Charles Lagrange, né à Paris le et mort à La Haye le , est un homme politique républicain français du .

Biographie Charles Lagrange s'engagea à l'âge de seize ans dans l'artillerie de marine. En 1823, il servit comme canonnier pendant l'expédition d'Espagne. En 1829, il prit congé de l'armée et embrassa différentes professions pour subvenir aux besoins de sa famille : commerçant, chef de bureau aux Ponts-et-Chaussées, commis-voyageur et courtier en vins et eaux-de-vie.

Ardent partisans des idées libérales, il prit part aux combats des Trois Glorieuses en 1830. Comme beaucoup de révolutionnaires, il s'estima trahi par la monarchie de Juillet et devint l'un des nombreux opposants républicains au régime du « juste milieu ». Employé comme contremaître dans une fabrique lyonnaise, il fonda la « société du Progrès », une association d'esprit républicain et ouvriériste, mais dont les mots d'ordre étaient plutôt réformistes.

Tout d'abord réticent à l'idée d'engager une épreuve de force contre les autorités, Lagrange prit le commandement de l'insurrection lyonnaise d'avril 1834. Combattant avec témérité sur les barricades dont il avait organisé la construction, il s'illustra par son humanité envers ses adversaires en s'opposant notamment à la mise à mort d'un agent de police capturé par les insurgés. En fuite après la répression de la révolte, il fut arrêté en juillet à Saint-André (Loire). Jugé par la Cour des pairs, il se fit remarquer par sa défense très offensive (1835). Condamné à perpétuité et emprisonné à Sainte-Pélagie, il bénéficia d'une amnistie générale en 1839.

Lors de la révolution de février 1848, Lagrange apparut à nouveau parmi les chefs du soulèvement. Toutefois, répondant à une rumeur malveillante qui le poursuivit pendant de nombreuses années, il nia avoir tiré le coup de pistolet qui avait entraîné la fusillade décisive du boulevard des Capucines du . La rumeur avait été fondée sur le témoignage du secrétaire d'Odilon Barrot, M. Chambaron, qui avait crû reconnaître Lagrange à la tête du groupe d'émeutiers impliqué dans l'incidentMaxime Du Camp, Souvenirs de l'année 1848, Paris, Hachette, 1876, p. 58-59.. Le préfet de police Pietri, qui était au moment des faits un agitateur républicain ainsi que l'agent de Jérôme Bonaparte, a affirmé à la fille de ce dernier qu'il était le véritable auteur du coup de feuHorace de Viel-Castel, Mémoires sur le règne de Napoléon III 1851-1864, Paris, Robert Laffont, 2005, p. 858 (vendredi 16 décembre 1859).. Le , Lagrange s'empara avec Marchais de l'hôtel de ville, dont il devint pour quelques jours le gouverneur. Il fut également élu colonel de la de la garde nationale. Acclamé par la foule des insurgés, il se saisit aux Tuileries de l'acte d'abdication de Louis-Philippe et repoussa avec dédain le projet d'une régence de la duchesse d'Orléans, favorisant ainsi la naissance de la Deuxième République.

thumb|Caricature de Lagrange par Cham. Élu représentant du peuple par les électeurs de la Seine lors des élections partielles de , il siégea à l'extrême gauche de l'Assemblée nationale constituante, dans la Montagne. Prenant la défense des victimes de la répression des insurgés de juin, il demanda en vain leur amnistie. Affecté psychologiquement par la succession effrénée et la violence des événements de février, Lagrange se montra moins brillant à la tribune de l'Assemblée qu'il ne l'avait été sur le banc des accusés de la révolte lyonnaise. Ses obsessions donquichottesques, ses outrances oratoires et ses disputes avec ses interrupteurs firent de lui l'une des cibles des railleries et des attaques de la Droite.

Réélu en 1849 à la Législative, Charles Lagrange continua à siéger parmi les députés de la Montagne.

Arrêté lors du Coup d'État du 2 décembre 1851, emprisonné quelques jours à Mazas, il fut forcé de s'exiler en Belgique, où il fut interné à Bruges par le gouvernement belge, qui l'expulsa de son territoire quelques mois plus tard pour faits de propagande républicaine. Réfugié en Angleterre puis aux Pays-Bas, Lagrange mourut en exil à La Haye en 1857.

Références

Bibliographie Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains, Paris, Hachette, 1858, p. 1011. Trimalcion, Assemblée nationale législative - Les tribuns, études parlementaires, morales et pittoresques, Paris, Giraud, 1850, p. 49-64. Procès des accusés d'avril devant la Cour des Pairs, t. III, Paris, Pagnerre, 1835, p. 294-296. Amédée Girod de l'Ain (dir.), Affaire du mois d'avril 1834, t. II, Paris, 1834, p. 90-96.

Liens externes

Caricature de Lagrange par Honoré Daumier (1849) dans la base de données Daumier Register. Légende : « Lagrange. Républicain de l'avant-veille. - La calomnie la plus effrénée n'osera jamais l'accuser de s'être engraissé des sueurs du peuple. Vous trouverez sans doute la chevelure de Lagrange quelque peu en désordre, mais c'est l'effet du vent de la montagne ! »

Catégorie:Naissance en février 1804 Catégorie:Naissance dans l'ancien 5e arrondissement de Paris Catégorie:Député de la Seine Catégorie:Membre de l'Assemblée constituante de 1848 Catégorie:Député de la Deuxième République française Catégorie:Opposant à la monarchie de Juillet Catégorie:Opposant au Second Empire Catégorie:Républicain français du XIXe siècle Catégorie:Décès en décembre 1857 Catégorie:Décès à La Haye Catégorie:Décès à 53 ans