thumb|Double clôture électrifiée du camp Auschwitz I. thumb|Détail du monument antiguerre , à Dortmund, Allemagne. Un camp de concentration est un lieu fermé de grande taille construit pour regrouper et pour détenir une population considérée comme ennemie, généralement dans de très mauvaises conditions de vie. Cette population peut se composer d'opposants politiques, de ressortissants de pays avec lesquels le pays d'accueil est en état de guerre, de groupes ethniques ou religieux spécifiques, de civils d'une zone critique de combats, ou d'autres groupes humains, souvent pendant une guerre. Les personnes sont détenues en raison de critères généraux, sans procédure juridique, et non en vertu d'un jugement individuel. Le terme est surtout connu par la création de très nombreux camps par le régime nazi. Si les conditions de détention dans les camps de concentration nazis menaient de fait à des taux de morbidité et de mortalité extrêmement élevés, ils sont distincts des centres d'extermination nazis.
L'expression « camp de concentration » est née à la fin du . Son origine provient du terme « » utilisé par les Espagnols d'après les ordres du général Valeriano Weyler, pendant la guerre d'indépendance cubaine (1895-1898). Par la suite, les Britanniques reprirent cette méthode durant la seconde guerre des Boers (1899-1902) et donneront naissance à l'expression.
Camps de concentration pour civils Internement de civils de pays ennemis L'histoire d'un camp de concentration, bien qu'il soit admis par le droit de la guerre pour l'internement des civils ennemis, est difficile à justifier en ce sens qu'alors, l'internement constitue une mesure collective et non individuelle, qui ne sanctionne pas des actes individuels, mais une situation indépendante de la volonté de la personne internée.
De tels camps sont utilisés en tant que mesure conservatoire militaire : si des ressortissants du pays B vivent dans le pays A lors de la déclaration de guerre entre A et B, le pays A peut considérer que les ressortissants de B sur son territoire sont des ressortissants d'un pays ennemi, qu'il importe d'interner, pour éviter qu'ils rejoignent l'armée adverse ou se lancent dans des opérations d'espionnage. Ainsi, certains responsables des camps d'internement parleront de simples prisons élargies pour recevoir un plus grand nombre d'internés prisonniers, ou même — dans certains pays et hors temps de guerre — de « structures éducatives ».
Apparition des camps de concentration : Cuba, seconde guerre des Boers, Namibie
thumb|Paysans cubains internés dans les camps de concentration espagnols à CubaLes premiers camps de concentration ont été formés par les Espagnols à Cuba dans un contexte colonial, pendant la Guerre d'indépendance cubaine. Le général Valeriano Weyler (Valerià Weyler i Nicolau) a l'idée en 1897 de « concentrer » les populations civiles dans des places contrôlées par l'armée pour enlever tout soutien à la rébellion, d'où le nom de politique espagnole de reconcentration. Près de sont ainsi déplacées dans ces camps. Les civils sont invités à rentrer dans ces camps, avec leur bétail, sous le délai de huit joursAnnette Becker, « La genèse des camps de concentration : Cuba, la guerre des Boers, la Grande Guerre, de 1896 aux années vingt », article paru dans la Revue d'Histoire de la Shoah, , juillet-décembre 2008, Violences de guerre, violences coloniales, violences extrêmes avant la Shoah .. Passé ce délai, ceux qui se trouvent à l'extérieur sont considérés comme rebelles et donc tués. Le sénateur américain Redfield Proctor se rend sur place et visite ces camps ; il en rend compte au Sénat américain le :
Le terme, « re-concentration » (, en espagnol), et son principe est repris par les Anglais pour lutter contre les Boers.
La première apparition de la dénomination « camp de concentration » est due aux Britanniques en Afrique du Sud, également dans un contexte colonial, durant la seconde guerre des Boers (Transvaal, 1899-1902) ; sur ordre du général Frederick Roberts puis de Lord Kitchener, les Britanniques y enfermaient les femmes, les vieillards et les enfants des Boers, ainsi que des membres de tribus indigènes. vignette|Le camp de concentration de Shark Island en Namibie pendant le génocide des Héréros. Il y a eu également les camps de concentration construits par le général Lothar von Trotha dès 1904, comme le camp de concentration de Shark Island en Namibie pour éliminer le peuple Héréro opposé à la colonisation entreprise par le gouverneur Heinrich Göring et aux armées du chancelier Von Bülow. Le désastre humanitaire, qualifié de génocide, fut effrayant : plus de morts avant ou dans les camps de concentration (pour cause de malnutrition, mauvais traitements, exécutions sommaires des malades ainsi que des plus faibles). Il ne faut pas oublier les expériences anthropologiques, scientifiques et médicales transformant les prisonniers héréros en cobayes humains.
Évolution historique Première Guerre mondiale
vignette|Réfugiés du génocide arménien dans les camps de Deir ez-Zor, 1915. D'une manière générale, tous les pays liés à la Première Guerre mondiale ont ouvert des camps pour regrouper les civils des nations ennemies : camps pour Allemands en Australie, pour Belges en Afrique allemande, pour Autrichiens en RussieAnnette Becker, « La genèse des camps de concentration… », , 115.. Au Royaume-Uni, ou espions supposés ou Irlandais après 1916, ont été enfermés dans des camps comme le champ de course de Newbury, puis dans une prison de l'île de Man qui n'était pas prévue pour des civils. Des tailleurs juifs de Londres, issus de Galicie (donc de l'Autriche-Hongrie) sont aussi internés dans des campsAnnette Becker, « La genèse des camps de concentration… », , 116..
La France a utilisé des camps de concentration durant la Première Guerre mondiale, dont ceux de Pontmain ou de Crest, pour y enfermer les ressortissants allemands, austro-hongrois, ottomans ou tsiganes présents sur son territoire à l'ouverture des hostilités. De nombreuses îles françaises de la Manche, de l'Atlantique et de la Méditerranée ont été utilisées pour implanter de tels camps.
Entre-deux-guerres L’entre-deux-guerres fut une période de grand développement des camps de concentration et de perfectionnement des méthodes de soumission, d’exploitation économique et d’extermination des catégories jugées « nuisibles », à mesure que se multipliaient les systèmes politiques totalitairesJoël Kotek, Pierre Rigoulot, Le Siècle des camps : emprisonnement, détention, extermination, cent ans de mal absolu, Paris, éditions J.-C. Lattès, 2000. ..
Des bagnes appelés katorgas existaient déjà dans l’Empire russe notamment dans les zones peu peuplées de l’Extrême-Orient russe, donnant à ces contrées une réputation de punition. Pendant la révolution russe, ils furent abolis par la République russe après la révolution de Février, mais rétablis en par la Russie soviétique après celle d’OctobreAlexandre Soljenitsyne cite dans son essai d'investigation L'Archipel du Goulag : [...] le 5 septembre 1918, une dizaine de jours après ce télégramme, fut publié le Décret du SNK sur la Terreur rouge, signé Pétrovski, Kourski et Bontch-Brouïévitch. Outre les instructions concernant les exécutions massives par fusillade, il y était notamment prescrit de « protéger la république des Soviets contre ses ennemis de classe en isolant ces derniers dans des camps de concentration » : réorganisés en camps de travaux forcésRaymond Duguet, Un Bagne en Russie rouge. Solovki : l’île de la faim, des supplices, de la mort, Balland 2004, , ils peuvent être comparés à des camps de concentration puisqu’ils fonctionnent en dehors d’un système judiciaire régulier et réunissent un grand nombre de détenus dans des conditions très dures. Le réseau de camps de travaux forcés de l’URSS compta à son apogée plus de 650 camps (des « villes-prisons » dont plusieurs dizaines regroupaient entre et )Paul Barton, L’Institution concentrationnaire en Russie (1930-1957), Plon 1959, 516 pages ; il reçut en 1930 le nom de GoulagMarie Jégo, « , le bureau politique instaure le Goulag », dans Le Monde du 03/03/2003, . Il était géré par la police politique (Tchéka, Guépéou, NKVD) comme instrument de terreur et d’expansion économiqueSelon Nicolas Werth, « Goulag : les vrais chiffres », in : L'Histoire , septembre 1993, , GOULAG est un acronyme apparu en 1930 pour le russe Главное управление лагерей : « Administration principale des camps ». C’était un département de la police politique soviétique issu de la réorganisation de la Guépéou et de son rattachement au NKVD. Avant la réorganisation du Goulag, les camps étaient placés sous l’autorité de chaque ministère des républiques concernées : jusqu’en 1930, le ministère de l’Intérieur, puis de 1930 à 1934 le ministère de la Justice.. Cette administration pénitentiaire connut une croissance constante jusqu’à la mort de Joseph Staline, à mesure que de nouvelles catégories de citoyens étaient incarcérés et déportées, et que ses prérogatives économiques se développaientAnne Applebaum, Pierre-Emmanuel Dauzat (trad.), Goulag : Une histoire, Grasset 2003 et 2005, Jean-Jacques Marie, Le Goulag, Presses Universitaires de France 1999..
Des camps de concentration ont aussi été créés par l’Italie fasciste en Libye italienne pour permettre le contrôle des populations libyennes et dans le but de priver la rébellion dirigée par Omar al-Mokhtar de tout soutien, mais des opposants politiques au fascisme y sont également détenusA.Adu Boahen (dir.), General History of Africa Volume 7: Africa Under Colonial Domination 1880-1935, James Currey/UNESCO, 1990, page 51. vignette|Réfugiés républicains espagnols à l'entrée du camp de concentration d'Argelès-sur-Mer, . En France, le décret-loi du du gouvernement Daladier prévoit l’internement des « indésirables étrangers », élargi par la loi du qui permet l’internement « de tout individu, Français ou étranger, considéré comme dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Dès 1939, les camps d’internement français furent utilisés, moins dans un but de défense du pays que pour rassembler les quelque espagnols (réfugiés républicains fuyant l’avancée du camp franquiste) arrivés en France en moins d’un mois, soit le premier plus grand déplacement de population en Europe occidentale du . Ces camps étaient situés à Vernet, GursLe camp de Gurs est construit par le gouvernement d'Édouard Daladier entre le 15 mars et le 25 avril 1939 pour accueillir des anciens combattants de la Guerre civile espagnole après la prise de pouvoir du général Franco, Rivesaltes, Argelès-sur-Mer et Agde . Si, au départ, les autorités françaises furent dépassées par la gestion du nombre de réfugiés amenant une situation sanitaire déplorable au sein de ces campsDe février à juillet 1939, meurent dans ces camps, la plupart de dysenterie., très rapidement des mesures furent prises afin d’améliorer les conditions de vie des réfugiés et ainsi faire chuter la propagation de maladies, notamment la dysenterie.
C’est pourquoi l’utilisation du terme « camp de concentration » dans ce cadre français est contestée : pas de travail forcé, pas de dépersonnalisationLes routes de l'exode en 1940, chemins croisés: réfugiés espagnols et l'exode des français Intervention de Denis Peschanski sur France Inter, 31 juillet 2010, libre déplacement à l’extérieur de ces camps (d’ailleurs très peu étaient fermés). Pour certains historiensBartolomé Bennassar, La Guerre d'Espagne et ses suites, coll. « Tempus »., ajouter le qualificatif « de concentration » à ces camps est un abus de langage. Le terme « camp d’internement » est souvent préféré mais la terminologie a varié au cours de l’histoire concentrationnaire puis au cours des recherches sur cette histoire. Selon Geneviève Dreyfus-Armand, spécialiste de l’exil républicain espagnol : .
Seconde Guerre mondiale