Le collège Sainte-Barbe était un établissement scolaire parisien fondé en 1460 sur la montagne Sainte-Geneviève et situé rue Valette. Il était jusqu'en , date de sa fermeture, le plus « vieux » collège de Paris. Ses bâtiments, réaménagés par Louis-Ernest Lheureux (1827-1898) et réhabilités par Antoine Stinco, accueillent la bibliothèque Sainte-Barbe, bibliothèque interuniversitaire, ainsi qu'un des centres universitaires de l'université Panthéon-Assas.

Histoire Origines (1460-1475) gauche|vignette|Fondation du collège de Sainte-Barbe (bibliothèque de la Sorbonne, NuBIS). Les origines du collège Sainte-Barbe remontent à la fin du Moyen Âge. C’est le seul collège médiéval dont le nom existait encore il y a quelques années et qui est resté au même emplacement. L'identité du fondateur du collège reste discutéeJules Quicherat, Histoire de Sainte-Barbe, collège, communauté, institution, Paris, Hachette, 1460-1864, 3 vol. Édouard Nouvel, Le collège de Sainte Barbe. La vie d’un collège parisien de Charles VIII à nos jours, Paris, le collège Sainte-Barbe et l’association des anciens élèves, 1948, 311p. CÉLESTIN, Sainte-Barbe et les barbistes, imp. Aubry, Paris, 1863, 71 p..

Il semblerait qu’en 1430, Jean Hubert ait ouvert une pension dans l’hôtel des Coulons. Puis, trente ans plus tard, c’est dans l’ancien hôtel des Chalons, situé dans l'ancienne rue de Reims (aujourd'hui disparue), que Geoffroy Lenormand, professeur réputé du collège de Navarre, achète à l’abbaye de Vézelay ses bâtiments. Il s’entoure de maîtres capables d’appliquer les méthodes qui avaient fait sa réputation et, pour fonder sa pension, se passe de dotation. Le nom qu’il donne à son institution, dédiée à sainte Barbe, est également une singularité pour l’époque. Les collèges portaient en effet jusqu’alors les noms des provinces ou des pays qui les avaient dotés et dont ils recevaient les boursiers.

Le collège de Lenormand, lui, n’a pas de dotation, et se propose de recevoir les élèves, non pas d’une province mais de toutes les provinces. Lenormand place alors sa pension sous l’invocation de la vierge savante qui, dans la discussion, avait triomphé des plus habiles défenseurs du paganisme grec.

Le succès de Sainte-Barbe est si rapide que les familles des parlementaires y envoient leurs enfants et le roi du Portugal lui confie une colonie de cinquante élèves. Le collège jouit alors d’un grand renom et l’effectif s’accroît.

Développement du collège (1475-1589) Dès sa quinzième année, il a ainsi dû demander la jouissance de l’hôtel des Coulons, acheté par Jean Hubert, que le collège annexe seulement définitivement en 1556. La querelle vient de là : certains donnent la priorité à Jean Hubert qui a été le premier à acheter le terrain ; d’autres à Geoffroy Lenormand qui a donné à l’institution le nom qui lui est resté. C’est ce dernier que le collège garde en mémoire comme fondateur de l’institution.

Les bâtiments du collège font l’objet d’une première mesure à l’initiative de Robert Dugast, directeur de l’Université et principal du collège en 1553, qui rachète le collège et lui laisse sa fortune ; en plus de lui donner ses statuts le et de mettre en place sept bourses, il fait reconstruire les locaux et les agrandit.

Pendant la Réforme, catholiques et protestants sont accueillis à Sainte-Barbe ; ce qui vaut aux principaux d’être accusés de complaisance avec les hérétiques. Au temps de la Ligue, la vie du collège est troublée comme celle de tous les établissements d’instruction ; mais alors qu’en 1579, sur cinquante collèges que comptait l’Université, quarante sont vides, les classes de Sainte-Barbe ne ferment qu’à la fin de 1589.

Première restauration (1607-1793) L’établissement cesse d’être de plein exercice à cette période pour reprendre, en 1607, une vie nouvelle en qualité de « petit collège ». Les élèves sont tenus de suivre les cours des collèges de plein exercice de l’Université. Cet état de choses demeure jusqu’à la veille de la Révolution.

Les bâtiments de la pension tombent en ruine. Le directeur du collège, Marmontel, également rédacteur au Mercure, publie un article élogieux le sur Sainte-Barbe dans ce même journal, tout en implorant une aide financière de l’État. « La communauté de Sainte-Barbe, écrit-il, implorera la faveur et l’appui de l’Assemblée Nationale. Quel établissement n’en fut jamais plus digne ? Les bâtiments qu’elle occupe, et qui tombent en ruine, ne lui appartiennent pas, et ils forment, par leur distribution, un obstacle perpétuel au maintien du bon ordre. N’a-t-elle pas bien mérité d’être logée aux frais du public, et de l’être commodément ? »Cité par Alexandre Labrouste, discours pour la pose de la première pierre des nouveaux bâtiments, 8 août 1840. Association amicale des anciens élèves de Sainte-Barbe, fêtes, comptes et rapports, imprimerie E. Duverger, 1840, . Mais la demande reste sans réponse.

Au mois d’, le collège est obligé de fermer ses portes à cause de la Révolution qui agite tout le pays ; ses bâtiments étant réquisitionnés comme bien national et attribués au collège de l’Égalité qui devient le Prytanée français. Lors de cette période trouble, seul le lycée du Prytanée (actuel lycée Louis-le-Grand) reste ouvert aux étudiants parmi lesquels un certain nombre de barbistes.

Seconde restauration (1797-1840) vignette|Le collège entre 1798 et 1838. À la fin de la Révolution, Sainte-Barbe renaît grâce à l’initiative de Victor de Lanneau, directeur-adjoint du Prytanée depuis 1797, qui, l’année suivante, rachète les locaux de l’ancien collège. Le passé de Victor de Lanneau est polémique. Ancien prêtre théatin, par son acceptation de prêter serment à la Constitution en 1791, il achève sa rupture avec le milieu ecclésiastique. Quatre ans plus tard, il intègre le Grand Orient de Paris et reste, comme beaucoup de barbistes, lié à la franc-maçonnerie. Il s’est toujours intéressé aux questions d’éducation comme le montre l’adresse qu’il présente à l’Assemblée en «tendant à déclarer libres et indépendants et délivrer de tout joug monacal les individus qui composent les collèges »Marcel DORIGNY, « Victor Lanneau, prêtre, jacobin et fondateur du collège des sciences et des arts (1758-1830) », Annales historiques de la Révolution française, , oct.-déc. 1988, . Victor de Lanneau, arrêté sous la Convention est relâché rapidement et nommé comme directeur sous le Directoire au Prytanée français. Mais le pédagogue a d’autres ambitions, il voudrait redonner à Sainte-Barbe sa fonction originelle et lui restituer ses terrains.

Confisqués, vendus comme biens nationaux, les anciens bâtiments du collège appartiennent à différents acquéreurs. Ces propriétaires consentent des baux à Victor de Lanneau. Il reconstitue alors l’établissement tout en inaugurant la reprise des études le jour même de la fête de la sainte patronne, le . La maison est appelée « Collège des Sciences et des Arts », puis on lui redonne, quelques années après, son nom d’origine, « Collège Sainte-Barbe ». Le nouveau directeur reprend le modèle de l’ancienne Sainte-Barbe : il établit une hiérarchie au sein de l’établissement, tout en maintenant un esprit familial. Le choix des élèves est scrupuleux, et la sélection se veut d’être au mérite et non aux possibilités financières de la famille grâce au système de bourses mis en place à la fondation de l’institution qui est toujours en vigueur.

Si le collège a donné quelques cours, il est avant tout une pension pour le secondaire en 1815. Par un décret du , « les élèves des institutions particulières établies dans les villes dotées d’un collège ou d’un lycée sont astreints à en suivre les enseignements » ; le contrôle de l’Université est resserré aux initiatives privées ainsi surveillées par le gouvernement. Les élèves suivent donc les cours du lycée, ou du collège, voisin de leur pension. Cette dernière n’a donc une fonction que d’internat ou d’étude surveillée. À Sainte-Barbe des cours sont donnés le soir, et des répétiteurs assistent les élèves et suivent leur évolution au sein de leurs études.

vignette|Le collège en 1864.

Le succès de l’institution Sainte-Barbe pose cependant un problème matériel. Comme le fait remarquer le comte Dumas lors de son rapport au conseil d’administration du « ce ne sont pas les élèves qui manquent dans nos bâtiments, ce sont nos bâtiments qui manquent aux élèves »Comte DUMAS, rapport au conseil d’administration du collège, 4 décembre 1843, Association amicale des anciens élèves de Sainte-Barbe, fêtes, comptes et rapports, imprimerie E. Duverger, 1843, . En effet, l’enseignement libre et plus particulièrement les pensions, dans le contexte de la monarchie, connaissent un succès. L’internat au est majoritaire et le poids de Paris dans la scolarisation explique le développement des pensions dans la capitale.

L’institution est installée dans des maisons particulières qui sont regroupées et forment un collège. À partir de 1831, le collège Sainte-Barbe est confronté à un problème d’ordre financier ; les créanciers sont nombreux et pressants et le collège est au bord de la faillite. Parmi ses créanciers, le collège compte le ministère à qui il doit la rétribution universitaire. L’État accorde au collège un délai ; mais les autres créanciers sont intransigeants et la saisie est imminente.

Pour la deuxième fois de son histoire, un « sauveur », comme le dénomme Édouard Nouvel, intervient dans le cours de l’histoire du collège. Claude Bellaigue, alors député de l’Yonne et ancien élève de Victor de Lanneau, souhaite sauver le collège. Après avoir étudié la situation, il propose de former une société en commandite avec ses anciens camarades les plus dévoués. Il met en place cinq commissaires et propose à Adolphe de Lanneau, fils de Victor, de devenir gérant. À lui s’associent M. Ganneron, député de Paris, et M. Leclerc afin de racheter le collège et de fonder la société Sainte-Barbe. Cette société devient propriétaire du collège le . Comme le précise une nouvelle société qui sera fondée en 1841, la société de 1831 rachète « le fond de l’établissement, c’est-à-dire sa clientèle, son mobilier et les recouvrements en dépendants »Registre des décisions du conseil d’administration de la société Sainte-Barbe, 19 mars 1841, , Archives de Paris, D50Z 562. La société reprend en main tous les problèmes et factures laissés par le collège. On nomme une commission à cette société formée des trois propriétaires et de messieurs Vavin et Louveau ; quant à Victor de Lanneau, il se cantonne à son rôle d’éducateur. À sa mort, son fils, Adolphe de Lanneau prend la direction du collège et tente de relever la situation financière ; il a fait preuve de ses capacités lors de sa direction de l’institut des sourds-muets.

Sainte-Barbe est relevée financièrement lorsque Alexandre Labrouste, le , est appelé au poste de directeur. Mais l’acceptation se fait à deux conditions comme l’explique Jules Quicherat : tout d’abord « que toutes les dettes de la maison non encore acquittées, même celles qui n’obligeraient pas la Société, seront éteintes dans le plus bref délai ; ensuite qu’il aurait pleine puissance pour le choix de tous les maîtres, ses collaborateurs, depuis le plus humble jusqu’au plus élevé en grade »Jules Quicherat, op. cit., . Une des premières mesures que le nouveau directeur met en place est la reconstruction du collège.

Victor de Lanneau avait loué des maisons rue des Sept-Voies, ce qui avait agrandi considérablement le périmètre du collège. Mais, assez vite, le problème de la salubrité du collège se pose. Les différentes maisons qui forment Sainte-Barbe sont dans un état de délabrement avancé. Si le problème de la surveillance est l’élément qui détermine l’organisation d’un projet de collège, les raisons pour lesquelles celles-ci sont reconstruites sont liées à l’insalubrité des lieux.