Jean-Baptiste Frédéric Isidore, baron Thielemans dit Toots Thielemans, né le à Bruxelles et mort le à Braine-l'Alleud, est un musicien belge de jazz, harmoniciste et guitariste, parfois même siffleur, à la carrière internationale. Il obtient la double nationalité américaine.
Biographie Ses parents tiennent un café au 241 de la rue Haute, au cœur du quartier populaire bruxellois des Marolles où joue régulièrement un accordéonisteULB DHC 175e : Les docteurs honoris causa 2010 – 1898 180 pages. Voir sommaire biographie de Toots Thielemans page 33. Consultation du 10 septembre 2020. que le très jeune Jean-Baptiste aime regarder jouer et écouter. Son père ayant remarqué son intérêt pour l'instrument, lui offre son premier instrument lorsqu'il a trois ans... Mais en carton Jazz Hot n°677, automne 2016 | Article Toots Thielemans : 29 avril 1922, Bruxelles - 22 août 2016, Braine-l’Alleud, Belgique. Consultation du 10 septembre 2020..
Personne n'est musicien chez les Thielemans mais rapidement, il joue à la demande dans le bistrot familial des morceaux populaires de l'époque, beaucoup de musette, la Tonkinoise ou l'Internationale. Son père a des sympathies pour la gauche de Léon Blum. Voyant son talent et déjà le succès qu'il a auprès de la clientèle, ses parents l'encouragent et lui trouvent un professeur.
En 1929, la famille Thielemans quitte le quartier pour reprendre à Molenbeek, place communale, une mercerie, lingerie et vêtements de travail : « Au Palais du Cache-Poussière ». Jean-Baptiste va à l’école primaire rue de la Prospérité à Molenbeek, et effectue les secondaires à l’Athénée Royal de Koekelberg.
Dans les années 30, le jeune Jean-Baptiste découvre l'harmonica au cinéma dans un film avec James Cagney. Il achète alors son premier harmonica diatonique, un instrument qui va l’aider par son action « souffler-aspirer » afin de mieux contrôler l’asthme qui l’affectera toute sa vie.
Vers 1938, âgé de 16 ans, il découvre les étendues de jeu de l’harmonica en tentant de rejouer des musiques de film jouées par Ray Ventura, Larry Adler et Max Geldray . En 1939, il se décide à changer pour acheter son premier harmonica chromatique et s’inscrit en mathématiques à l’ULB (Université libre de Bruxelles). Il échoue cette première année à l’université, mais il a déjà d’autres plans de carrière.
Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale provoque la fermeture des universités et l’empêche de poursuivre ses études. Pendant l’Occupation, il se prend d'une forte passion pour le jazz et son jeu d’harmonica progresse vite, il joue ce qu’il écoute à la radio, et il découvre Louis Armstrong et Fats Waller sur un phono à remonter.
En 1941, Jean-Baptiste est malade et cloué au lit. Son copain Gilbert vient lui rendre visite avec une guitare. Jean-Baptiste veut l’essayer et Gilbert décide alors d’un pari : . L’affaire est entendue. Après quelques minutes d’écoute d’un disque de Django Reinhardt., Jean-Baptiste, jeune accordéoniste-harmoniciste devient donc… guitariste en apprenant à en jouer à l’instinct et l’oreille. Une photographie atteste sa présence en 1942, lorsqu’avec les jeunes musiciens belges, il accueille Django Reinhardt qui devient son idole à la sortie de la Gare du Nord à Saint-Josse-ten-Noode(cf. Jazz Hot n°652, p.18)..
Il se tourne alors vers la guitare qu’il travaille avec passion.
À la Libération, aguerri, il rejoint Le Jazz Hot, la formation d’Herman Sandy. Rapidement, il est considéré avec René Thomas, comme l’un des meilleurs guitaristes de Belgique.
Conscients de ses talents musicaux, Herman Sandy et Jacky Theunis estiment que , et qu’il devrait se choisir un prénom plus américain. dont les journaux parlent à l’époqueL’Incroyable Destin d'un ketje de Bruxelles, documentaire de 2008 diffusé le 30 octobre 2015 sur La Trois..
Après quelques instants de réflexions, Jean-Baptiste est convaincu : . Beaucoup plus swing que Jean-Baptiste, il ignorait alors que ce nouveau surnom va lui coller à la peau pour le reste de ses jours.
vignette|gauche|Toots Thielemans et le clarinettiste Joe Marsala en 1947 sur la terrasse de l’Hickory House, 144 West 52nd Street, à New-York. Toots Thielemans intègre l’orchestre de Robert De Kers en 1946, puis il joue dans ceux d’Yvon Debie et Rudy Bruder. Toujours « bon guitariste », il est alors surtout considéré comme un phénomène de l’harmonica chromatique avec lequel il improvise dans l’esprit de Charlie Parker.
Durant la fin d’année 1947, il profite d’une occasion inespérée pour accompagner à New York son oncle qui s’y rend pour ses affaires : ce sera son premier voyage aux États-Unis où il rêve de faire carrière avec son nouveau prénom. Durant son séjour, Toots Thielemans fait le tour des clubs, jamme à l’harmonica dans la Rue et rencontre Billy Taylor, Howard McGhee, Lennie Tristano et Hank JonesArticle de la rtbf Toots Thielemans est mort. Consultation du 10 septembre 2020.. On le retrouve aussi photographié par le journaliste photographe William P. Gottlieb, jouant de la guitare pour accompagner le clarinettiste Joe Marsala sur la terrasse de l’Hickory House, 144 West 52nd Street, à New-YorkVoir la photo noir et blanc de William P. Gottlieb à gauche de ce texte). À noter que le voyage permet de dater la photo de 1947..
vignette|droite|Toots Thielemans, le clarinettiste Joe Marsala et son épouse la harpiste Adele Girard au début de 1948 devant l' Onyx Club, 57, West 52nd Street à New YorkN.B. : La photo avec des vêtements d’hiver permet d’en déduire, qu’il était encore à New York en début d’année 1948.. Ce club de jazz réputé fermera hélas en 1949 pour devenir un club de striptease.
On le retrouve ensuite à Miami où Billy Shaw, l’impresario de Benny Goodman, le remarque alors qu’il joue sur la guitare de Chuck Wayne. Billy le recommande au clarinettiste, et ils lui proposeront quelques mois plus tard de les rejoindre à New York. Mais les demandes de visa et de carte verte sont longues et échouent souvent.
Sans possibilité de rester sur place, Toots rentre en Belgique et devra encore attendre quatre ans avant de pouvoir s’expatrier vraiment. Reconnu comme un des jazzmen belges des plus créatifs, il participe, à la guitare au festival de Nice en 1948, avec Jean Leclère (piano, vibraphone) et au Festival international de jazz à Paris All Stars à la Salle Pleyel début . Des jam sessions lui offrent la possibilité de rencontrer enfin son idole, Charlie Parker, mais aussi de côtoyer Sidney Bechet, et un certain Miles Davis dont c’est le premier voyage à l’étranger. Il retrouvera par la suite le Bird à l’occasion de son séjour en Suède de 1950 à 1952.
La guitare devient son meilleur ambassadeur à cette époque, mais Toots gardera toujours un accordéon et ne se séparera jamais de ses harmonicas. Ses collègues musiciens le chambrent lorsqu’il se met à jouer de l’harmonica : , disent-ils. Mais ils ont tort, car Toots a déjà trouvé le son qui le rendra immortel, avec ses longues notes essentielles, ses modulations, ses altérations et ses résonances.
Le , il épouse Netty et part en Italie avec le saxophoniste Flavio Ambrosetti pour une tournée. Arrivé à Rome, il rencontre Benny Goodman, lequel se souvient d'avoir apprécié les enregistrements que Billy Shaw lui a fait écouter. Ils conviennent de se retrouver au Palladium de Londres pour la tournée européenne de Benny Goodman en 1950. Toots intègre à l’harmonica le sextet du clarinettiste qu’il accompagnera aussi au Danemark et en Suède.
Il reste quelque temps en Suède apprenant à parler suédois. Alors qu’il joue avec Reinhold Svensson (org) dans un hôtel de Stockholm, il voit entrer Charlie Parker, et il se met aussitôt à jouer note pour note le chorus de Lover Man enregistré par Bird. L’altiste, séduit déclare: . Mais il ne sait pas encore qu’il va bientôt retrouver Parker à PhiladelphieUne photographie en témoigne (voir article Jazzhot)..
En 1951, il fait une tournée en Belgique avec le chanteur et guitariste Bobbejaan SchoepenLa biographie officielle de Bobbejaan Schoepen..
En , il parvient à émigrer aux États-Unis comme employé de Sabena Airlines à New York où il travaillera durant six mois. En 1952, il finit par obtenir son précieux sésame : la carte verte. Toots Thielemans sera par la suite naturalisé américain.
Il participe à des sessions d’enregistrements avec Wardell Gray et Dinah Washington et il finit par retrouver le Charlie Parker All Stars à Philadelphie . Toots est ensuite engagé pour une très fructueuse collaboration au sein du George Shearing Quintet, principalement à la guitare, entre autres durant sept ans. Il se retrouvera toutefois à jouer de l’harmonica de temps à autre comme sur le titre Body and soul enregistré en 1953EP George Shearing Quintet* – I Hear A Rhapsody / Body And Soul MGM Records – K11493 . L'utilisation par Thielemans de l'harmonica et plus précisément de la guitare Rickenbacker 325 à la fin des années 1950 convaincra un jeune John Lennon à utiliser les mêmes instruments... Entre 1953 et 1955, le groupe enregistre quatre albums avec Cal Tjader au vibraphone, Al McKibbon à la contrebasse et Bill Clark à la batterie : When Lights Are Low, An Evening With The George Shearing Quintet, A Sharing Caravane et Shearing in Hifi (MGM Records). Fin 1959, parait Latin Affair (Capitol Records), un album qui marque la fin d’une fructueuse collaboration et un départ au sommetRépertorié dans la liste des 1000 disques à écouter avant de mourir : Livre de Tom Moon (August 28, 2008). 1,000 Recordings to Hear Before You Die. Workman Publishing Company. p. 991. : presque 50 ans après sa publication, l’album est selon le critique musical Tom Moon l’un des 1000 disques à écouter avant de mourir. En 1960, sort enfin un live On the Sunny Side of the Strip chez Capitol toujours.
La riche production discographique du Georges Shearing Quintet avec Jean Thielemans entre 1953 et 1960 comprend ainsi quatorze albums studio, un Live et deux compilations (un pour MGM records, un pour Capitol records)Voir le détail la section "Discographie" de cet article.. À noter que comme souvent chez Capitol records à cette époque, les musiciens ne sont hélas pas crédités sur les pochettes originales des albums publiés.
Une compilation Just For You - Live In The 1950's de trois concerts live inédits est sortie en 2000 sur le label « Jazz Band Records », les enregistrements datent d’entre 1956 et 1958 et ont été effectués au Zardi's à Hollywood, au Basin Street Night Club et au The Roundtable de New York.
vignette|droite|Toots Thielemans en 1961 au Grand Gala du disque (Pays-Bas).
On le retrouve ensuite dans la grande tournée des Birdland All Stars au sein desquels il est le seul musicien européen aux côtés de Count Basie (piano), Lester Young (ténor saxophone) et Billie Holiday (voix).
On le retrouve sur scène lors des tournées mondiales de Roy Eldridge et Zoot Sims, et il en profite pour faire quelques concerts en solo. Roy Elridge lui offre ses premières expériences avec Lena Horne et Chico Hamilton.
Il compose Bluesette fin 1962, composition qui deviendra un standard et lui vaudra une renommée internationale. Dans ce morceau, il développe un nouveau son en sifflant et jouant de la guitare en même temps. thumb|droite|Montauk Point Light, premier phare dans l'État de New York
Durant les années 1960, Toots rencontrera aussi Quincy Jones, qui composera quelque vingt-et-une musiques de film durant cette décennie : une longue amitié et complicité professionnelle jamais démentie se noue entre eux. Cette rencontre importante lui permettra de pénétrer au sein de l'industrie musicale du cinéma américain.