Le château royal de Senlis remonte à l'époque des Mérovingiens et fut le lieu de l'élection de Hugues Capet en 987, mais a été entièrement reconstruit sous Louis le Gros vers 1130. Il est utilisé comme résidence royale jusqu'au début du et tombe en ruines peu avant la Révolution, et les bâtiments subsistants sont pour la plupart démolis en 1812 et 1861. Le prieuré Saint-Maurice est une fondation de Saint Louis de 1262-1264 environ et a été construit à proximité du château royal. En raison du nombre insuffisant de moines, il a été supprimé en 1768, le cloître et la chapelle ont été démolis après la Révolution. Restent le bâtiment des moines, aujourd'hui salle polyvalente municipale, et le logis du prieur du , racheté par la ville de Senlis en 1956 pour y installer le musée de la Vénerie. L'ensemble des ruines du château royal et du prieuré Saint-Maurice est situé sur un même terrain, aménagé en parc, et accessible gratuitement tous les jours sauf le mardi.

Le château royal de Senlis Historique vignette|redresse=0.7|gauche|Porte fortifiée du . vignette|redresse|gauche|Ruines entre la grosse tour à droite, et la chapelle Saint-Denis avec accès au logis à gauche. vignette|redresse|gauche|Grosse tour ou donjon de la fin du , écrêtée au .

L'histoire de Senlis est riche de dix siècles de présence royale quasiment ininterrompue. La ville était le siège d'un château ou d'un palais mérovingien puis carolingien dès le haut Moyen Âge, complètement disparu et sans preuves archéologiques certaines, mais mentionné dans nombre d'actes et documents anciens. Il a pu s'agir d'un palais issu de la transformation du prétoire du haut Empire romain, qui a dû se trouver à l'emplacement des actuelles ruines puisqu'il s'agit du point le plus élevé de Senlis. Le trésor royal y est conservé en 854. y garde sa fille Judith, déjà veuve pour la seconde fois en 860, sous la protection « paternelle et royale et la garde épiscopale », avant qu'elle ne soit volontairement enlevée par . À partir de 862, Senlis devient le centre de la résistance contre les Vikings. Charles enferme probablement au château royal son neveu , roi déchu, à partir de 864, et l'évêque Hincmar de Laon à partir de 870. Charles le Chauve est également le premier roi dont le séjour fréquent à Senlis ne fait aucun doute, puisqu'il a daté de nombreuses chartes de Senlis.

En 946 et 949, le château (ou plutôt l'enceinte gallo-romaine) résiste à des sièges célèbres par des milliers d’assiégeants. En 949, le château est apparemment utilisé par Bernard le Danois, comte de Senlis ; au moins est-ce ici que son neveu Richard lui est remis par son précepteur Osmond de Conteville, qui l'avait libéré de son exil forcé à Laon auprès de Louis d'Outremer. C'est aussi au château de Senlis que le jeune meurt accidentellement d'une chute, en date du . Cet incident donne lieu à l'assemblée de nobles et d'ecclésiastiques influents, qui finira par élire Hugues Capet comme roi des Francs, pendant la même année. Hugues Capet emprisonne Charles de Basse-Lotharingie au château de Senlis en 991, avant de le transférer à Orléans où il meurt peu de temps après.

venait tous les ans passer un certain temps à Senlis, autour de l'an mil, pour mener des conversations théologiques avec Lézelin, deuxième abbé de Saint-Arnoul. signe de nombreux actes à Senlis, employant la formule in aula nostra regia. Le terme aula renvoie plutôt à un auditoire ou une grande salle. Vers 1130, fait démolir entièrement ce premier château pour le reconstruire par la suite, exception faite d'une grosse tour du ; le même roi étant également à l'origine de la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Senlis, c'est-à-dire de l'édification de la cathédrale actuelle. C'est de ce château de Louis le Gros que subsistent les ruines actuelles, adossées au rempart gallo-romain du au nord-ouest de la cité. Bien qu'aucune source ne dit que le château fut implanté au même endroit que le palatio carolingien, il n'y a aucune raison de croire que le château primitif ne se situait pas au même endroit : la cité était trop densément construite pour laisser au monarque le choix de choisir un nouvel emplacement. Des fouilles ont bien été menées entre 1943 et 1949 par Georges Matherat, mais leur produit s'est perdu, et les conclusions tirées par le jeune chercheur étaient trop hâtives voire hasardeuses, aboutissant dans un plan du Senlis gallo-romain invalidé dans pratiquement tous ses détails depuis.

En 1183, le traité de paix dit de Senlis est signé probablement au château. Un an plus tard, Philippe Auguste y célèbre ses noces avec Isabelle de Hainaut. Le château est légèrement modifié lors des règnes de Saint Louis, et , mais sa disposition générale ne change pas. C'est qui fait transformer la tour ou « tour de l'Oratoire » de l'enceinte gallo-romaine en oratoire. Malgré ces travaux d'adaptation, le palais perd son importance dès la fin du , dans la mesure que la fonction centrale et le rôle de Paris augmentent. Bientôt après la mort de en 1547, le château devient le siège du présidial, en 1551. Il n'est dès lors plus utilisé comme résidence royale et se dégrade rapidement, faute d'entretien. Lors de ses fréquents passages à Senlis, loge d'habitude à l'hôtel Séguin, rue de la Treille, maison à colombages conservée dans un excellent état. En 1780, au bout de deux siècles d'abandon ou plus, un large pan de la construction s'écroule, dont la salle d'audience (l'ancienne salle des gardes, au nord de la chapelle royale).

Le domaine de l'ancien château est vendu comme bien national en 1793, et les dépendances sont en grande partie démolies en 1816. En 1835, la famille Turquet de la Boisserie, vieille famille Senlisienne établie dans la région depuis le , acquiert les ruines du château. Elle est déjà propriétaire de l'ancien prieuré Saint-Maurice contigu depuis 1816. Le bâtiment ayant abrité l'administration des Eaux et Forêts, dans le prolongement du pignon néogothique, est toutefois abattu en 1861, en n'épargnant que les vestiges encore en place à l'heure actuelle. Jusque-là, la partie occidentale du château derrière la tour de l'Oratoire se poursuivait donc vers le sud ; une façade néogothique a été construite en 1861 pour clôturer le bâtiment amputé. La chapelle royale dédiée à saint Denis en 1142 a elle aussi été démolie au hormis la tribune occidentale. Depuis, les ruines ont été bien préservées et deviennent la propriété de la ville de Senlis en 1956 avec l'ensemble du domaine, y inclus l'actuel jardin du Roy au nord du rempart et le prieuré Saint-Maurice ; p. 143-147. ; p. 181....

Description des ruines vignette|redresse=0.7|Vestiges de la cuisine et de la salle des maréchaux.vignette|redresse=0.7|Bâtiment ayant abrité les appartements privés. vignette|redresse|Accès aux appartements royaux ; en haut, tribune occidentale de la chapelle. vignette|redresse|Tour des Gardes et mur est de la salle des Maréchaux depuis le jardin du Roy.

Du château royal subsistent quatre éléments bâtis séparés les uns des autres. La porte fortifiée vers la rue du Châtel date du et est bien conservée, mais a perdu les deux tours rondes qui l'auraient flanquée jusqu'à leur démolition au . L'on peut encore aujourd'hui observer le double dispositif de herse, et il est possible que le châtelet disposait d'un pont-levis. Hormis cette porte bien protégée, avant tout un signe de puissance, le château n'avait pas de défense particulière. En regardant vers la grille d'entrée du jardin du château royal depuis la place du Parvis, l'on trouve la porte fortifiée à gauche de l'Office du tourisme, en recul par rapport à la rue, et à droite de l'hôtel des Trois-Pots. Les riverains utilisent ce renfoncement pour garer leurs voitures, si bien que ce vestige médiéval n'est pas mis en valeur.

Le portail piéton du jardin du château royal, entre l'Office de tourisme et le musée des spahis, ne date que d'autour de 1900, et la grille a été posée pendant les années 1970. Les bâtiments annexes qui suivent à gauche après l'hôtel de l'Homme Sauvage abritant l'Office de tourisme n'ont eux non plus pas de rapport avec l'ancien château ; ils datent de peu avant 1835.

En face, immédiatement à droite de l'entrée à l'angle nord-est du parc, se trouve une grosse tour carrée de la fin du , écrêtée au . Son apparence d'origine est inconnue, mais bien des caractéristiques la rapprochent d'un donjon. Bâti avec des gros blocs d'appareil provenant de bâtiments publics du Senlis antique (Augustomagus), la bâtisse a pendant un certain temps été confondue avec une construction gallo-romaine. En réalité, seules les fondations contiennent des vestiges archéologiques de cette époque. La tour se distingue par de très larges contreforts saillants et des murs épais de , pour une superficie construite de sur . L'intérieur contient une unique salle rectangulaire, remaniée à l'époque gothique, avec un puits dans la partie sud-est. C'est près de cette tour que le socle de la statue de l'empereur Claude a été découvert, exposé au musée d'art et d'archéologie de Senlis. La tour ne se visite pas ; elle n'était vraisemblablement pas reliée au château royal de Louis le Gros.

Les deux ruines qui suivent en direction de l'ouest sont les vestiges du château proprement dit. Elles s’appuient également contre la muraille gallo-romaine et sont partiellement visibles depuis le jardin du Roy, rue du Chat-Haret. Le premier corps de bâtiments est le plus important. En le contemplant depuis le sud, l'on voit au rez-de-chaussée un grand passage en arc brisé, qui devient bientôt plus étroit : c'était le principal accès vers les appartements royaux. À l'étage, l'on aperçoit un arc en plein cintre souligné de pointe-de-diamant et encadré par des colonnes engagées, qui conservent leurs chapiteaux sculptés. Un deuxième arc du même type est visible si l'on regarde la ruine depuis l'est. Ces deux arcades appartiennent à la tribune occidentale de la chapelle royale Saint-Denis, consacrée en 1142 et démolie au , hormis cette tribune. En outre de la tribune, la chapelle comportait une deuxième travée et une abside en hémicycle, les deux de plain-pied. Le plan de la chapelle se divine encore au sol. La pièce derrière les deux travées disparues, contre le rempart, était le cellier. Il en reste une colonne ronde supportant deux arcs brisés. À gauche du cellier, suivaient les cuisines et leurs annexes. Le plafond était plat, comme le démontrent ses arrachements aux murs, toujours visibles.

Derrière la tribune de la chapelle, l'étage contenait la « salle des gardes ». Elle communiquait avec la chapelle par l'une des arcades mentionnées et un petit portail à l'archivolte soigneusement travaillée, non visible pour le public. Suivait, côté ouest, à l'étage d'une partie du château aujourd'hui disparue, au-dessus des cuisines, la « salle des maréchaux ». Une petite porte faisait communiquer les deux salles. La « salle des maréchaux » était la salle d'apparat du château. Ses principaux vestiges sont les arcades plaquées sur le mur séparant les deux salles, côté ouest, et sur le mur oriental du bâtiment suivant. Elles avaient une fonction purement décorative, et un crépi revêt encore partiellement les murs qui les ferment. Trois arcs en plein cintre avec des archivoltes ornées de tores sont supportés par des colonnes engagées à chapiteaux, dont une est en bâtons brisés. Des arcades d'une disposition analogue existaient aussi sur les murs nord et sud. Plus rien ne subsiste aujourd'hui du grand escalier monumental à l'est, à droite de la chapelle, édifié sous pour donner un accès direct à la « salle des gardes ». Derrière les ruines se situe la tour ou « tour des Gardes », accessible depuis le château. Depuis la construction de l'enceinte de Philippe Auguste, elle avait perdu sa fonction défensive.