Lultimatum du est une note diplomatique remise par l'ambassadeur austro-hongrois en poste à Belgrade au ministre serbe des Finances, seul membre du gouvernement royal présent dans la capitale ce jour-là. Rédigé avec le plus grand soin par un diplomate viennois, le baron Musulin von Gomirje, il constitue la réponse austro-hongroise à l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand, héritier des couronnes d'Autriche et de Hongrie, le de la même année à Sarajevo. Cette réponse, tardive, est le fruit d'un accord entre l'Autriche-Hongrie et son principal allié, l'Empire allemandLa constitution impériale allemande de 1871 donne au nouvel État allemand le nom de ., obtenu par les Austro-Hongrois dès le L'historien Fritz Fischer définit l'accord du Reich comme un ..
Au terme de plus de deux semaines de négociations intenses au sein des instances dirigeantes de la double monarchie, les partisans du conflit avec le royaume de Serbie, considéré comme responsable de l'assassinat, parviennent à arracher l'accord de leurs collègues récalcitrants, puis confient la rédaction de l'ultimatum à un diplomate subalterne, cependant connu pour ses qualités de rédacteur. Celui-ci cisèle un texte conçu pour apparaître inacceptable et être repoussé à coup sûr par le gouvernement de Belgrade. Remise aux autorités serbes le 23, la note austro-hongroise contenant l'ultimatum contraint le gouvernement royal serbe à formuler sa réponse, une note rejetée par la diplomatie austro-hongroise.
Contexte général L'attentat de Sarajevo
vignette|Supplément illustré du Petit Journal du : l'assassinat de l'archiduc héritier, François-Ferdinand, et de son épouse. Le , alors qu'il assiste aux manœuvres de l'armée austro-hongroise en Bosnie-Herzégovine, l'Archiduc héritier des couronnes d'Autriche et de Hongrie, François-Ferdinand d'Autriche, est assassiné avec son épouse, Sophie Chotek, par un jeune activiste serbe, Gavrilo Princip ; cet événement survient alors que l'archiduc visite, en compagnie de son épouse, la ville de Sarajevo, chef-lieu des provinces annexées de Bosnie et d'Herzégovine. Fomenté par des Serbes de Bosnie-Herzégovine, sujets austro-hongrois depuis 1909, cet assassinat clôt une décennie d'attentats perpétrés contre les principaux responsables austro-hongrois dans les territoires slaves du sud de la double monarchie.
Cet acte entraîne, par-delà le choc moral en Europe, le déclenchement d'une enquête, menée avec zèle, par la police austro-hongroise. Les premières investigations démontrent rapidement l'implication de Serbes ressortissants du royaume de Serbie.
Soupçons austro-hongrois Sans être en mesure de le démontrer de manière définitiveEn 1919, après la fin des hostilités, le rôle d'une société secrète serbe, La Main noire, est démontré sans équivoque., les autorités austro-hongroises s'orientent vers une implication de responsables serbes : les premiers résultats de l'enquête, obtenus à la suite d'investigations rapides, font apparaître un complot aux vastes ramifications, aussi bien en Bosnie-Herzégovine qu'en Serbie ; l'enquête met aussi en exergue le rôle d'une société secrète serbe, La Main noire, dirigée par le chef des services secrets de l'armée serbe, Dragutin Dimitrijević. Les policiers austro-hongrois soupçonnent également les terroristes d'avoir bénéficié de la complicité de militaires et de gardes-frontières serbes, à la fois au moment de la préparation de l'attentat et lorsqu'il a fallu organiser l'exfiltration des complices encore en liberté après l'enquête de la police austro-hongroise. En Serbie, les diplomates autrichiens notent également le décalage entre les déclarations officielles de condoléances et les réactions de la populationLes citoyens serbes manifestent leur enthousiasme à la nouvelle de l'assassinat..
De plus, dès le début de 1914, les responsables politiques de la double monarchie, influencés par les rapports émanant de leurs services d'espionnage, s'attendent à une grave crise dans la péninsule balkanique : selon le renseignement austro-hongrois, non seulement le tsar se serait montré partisan du déclenchement d'un conflit avec la double monarchie, mais aussi la crise politique et diplomatique pressentie depuis le début de l'année éclaterait certainement. Les nombreux agents de renseignement de la double monarchie en Bosnie-Herzégovine le confirment dès le déclenchement de l'enquête consécutive à l'assassinat du impérial et royal.
Enfin, depuis les guerres balkaniques, l'Autriche-Hongrie est progressivement évincée des Balkans par la Russie. La Bulgarie, alliée de la double monarchie, a essuyé une défaite sans appel lors de la deuxième guerre balkanique.
La Serbie, Depuis son indépendance en 1878, le royaume de Serbie constitue le principal sujet de préoccupation de la politique étrangère de la double monarchie.
Alors que la dynastie des Obrenović, qui régnait jusqu'en 1903, s'était appuyée sur l'Autriche-Hongrie pour se maintenir, arrimant le petit royaume à son voisin du nord, politiquement et économiquement, le violent changement dynastique, en 1903, met un terme à cette sujétion, et , le nouveau roi, appuyé sur les radicaux serbes, se rapproche de la France. Les victoires serbes lors de la première guerre balkanique et lors de la deuxième guerre balkanique, en 1913, exacerbent la fierté nationaliste dans le royaume de Belgrade et montrent les effets du repositionnement contre la Bulgarie de la Roumanie, alliée traditionnelle de la double monarchie. Pour tenir en échec la Serbie, puissance moyenne mais en pleine croissance et fortement liée à la Russie, les Austro-Hongrois et les Allemands souhaitent la placer à nouveau dans une situation de stricte dépendance vis-à-vis des puissances centrales.
D'autres sources de tension apparaissent au sein même de l'Autriche-Hongrie. À partir de 1905, les représentants slaves du Sud élus dans les diètes de la double monarchie mettent en place des groupes parlementaires communs, en Dalmatie et en Croatie. Ils obtiennent également la majorité au Sabor de Zagreb en 1908.
Enfin, durant les premiers mois de 1914, le royaume de Serbie connaît une crise politique majeure, notamment en raison de la politique du prince héritier Alexandre, nommé régent par son père affaibli par la confrontation avec certains cercles militaires, mais le premier ministre, Nikola Pašić, exerce en réalité le pouvoir exécutif. La campagne électorale en vue des élections législatives du , dans laquelle Pašić est un acteur engagé, est marquée par cette confrontation.
Situation des puissances centrales en 1914 L'Empire allemand ne dispose plus des moyens de maintenir dans son alliance les petits États balkaniques : la Roumanie, la Bulgarie et la Grèce. Les guerres balkaniques ont épuisé ces petits royaumes, et leurs gouvernements recherchent un soutien financier pour arrimer solidement à eux les territoires qu'ils ont annexés. Or, ni l'Empire allemand ni la double monarchie ne semblent en mesure de leur donner autre chose que des satisfactions de principeLe roi de Grèce reçoit à Berlin le bâton de maréchal, mais obtient à Londres et à Paris les financements dont son royaume a besoin pour son développement économique..
Les positions allemandes dans l'Empire ottoman sont donc menacées, de l'aveu même de l'empereur et de ses proches conseillers. En automne 1913, le gouvernement ottoman, pourtant favorable au Reich, ne peut plus se financer auprès des banques allemandes, dont les capacités sont alors au plus bas, et se voit obligé de se tourner vers les marchés de Londres et Paris. Le , Karl Helfferich, l'un des représentants de la Deutsche Bank, adresse au chancelier du Reich, Theobald von Bethmann Hollweg, un mémoire alarmiste sur les aptitudes du Reich à maintenir les positions économiques allemandes dans l'Empire ottoman. Les négociations entre le gouvernement et les banquiers allemands aboutissent dans la première quinzaine de juin à la prise en charge par le Reich des demandes ottomanes les plus immédiates. Toutefois, cette mesure n'apporte pas, aux yeux des banquiers allemands, de réponse durable à la gravité de la situation, et ces derniers considèrent qu'ils ne sont plus en mesure de satisfaire les futures demandes de ses alliés et clients.
Au printemps 1914, la double monarchie reste le seul allié sûr de l'Allemagne, à la différence des petits États des Balkans qui s'en éloignent progressivement. Leopold Berchtold, ministre austro-hongrois des Affaires étrangères, confie alors à un de ses proches collaborateurs, Franz Matscheko, la mission de rédiger un mémoire sur les évolutions de la situation dans les Balkans depuis le déclenchement des guerres balkaniques. Le rapport préliminaire, remis au ministre le , fait le point sur leurs conséquences, suggère d'abandonner définitivement la chimère de l'alliance avec la Roumanie, de multiplier les initiatives contre l'entreprenant royaume de Serbie et de concentrer l'activité diplomatique de la double monarchie sur la Bulgarie et l'Empire ottoman pour former une alliance dirigée contre Belgrade.
- : une intense préparation L'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand conduit les responsables austro-hongrois à une réaction contre la Serbie non immédiate mais bien préparée, avec l'appui du gouvernement du ReichEn 1914, la double monarchie ne peut courir seule, sans l'appui du Reich, le risque d'une guerre européenne..
Le allemand
Les dirigeants austro-hongrois s'accordent sur la nécessité de consulter le Reich, au-delà des divergences de vue entre les Autrichiens et les Hongrois.
Les diplomates austro-hongrois sont rapidement informés des dispositions de l'empereur . Dès le , le chef de la diplomatie austro-hongroise, Leopold Berchtold, reçoit l'ambassadeur allemand à Vienne, qui conseille d'avancer prudemment et de ne pas lancer, au nom de l'empereur-roi , des accusations hasardeuses contre le gouvernement de Belgrade.
Le , le comte Hoyos, porteur d'un mémorandum très hostile à la Serbie et d'une lettre manuscrite de François-Joseph à , se rend officiellement à Berlin pour obtenir le soutien du pour les mesures que compte prendre la double monarchie face à la Serbie. Les diplomates viennois avaient été informés la veille de façon informelle de sa position de principe : le , l'empereur a déclaré en personne qu'il soutenait son alliée. Dès le , en réitérant des positions prises l'automne précédentEn , un ultimatum austro-hongrois oblige la Serbie à évacuer ses troupes des territoires occupés en Albanie., il s'était montré partisan du soutien à la double monarchie si elle menait une action vigoureuse contre la Serbie. Cet appui est confirmé le au plénipotentiaire austro-hongrois.
La position de l'empereur allemand avait été soigneusement préparée. Dans les jours suivant l'attentat, a en effet multiplié les consultations avec ses ministres et proches conseillers pour définir la politique du dans la crise austro-serbe. Rassurés par le soutien de son alliéHoyos est de retour à Vienne le ., les responsables austro-hongrois commencent à mettre en œuvre les mesures à prendre par la double monarchie pour répondre à l’assassinat de l'archiduc héritier. Les responsables allemands insistent également sur le fait que ces actions s'engagent rapidement afin d'exploiter, sans attendre davantage, l'indignation consécutive à l'attentat.
Enfin, en faisant suite à la réorientation de la politique du , l'empereur allemand garantit à ses interlocuteurs austro-hongrois la neutralité de la Roumanie dans un conflit austro-serbe. La Bulgarie, nouvel allié des puissances centrales, menace en effet la Roumanie d'une intervention sur son flanc sud.