Les arènes de Senlis, édifiées au ap. J.-C., sont un petit édifice de spectacle gallo-romain de forme ellipsoïdale et de type semi-creusé. Elles sont situées à Senlis et ont été redécouvertes en 1865. Acquises et déblayées par la Société d'histoire et d'archéologie de Senlis, elles appartiennent toujours à cette association et peuvent se visiter sous certaines conditions.
Localisation Les arènes de Senlis sont situées en dehors du centre-ville ancien, à l'ouest, dans le secteur délimité par la RD 924 au nord, l'allée des Arènes à l'ouest, la rue de la Fontaine des Arènes au sud et la place des Arènes à l'est. Cette place engazonnée présente la statue d'Anne de Kiev, et à sa limite nord se situe un rond-point avec l'obélisque commémoratif du millénaire de l'élection de Hugues Capet, en 1987. L'entrée des arènes s'effectue par la place des Arènes, et plus précisément par un portail grillagé au sud-ouest. Un panneau indique la présence des arènes. Habituellement fermé à clé, le portail contrôle l'accès à une allée d'ifs bordée par des potagers et des bases de colonnes antiques. Les arènes ne sont pas visibles depuis le domaine public, entièrement entourées de propriétés privées et relativement éloignées des rues les plus proches.
Historique thumb|upright|left|Allée d'accès aux arènes depuis la place des Arènes.
Les arènes d'Augustomagus dans l'antiquité Senlis est une fondation purement romaine, datant probablement du , connue comme Augustomagus (le marché d'Auguste) et peuplée pour l'essentiel de gaulois du peuple des Silvanectes. Les arènes remontent aux origines de cette ville, donc au également, d'après les études stylistiques de Jean-Pierre Adam en 1973 (voir la bibliographie). L'histoire d'Augustomagus reste peu connueCf. .. Étant donné que la ville médiévale avec ses caves et carrières souterraines s'est établie à l'emplacement de la cité romaine, dont elle a effacé la majeure partie des vestiges archéologiques, les possibilités d'exploration archéologiques sont restreintes. Quant à l'enceinte gallo-romaine toujours bien conservée, elle n'a été édifiée qu'au Bas-Empire, et est donc largement postérieure aux arènes.
Le contexte de la construction des arènes est impossible à reconstruire, tant sur le plan urbanistique que sur le plan socio-culturel. L'on peut seulement établir des analogies avec d'autres arènes. Celles de Senlis sont relativement petites, avec et pour les axes de l'arène proprement dite, comparées à et pour Pompéi ou et pour le Colisée de Rome. La capacité en places assises avoisinait les dix mille, sans qu'il soit possible de calculer un chiffre exact. Les spectacles donnés furent le plus souvent des combats d'animaux cruels et sanglants. Il n'y a pas de preuves de combats de gladiateurs comme à Reims, bien que ce soit assez probable. Par contre, une petite scène sur la chapelle nord indique qu'il y avait aussi des spectacles d'un autre type : danses, chant, pièces de théâtre. Les deux chapelles au nord et au sud servaient comme lieux de culte aux divinités : les sept dieux majeurs de Rome furent honorés dans la chapelle méridionale, et des divinités locales dans la chapelle septentrionale.
Les arènes de Senlis ont été abandonnées vers le .., bien après la christianisation d'Augustomagus attribuée à son premier évêque, Rieul de Senlis, mort en 260.
La redécouverte des arènes en 1865
Pendant plusieurs siècles, depuis au moins le Moyen Âge central, les arènes de Senlis avaient disparu de la conscience collective. En même temps, les historiens n'ont jamais oublié leur existence, étant donné que plusieurs chartes très anciennes en font mention. Vers le milieu du , le dernier auteur à en avoir parlé était Pierre Nicolas GrenierCf. ., qui n'avait vraisemblablement jamais visité les lieux étant donné les erreurs dans la localisation qu'il commet. Utilisées comme carrière de pierres puis de dépotoir, les arènes s'étaient à peu près effacées du paysage. En 1589, pendant la guerre de la Ligue, l'emplacement servait de plate-forme de tir aux Ligueurs assiégeant la ville. Les arènes se situent à peu près à la même cote que le point le plus élevé du centre-ville, ce qui peut expliquer ce choix.
Restait un toponyme pour un lieu-dit très proche, la fontaine des Raines, compris généralement par les contemporains dans le sens de rainettes. En 1725, ce nom a été orthographié d'Areine dans un document, mais à titre plutôt exceptionnel. Au XIV et , l'on écrivait généralement d'Araines, ce qui évoque autant le sable que les arènes dans l'acception actuelle du terme, mais il n'y a guère de sable à cet endroit.
Quelques décennies avant 1865, des limites circulaires (ou plutôt elliptiques) étaient encore visibles et matérialisées partiellement par un mur (en fait, la couronne des arènes). Mais gênant la culture, les vestiges du mur ont été rasés et les limites du champ rectifiées. Une dépression très remarquable était la seule particularité que présentait encore ce terrain.
En 1865, derrière les murs des jardins et non loin de la route de Chantilly, se trouvait un champ assez profondément encavé, au lieu-dit la Fosse ou la Trappe, et ceci sur une éminence dont il était évident que l'origine ne pouvait être naturelle. thumb|État du déblaiement des arènes au 31 décembre 1865.
Restait à faire l'association entre la particularité topographique et le toponyme, ce que fit Félix Vernois, membre du Comité archéologique de Senlis fondé en 1862, en l'hiver 1864/65. Le , il voulut en avoir le cœur net, et dès les premiers coups de pioche, tomba sur un grand nombre de tuiles romaines, poteries anciennes, débris de construction, fibules, etc. Dans sa réunion du lendemain, le Comité décida d'entreprendre des recherches. Faute d'indices solides, elles ne pouvaient être que des tâtonnements, mais l'attention des membres se portait sur le bon endroit, et deux murets parallèles à la limite du champ furent ainsi interprétés comme les traces d'un vomitoire. Par sa générosité, Henri Corbin, conseiller général, ancien préfet de l'Aisne et châtelain de Mortefontaine, permit de commencer le déblaiement. Du point de vue actuel, le terme de fouilles archéologiques n'est pas adapté aux méthodes pratiquées à l'époque. L'on ne fit notamment aucune analyse stratigraphique, de sorte que la datation exacte de l'abandon des arènes demeure impossible aujourd'hui. Mais les premières trouvailles poussèrent les archéologues amateurs senlisiens à ouvrir une souscription en vue de l'acquisition du terrain, et le Conseil général versa une subvention de six cents francs.
Les travaux reprirent après la réunion du , pendant laquelle l'achat du terrain pour un prix de fut annoncé, payables au . Les moyens financiers ne permirent pas un déblaiement complet, et l'on décida de creuser une galerie souterraine pour rencontrer au plus tôt les parties les plus intéressantes de l'édifice de spectacle. En effet, afin d'entretenir la curiosité du public averti et de récolter de nouveaux dons, il fallait régulièrement pouvoir présenter de nouvelles découvertes. La méthode d'exploration retenue avait déjà été employée avec succès à Herculanum. Ainsi, le sacellum (chapelle) sud fut rapidement découvert. De par les monnaies anciennes identifiées, on a conclu à une construction des arènes à la fin du au plus tôt, estimation révisée depuis, et à un abandon avant le , ce qui correspond à l'opinion actuelle. Les travaux furent dirigés par l'entrepreneur en travaux publics Jules Puissant, ingénieur civil et membre du Comité. Le bénévolat n'avait pas encore cours ; il fallut engager des ouvriers, auxquels on promit des gratifications pour les objets découverts ainsi que les comptes-rendus...
L'histoire des arènes depuis 1866 thumb|État du déblaiement des arènes vers 1870/72. thumb|Les arènes de Senlis en 1878.
En achetant rapidement le terrain sur lequel sont situées les arènes, le Comité archéologique affirmait sa crédibilité, dont il avait eu du mal à convaincre les autorités à l'été 1865, étant donné sa fondation récente. Devant les intéressants résultats obtenus régulièrement, la municipalité de Senlis et le Conseil général soutinrent l'entreprise avec des subventions considérables, sans pour autant atteindre le montant des dons octroyés par des particuliers. Bien entendu, ce furent les membres du Comité qui firent les plus grands sacrifices. En 1889, le déblaiement des arènes prit fin.
Après la fin du , l'intérêt allait en diminuant, et les aides publiques devenaient plus modestes. Avec l'ouverture du nouveau musée dans l'hôtel du Haubergier en 1927, l’énergie de l'association devenue la Société d'histoire et d'archéologie de Senlis pour souligner la diversité de ses domaines d'intervention, fut de plus en plus absorbée par ce musée. Son financement posa continuellement problème. L'histoire et l'archéologie ne figuraient plus parmi les loisirs favoris de la bonne société. Bien que le nombre des membres de la Société baissa à peine, la couche aisée de la population y était maintenant moins bien représentée, d'autant plus que la Première Guerre mondiale et la Grande Dépression avaient fait fondre plus d'une fortune.
Entre 1937 et 1939, le jeune archéologue senlisien Georges Matherat reprit le déblaiement et procéda à des fouilles et sondages sommaires, repris entre 1943 et 1945. Les méthodes n'avaient malheureusement guère avancé depuis les années 1860. Après la Seconde Guerre mondiale, la Société d'histoire et d'archéologie de Senlis est en déclin. Elle se voit contrainte de céder l'ensemble de ses collections à la ville de Senlis pour éviter la fermeture du musée, dont depuis le début de l'occupation, elle n'arrive plus à assurer le fonctionnement. Le bulletin annuel se réduit comme peau de chagrin et ne contient plus que de brefs résumés des mémoires, imprimé en caractères minuscules sur du mauvais papier de petit format. Les arènes ne sont plus correctement entretenues. En même temps, la Société les loue pour des spectacles divers, concours d'archerie, concerts etc., ce qui entraîne des dégradations. Vers le milieu des années 1960, le sacellum sud, où avait été découvert le torse d'une statue d'Hercule, s'effondre partiellement. Depuis cet incident, les arènes ne sont plus louées, et une campagne pour réunir les fonds nécessaires à une restauration est lancée vers 1967.
En 1973, l'architecte du CNRS Jean-Pierre Adam réalise une étude du bâtiment, qui selon l'archéologue municipal, Marc Durand, est exhaustive, contrairement à ce que son titre suggère. Cette étude, publiée par la Société d'Histoire et d'Archéologie, contient deux plans et fait toujours autorité. Seuls certains détails, comme le nombre de places de spectateurs, ont été remis en question. En septembre 1977, à l'occasion de travaux de drainage dans la partie nord des arènes, deux sondages sont effectués sous la direction de Marc Durand. La partie nord a été très restaurée sous la Troisième République, mais ces travaux avaient mal été documentés : ainsi, la troisième assise en petit appareil qui court sur la corniche du podium (le mur entourant la scène) a longtemps été prise pour un remaniement de l'Antiquité tardive. Ce ne fut qu'assez récemment que l'on a découvert qu'il ne s'agit que du produit de cette restauration. Dernièrement, les quatre carceres, au nord et au sud des vomitoires est et ouest, ont été restaurés, entre 1978 et 2002. ; ainsi que les comptes-rendus des réunions mensuelles de la Société d'histoire et d'archéologie Senlis, publiés dans le bulletin Comptes-rendus et mémoires..
Description
Le terme arènes ne renvoie, strictement parlant, qu'à l'étendue de sable au centre, où se déroulaient les spectacles. Depuis leur découverte, ce terme du langage usuel a toujours prévalu à Senlis.