Le château et la ville close de Champtoceaux sont les ruines d'un ensemble fortifié situé en France en Maine-et-Loire, détruit sur ordre de Jean V de Bretagne en 1420.
L'endroit est occupé dès le Néolithique et des traces de constructions datant de l'Empire romain y ont été retrouvées. Un castrum y est signalé au par Grégoire de Tours.
Situé dans la Marche de Bretagne, Champtoceaux, alors appelé Châteauceaux, est au à la frontière des zones d'influence des ducs de Bretagne, des comtes d'Anjou et de ceux du Poitou. Une forteresse y est construite qui passe de nombreuses fois de mains en mains jusqu'au , subissant neuf sièges.
Jean V de Bretagne y est fait prisonnier en 1420 dans le cadre d'un conflit mêlant d'une part des rivalités entre familles nobles de Bretagne, d'autre part une lutte d'influence entre le royaume de France et la Bourgogne, et enfin la guerre de Cent ans. Une fois libéré, Jean V ordonne la destruction complète de Champtoceaux. Une nouvelle ville se développe ensuite à l'est des ruines dont la réoccupation est interdite.
Abandonnées en l'état, ces ruines sont l'objet d'études historiques à partir du . William Turner en fait une peinture lors de son voyage le long de la Loire en 1826.
Devenu lieu de promenade, le site est inscrit au titre des monuments historiques en 2009.
Historique Du castrum à la forteresse Le site est mentionné pour la première fois au par Grégoire de Tours dans son Historia Francorum qui y signale un castrum., mais son occupation est bien plus ancienne (pierres polies et taillées retrouvées sur le site). Selon Paul Godet, l'étymologie renvoie ainsi à Castrum Celsum, traduit par Châteauceaux.
Dans son Histoire ecclésiastique de Bretagne, Gilles Deric indique que Châteauceaux aurait été christianisé au début du par Saint Méen. Toutefois Robert Favreau signale que vers 560, le duc Austrapius est sacré évêque à Châteauceaux, qui devient le siège d'un évêché détaché du diocèse de Poitiers de façon éphémèreRobert Favreau, in Histoire du Poitou et des Pays charentais, 126..
Selon les chroniqueurs Eginhard et Frédégaire, Pepin le Bref aurait séjourné dans cette place-forte de la Marche de Bretagne qui fait face à Oudon et Ancenis. Il y aurait en particulier été présent lors de fêtes de Pâques avec sa femme Bertrade et y aurait reçu les ambassadeurs d'Almanzor, calife de Bagdad.Champtoceaux est plus tard situé à la lisière des zones d'influence des ducs de Bretagne, des comtes d'Anjou et de ceux du Poitou et connaît dès le une histoire mouvementée. Eble Manzer, comte de Poitiers, cède la cité aux Normands qui occupent l’embouchure de la Loire. En 938, Alain Barbetorte est reconnu «Brittonum dux » après avoir chassé les Normands de la région nantaise. Guillaume Tête d’Étoupe, fils d’Eble Manzer, lui donne la cité en viager.
La forteresse apparaît à la fin du : en 986, Renaud de Thuringe, vicomte d’Anjou, demande l’autorisation à Guérech, comte de Nantes, d’élever une forteresse à Champtoceaux sur les ruines du castrum. Celui-ci la lui refuse, mais Renaud de Thuringe passe outre avec le soutien de Foulques Nerra.
Au milieu du , Champtoceaux relève de deux frères, Geoffroy et Odéric/Orry de Champtoceaux. En 1044, Geoffroy de Champtoceaux donne l’église Saint-Jean-Baptise à l’abbaye de Marmoutier qui en fait un prieuré, dotation confirmée par le comte d’Anjou, Geoffroy Martel, preuve que Champtoceaux est sorti de la sphère d’influence des comtes de Nantes.
Vers 1060 la cité a pour seigneur Thibaud de Jarzé, gendre d'Orry de Champtoceaux. Par le remariage de sa petite fille Narmaise de Jarzé, Champtoceaux passe au siècle dans les mains des Crespin, famille d’origine normande liée à la cour d’Angleterre. La cité se trouve alors mêlée aux luttes entre Plantagenêts et Capétiens.
Une cité qui passe de mains en mains Champtoceaux subit neuf sièges du XIIe au et change fréquemment de mains. Le premier siège subit par la forteresse daterait de 1141, dans le cadre d'une révolte des vassaux en Anjou et Normandie contre Geoffroy Plantagenet qui assiège et prend Champtoceaux, selon les Annales de Saint Aubin et de Saint Serge.
Elle est détruite une première fois en 1172 par Maurice de Craon, sénéchal d’Henri II Plantagenêt lorsque trois des fils de celui-ci se révoltent contre leur père, soutenus par les Angevins et les Nantais. La forteresse est reconstruite par Geoffroy Crespin. Le Moulin-Pendu est édifié au siècle suivant sur la Loire, en contrebas du site fortifié, cette construction ayant vraisemblablement également servi de lieu d'octroi sur le fleuve. alt=Photographie prise en 2018 montrant les ruines du lieu-dit du Moulin-Pendu au pied de la citadelle de Champtoceaux|vignette|Site du Moulin-Pendu au pied de la citadelle de Champtoceaux (photographie prise en 2018). En 1203, Champtoceaux passe dans les mains françaises lorsque Philippe-Auguste s’empare des possessions continentales de Jean sans Terre pour le punir du meurtre de son neveu Arthur Ier de Bretagne. Trois ans plus tard, à la suite du débarquement de Jean sans Terre à La Rochelle pour reconquérir ses terres, Thibaud Crespin, seigneur de Champtoceaux, se joint à lui. Champtoceaux est repris par Jean sans Terre qui ne peut s’y maintenir. En 1214, selon le chroniqueur Guillaume le Breton, Jean sans Terre reprend une nouvelle fois Champtoceaux, mais la ville est reconquise par le roi de France la même année. Jean sans Terre abandonne et Thibaut Crespin jure fidélité au roi de France.
Thibaud Crespin se comporte cependant en brigand, pillant, rançonnant les marchands qui passent sur la Loire au pied de sa forteresse. Il se révolte avec les barons poitevins contre le roi Louis VIII. Pierre 1er de Bretagne, allié du roi, assiège Champtoceaux et Thibaud Crespin se rend le puis s’exile en Angleterre. Le roi donne la ville au duc de Bretagne en remerciement, mais elle demeure dans le comté d’Anjou. Les habitants sont exempts de la gabelle, privilège qu’ils conserveront jusqu’à la Révolution. Pierre renforce les défenses de la place forte.
Cinq ans plus tard, profitant de la jeunesse du roi de France Louis IX qui n'a que quinze ans, il prête hommage au roi d’Angleterre Henri III et s’allie à lui pour reprendre les provinces confisquées aux Plantagenêts. Selon la chronique de Guillaume de Nangis, Louis IX prend la tête de ses armées. Il met le siège devant Champtoceaux, qui capitule. Mais Pierre reprend la ville dès le ban de l’armée française levé. En 1234 a lieu une nouvelle campagne du roi de France, conclue par nouvelle reddition de la place forte.
La guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) voit les familles Monfort (soutenue par les Anglais) et Penthièvre (soutenue par les Français) se disputer la couronne ducale. En 1341, le parti français s'empare de la forteresse. La ville change plusieurs fois de main durant le conflit : en 1367, selon les dispositions du traité de Guérande qui met fin à la guerre de Succession de Bretagne, le comte d’Anjou remet la place forte à Jean IV, duc de Bretagne, fils de Jean de Montfort. En 1373, Jean IV doit fuir en Angleterre à la suite d'un soulèvement général. Charles V en profite pour faire entrer ses troupes dans le Duché sous le commandement de Bertrand du Guesclin. Les places fortes du duché, dont Champtoceaux, s'ouvrent devant lui.
En 1377, Champtoceaux est rendu au comte d’Anjou mais le second traité de Guérande (1380) rend la ville au duc de Bretagne. En 1390, la citadelle est vendue à Olivier de Clisson.
Destruction ordonnée par Jean V de Bretagne
L'événement décisif de l'histoire de ce lieu a lieu en 1420. Le duc Jean V ainsi que son frère le comte d'Étampes sont invités à Champtoceaux par Marguerite de Clisson, comtesse douairière de Penthièvre, pour y fêter la Saint-Valentin et sceller enfin la réconciliation entre les Penthièvre et les Montfort. L'inimitié entre les deux familles est ancienne (guerre de Succession de Bretagne). Malgré le traité de Guérande, qui a fixé les règles de succession, la famille de Penthièvre n’a pas renoncé à ses prétentions sur le duché. Les deux fils aînés de Marguerite de Clisson servent dans l'armée du Dauphin, (futur Charles ). Jean V ayant rallié les Bourguignons, le dauphin aurait promis la couronne ducale aux Penthièvre s'ils s'emparaient du duc. Le , Jean V est fait prisonnier par Olivier et Charles de Blois, fils de la comtesse. Il est emprisonné dans le second donjon du château, dit Tour du Diable, et menacé de mort. alt=Page d'un ancien livre montrant le siège de la forteresse de Champtoceaux par l'armée bretonne en 1420.|vignette|Siège de Champtoceaux (miniature réalisée vers 1480). La réaction en Bretagne est forte : le duché fait corps autour de la duchesse Jeanne de France. Selon Paul Godet, une armée de est mobilisée. Cette armée, soutenue par des troupes anglaises, réduit une à une les places fortes des Penthièvre puis assiège Champtoceaux fin mai, soumettant la ville à un tir d'artillerie incessant. Le duc, déplacé à Clisson, est relâché le et la forteresse se rend. Le parlement de Bretagne ordonne la confiscation de tous les biens de la famille de Penthièvre, lesquels sont annexés au domaine ducal. Jean V ordonne la destruction de la ville fortifiée « jusqu’à la pleine terre », maisons, églises et murailles. Les habitants ont trois jours pour quitter les lieux. L'entreprise de démolition s'étale sur dix ans, Champtoceaux ayant à l'époque une superficie deux fois plus importante que celle de Carcassonne.
En 1826, William Turner réalise plusieurs dessins et aquarelles représentant les ruines de Champtoceaux et le Moulin-Pendu lors de son voyage sur la Loire.
Évolution du site alt=Photographie de 2011 montrant les ruines du Prieuré Saint Jean-Baptiste.|gauche|vignette|Ruines du Prieuré Saint Jean-Baptiste (2011).
La ville de Champtoceaux renaît à partir de 1431 au sud-est de l’ancien site fortifié qui reste globalement inoccupé, sur la circonvallation des assiégeants de 1420.
Son histoire est encore instable : Jean V donne la place à son maréchal de Bretagne Berrand de Dinan, mais René d'Anjou (fils cadet de Louis II) s'empare des revenus seigneuriaux de 1444 à 1474, prétendant ainsi recouvrer les anciens droits des Anjou. Finalement Louis XI, héritier des Anjou par sa mère Marie, met la main sur Champtoceaux et la restitue aux Penthièvre (Nicole, nièce d'Olivier de Blois-Penthièvre et petite-fille de Margot de Clisson, et son mari Jean de Brosse de Boussac) en 1480. Les Penthièvre cèdent finalement la cité au connétable de Montmorency. À la suite d'un mariage, elle échoit aux princes de Condé qui en gardent le contrôle jusqu'à la Révolution. Le prieuré Saint Jean-Baptiste qui avait été reconstruit est alors détruit.
Au , Champtoceaux est rattaché à l'Évêché de Nantes mais est régie par un sénéchal ressortant du présidial d'Angers.
Un château, celui de la Colinière, est construit au siècle au nord de l'ancienne basse-cour. À la même époque, le châtelet situé à l'est de la citadelle médiévale est reconstruit dans un style néo-gothique inapproprié. Il constitue aujourd'hui l'entrée du parc du château.
Partiellement classées aux monuments historiques en 2009 alors que le Moulin-pendu l'est depuis 1975, les ruines de la citadelle de Champtoceaux sont devenues un lieu de promenade .
Description des vestiges
La particularité du site de Champtoceaux est d'avoir préservé les restes d'une ville close et d'un château médiévaux en l'état après leur destruction, si bien que très peu d'occupations et reconstructions ultérieures ont perturbé les vestiges archéologiques. L'ancienne ville close et les ruines du château occupent une superficie d'une vingtaine d'hectares.