Le château d’Ilbarritz se trouve au Nord de la commune de Bidart dans les Pyrénées-Atlantiques., au sommet de la colline de HandiaJean Ménochet in ., avenue de la Reine-Nathalie. Il fut bâti en 1897 pour le baron Albert de l'Espée, riche héritier excentrique et misanthrope.
Histoire
Construction du château du baron et ses dépendances Le baron, héritier des fonderies de Wendel qui disposait de tout l'argent nécessaire, souhaitait ce château pour plusieurs raisons. Il désirait un endroit éloigné pour s'isoler en compagnie de son amante, l'actrice Biana Duhamel. Il voulait profiter du climat à la façon d'un sanatorium, ayant subi une bronchite dans sa jeunesse. Enfin, il lui fallait l'écrin idéal pour abriter le plus grand orgue jamais conçu pour un particulier (facteur Aristide Cavaillé-Coll).
Pour son époque, le château est moderne (eau filtrée, électricité à tous les étages, téléphone et réseau de climatisation). La construction du château est estimée à 5 millions 445 de francs-orSylvie Santini, « Les aventures du baron perché », Vanity Fair n°41, novembre 2016, pages 142-149.. Il fut construit entre 1893 et 1897 par l'architecte biarrot Gustave Huguenin pour le baron, qui acheta le terrain parcelle par parcelle pour 350 000 francs-or. Il avait celui de ses rêves découvert lors d'une de ses nombreuses recherches dans le secteur. Après avoir grimpé la colline jusqu'à son sommet, il a aperçut ce qu'aucun autre site ne peut offrir en une seule fois, un panorama portant jusqu'à loin en Espagne : au sud, les cimes neigeuses des Pyrénées, les sommets lointains des , la côte cantabrique jusqu'à Santander ; au nord, les côtes basque et d'Argent jusqu'à la forêt des Landes ; à l'ouest, l'océan Atlantique à perte de vue.
Dès 1893, son notaire maître Blaise, aidé de l'agence Benquet, a entrepris les premiers pourparlers avec les propriétaires, tandis qu'Huguenin commence à travailler sur les plans de construction, d'après les ébauches fournies par le baron. Cela dit, d'après Pierre-Barthélémy Gheusi, il lui aura fallu en tout plus de mille-deux-cents plans pour l'édification du domaine. Il faut moins d'un an au notaire afin de convaincre les trente possesseurs des soixante-quinze parcelles et les réunir en un vaste terrain de soixante hectares. Les chemins communaux les traversant ont été rachetés ou échangés à la municipalité de Bidart. Un arrêté préfectoral est venu avaliser l'appétit foncier du baron. Toutes ses exigences sont enfin réunies : le climat biarrot tonique, la température généralement douce le long de l'année et l'exposition sans obstacle du site ouvert de tous les côtés.
Sur le chantier, la priorité est de se débarrasser du fortin en forme d'étoile en ruine, trônant depuis l'époque napoléonienne à l'emplacement précis où le baron souhaite ériger sa demeure. Albert exige que cette opération de terrassement se réalise rapidement et que l'entrepreneur Morin fasse au moins venir une cinquantaine d'ouvriers. Afin de surveiller l'entreprise, il reloue à monsieur Bellair la villa Mouriscot bordant le lac du même nom : par sa proximité immédiate, il lui permet de multiplier les trajets jour comme nuit. Dans son bureau rue Broquedis, l'architecte ne se repose jamais : ses premiers plans viennent d'être rejetés par son client.
Comment, en un endroit aussi venteux, un architecte si compétent a-t-il pu songer que des tourelles à hautes toitures coniques et à lucarnes pourraient résister aux assauts répétés des plus fortes tempêtes ? À l'architecte médusé, il explique sa conception : .
Il ajoute . Alors que le creusement des fondations commence à peine, le baron convoque Huguenin, estimant que Morin n'a pas l'envergure pour diriger le chantier. Il faut impérativement remplacer cet entrepreneur, très heureux de ne plus travailler pour un client aussi pointilleux, ce que fera Louis Moussempès. Ce changement permet aussi au client d'imposer une nouvelle loi : les ouvriers les plus méritants (qui travaillent sans relâche et dans la plus grande propreté) verront leur salaire doublé. Fin 1894, le sous-sol prend forme.
En 1895, les ouvriers continuent : en juillet, les voûtains d'acier et de briques du plancher du premier étage sont achevés, tailleurs de pierre et maçons s'activent. Près de Bayonne, la fonderie de Mousserole livre les premières colonnes de fonte qui viendront orner les façades. L'architecte tient les délais : les plans des cuisines principales sont acceptés. Elles seront bâties en bordure de plage et reliées au château par un souterrain de cent-cinquante mètres creusé sous la colline. L'architecte montre aussi le plan d'un pont romain, d'un petit château fort, de bâtiments sur la plage, d'étables, de maisonnettes, etc. Tout comme il propose celui du projet qui tient particulièrement à cœur à l'employeur : la villa des Sables pour Biana, en lisière de ses clôtures pour ne pas éveiller les soupçons, accessible par une poterne dissimulée dans le mur épais de son jardin afin d'y entrer dans la plus grande discrétion.
En quelques mois sont érigés tours, cottages, terrasses... qui émerveillent les passants. Pour les différents aménagements internes, Huguenin suit scrupuleusement les ordres sans appel de son client. Quel que soit le prix, il s'agit de choisir les matériaux les plus résistants, les plus nobles, les plus beaux et les plus rares. Mais afin de ne pas entamer son capital, il a préféré souscrire un crédit largement garanti auprès du Crédit Foncier par tout ce qu'il possède déjà. L'architecte doit rendre des comptes pour chaque dépense de ce chantier colossal, mais jouit de toute la confiance du baron qui approuve sans lésiner l'achat des matériaux les plus onéreux. Viennent d'Italie, de Norvège et de Hongrie le marbre rare et le bois précieux, acheminés jusqu'à Bayonne par bateaux loués à grands frais par Huguenin. Une nouvelle carrière ouvre à Bidache afin de garantir la pierre la plus homogène et la meilleure. Sur le terrain, il juge par lui-même la qualité des pans de roc destinés à réaliser son caprice.
En mai 1896, le pavillon des cuisines est prêt à recevoir le maître des lieux et ses deux fidèles domestiques. Sa décoration fournit un aperçu de ce que donnera le reste. Sur place, il réfléchit aux futurs aménagements. La villa de son amante étant terminée, elle est venue l'habiter avec sa mère, avec l'autorisation du maître des lieux... à condition qu'il ne la rencontre jamais sur ses propres terres : la dame est bien trop curieuse. Il arpente le domaine, escalade, s'arrête, observe le point de vue, simule avec du plâtre le tracé des chemins qui sillonneront bientôt toute la propriété.
Fin du chantier... et rupture Ce n'est qu'en 1897 que s'achève le chantier. Le mélomane peut alors jouer de son orgue lors de longues veillées nocturnes, faisant rugir ses cinq mille tuyaux, toujours les fenêtres ouvertes. Rapidement, chaque nuit est envahie par les clameurs frénétiques des airs de Parsifal ou de Tannhäuser ; ou bien les galeries s'éclairent si une insomnie le tire du lit, l'incitant à rejoindre l'avant-poste féodal de la falaise ou atteindre par la passerelle la plus escarpée une casemate bastionnée où se reposent ses chiens. Une nuit de pleine lune, le maître des lieux est sur le qui vive, braquant le télescope qu'il vient d'installer sur la plus haute terrasse de son donjon sur la lande aride, il découvre qu'un intrus a osé braver les barbelés défendant sa propriété. Lui lâchant plusieurs de ses molosses, il allume le phare de marine qui vient d'être branché sur sa plus haute lucarne de guet pour mieux le repérer. Mais les chiens n'attaquent pas le mystérieux personnage, qu'ils reconnaissent : c'est Biana. Déguisée en garçon, elle s'est amusée à défier la vigilance de son despotique amant. Il finit aussi par comprendre que, sûrement lasse de son exil sur ces terres étroitement protégées, elle franchissait les clôtures du nord afin de perdre au casino de Biarritz les économies mises à l'abri par sa mère.
Une autre fois, il dirige alors son faisceau électrique sur la villa des Sables où elle est censée dormir, fouille l'enclos et les environs de la maison, allant jusqu'à inspecter la rangée de marabouts la délimitant. Il va même explorer le tournant de la route voisine quand le fiacre de la reine Nathalie de Serbie surgit à toute vitesse ; aveuglé par cet œil électrique, le cocher perd le contrôle de ses chevaux et le véhicule tombe dans le fossé. Heureusement, la souveraine n'a pas été blessée dans sa chute. L'actrice est prisonnière des boiseries cirées et des marbres brillants de sa demeure ; même elle ne peut se rendre comme elle le souhaite dans le domaine du baron, ni partager les repas de son geôlier qui ne sait jamais à l'avance où le conduira son humeur. Le cuisinier a pour ordre de préparer un déjeuner au lieu appelé le « Moyen Âge » (au style d'inspiration médiévale) mais aussi dans la tour hexagonale et dans la salle à manger surélevée. Mais finalement parfois, son employeur décide qu'il ne mange pas... permettant aux domestiques heureux de se partager le repas du misanthrope, qui préfère rester devant son orgue.
Biana se lasse de cette vie. Fatalement, le couple se sépare, mais nul ne sait qui congédia l'autre. Mais il est probable que la vingtenaire ait pris seule la décision de rompre, espérant retrouver une meilleure compagnie dans les coulisses d'un théâtre. C'est ainsi qu'elle revend sa villa le 4 février au propriétaire qui dans un ultime conciliabule a émis le souhait de choisir lui-même l'hypothétique voisin qui la remplacerait. Immédiatement, il fait murer la poterne triple qui a permis à l'amante de venir le rejoindre pendant quelques années par le chemin le plus court, via le mur séparant leurs propriétés. Désormais seul, Albert songe à d'autres pics pour méditer sur le départ de son amante. Il est en avril à Paris afin de régler les quelques milliers de francs qu'il doit encore au facteur et envoie une courte missive à son notaire biarrot maître Blaise, à qui il n'ose pas avouer les motifs de la décision inattendue qu'il vient de prendre.
En 1903, les pièces du château sont remplies de morceaux de l'instrument. Monsieur Picot, agent immobilier qui a réussi à vendre les demeures du baron de Thonon et Montriond, le satisfait au point qu'il lui confie également la vente du château. Maître Blaise et monsieur Benquet n'avaient pas réussi à vendre malgré leurs efforts et le prix de vente dix fois moins élevé que celui de son coût, à cause de la trop grande originalité du domaine et l'interdiction formelle qu'ils ont reçu de faire paraître une publicité de l'affaire. Peu communicatif, personne ne connaît les raisons motivant toutes ces ventes!
En 1902, il joue une dernière fois de son orgue dans ce lieu fermé depuis quatre ans. Comme autrefois, le château est éclairé la nuit et si rien n'est en ruine, l'abandon des ans a rendu sinistre ce domaine interdit, hanté par le souvenir d'un amour fini trop soudainement. Dans le recueillement nocturne, l'instrument colossal alimenté par la puissance des souffleries et les moteurs crépitants inonde les alentours. Bientôt, comme convenu, il sera démonté par les ouvriers de Mutin, nouveau propriétaire de la firme Cavaillé-Coll. En effet, maître Blaise explique formellement que cet orgue est un handicap pour l'éventuel acheteur du site.
Derniers rêves du baron Supportant mal l'hiver parisien, il apprend en 1904 à maître Blaise qu'il y retourne, expliquant : . Il en profite pour améliorer le confort de cette demeure qu'il est pourtant censé avoir abandonnée.