La guerre d'Hiver est un conflit militaire entre l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et la Finlande qui commence par l'invasion de cette dernière par son voisin soviétique le , trois mois après le début de la Seconde Guerre mondiale, et se termine trois mois et demi plus tard avec le traité de paix de Moscou le . Malgré une supériorité militaire sur tous les plans, l'URSS subit de lourdes pertes et obtient des résultats moins importants qu'espérés. La Société des Nations déclare l'attaque illégale et expulse l'URSS.

Avant de recourir à la force, l'URSS formule plusieurs exigences, notamment un échange de territoires, en arguant de raisons de sécurité . Lorsque la Finlande refuse, l'URSS l'envahit. Selon certains historiens (comme István Ravasz ou Dan Reiter), l'URSS voulait occuper toute la Finlande, soit pour l'annexer, soit pour forcer un changement de régime, avec pour preuve l'établissement d'un gouvernement communiste fantoche et les protocoles secrets du Pacte germano-soviétique ; d'autres (William R. Trotter ou Stephen Kotkin) s'opposent à l'idée d'une volonté de conquête totale ou de renversement de régime. La Finlande repousse toutefois les attaques soviétiques durant plus de deux mois et inflige de lourdes pertes à l'Armée rouge malgré une infériorité numérique et matérielle notable et dans des conditions météorologiques très difficiles, avec des températures descendant jusqu'à . Les combats se concentrent principalement sur la ligne Mannerheim le long de l'isthme de Carélie, à Kollaa en Carélie du Ladoga et sur la route de Raate en Cajanie ; des batailles ont également lieu en Laponie et en Carélie du Nord.

À la suite de leurs revers initiaux, les Soviétiques réduisent leurs buts de guerre et dissolvent le gouvernement finlandais fantoche à la fin du mois de , tout en pressant le gouvernement légitime de négocier la paix, ce qui est rejeté. Après une réorganisation militaire et une nouvelle offensive en , l'Armée rouge réussit à percer les défenses finlandaises sur l'isthme de Carélie. L’armée finlandaise dans le principal théâtre d’opérations de la guerre est alors proche de la rupture et une retraite semble inévitable. Le commandant en chef finlandais, Carl Gustaf Emil Mannerheim, plaide donc en faveur d’un accord de paix, tant que la Finlande conserve encore un pouvoir de négociation.

Les hostilités cessent donc en avec la signature du traité de paix de Moscou, par lequel la Finlande cède 9 % de son territoire à l’URSS. Les pertes soviétiques sont lourdes et la réputation internationale du pays est considérablement dégradée. Les gains territoriaux obtenus dépassent cependant les revendications initiales : les Soviétiques reçoivent d'importants territoires le long du lac Ladoga et plus au nord. La Finlande conserve toutefois sa souveraineté et améliore sa réputation à l'international. Les faibles performances de l'Armée rouge sont l'une des causes qui conduisent Adolf Hitler à penser qu’une victoire rapide contre l'URSS est possible. Après quinze mois de et un rapprochement germano-finlandais, l'Allemagne lance en l', précipitant une nouvelle guerre entre son nouvel allié finlandais et l'URSS.

Contexte

Relations finno-soviétiques

alt=Carte géopolitique de l'Europe du Nord où la Finlande, la Suède, la Norvège et le Danemark sont signalés comme neutres, et où l'Union soviétique possède des bases militaires dans les États baltes.|vignette|Situation géopolitique en Europe du Nord en novembre 1939:

Jusqu’au début du , la Finlande constitue la partie orientale du royaume de Suède. Du au , l’Empire russe mène la guerre de Finlande contre la Suède, officiellement pour protéger sa capitale, Saint-Pétersbourg. La Russie finit par conquérir et annexer la Finlande, qu’elle transforme en un État tampon. Le grand-duché de Finlande qui résulte de cette guerre bénéficie d’une large autonomie au sein de l’Empire russe jusqu’à la fin du siècle, lorsque le pays entreprend de russifier la Finlande dans le cadre d’une politique plus large de renforcement du pouvoir central et d’unification de l’Empire. Ces tentatives sont cependant abandonnées en raison des troubles internes en Russie au début du , mais elles détériorent durablement les relations avec les Finlandais. Parallèlement, le soutien populaire aux mouvements pour l’autodétermination augmente en Finlande.

La Première Guerre mondiale entraîne l’effondrement de l’Empire russe lors de la Révolution de et de la guerre civile qui s'ensuit. Le , le gouvernement bolchévique déclare que les minorités nationales ont le droit à l’autodétermination, y compris celui de faire sécession et de former un État indépendant, ce qui offre une fenêtre d’opportunité à la Finlande. Le , le Sénat de Finlande proclame l’indépendance de la nation. Le pays obtient sa pleine souveraineté en à l’issue d’une guerre civile de quatre mois au cours de laquelle les Blancs conservateurs vainquent les Rouges socialistes, avec l’aide de l’armée impériale allemande et de jägers pro-allemands (dans l'autre camp, les Rouges ont le soutien des Bolchéviques russes). Après l’implication bolchévique dans la guerre civile finlandaise en , aucun traité de paix formel n’est signé entre l'URSS et son voisin. En et , des volontaires finlandais lancent deux incursions militaires infructueuses à travers la frontière soviétique dans le but d’annexer des territoires de Carélie que l’idéal irrédentiste de Grande Finlande revendique pour unifier tous les peuples finno-baltes. En , des communistes finlandais basés en Russie soviétique tentent d’assassiner l’ancien commandant en chef de la Garde blanche, le futur maréchal Carl Gustaf Emil Mannerheim. Le , la Finlande et la Russie soviétique signent finalement le traité de Tartu, qui confirme l’ancienne frontière entre le grand-duché autonome de Finlande et la Russie impériale comme nouvelle frontière russo-finlandaise. La Finlande obtient également la province de Petsamo, dotée d’un port libre de glace sur l’océan Arctique. Malgré la signature du traité, les relations entre les deux pays restent tendues. Le gouvernement finlandais autorise une nouvelle fois des volontaires à franchir la frontière pour soutenir un soulèvement en Carélie orientale en , tandis que des communistes finlandais basés en Union soviétique lancent un raid transfrontalier en . En , un pacte de non-agression est toutefois signé entre les deux États, et il est reconduit pour dix ans en . Le commerce extérieur de la Finlande est alors en plein essor, mais moins de 1 % de celui-ci s’effectue avec l’Union soviétique. En , l’Union soviétique rejoint également la Société des Nations (SDN) .

La Finlande, elle, a déjà rejoint la SDN en et cherche depuis à obtenir des garanties de sécurité pour son indépendance. Dans ce but, elle axe sa politique sur la coopération avec les pays nordiques, principalement la Suède, en se concentrant sur l’échange d’informations et la planification de la défense (comme la défense conjointe des îles Åland). La Suède évite toutefois soigneusement de s’aligner sur la politique étrangère finlandaise pour éviter de se mettre à dos l'URSS. La politique militaire finlandaise s'appuie également sur une coopération défensive secrète avec l’Estonie.

La période allant de la guerre civile à la fin des années est politiquement instable en Finlande en raison de la rivalité persistante entre conservateurs et socialistes. Le Parti communiste de Finlande est interdit en , et les nationalistes du mouvement de Lapua organisent des violences anticommunistes qui culminent par une tentative manquée de coup d’État en . Son successeur, le Mouvement populaire patriotique, a ensuite une influence mineure sur la politique nationale et ne dépasse jamais sur les 200 que compte le Parlement de Finlande. À la fin des années , l’économie finlandaise, tournée vers l’exportation, est en croissance et les mouvements politiques extrémistes de droite comme de gauche ont perdu de leur influence.

Justification soviétique pour une reconquête de la Finlande Le secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique, Joseph Staline, considère comme un échec le fait que l'Union soviétique n'a pas pu arrêter le processus d'indépendance de la Finlande. Il estime que le mouvement séparatiste en Carélie orientale constitue une menace directe pour Leningrad et que le territoire et les installations militaires de la Finlande pourraient être utilisés pour envahir l'Union soviétique ou restreindre les mouvements de sa flotte dans la mer Baltique. La propagande soviétique dépeint progressivement dans les années 1930 les dirigeants finlandais comme une . Le maréchal Mannerheim et Väinö Tanner, le chef du Parti social-démocrate de Finlande, sont particulièrement visés. Lorsque Staline consolide un pouvoir absolu à la suite des Grandes Purges, l’Union soviétique modifie sa politique étrangère envers la Finlande et commence à viser la reconquête des anciennes provinces de la Russie tsariste. Les dirigeants soviétiques estiment (comme au début du ) que les frontières étendues de l’ancien empire constituent une sécurité territoriale en elles-mêmes, et souhaitent que Leningrad, située à seulement de la frontière finlandaise soit davantage protégée face à la montée en puissance de l’Allemagne nazie.

Négociations

alt=Photo noir et blanc d'un groupe de soldats dans la neige, près d'une cuisine mobile, en train de se servir dans des gamelles.|gauche|vignette|Des soldats finlandais prennent leur petit-déjeuner dans une cuisine de campagne lors d'un « entraînement complémentaire » sur l'isthme de Carélie, le . En , l’agent du NKVD Boris Rybkine (attaché à l'ambassade soviétique à Helsinki sous le pseudonyme de Boris Yartsev) contacte le ministre finlandais des Affaires étrangères Rudolf Holsti et le Premier ministre Aimo Cajander et affirme que l’Union soviétique ne fait pas confiance à l’Allemagne nazie et considère une guerre entre les deux pays comme possible. Dans ce cas, l’Armée rouge, dit-il, n’attendrait pas passivement mais . Les représentants finlandais assurent Rybkine que la Finlande restera neutre en cas de conflit et qu’elle résistera à toute incursion armée sur son territoire. Rybkine suggère que la Finlande cède ou loue à l'URSS certaines îles du golfe de Finlande proches de Leningrad, ce qu'elle refuse.

Les négociations se poursuivent tout au long de l’année sans résultat. L’accueil réservé par la Finlande aux demandes soviétiques est plutôt froid, les collectivisations violentes et les purges staliniennes ternissant gravement l’image de l’URSS à l'étranger. La quasi-totalité de l’élite communiste finlandaise en Union soviétique a d'ailleurs été exécutée durant les purges, ce qui n'améliore pas l’opinion des Finlandais vis-à-vis de leur voisin. Pendant ce temps, la Finlande tente de négocier un plan de coopération militaire avec la Suède, espérant une défense conjointe des îles Åland. alt=Carte d'Europe de l'Est et du nord montrant en bleu les zones d'influence allemandes et en rouge les zones soviétiques|gauche|vignette|Carte des changements territoriaux prévus (à gauche) par les protocoles secrets du pacte germano-soviétique. A droite, carte des changements territoriaux effectifs en 1940. La Finlande, comme deux des trois pays baltes, l'est de la Pologne et la Bessarabie, tombent donc dans la sphère d'influence soviétique.