement à Chalon-sur-Saône par un maître ancré dans le gothique internationalFrédéric Elsig, Antoine de Lonhy, Milan, Silvana Editoriale, 2018.. Il est influencé par les modèles de l’ars nova diffusés par Barthélemy d'Eyck et plus généralement par l'enluminure parisienne du deuxième quart du .
Période bourguignonne En 1446, Antoine de Lohny entre au service de Nicolas Rolin et examine probablement des œuvres des Primitifs flamands, tels que Jan Van Eyck et de Robert Campin. Il collabore durant cette période avec le verrier Euvrard Robert. C’est probablement à la suite de cette rencontre qu’il acquiert une formation de verrier. En 1449, il effectue des travaux pour l’évêque Jean Germain, comme le frontispice de la Mappemonde spirituelleF. Avril et N. Reynaud, Les manuscrits à peintures en France, 1445-1520, Paris, 1993...
Période languedocienne et catalane
Dans le Languedoc Antoine de Lonhy part ensuite pour Toulouse au plus tard en 1454 puisque l'on trouve la date sur la fresque de la Dalbade (désormais au musée des Augustins à ToulouseAbbé Douais, « Fresque de la Dalbade de 1454 », Bulletin de la Société archéologique du Midi de la France, 1891, , (lire en ligne)). L’hypothèse la plus probable concernant son départ est le fait qu’il est recommandé par Jean Germain auprès de l'archevêque Bernard Rosier (même réseau de prélats), qui recrutait à ce moment pour effectuer les vitraux de la cathédrale de Toulouse (désormais détruits). L'évolution de son style trahit peut-être un passage par Avignon, alors qu'il se rendait à Toulouse vers 1452. Il réalise aussi le frontispice du traité Semita recta ad montem salutis, daté du , dédié à Bernard Rosier.
En Catalogne thumb|Grande rosace de la basilique Sainte-Marie-de-la-Mer de Barcelone. Antoine de Lonhy devait être un peintre-verrier reconnu car le , il passe un contrat avec les fabriciens de l'église Santa Maria del Mar de Barcelone pour l'exécution des vitraux de la grande rosaceJ. M. Madurell y Marmión, "El arte en la comarca alta de Urgel", Anales y Boletin de los museos de arte de Barcelona, 1946, p. 9-172.. En 1462, il signe d'autres contrats à Barcelone et réalise un retable pour le monastère des Augustins de Domus Dei, à MirallesS. Sanpere i Miquel, Los cuatrocentristas catalanes : historia de la pintura en Cataluña en el siglo XV, 2 vol., Barcelone, 1906.. C'est dans ces documents qu'il est écrit qu'Antoine de Lonhy est un habitant d'Avigliana, mais résidant à cette époque à BarceloneFrançois Avril, 1989, ..
Période savoyarde Antoine de Lonhy jouit apparemment d'une grande réputation puisqu'il se transfère à Avigliana, dans le duché de Savoie et le diocèse de Turin. Ce village a l’avantage de se trouver dans l’axe qui relie les deux pôles du duché, à savoir Turin et ChambéryF. Elsig, La peinture dans le duché de Savoie à la fin du Moyen-Âge (1416-1536), Cinisello Balsamo, 2016.. Il est probablement recommandé via le même réseau de prélats auprès de l’évêque de Turin, Ludovico da Romagnano, qui cherche à renouveler le décor de la cathédrale au début des années 1460G. Romano, "Sugli altari del Duomo nuovo", dans Domenico della Rovere e il Duomo nuovo di Torino. Rinascimento a Roma e in Piemonte, éd. G. Romano, Turin, 1990, p. 263-338..
Il entre ensuite au service du duché de Savoie, en particulier de Yolande de Savoie, en tout cas en 1466A. Baudi di Vesme, Schede Veseme. L'arte in Piemonte, IV, Turin, 1982.. Elle lui confie notamment l'achèvement des Heures dites de SalucesJ. Plummer, The last flowering. French manuscripts 1420-1530 from American collections, New-York, 1982.. Un des folios évoque une invention qui rappelle les volets du maitre-autel de la cathédrale Saint-Pierre à Genève, ce qui attesterait de son passage par Genève pour se rendre au duché de SavoieF. Elsig et Ph. Lorentz, " La place des volets dans l'oeuvre de Konrad Witz", dans Konrad Witz. le maitre-autel de la cathédrale de Genève, éd. F. Elsig et C. Menz, Genève, 2013, p. 124-135.. Elle lui commandera aussi le Breve dicendorum compendium vers 1477, un traité destiné à éduquer son fils PhilibertG. Romano, "Maestro della Trinità di Torino 1470" et "Maestro della Sant'Anna di Torino 1470-1490", dans Valle di Susa. Arte e storia dall'XI al XVIII secolo, éd. G. Romano, Turin, 1977, p. 207-210..
Il continue de réaliser des œuvres dans les années 1470-1490 dans le Piémont et en Savoie. C'est le cas notamment de la Trinité de Turin et la Sainte Anne, qui ont permis son identification.
Œuvres Peintures vignette|Retable des Augustins de Domus Dei de Miralles Retable des Augustins de Domus Dei de Miralles, vers 1461-1462, musée national d'art de Catalogne de Barcelone Notice de l'œuvre sur le site du musée. ; Trinité de Turin, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Antoine_de_Lonhy_Trinitat_Tor%C3%AD.jpg Notice du tableau sur le site du musée. ; Pietà et saint François de la chapelle Battagliotti, galerie Sabauda, Turin ; Panneau d'un retable consacré à saint Pierre : Libération de saint Pierre et Chute de Simon le Mage, maison paroissiale de la collégiale de Saint-Ours, Aoste ; Présentation au temple, musée de l'université Bob Jones, Greenville (Caroline du Sud) et son pendant, Dormition de la Vierge, coll. part. italienne ; Retable démembré provenant de l'église des Dominicains de Turin, contenant les panneaux : Nativité, musée Mayer van den Bergh, Anvers, Prédication de saint Vincent Ferrier, musée national du Moyen Âge, ParisNotice sur le site du musée., Saint Dominique, galerie Sabauda, et peut-être Saint Jean Baptiste présentant une donatrice, collection particulière, Suisse ; Saint Antoine présentant une donatrice, collection particulière, Suisse ; Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus, cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Turin ; Saint Augustin sur un trône, collection particulière italienne, passé en vente chez Christie's le (lot 147)Notice de la vente. ; Mort de la Vierge, collection privée de Balbo Bertone, en prêt au musée d'Art Ancien de Turin.
Enluminures vignette|Crucifixion (Antoine de Lonhy), galerie nationale de Prague. thumb|Maiestas Domini, J. Paul Getty Museum. Livre d'heures à l'usage de Besançon, vers 1450, Morgan Library and Museum, New York, M.196Notice de la Morgan.. Livre d'heures, vente Helmut Tenner à Heidelberg du (lot 6). Heures d'Hugues de Clugny, coll. part., France, passé en vente chez Sotheby's le (lot 103). Mappemonde spirituelle de Jean Germain, évêque de Chalon-sur-Saône, 1449, Bibliothèque de Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon, Ms.PA32... Livre d'heures à l'usage de Rome, Toulouse, vers 1457-1460, Bibliothèque municipale de Toulouse, Ms.2881Notice du ms sur le site de la BMT.. Heures de SalucesC. Gardet, Les Heures d'Aimée de Saluces, vicomtesse de Polignac, et de Catherine d'Urfé sa fille. Aspects internationaux et évolution dans la peinture des États de Savoie au XV siècle, Annecy, 1985., 34 miniatures, complétant une intervention précédente de Peronet Lamy, Londres, British Library, Add. MS. 27697. Livre d'heures à l'usage de Rome, 14 miniatures, Piémont, vers 1465-1470, Morgan Library and Museum, M.57Notice de la Morgan.. Livre d'heures, Walters Art Museum, W.206Notice et reproduction sur le site du Walters.. Bréviaire à l'usage de Paris, 361 folios, 11 miniatures, collection particulière. Graduel à l'usage dominicain, 9 lettrines historiées, Piémont, Detroit Institute of Art, Ms.F.1984.6. Breve Dicendorum compendium, 3 miniatures, Bibliothèque nationale de Turin, ms.D.VI.2. Deux feuillets et plusieurs initiales historiées provenant d'un missel aujourd'hui démembré : Crucifixion à la galerie nationale de Prague, inv.K-36880 et le Christ en majesté au J. Paul Getty Museum (MS 69; 2001.84 Notice.), Ad te levavi à la Public Library de Boston (MS pb Med. 93.)M. Castaño, « Frédéric Elsig, Antoine de Lonhy », Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, 81, 2019, 1, ., une Sainte Cène au Musée de l'université de Michigan (1968/2.44) et six initiales à la British Library (Ms Add. MS 37472, fol. 6.). Feuillet représentant la résurrection du Christ, cabinet des dessins du Musée Grobet-Labadié, Marseille, inv. G.L.2054. Feuillet contenant une lettrine historiée tirée d'un missel, , coll. part. américaine.
Vitraux Grande rosace de la façade occidentale de Santa Maria del Mar, BarceloneJ. Ainaud i de Lasarte, J. Villa-Grau, M. A. Escudero i Ribot, Els vitralls medievals de l'esglesia de Santa Maria del Mar à Barcelona (Corpus vitrearum Medii Aevi, Espanya 6, Catalunya 1), Barcelone, 1985..
Expositions Antoine de Lonhy fait l'objet de l'exposition "Il Rinascimento europeo di Antoine de Lonhy", au Palazzo Madama, à Turin ( - )..
Voir aussi Bibliographie Clément Gardet, préface de Pierre Duparc, Les Heures d'Aimée de Saluces, vicomtesse de Polignac, et Catherine d'Urfé. Aspects internationaux et évolution dans la peinture dans les États de Savoie au , Gardet éditeur (collection Ars Sabaudiae - De la peinture du Moyen Age en Savoie, tome 5), Annecy, 1985, , . (compte-rendu par Francis Salet, dans Bulletin Monumental, 1987, tome 145, ,
Philippe Lorentz, « Une commande du chancelier Nicolas Rolin au peintre Antoine de Lonhy (1446) : la vitrerie du château d'Authumes », dans Bulletin de la Société de l'Histoire de l'art français, 1994,