vignette|redresse=1|Le Papyrus 66 (Gregory-Aland), ou Codex saint Jean, v. 200. La communauté johannique, ou école johannique, ou encore milieu johannique, désigne un groupe de chrétiens de la fin du qui aurait écrit collectivement, en grec, le corpus johannique, notamment l'Évangile selon Jean. Parmi les exégètes qui ont le plus étayé l'hypothèse de l'existence de cette communauté, se trouvent : Oscar Cullmann, Raymond E. Brown, Bart D. Ehrman, Harold W. Attridge, Udo Schnelle et Jean Zumstein.
La proximité de ce courant avec les Douze Apôtres est encore débattue chez les spécialistes, tout comme ses liens avec un judaïsme « orthodoxe » ou plutôt « hétérodoxe », ainsi que le lieu où il se serait établi, encore que la majorité des chercheurs penchent pour l'Asie Mineure, probablement la région d'Éphèse.
En rédigeant des écrits fondamentaux et bien distincts des évangiles synoptiques, ce groupe aurait alors joué un rôle significatif dans la formation de la « Grande Église » et dans les définitions de la christologie.
La communauté vignette|redresse|Une interprétation de Jean l'Évangéliste, Évangiles de Rabula, .
La tradition chrétienne attribue à l'apôtre Jean de Zébédée la paternité du corpus johannique, c'est-à-dire l'Évangile, les trois épîtres et l'ApocalypseStephen L. Harris, Understanding the Bible: a Reader's Introduction, Palo Alto: Mayfield, 1985, , p. 355.. Cependant, plusieurs chercheurs modernes considèrent que Jean de Zébédée n'est l'auteur d'aucun de ces textes.
Pour la majorité d'entre eux, dont l'historien américain Bart D. Ehrman, la totalité de ce corpus johannique est due à un collectif d'auteurs spécifiqueBart D. Ehrman, The New Testament: A Historical Introduction to the Early Christian Writings, New York/Oxford, 2004 , p. 178 sq., Johannesapokalypse und johanneischer Kreis. Versuch einer traditionsgeschichtlichen Ortsbestimmung am Paradigma der Lebenswasser-Thematik, Walter De Gruyter, New York/Berlin, 1989.. De même, pour le théologien allemand Udo Schnelle, les recherches des deux biblistes Wilhelm BoussetWilhelm Bousset, Jüdisch-christlicher Schulbetrieb in Alexandria und Rom. Literarische Untersuchungen zu Philo und Clemens von Alexandria, Justin und Irenäus, Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen, 1915 (ND Olms, Hildesheim/Zürich/New York, 2004), p. 316. et Wilhelm HeitmüllerWilhelm Heitmüller, Zur Johannes-Tradition, ZNW 15 (1914), p. 189–209. suffisent à démontrer l’existence de cette « école johannique »Udo Schnelle, Antidoketische Christologie im Johannesevangelium. Eine Untersuchung zur Stellung des vierten Evangeliums in der johanneischen Schule, Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen, 1987 , p. 53..
Les spécialistes situent généralement cette communauté à Éphèse (Asie mineure), ou parfois à Damas (Syrie), vers 90-110« The Gopel According to John », Encyclopaedia Britannica.Raymond E. Brown, Introduction to the New Testament, Anchor Bible, New York, 1997 , p. 334..
D'autres chercheurs considèrent toutefois que l'Apocalypse n'a pas la même origine que le reste du corpus johannique : elle serait l'œuvre d'un auteur distinct, peut-être Jean de Patmos, qui l'aurait écrite vers l'année 95, avec d'éventuelles interpolations de textes datant du début des années 60, sous le règne de NéronBart D. Ehrman, The New Testament: A Historical Introduction to the Early Christian Writings, 2004, p. 468.. Udo Schnelle, notamment, estime que l'Apocalypse présente de trop grandes différences de style et de structure avec le reste du corpus pour provenir de la même communautéUdo Schnelle, Das Evangelium nach Johannes. Theologischer Handkommentar zum Neuen Testament 5. Aufl., Evangelische Verlagsanstalt, Leipzig, 2016 , p. 2..
Le développement du corpus johannique Sur la question de l’enchaînement des écrits johanniques, en excluant l'Apocalypse, Udo Schnelle distingue deux modèles possiblesUdo Schnelle, « Die Reihenfolge der johanneischen Schriften », New Testament Studies 57, 2011, p. 91–113. : le « modèle classique », avec la séquence : Évangile selon Jean → Première épître de Jean → Deuxième épître de Jean → Troisième épître de Jean ; et le « modèle alternatif », avec la séquence : Deuxième épître de Jean → Troisième épître de Jean → Première épître de Jean → Évangile selon Jean. Dans ce « modèle alternatif », l'ordre correspondrait au développement de la théologie johanniqueUdo Schnelle, Das Evangelium nach Johannes. Theologischer Handkommentar zum Neuen Testament, 5. Aufl., Evangelische Verlagsanstalt, Leipzig, 2016 , p. 9..
Dans l'évangile johannique, Raymond E. Brown discerne quatre phases de développement : les récits issus de l'apôtre Jean, l’édition partielle par ses disciples, la synthèse par le rédacteur et les ajouts d'un éditeur finalRaymond E. Brown, The Gospel and Epistles of John: A Concise Commentary, 1988 , p. 100 sq.. En outre, le chapitre 21 montre qu'un narrateur s'exprime à la première personne du pluriel (« nous »), comme la voix d'une communauté qui reprend le témoignage d'un personnage appelé le « disciple bien-aimé ».
Bibliographie vignette|droite|Portrait de l'apôtre Jean, évangéliaire de Radoslav, 1429, Bibliothèque nationale russe, Saint-Pétersbourg. Ouvrages Yves Marie Blanchard, Les Écrits johanniques : une communauté témoigne de sa foi, Cahiers Évangile n° 138, éditions du Cerf, Raymond E. Brown, La Communauté du disciple bien-aimé, éditions du Cerf, 1983, lire en ligne The Community of the Beloved Disciple, Paulist Press, 1979
Hans Conzelmann et Andreas Lindemann, Guide pour l'étude du Nouveau Testament, Labor et Fides, 1999 Oscar Cullmann, Le Milieu johannique: sa place dans le judaïsme tardif, dans le cercle des disciples de Jésus et dans le christianisme primitif, Labor et Fides, 1976 Bart D. Ehrman, The New Testament: A Historical Introduction to the Early Christian Writings, New York/Oxford, 2004 Camille Focant et Daniel Marguerat (dir.), Le Nouveau Testament commenté, Bayard/Labor et Fides, 2012, éd. Charles E. Hill, The Johannine Corpus in the Early Church, New York, Oxford University Press, 2004 Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 Claudio Moreschini, Enrico Norelli, Histoire de la littérature chrétienne ancienne grecque et latine, Labor et Fides, 2000 Udo Schnelle, Antidoketische Christologie im Johannesevangelium. Eine Untersuchung zur Stellung des vierten Evangeliums in der johanneischen Schule (FRLANT 144), Göttingen, 1987 Yves Simoens, sj, Croire pour aimer. Les trois lettres de Jean. Une traduction, une interprétation, éditions Facultés jésuites de Paris, 2011 Yves Simoens, sj, Apocalypse de Jean, Apocalypse de Jésus-Christ. Une traduction. Une interprétation, éditions Facultés jésuites de Paris, 2 vol., 2014 Yves Simoens, sj, Évangile selon Jean, éditions Facultés jésuites de Paris, 2016 Yves Simoens, sj, Croire en Jésus selon Jean. Redécouvrir la foi de l'Évangile, éditions Salvator, 2021 , Die Anfänge der Johanneischen Schule, New Testament Studies, vol. 32, 1986, p. 31-47 , Johannesapokalypse und johanneischer Kreis. Versuch einer traditionsgeschichtlichen Ortsbestimmung am Paradigma der Lebenswasser-Thematik, Walter De Gruyter, New York/Berlin, 1989 Jean Zumstein, La Communauté johannique et son histoire : La trajectoire de l'évangile de Jean aux deux premiers siècles, Labor et Fides, 1990
Articles et chapitres Paul Anderson, « The Johannine Community », 2012 Harold W. Attridge, « Johannine Christianity », Cambridge History of Christianity, 2006 Arthur J. Bellinzoni. The Early Christian Community: From Diversity to Unity to Orthodoxy, Wells College Faculty Club, 2000 Yves Marie Blanchard, « L'histoire de la communauté johannique », 2006
Jean Zumstein, « Les épîtres johanniques », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament, Labor et Fides, 2008
Annexes Articles connexes Corpus johannique Jean le Presbytre Jean de Patmos
Liens externes
Notes et références
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