Louis Le Comte (1655-1728), est un jésuite et mathématicien français envoyé par en mission religieuse et scientifique en Chine, en 1685.

Il publie en 1696 les Nouveaux mémoires sur l'état présent de la Chine. Il y glorifie les Chinois d'avoir connu le vrai Dieu pendant deux mille ans, de lui avoir dédié un temple treize siècles avant la construction du Temple de Salomon, et d'avoir observé les plus purs principes de la morale tandis que le reste de la Terre était dans l'erreur et dans la corruption. Le livre se trouve emporté dans les remous de la querelle des rites chinois, qui oppose à ce moment-là les jésuites aux Missions étrangères. Il est censuré en 1700 par la faculté de théologie de Paris.

Biographie

Daniel Louis Le ComteYves Coirault, dans Saint-Simon, Mémoires, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, Gallimard, 1988, VIII, 1265. — Également orthographié Lecomte, ou le Comte. Pierre-Henri Durand, « Lire ou relire le Père Le Comte », sur persee.fr, Études chinoises, , , printemps 1992, 157, . — On trouve aussi Louis-Daniel Le Comte. naît à Bordeaux le « Le Comte, Louis », sur catalogue.bnf.fr, 12 février 2019 (consulté le 29 décembre 2019)., dans une famille nobleAugustin De Backer, Alois De Backer, Carlos Sommervogel, « Comte, Louis le », dans Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, sur books.google.fr, Liège, De Backer ; Paris, Sommervogel, 1869, I, .. Entré dans la Compagnie de Jésus, il est enseignant et prédicateur, tout en suivant son penchant pour l'étude des mathématiques.

Contexte du voyage en Chine

Au , en Extrême-Orient, la puissance militaire du Portugal décline. Hollandais et Anglais en profitent pour y contester son monopole commercialCatherine Jami, « Pékin au début de la dynastie Qing : capitale des savoirs impériaux et relais de l'Académie royale des sciences de Paris », sur cairn.info, Revue d'histoire moderne et contemporaine, , février 2008, . Mis en ligne le 20 juin 2008 (consulté le 20 décembre 2019).. souhaite développer le commerce français dans ces contrées lointaines, « L'inculturation des Jésuites en Chine. Pascal, Leibniz, Voltaire et la querelle des rites chinois », sur cielam.univ-amu.fr, 21 juin 2016 (consulté le 12 décembre 2019)..

En 1659, le pape Alexandre VII semble favoriser la France au détriment du Portugal en nommant vicaires apostoliques trois Français, trois sociétaires des Missions étrangères. Ils ont autorité, entre autres, sur toutes les missions de Chine« Historique des MEP », sur archive.wikiwix.com, 23 septembre 2018 (consulté le ).Voyages et missions du père Alexandre de Rhodes, sur archive.org, Paris, Julien, Lanier, 1854, 435 et 436 (consulté le ).. C'est un coup porté au Padroado, qui protège le commerce portugais. Les missionnaires de Chine ne dépendent plus du pouvoir temporel, via des évêques nommés par le roi du Portugal. Ils ne font plus allégeance à un roi. Ils doivent prêter serment d'obéissance aux vicaires apostoliques représentant le pape, et à eux seuls, . Tous les missionnaires protestent — notamment les jésuites, jusque-là très liés au roi du Portugal.

Les jésuites sont présents en Chine depuis 1582. Mais ils assistent à la montée en puissance de leurs rivaux des Missions étrangères. Ceux-ci les supplantent au Tonkin, en Cochinchine et au Laos. Au Siam, ils ont le quasi-monopole de l'évangélisation. Et l'un des leurs, le vicaire apostolique du Tonkin, François Pallu, prend pied en Chine en 1684Jacques-Charles de Brisacier, « Révocation de l'approbation donnée en 1687 par M. l'abbé de Brisacier, supérieur du séminaire des Missions étrangères, au livre De la défense des nouveaux chrétiens et des missionnaires de la Chine, par le R.P. Le Tellier, jésuite », sur gallica.bnf.fr, dans Lettre des messieurs des Missions étrangères au pape sur les idolâtries et sur les superstitions chinoises, sans lieu ni date, (consulté le 13 décembre 2019). — Joseph Dehergne, « Jésuites en Chine », sur universalis.fr (consulté le 23 décembre 2019).. Les jésuites se tournent alors vers le roi de France.

est mécontent lui aussi, car il n'a pas autorité sur les missionnaires. Il perd confiance dans les vicaires apostoliques, qui laissent la porte ouverte au commerce des puissances protestantes. En 1685, il se décide à jouer la carte jésuite.

Le projet de mission

L'envoi de missionnaires est strictement réservé au Saint-Siège. Ni ni la Compagnie de Jésus ne peuvent passer outre. agit sans l'accord du pape. Les six jésuites qui vont se rendre en Chine sont donc présentés avant tout comme des scientifiques. Ils dépendront du roi de France sur le plan temporel, et de leur ordre sur le plan spirituel.

Pour se faire accepter des élites chinoises, les jésuites d'autres nationalités ont déjà expérimenté la stratégie des échanges scientifiques : les six jésuites français sont tous mathématiciens. Ce sont Jean de Fontaney, Guy Tachard, Joachim Bouvet, Claude de Visdelou, Louis Le Comte et Jean-François GerbillonCatherine Jami, , . Catherine Pagani, Eastern Magnificence and European Ingenuity: Clocks of Late Imperial China, sur books.google.com, 2001, 182.. « Mathématiciens du roiCatherine Jami, , . », ils constituent le noyau fondateur de la mission jésuite française en Chine, destinée Michel Jacq-Hergoualc'h, « La France et le Siam de 1680 à 1685. Histoire d'un échec », sur persee.fr, Outre-Mers, , 1995, 264 .. Ils sont placés sous l'autorité de l'Académie royale des sciences de ParisLaurent Hennequin, « Les premières observations occidentales par le père Thomas de la société de Jésus au Siam à la fin du », sur persee.fr, Aséanie, , 2004, 63.. Celle-ci les charge en premier lieu d'étudier l'histoire et la chronologie chinoises, et en second lieu de se livrer à des observations astronomiques. Ils doivent aussi décrire les plantes, les animaux, et les principales villes (Pékin, Nankin, Canton).

Séjour au Siam thumb|gauche|Fin avril 1688, à Lopburi, Narai observe une occultation solaire en compagnie de nouveaux jésuites qu'il a fait venir. Le Comte a observé cette éclipse en Chine. Il la décrit dans ses Nouveaux mémoires.

La première partie de leur voyage va les conduire au Siam. Ils accompagnent l'ambassadeur extraordinaire dans ce pays, le chevalier de ChaumontPicot (Pierre-Joseph de Clorivière), « Lecomte (Louis) », dans Biographie universelle ancienne et moderne, sur archive.org, Paris, Michaud, 1819, XXIII, 525.. Ils quittent Brest le Michel Jacq-Hergoualc'h, , 266..

Jean de Fontaney met à profit la traversée pour initier ses compagnons à la pratique de l'observation astronomique. Ils n'ont pas la possibilité d'apprendre le chinois. À défaut, ils étudient le portugais, qui est la langue véhiculaire des échanges maritimes en OrientCatherine Jami, , § 21.. Ils font des observations astronomiques au cap de Bonne-Espérance et à Pondichéry. Ils mouillent à l'embouchure de la Menam Chao Phraya le .

Ils doivent patienter dix mois au Siam, dans l'attente de vents propicesLouis Le Comte, Nouveaux mémoires sur l'état présent de la Chine, sur books.google.fr, Paris, Anisson, 1697, I, 6.. Phra Narai, le roi, est passionné d'astronomieMichel Jacq-Hergoualc'h, , 271.. Les jésuites observent en sa compagnie, le , à Louvo (aujourd'hui Lopburi), une éclipse lunaire. Quelques jours plus tard, l'un des leurs, Guy Tachard, retourne en France avec Chaumont. Narai le charge de lui envoyer douze nouveaux jésuites mathématiciens.

Au mois de juillet 1686, tandis que Le Comte est retenu auprès de Narai, ses quatre compagnons embarquent pour MacaoLouis Le Comte, Nouveaux mémoires, , 1697, I, 6 .. Ce comptoir commercial du sud de la Chine, partiellement géré par les PortugaisIsaïa Iannacconei, « La mission jésuite en Chine : tempêtes, science et politique », sur pourlascience.fr, Pour la science, , 23 octobre 2010 (consulté le 23 décembre 2019)., constitue pour les missionnaires le point d'entrée dans l'empire du Milieu. L'expédition tourne au cauchemar. Ayant souffert dans une tempête, puis en butte aux vents contraires, le navire est incapable de dépasser la pointe du Cambodge. Il doit faire demi-tour, et relâcher à Ko Samet. Une tentative de retour à pied échoueLouis Le Comte, Nouveaux mémoires, , 1697, I, 8-10..

En août, dans la province du Trat, Le Comte peut observer une comèteLouis Le Comte, Nouveaux mémoires, , 1697, II, sur books.google.fr, 388.. Il demande au Grec Constantin Phaulkon, le premier conseiller du roi, de le faire admettre dans une communauté de ceux que les Européens appellent des « talapoins », les religieux bouddhistes. Aucun n'a pu encore être converti. Or, leur conversion est le préalable requis pour évangéliser la population. Le Comte estime qu'en s'habillant à leur manière, en menant leur vie austère, la chose deviendra possible : une expérience similaire a donné des résultats à Madura. Mais Phaulkon ne peut accéder à la demande du missionnaireLouis Le Comte, Nouveaux mémoires, , 1697, I, 10 et 11.. Il est aux prises avec des troubles dus à la conspiration des Makassar, en août et septembre 1686Christian Pelras, « La conspiration des Makassar à Ayuthia en 1686 : ses dessous, son échec, son leader malchancheux. Témoignages européens et asiatiques », sur persee.fr, Archipel, , 1998, 163-198..

Le Comte voit alors revenir les quatre autres missionnaires, dont le voyage a tourné court. Fin février 1687, à Louvo, en compagnie de Narai, les jésuites observent la conjonction de Jupiter et de MarsLouis Le Comte, Nouveaux mémoires, , 1697, II, 390.. Ils apprennent que les Portugais s'opposent au passage des missionnaires de leur enclave de Macao vers la Chine. Ils optent pour une autre routeMadame de Bolly, « Fontaney (Jean de) », dans Louis-Gabriel Michaud (dir.), Biographie universelle (Michaud) ancienne et moderne, Paris, Desplaces, 1853, XIV, 351..

Séjour en Chine vignette|alt=Debout de face, vêtu à la chinoise. Derrière lui, posées sur une table, une lunette d'approche et une sphère armillaire.|droite|redresse=1|Ferdinand Verbiest.

À leur second départ, le , Le Comte est du voyageLouis Le Comte, Nouveaux mémoires, , 1697, I, 11.. Les cinq missionnaires embarquent sur un petit bateau chinois qui se rend à Ningbo, dans la province du ZhejiangCatherine Jami, , § 22.. Après d'un voyage éprouvantLouis Le Comte, Nouveaux mémoires, , 1697, I, ., ils mouillent devant Ningbo le . Ils ont quitté la France depuis plus de deux ans. Mais l'entrée en Chine par Ningbo est illégale, et les Chinois sont très formalistesLouis Le Comte, Nouveaux mémoires, , 1697, I, 22 .. Les missionnaires adressent une lettre au père Ferdinand Verbiest, supérieur de la résidence jésuite de Pékin, mathématicien flamand qui a la faveur de l'empereur Kangxi. Ils l'informent de leur situation désespérée : ils seront expulsés dès que l'empereur aura ratifié l'arrêt du Lipou, le tribunal de Pékin, l'un des grands tribunaux de l'empireLouis Le Comte, Nouveaux mémoires, , 1697, I, .. En attendant la décision de l'empereur, ils se répartissent les taches de leur mission. Le Comte est chargé d'étudier l'histoire des arts libéraux et des arts mécaniquesCatherine Jami, , § 24..

Verbiest intercède auprès de l'empereurLouis Le Comte, Nouveaux mémoires, , 1697, I, 39 .. Kangxi demande aux astronomes de venir le rencontrer, pour qu'il puisse juger de leurs talentsCatherine Jami, , § 22 .. Après y avoir été bloqués quatre mois durant, ils peuvent enfin quitter Ningbo le Louis Le Comte, Nouveaux mémoires, , 1697, I, 55..