Le puits Arthur-de-Buyer (ou puits ) est l'un des principaux puits des houillères de Ronchamp, situé sur le territoire de la commune de Magny-Danigon, dans le département français de la Haute-Saône et la région Bourgogne-Franche-Comté. Ce puits est creusé dès 1894 pour assurer l'avenir de la compagnie minière qui se trouve dans une situation délicate à cette époque. Le projet est mené par Léon Poussigue, directeur des houillères depuis 1891. Il est chargé de diriger des travaux de creusement, de concevoir les bâtiments et d'installer chaque machine. Le siège est baptisé du nom du président Arthur de Buyer, en fonction depuis 1876 et parti à la retraite lors de la mise en activité de la fosse.

Le puits est en activité de 1900 jusqu'au début des années 1950 et connait une rénovation en 1928. Sa profondeur est de , ce qui en fait le puits de mine le plus profond de France au début du , et le premier à y dépasser la profondeur symbolique de . Après que l'on y a exploité la houille pendant près d'un demi-siècle et tenté d'exploiter de l'uranium après la Seconde Guerre mondiale, il fait l'objet de plusieurs tentatives de reconversion, avant de se retrouver en ruine au début du .

Situation avant le fonçage left|thumb|alt=Portrait noir et blanc 3/4 séparé de Arthur de Buyer et Léon Poussigue|Arthur de Buyer (à gauche) et Léon Poussigue (à droite).

Dès le début des années 1890, la situation des Houillères de Ronchamp est délicate. Les trois puits vieillissants : puits Saint-Charles, Saint-Joseph et Notre-Dame, qui sont alors les plus productifs du bassin, arrivent en fin d'exploitation. Le récent puits du Magny est exploité depuis 1878, mais le puits du Chanois, creusé en parallèle, rencontre des difficultés dues à des infiltrations d'eau qui empêchent son creusement, et il n'entre donc en exploitation qu'en 1895. Le vieux puits Sainte-Pauline a, quant à lui, été remblayé en 1884. La compagnie est déçue par les puits et du Tonnet, creusés au cours de la précédente décennie, qui ne permettent pas de bonnes conditions pour l'exploitation du charbon..

Les Houillères de Ronchamp fondent donc de grands espoirs sur leur nouveau puits , qui devrait atteindre plus de de profondeur et exploiter quotidiennes de charbon, pour seconder le puits du Magny et le puits Chanois, les deux derniers puits de la compagnie en activité à la fin du .. Ce pari est le défi de deux hommes : Léon Poussigue, directeur et ingénieur des mines de Ronchamp depuis 1891, et Arthur de Buyer, président-directeur des Houillères et président du conseil des actionnaires. Arthur de Buyer charge Léon Poussigue de créer le premier puits de mine dépassant les de profondeur en France. Léon Poussigue est l'unique concepteur du puits Arthur-de-Buyer. C'est lui qui dessine les bâtiments, dirige les travaux de creusement et décide de l'installation des différentes machines..

Fonçage En 1892 la décision est prise de creuser le puits le plus profond qu'ait connu la petite houillère, dans la forêt domaniale du dominant le village du Magny-Danigon. Le creusement du puits est demandé le . puis autorisé en .. Le fonçage commence en juin 1894. dans la petite clairière récemment défrichée du Bois de la Nanue à au sud-ouest du puits du Magny.. Au bout de de profondeur, le treuil à bras ne suffit plus et il est remplacé par un chevalement en bois de de haut, accompagné d'une machine à vapeur qui remonte des bennes (ces installations sont provisoires)..

Deux puits circulaires maçonnés avec des moellons de pierre pour l'un et de ciment pour l'autre, de quatre mètres de diamètre, sont creusés en parallèle à de distance : le puits A, qui est le puits d'extraction principal et le puits B, qui sert de puits d'aérage et d'extraction en cas de panne du premier. Les ouvriers traversent une zone aquifère en , à de profondeur, ce qui nécessite la pose de cent mètres de cuvelage composés de de fonte mesurant de hauteur. Ils sont boulonnés entre eux et étanchéifiés avec des joints en plomb.. À la base du cuvelage, Un picot est un coin de bois qui sert à serrer la lambourde, dans le picotage d'un puits. de chêne et de tremble sont enfoncés dans la roche. Le cuvelage du puits Arthur est réputé pour être le plus réussi du bassin minier. Le creusement des deux puits est réalisé avec de la dynamite-gomme ; sont nécessaires pour creuser un mètre dans du schiste, mais il en faut parfois lorsque des roches dures sont rencontrées. Pour favoriser l'aérage et l'exhaure des travaux de creusement, des galeries intermédiaires provisoires sont creusées tous les , l'air descend par le puits B avant de passer par des tuyaux métalliques puis de remonter par le puits A..

Le , les ouvriers rencontrent la houille du bassin stéphanien à de profondeur ; un mineur remonte les premiers morceaux. Le , les sont atteints.. Il devient alors le puits le plus profond de France, mais ce n'est pas le plus profond d'Europe car plusieurs puits plus profonds ont déjà été creusés en Belgique à ce moment-là.. Le puits est officiellement baptisé « Arthur de Buyer » le lors du dernier conseil d'administration présidé par Arthur de Buyer.Citation du compte rendu du conseil d'administration : « Le nouveau siège s’appellera siège Arthur-de-Buyer afin de donner à son président un nouveau témoignage de reconnaissance. ». selon la volonté des actionnaires.

thumb|upright=0.8|alt=Plan en coupe d'une descenderie au fond du puits.|Vue en coupe du fond du puits.

+ Différentes couches géologiques successives Profondeur Lithologie De Grès bigarré De Grès fins violacés De Grès vosgiens De Grès rouges De Houiller (schistes, houille et grès) De Tufs-grauwackes

Installations de surface vignette|gauche|alt=Schématisation des installations du puits, des terrils et cités minière.|L’environnement du puits Arthur-de-Buyer en 1949.

Pour remonter le charbon d'une telle profondeur, il faut une machinerie importante. Léon Poussigue opte alors pour une machine d'extraction à vapeur de actionnant deux tambours coniques ( chacun) allant de de diamètre sur lesquels s’enroulent les câbles à une vitesse de . La durée de la descente est de et les tambours pivotent à raison de par minute. La machine à vapeur se compose de quatre pistons, deux du côté tambours fonctionnant en basse pression (diamètre de un mètre) et deux autres fonctionnant en haute pression (diamètre de ). Au niveau des commandes, le machiniste contrôle la position des cages grâce à un indicateur vertical. Il a à sa disposition de nombreuses vannes pour réguler l'admission de vapeur. L'installation dispose également de freins à deux mâchoires en bois pour chaque tambour pouvant être activés par la vapeur grâce à un piston de de diamètre ou par un contrepoids de .. Cette machinerie pèse au total , elle est alors la plus grosse machine d'extraction en France.. Pour supporter ce poids et la puissance de la machine à vapeur, une fondation massive constituée de pierres de taille, de briques et de ciment, épaisse de trois mètres, est construite sur le premier horizon ferme rencontré.

La machine ayant servi au fonçage est réutilisée pour le puits B, les deux bobines sont remplacées par des tambours coniques de de diamètre. Ce puits servant au retour d'air, son bâtiment de recette est étanchéifié (contrairement à celle du puits A) et muni d'un sas d'accès..

De chaque côté de la cheminée de cinquante mètres de hauteur se trouvent deux salles réservées aux chaudières.. L'une contient six générateurs semi-tubulaires de de surface de chauffe, accompagnés de six petits générateurs à bouilleurs de de surface de chauffe. L’autre contient dix unités semi-tubulaires de de surface de chauffe. Des condenseurs de vapeur couplés à un réfrigérant augmentent le rendement. Dans le bâtiment voisin se trouvent toutes les machines nécessaires au fonctionnement des travaux du fond (deux ventilateurs de type Rateau de de diamètre pour l'aérage, deux compresseurs à air pour les marteaux-piqueurs, deux génératrices d'électricité et des pompes d'exhaure).. Les installations comprennent également une lampisterie et une forge sous les bureaux où les mineurs venaient prendre leurs lampes et également déposer leurs outils afin que ceux-ci soient réparés dans la forge avant la prochaine descente ; à proximité se trouvent des salles de test de câbles et de combustibles. Les mineurs disposent d'un grand vestiaire, de douches, d'une salle de premiers secours aux blessés et d'un garage à vélos. Une voie ferrée permet de rejoindre le puits du Magny en passant dans un tunnel. Non loin du puits se trouvent une maison pour le gardien et un dépôt de dynamite.. Un tunnel creusé dans le grès du en 1903 permet de relier, par voie ferrée, le puits Arthur-de-Buyer au puits du Magny. Une source d'eau potable est captée pour remplir les citernes des locomotives et pour alimenter les installations du puits..

Les différentes pièces métalliques constituant les machines sont livrées à la gare de Ronchamp ; afin de les acheminer jusqu'au puits en construction, un convoi exceptionnel est spécialement créé. Il se compose d'un grand chariot équipé de roues en acier de de large tracté par une routière à vapeur de supportant des pièces de , mais comme certains éléments pèsent le double de ce poids, il faut adjoindre quarante-deux bœufs (empruntés aux agriculteurs de la région), groupés en rangs de six.

Les deux puits sont équipés de chevalements métalliques de type avant-carré porteur à quatre jambes de force (caractéristiques des chevalements de type avant-carré porteur).. Celui du puits A mesure de hauteur et les molettes en fonte mesurent chacune de diamètre et leux axe de rotation culmine à .. Les bâtiments sont conçus et dessinés par Léon Poussigue. Ils sont composés de pierres de taille maçonnées et ornées de briques rouges dans les angles et autour des ouvertures, en arc plein-cintre. À l'intérieur, les salles sont peintes et carrelées. Les bâtiments doivent être élégants, sans oublier leur fonction industrielle, ils doivent donc rester fonctionnelsCitation de Léon Poussigue : « Ce que nous avons recherché en somme, ce n'est pas le luxe mais la commodité et la propreté la plus complète. Le fer, la pierre et la brique ont été les seuls matériaux utilisés. »..

Ces installations sont présentées par Léon Poussigue à l'exposition universelle de 1900, lui permettant de décrocher une médaille d'or..

Personnel right|thumb|upright=0.6|alt=Un ingénieur en tenue de mineur et au visage noirci.|Armand Egermann. left|thumb|upright=1.2|alt=Photographie noir et blanc montrant un groupe de mineurs au visage noirci posant devant un bâtiment en brique.|Un groupe de mineurs devant la recette du puits d'extraction vers 1905.

Le personnel du puits est formé de différents corps de métiers. L'essentiel de l’effectif est représenté par les mineurs, dont et manœuvres, à l'abattage, et affectés à la recherche. Les travaux sont surveillés et dirigés par ..

À la surface, le personnel comporte et chauffeurs, employés à des manœuvres diverses et . En 1901, les puits du bassin emploient . Parmi eux se trouvent qui travaillent exclusivement au jour (le fond leur est interdit), la plupart du temps comme lampistes. Des jeunes de travaillent aussi à la mine, mais le fond leur est tout de même interdit.

Le puits doit fonctionner 24h/24h pour répondre aux exigences de la production, deux équipes sont donc mises en place : une équipe de jour qui prend son service entre du matin et une équipe de nuit qui prend la relève entre du soir.