thumb|upright=1.7|Les trois grands estuaires picards, respectivement de la Canche, Authie et Somme thumb|upright=1.7|Exemple de Poulier (langue sableuse, ici vue du Touquet) sur l'un des estuaires picards, celui de la Canche
Un estuaire picard est un type d'estuaire ayant la forme typiques de ceux de la côte française (Côte d'Opale) présents de la Somme au Cap Gris-Nez et qui fonctionne comme eux en terme hydrosédimentaire. Il s'agit du littoral de la région naturelle du Marquenterre.
Cette configuration et ce fonctionnement résultent de l'action combinée des vents, des marées et des confrontations entre les eaux douces qui arrivent perpendiculairement à la mer et des eaux du « fleuve marin côtier » qui les emportent vers le nord. Les plages et vasières en pentes douces y découvrent d'autant plus à marée basse que le marnage (à cause de la force de Coriolis) y est plus important qu'outre Manche. Il peut atteindre près de 10 m en baie de Somme aux grandes marées, comme dans la baie du Mont Saint-Michel.
Les vasières sont des zones de nourrissage pour les organismes marins à marée haute et pour les oiseaux à marée basse. Les plages dégagées sont des reposoirs appréciés des phoques veau-marins encore nombreux durant la deuxième moitié du (plusieurs centaines d'individus, étudiés par Baillon en 1833) en forte régression dans les 20 ans qui ont suivi (faible population en 1858 et "reliquat de colonie" en 1891 selon Bouvier) puis pourchassés ou matraqués sur les bancs de sable. au point d'avoir disparu des estuaires picards au début du , avant de refonder un début de colonie 1986 (10 individus en 1986) puis de lentement reconstituer une petite population littorale, notamment depuis l'arrêt du pétardage d'armes chimiques dans la baie avec aujourd’hui une centaine d'individus en été dans les années 2000 (dont environ 70 sédentaires)Robert JC & Triplet P (2009) Le phoque veau marin, Phoca vitulina, en baie de Somme. Statut, biologie et avenir ; Mammalia. Volume 48, Issue 1, Pages 73–80, ISSN(Online):1864-1547, , DOI: 10.1515/mamm.1984.48.1.73, //1984 | publié en ligne le 20/10/2009.
En réalité, aucun de ces estuaires ne fonctionne encore réellement comme il le ferait en l'absence de l'homme, tant du point de vue géomorphologique, que du point de vue écologique. Ils conservent néanmoins des caractéristiques propres et originales.
Histoire La position de ces estuaires a considérablement changé durant les trois précédents cycles glaciaires à cause d'un climat relativement instable dans les précédents millions d’années et en particulier pour la période géologiquement récente (Quaternaire) à cause de la baisse du niveau marin durant les glaciations et de la remontée du niveau marin lors des « interglaciaires », mais probablement en raison des émissions de gaz à effet de serre, et du réchauffement induit, c'est une montée de la mer qu'on observe depuis quelques décennies.
Durant l'Anthropocène, l'homme a également modifié le fonctionnement de ces estuaires, pour notamment y permettre la navigation entre fleuves et mer.
Écologie
Ces estuaires sont caractérisés par une haute productivité biologique, mais les macroalgues n'y sont que peu présentes en raison de fonds sableux ou vaseux et d'une turbidité importante. C'est sous forme de biofilms algaux et bactériens (sur les vases exondées à marée basse), et de phytoplancton ainsi que de zooplancton et invertébrés que cette productivité se manifeste. La faune benthique intertidale (vivant entre les limites de la marée haute et de la marée basse) est riche, avec des espèces appartenant par exemple aux familles de Spionidae, Capitellidae considérés comme de bons indicateurs de qualité du milieu (bon état écologique là où elles sont durablement présentes)Simon (S.), Desprez (M.), Dupont (J.P.), Peltier (J.C.) et Dupont (W.), 1981. — Distribution du macrozoobenthos intertidal de la baie de Somme. - C.R. Acad. Sci., Paris, série 3, 292 : 1013-1016..
On y trouvait autrefois une grande abondance de bivalves estuariens tout particulièrement dans la vaste baie de Somme, avec dans les sables vaseux Macoma balthica L., des lavignons comme (Scrobicularia plana ), et dans le sable la Coque (Cerastoderma edule L.), Mye commune (Mya arenaria L. 1758 ). Tous ces coquillages ont régressé dans les années 1983-1984 (DUCROTOY et DESPREZ, 1986), induisant une crise de la pêche à pied, ressource économique importante pour certaines familles et communautésDESCHAMPS (D.), 1986. — Le contexte socio-économique de la crise de la pêche à pied en baie de Somme de 1980 à 1985. — Rapp. IFREMER, Boulogne-sur-Mer, 85 p.Desprez(M.), DuCrotoy (J.P.) et Elkaim (B.), 1985 (1987). — Crise de la production des coques (Cerastoderma edule) en baie de Somme. I. Synthèse des connaissances biologiques. — Reu. Trav. Inst. Pêches marit., 49 (3 et 4) : 215-230 Desprez (M.), DuCrotoy(J.P.), Elkaim (B.), Lafite (R.) et Lemoine (M.), 1987. — Crise de la production de coques (Cerastoderma edule) en baie de Somme : analyse de la reproduction et relations avec l'environnement. — Haliotis. 16 Desprez (M.), DuCrotoy (J.P.) et Lemoine (M.), 1987 . — L'exploitation des ressources naturelles de l'estuaire de la Somme : campagne d'évaluation de septembre 1986 - estimation de l'état du stock de coques, évolution biosédimentaire du milieu depuis juin 1985. - Rapp. IFREMER, Boulogne-sur-Mer, 17 p, qui ne peut être entièrement expliqué par des fluctuations naturellesDesprez (M.), Ducrotoy (J.P.), Sylvand (B.), 1986. — Fluctuations naturelles et évolution artificielle des biocénoses macrozoobenthiques intertidales de trois estuaires des côtes françaises de la Manche. — Hydrobiologia, 142 : 249-270, et étant donc au moins en partie causé par des pollutions chimiques dont par hydrocarbures/HAPMcLusky (D.S.), 1983. — The impact of petrochemical effluent on the fauna of an intertidal estuarine mud-flat. — Est. Coast. Mar Sci., 14 : 489-499.. Dans l'estuaire picard, ces problèmes ont été abordés par Wilson et alWilson (J.G.), DuCrotoy (J.P.), Desprez (M.) et Elkaim (B.), 1987. — Application d'indices de qualité écologique des estuaires en Manche Centrale et Orientale : comparaison de la Seine et de la Somme. — Vie et Milieu, 37 (1) : 1-11. qui ont montré l'existence de teneurs élevées en hydrocarbures, en phosphates et en métaux lourds comme le nickel. Jusqu'à la fin du XXe siècle des munitions chimiques ont été stockées et régulièrement détruites en baie de Somme, des dioxines et PCB y ont ensuite été trouvés... La destruction de munition par pétardage y est interdite depuis 1993 au profit d'un stockage en attente de la mise en route du site de démantèlement spécialisé « SECOIA ». Après cette date, la décision est prise d'arrêter les tirs en baie de Somme, sans que toutefois ne soit trouvée une solution alternative
Les populations de coques (Cerastoderma edule) autrefois présentes en bancs parfois très denses malgré leur exploitation depuis des siècles, ont commencé à nettement régresser au début des années 1980, pour des raisons qui pourraient combiner dérèglement climatique, pollutions, perturbateurs endocriniens, surexploitation, eutrophisation (qui semble augmenter dans les estuaires picards bien que de manière moins manifeste qu'en BretagneDesprez M, Ducrotoy J, Elkaim B (1985). Crise de la production des coques (Cerastoderma edule ) en baie de Somme. 1. Synthese des connaissances biologiques. Revue des Travaux de l'Institut des Pêches Maritimes, 49(3-4), 215-230. Open Access version : ), modification de la sédimentationLAFITE (R.), 1986. — Étude sédimentologique de la baie de Somme. — Rapp. IFREMER, Boulogne-sur-Mer, 137 p. ou compétition avec le ver polychète Pygospio elegansDucrotoy J, Desprez M, Elkaim B (1985). http://archimer.ifremer.fr/doc/00000/1784/ Crise de la production des coques (Cerastoderma edule ) en baie de Somme. 2. Impact de la dynamique biosedimentaire]. Revue des Travaux de l'Institut des Pêches Maritimes, 49(3-4), 231-241. (Archives Ifremer/Open Access) . Macoma balthica est plus résistante à la pollution ou au manque d'oxygèneM. Desprez, J-P. Ducrotoy and B. Sylvand, Fluctuations naturelles et évolution artificielle des biocénoses macrozoobenthiques intertidales de trois estuaires des côtes françaises de la Manche ; Hydrobiologia Volume 142, Number 1, 249-270, DOI: 10.1007/BF00026763 (Archives Ifremer/Open Access). Ces estuaires sont aussi touchés par une pollution chronique (eutrophisation d'origine terrigène, et peut-être liée au panache de la Seine apporté par le fleuve marin côtier; d'autres sources de pollution sont la grenaille de plomb de chasse perdu durant des décennies dans l’environnement, source de saturnisme aviaire, et de risque d'intoxication saturnine chronique ou aiguë pour les consommateurs de certains gibiers.
Il semble que - comme dans tous les estuaires d'Europe de l'Ouest - les émissions de CO2 et de méthane aient pu être sous-estimées, dans le bouchon vaseux notamment, ou à partir des vases. Ce sont deux gaz majeurs en termes d'effet de serre, signe de risque d'anoxie) locale la nuit voire de zone morte. Le courant et l'absence de baies fermées, ainsi que la turbidité de l'eau ne permettent pas l'apparition de marées vertes telles qu'on les observe plus à l'Ouest, par contre des blooms planctoniques sont périodiquement observés dans le fleuve côtier.
Les plus connus et caractéristiques (du point de vue géomorphologique) sont : Somme (estuaire mégatidal ; le plus vaste estuaire sablonneux du nord-ouest de la France après le mont Saint-Michel), Authie, Canche.
Protection, gestion Ces estuaires relèvent de plusieurs SAGES et SDAGE et sont concernés par plusieurs directives et stratégies européennes, parfois récentes. Le conservatoire du littoral a acquis à fin de protection et gestion des terrains de la zone littorale côté terre, mais il n'a pas compétence en mer. Une section de la partie nord de l'estuaire de la Canche est classée en réserve naturelle nationale, dite Réserve naturelle de la Baie de Canche Un parc naturel marin, celui du Parc naturel marin des Trois Estuaires est en préfiguration depuis 2008 pour protéger les estuaires picards et les milieux associés de la Manche-Est (« Estuaire Picard et mer d'Opale ») sur un linéraire (non encore fixé) qui pourrait s'étendre du Tréport à Escalles (près de Calais) et au large jusqu'aux eaux territoriales anglaises au maximum, le périmètre proposé à enquête publique étant une solution moyenne (périmètre moins long et plus étroit).
Ces estuaires et les constructions qui y ont été faites à proximité ; huttes de chasse, digues (dont digues submersibles, la dernière à Saint-Valéry-sur-Somme datant de 1969 (Ducrotoy, 1984)) ou des digues de renclôture (1976 pour la rive nord de l'estuaire de la Somme) ou plus anciennes sur la Canche par exemple)(Ducrotoy, 1984), routes de berges, habitations... sont vulnérables au dérèglement climatique via les modifications de régime de marées, de crues, de vagues et d'hydrodynamisme côtier en général (Un programme PLAGE vise à mieux cerner et gérer le risque d'érosion et régression des plages, 70 % environ des plages étant touchées par ce phénomène dans le Pas-de-Calais.).
Dynamique estuarienne et hydrosédimentaire associée Tous les estuaires picards sont soumis à un dynamisme sédimentaire géohydromorphologique et particulierDobroniak C. ; Anthony E., Dynamique sédimentaire d'un estuaire picard : La Baie d'Authie, ; Revue Larus, 1998, pp. 27-29 [3 page(s); Ed: Observatoire de l'environnement littotal et marin Manche et Sud mer du Nord, Wimereux, FRANCE (1994-1998) , dû au fait que l'eau douce au lieu de se mélanger dans une mer libre est emportée par le fleuve marin côtier, vers le nord (en termes de résultante de courant). Ce fleuve marin est une entité propre au sein de la Manche en tant que mer bordière épi-continentale débouchant via le pas de Calais vers la mer du Nord Ceci se traduit par