La Ligue des militants athées (L'Union des belligérants athées ; ) ; ou (Société des Sans-Dieu) ou (L'Union des Sans-Dieu), est une organisation antireligieuse formée de travailleurs et citoyens soviétiques durant la période 1925–1947. Elle est plus précisément constituée .
La Ligue est l'aboutissement d'une mouvance antireligieuse qui s'est développée au sein de l'Union soviétique, sous l'influence des politiques culturelles et de l'idéologie du Parti communiste. Au début de l'année 1941, elle revendique environ membres de cent nationalités différentes, ainsi que bureaux dans toute l'URSS.
Guidée par les principes bolcheviques et la propagande antireligieuse du parti communiste, la Ligue combat la religion sous toutes ses formes, et inculque l'idéal de la pensée scientifique parmi les travailleurs. Elle institue le travail individuel (l'envoi de militants athées pour rencontrer et convaincre des croyants), prépare des campagnes de promotion de l'athéisme, et fait publier de la littérature scientifique et des périodiques qui tournent en dérision la religion.
La Ligue a fait fermer la plupart des lieux de culte de l'Union soviétique. Sur ordre de Staline, elle arrête officiellement ses actes de propagande à partir de , à la suite de l'invasion nazie et à la demande des Alliés. Plus aucune activité n'est enregistrée après 1947.
Origines et formation Conflits sur la manière de mener la propagande antireligieuse thumb|right|Publication de Bezbojnik représentant Jésus en vendeur d'alcool de contrebande. Le journal Bezbojnik, fondé en 1922 et édité par Iemelian Iaroslavski, joue un rôle significatif dans la construction de la Ligue des militants athées, car il dispose d'une large audience et d'un réseau de correspondants développé. En , le mensuel Bezbojnik u stanka (Sans-Dieu sur son lieu de travail), destiné aux travailleurs, forme la Société moscovite des Sans-Dieu.
Le groupe de Moscou, groupe athée radical et anarchiste proche du Parti communiste, a tendance à soutenir le côté gauche du débat sur la façon de détruire la religion (c'est-à-dire en faveur d'une attaque de cette dernière sous toutes ses formes plutôt que de faire preuve de modération). En 1924, ce groupe attaque Anatoli Lounatcharski, Iemelian Iaroslavski et Vladimir Bontch-Brouïevitch sur leur volonté de différencier les aspects des religions. Plus particulièrement, le groupe de Moscou accuse Iaroslavski de ne s'attaquer qu'au clergé et non à la religion en général. Iaroslavski proteste : pour lui, si toutes les religions sont les ennemies du socialisme, les méthodes de combat contre les différents cultes doivent varier du fait du grand nombre de citoyens croyants qu'il souhaite « rééduquer » et non pas traiter comme des ennemis.
En , le groupe de Moscou fusionne avec la Société des Amis du Journal Sans-Dieu (associée à Bezbojnik) pour former la Ligue Toute-Unie des Sans-Dieu. Entre 1925 et 1929, une lutte de pouvoir a lieu au sein de cette nouvelle organisation : d'une part Iaroslavski et ses partisans, d'autre part les leaders du groupe de Moscou (Galaktionov, Polidorov, Kostelovskaia, Lunin et d'autres). La conférence de la Ligue Toute-Unie des Sans-Dieu de 1926, portant sur la propagande antireligieuse, voit la victoire des idées de Iaroslavski sans mettre fin au débat. Le groupe de Moscou insiste notamment sur le fait que le combat antireligieux ne devrait être mené que par le Parti et les ouvriers, alors que Iaroslavski souhaite faire participer la nation entière.
Création de la Ligue En 1929, alors que les résolutions pour établir l'athéisme ont été acceptées et que Iaroslavski s'est imposé, quelques critiques émises par les anciens membres du groupe de Moscou subsistent : l'organisation est accusée pêle-mêle de minimiser la thèse des , de disposer de peu de prolétaires et de paysans dans ses rangs, de ne pas vouloir transformer le milieu éducatif en milieu militant antireligieux, et de faire référence à des athées bourgeois occidentaux non marxistes dans ses publications. En réponse, Iaroslavski souligne qu'il milite depuis des années pour une éducation antireligieuse, mais qu'au contraire des « gauchistes » qui veulent simplement attaquer la religion, il travaille au remplacement de la culture populaire religieuse par un matérialisme dialectique, et ajoute que Lénine avait utilisé les travaux des penseurs athées français du lors de sa campagne pour disséminer l'athéisme en URSS. Il admet toutefois que les résultats obtenus sont inférieurs à ceux escomptés, mais attribue cette contre-performance au manque de coopération des acteurs du groupe de Moscou et de certaines branches du Komsomol, à une interdiction de ses activités en Ukraine et à des moyens financiers inadaptés.
Les problèmes soulevés par Iaroslavski sont pris en compte en 1929 lors du second congrès. Le Comité central du parti communiste délègue les pleins pouvoirs à la Ligue Toute-Unie des Sans-Dieu pour lancer une offensive de grande envergure afin d'éradiquer les religions du pays, elle peut désormais mobiliser l'ensemble des organisations publiques. Lors de ce même congrès, le nom de la Ligue est modifiée pour devenir la Ligue des Militants Athées (aussi appelée Union des Belligérants Athées), dont le directeur, nommé par le Comité central, est Iaroslavski.
Les pleins pouvoirs de la Ligue Le congrès de 1929 thumb|Intérieur de la cathédrale Saint-Vladimir de Kiev, qui fut fermée sous l'ère soviétique. Lors du congrès de 1929, la Ligue nouvellement créée admet qu'il y a, en dépit de ses premiers efforts, une certaine croissance de fréquentation des groupes sectaires, mais affirme que ces augmentations sont locales et non nationales. D'autre part, elle avertit que le nombre de militants religieux laïcs a dépassé le million, et que toutes les communautés religieuses, y compris les orthodoxes, avaient commencé à adopter des méthodes modernes pour attirer les jeunes. La Ligue conclut que la lutte contre la religion doit s'accélérer, même si elle doit éviter le piège des attaques antireligieuses systématiques que préconise l'aile gauche du Parti.
Lors de ce congrès est aussi abordée l'absence de politiques d'éducation antireligieuse auprès des soldats. La Ligue, qui a conscience de cette situation depuis plusieurs années, installe des cellules spécifiques au sein de chacune des unités de l'armée rouge à partir de 1927. Ces cellules portent leurs fruits puisqu'en 1925, 60 % des soldats se disent croyants lors du recrutement, alors qu'ils ne sont plus que 28 % à la fin de leur carrière. Plus généralement, le congrès de 1929 demande à toutes les institutions publiques de considérer la propagande antireligieuse comme inhérente à leur travail et de la doter de moyens concrets.
En outre, le congrès décide que les lieux de culte doivent être fermés avec l'accord de la majorité des travailleurs. Cependant, les fidèles de l'édifice menacé de fermeture ne peuvent pas voter. La pratique évolue peu de temps après, et les croyants peuvent participer aux réunions de vote, mais ces derniers risquent leur statut social et se retrouvent souvent en minorité à l'issue du vote. La Ligue des militants athées tire aussi parti des dissensions qui existent entre les différentes églises, afin d'obtenir le soutien de chaque obédience pour voter la fermeture de la structure religieuse adverse. Concernant l'éducation antireligieuse, celle-ci est instituée dès l'école. Deux années plus tard, plusieurs protestations sont émises par le propagandiste antireligieux Amosov, qui souhaite instituer cette éducation pour les enfants dès la crèche.
Globalement, la presse soviétique couvre plus largement le congrès de 1929 que le précédent, éclipsé par le congrès du Parti communiste d'Allemagne qui se déroulait en même temps..
Une Ligue autoritaire thumb|right|La cathédrale de l'Immaculée Conception fut fermée par les autorités soviétiques en 1938. La Ligue, qui occupe un rôle moteur dans le combat antireligieux du parti, ne s'attaque pas uniquement à la religion mais aussi à ce qu'elle considère comme des déviations à la méthode fixée pour cette lutte. Ainsi, les affirmations des premiers marxistes, selon lesquelles la religion allait disparaître avec l'arrivée du tracteur, sont tournées en ridicule par la Ligue.
Dans ce combat contre la religion et les déviances, la Ligue emploie tous les pouvoirs qui lui ont été donnés par le Comité central du parti communiste lors du congrès de 1929 : donner des ordres aux écoles, aux universités, aux forces armées, aux syndicats, au Komsomol, à l'Organisation des pionniers, à la presse, et à d'autres institutions, pour favoriser ses campagnes. La Ligue critique plusieurs institutions, dont le parti communiste, pour ne pas avoir combattu la religion de façon adéquate, et donne des consignes pour être plus efficace. Le Commissariat du Peuple à l'éducation est chahuté et la glavnauka, administration des affaires scientifiques et artistiques, est également la cible de critiques parce qu'elle protège le patrimoine architectural religieux. Un porte-parole de cette dernière défend son bilan devant la Ligue en affirmant que l'administration a réduit le nombre total de bâtiments historiques sous sa protection (des églises et des monastères anciens pour la plupart), leur chiffre passant de à , notamment en les détruisant.
En 1930, le Conseil central de la Ligue des militants athées adopte, lors de sa seconde séance plénière, un plan en cinq ans visant à annihiler la religion en Union soviétique.
Composition Une forte adhésion revendiquée Tous les membres du Komsomol doivent appartenir à la Ligue, et il est demandé à tous les membres du Parti communiste d'en soutenir les travaux. De par ces obligations, la Ligue connait une croissance rapide entre 1929 et 1932. En 1931, elle compte 10 % des élèves de l'Union soviétique parmi ses membres. Le lien entre la Ligue, le Komsomol et la jeunesse est reflété dans le programme du Congrès du Komsomol : Le Komsomol explique patiemment à la jeunesse la nocivité des superstitions et des préjugés religieux, en organisant des cercles de discussions sur le sujet et des conférences sur la propagande antireligieuse.
Plus globalement, la Ligue est passée de membres en 1926 à membres en 1929 et atteint un pic à en 1931 (le nombre retombe à en 1932). On compte encore en 1938, qui connait un regain d'intérêt en 1941 avec de membres. À titre de comparaison, le parti communiste ne comptait à cette époque qu' de membres. La moitié des membres de la Ligue vivaient aux environs de Moscou et de Leningrad, ce qui a poussé ses dirigeants à créer des « cellules » à travers le pays, pour que la propagande puisse toucher les ruraux.
Bien que le nombre de membres affiliés décline à partir de 1931, la Ligue revendique une croissance importante de ses effectifs dans les républiques d'Asie centrale. Les musulmans d'Asie centrale, qui ont l'habitude de voir des missionnaires chrétiens venir pour les convertir, font l'objet d'un traitement spécial par les membres de la Ligue des militants athées, qui déclare par l'intermédiaire de son dirigeant Iemelian Iaroslavski : Une approche inadéquate de la propagande antireligieuse parmi ces gens peut leur rappeler des souvenirs de l'oppression tsariste, et être interprétée par la partie la plus arriérée et la plus fanatique de la population musulmane comme une répétition du passé, quand les missionnaires chrétiens vilipendaient la foi mahométane.
La peur de l'ennemi interne