Émile Zola est un écrivain et journaliste français né le à Paris et mort le dans la même ville. Considéré comme le chef de file du naturalisme, c'est l'un des romanciers français les plus populairesC. Becker et al., Dictionnaire d'Émile Zola, avant-propos. et l'un des plus publiés, traduits et commentés dans le monde entier. Il a durablement marqué de son empreinte le monde littéraire français. Ses romans ont connu de très nombreuses adaptations au cinéma et à la télévisionPlus de cent cinquante films et téléfilms sont répertoriés..

Sa vie et son œuvre ont fait l'objet de nombreuses études historiques. Sur le plan littéraire, il est principalement connu pour Les Rougon-Macquart, une fresque romanesque en vingt volumes dépeignant la société française sous le Second Empire qui met en scène la trajectoire de la famille des Rougon-Macquart, à travers ses différentes générations et dont chacun des représentants, d'une époque et d'une génération particulière fait l'objet d'un roman.

Zola peint la société du Second Empire dans sa diversité, mettant en évidence sa dureté envers les ouvriers (Germinal, 1885), ses turpitudes (Nana, 1880), mais aussi ses succès (l’avènement des grands magasins dans Au Bonheur des Dames, 1883). Dans une recherche de la vérité qui prend pour modèle les méthodes scientifiques, Émile Zola accumule sur chaque sujet observations directes et documentation. Par son sens aigu du détail « qui sonne juste » et de la métaphore efficace, par le rythme de ses phrases et de ses constructions narratives, il crée un monde fictif puissant, habité par des interrogations angoissées sur le corps humain et le corps social.

Les dernières années de sa vie sont marquées par son engagement dans l'affaire Dreyfus avec la publication en , dans le quotidien L'Aurore, de l'article intitulé « J'accuse…! » qui lui a valu un procès pour diffamation et un exil à Londres la même année.

Biographie Enfance et adolescence provençale (1840-1858)

vignette|redresse|Émile Zola enfant avec ses parents, vers 1845.|gauche Émile Édouard Charles Antoine Zola naît 10, rue Saint-Joseph à Paris, le Archives de Paris, état civil reconstitué - V3E N 2259 - 1840 - arrondissement (ancien) - vue 4/51., de François ZolaH. Mitterand, Biographie d'Émile Zola, vol.1 : Sous le regard d'Olympia, ., natif de Venise, et d'Émilie Aubert, native de Dourdan. Son père, ingénieur de travaux publics, ancien officier subalterne italien, soumissionne la construction d'un système d'amenée d'eau potable à Aix-en-Provence depuis la montagne Sainte-Victoire. Il obtient le contrat le et s'installe alors avec sa famille à Aix-en-Provence. La concession est signée en 1844, il crée avec des partenaires financiers la Société du canal Zola. Les travaux commencent en 1847. Il meurt de pneumonie le après avoir dirigé la construction du barrage Zola à Aix-en-Provence..

Les créanciers poursuivent alors la société du canal. En 1851, Émilie Aubert se rend à Paris avec son fils pour suivre les actions en justice contre Jules Migeon et les créanciers qui se disputent l'entreprise. L'année suivante, en 1852, le tribunal de commerce d'Aix-en-Provence déclare la société en banqueroute. Le , elle est vendue aux enchères, rachetée par ses créanciers et renommée Migeon et Compagnie..

Privée de ressources, Zola se retrouve en grande difficulté financière. Sa mère, Henriette, l'aide alors à élever le jeune Émile. Restée proche de son fils jusqu'à sa mort en 1880, Émilie Aubert a fortement influencé la vie quotidienne et l'œuvre de l'écrivain..

Au collège à Aix-en-Provence, il se lie d'amitié avec Jean-Baptistin BailleJean-Baptistin Baille est reçu à Polytechnique en 1861. Il devient astronome adjoint à l'Observatoire de Paris, puis responsable des ateliers d'optique de son beau-père.C. Becker et al., Dictionnaire d'Émile Zola, . et surtout Paul Cézanne qui reste son ami proche jusqu'en 1886. Ce dernier l'initie aux arts graphiques, et plus particulièrement à la peinture.

Dès sa prime jeunesse, Émile Zola est passionné par la littérature. Il accumule les lectures et envisage très tôt le projet d'écrire à titre professionnel. Il considère dès son plus jeune âge l'écriture comme sa véritable vocation. En sixième, il rédige déjà un roman sur les croisades. Ses amis d'enfance Paul Cézanne et Jean Baptistin Baille sont ses premiers lecteurs. Il leur affirme plusieurs fois, dans ses échanges épistolaires, qu'il sera un jour un écrivain reconnu.

Vie de bohème (1858-1862) Émile Zola quitte Aix-en-Provence en 1858 et rejoint sa mère à Paris, pour y vivre dans de modestes conditions, espérant trouver le succès. Petit à petit, il se constitue un petit cercle d'amis, majoritairement aixois d'origineComme Georges Bernard, George Pajot, Joseph Villevielle, Albert Coupin (cousin de Cézanne).. Il complète sa culture humaniste en lisant Molière, Montaigne et Shakespeare, mais pas encore Balzac qui ne l'inspirera que plus tardivement. Il est aussi influencé par des auteurs contemporains, comme Jules Michelet, source de ses inspirations scientifiques et médicalesC'est en lisant L'Amour et La Femme de Michelet que Zola découvre les théories du docteur Lucas..

Zola est recalé par deux fois au baccalauréat ès sciences en 1859 après avoir été scolarisé au lycée Saint-Louis. La première année, il avait manqué deux mois de cours après le décès de son père ; il réussit les épreuves écrites, mais échoue aux oraux. L'année suivante, il rate les écritsWally Bordas, « Ces écrivains célèbres qui n’ont jamais eu leur bac », lefigaro.fr, 20 juillet 2018.. Ces échecs marquent profondément le jeune homme qui se désespère d'avoir déçu sa mère. Il est aussi conscient que, sans diplôme, il va au-devant de graves difficultés matérielles.

Le premier amour de Zola, dont il s'est entiché pendant l'hiver 1860-1861, s'appelle BertheH. Mitterand, Biographie d'Émile Zola, vol. 1 : Sous le regard d'Olympia, et s.. Le jeune homme la surnomme lui-même « une fille à parties », c'est-à-dire une prostituée. Il conçoit le projet de « la sortir du ruisseau », en essayant de lui redonner goût au travail, mais cet idéalisme se heurte aux dures réalités de la vie des bas quartiers parisiens. Il tire toutefois de cet échec la substance de son premier roman, La Confession de Claude.

D'autres passions s'expriment à ce moment de sa vie. En effet, le monde de la peinture fascine Zola, très proche du mouvement impressionniste, avec des peintres qu'il a sans cesse défendus dans ses chroniques. Il gagne l'amitié d'Édouard Manet, qui le représente plusieurs fois dans ses œuvres ; grâce à lui, Zola fait la connaissance de Stéphane Mallarmé. En 1863, avec Cézanne son ami d'enfance, ils rendent visite à Camille Pissarro dans son atelier de La Varenne. Il est également proche d'Auguste Renoir, d'Alfred Sisley et de Johan Barthold Jongkind.

Pendant des dizaines d'années, Cézanne aura une place à part. Le peintre et l'écrivain se côtoient, échangent une correspondance riche et s'entraident même financièrement. Mais avec le temps, et surtout la publication de L'Œuvre, roman dans lequel l'artiste croit se reconnaître dans le personnage du peintre raté Claude Lantier, leur amitié s'éteint. Cézanne adresse sa dernière lettre à l'écrivain en 1886, et ils ne se reverront jamais plus.

À la découverte de l'édition (1862-1865) vignette|gauche|redresse|Le service des expéditions de la librairie Hachette. Ayant échoué au baccalauréat, Émile Zola affronte sans qualification le marché du travail et entre comme employé aux écritures aux docks de la douane en . Insatisfait, il démissionne au bout de deux mois et connaît une longue période sans emploi, difficile moralement et financièrement, jusqu'au moment où il parvient à entrer en contact avec Louis Hachette, qui l'embauche comme commis dans sa librairie le . Il est naturalisé français le . Apprécié et multipliant les contacts avec le monde littéraire, il reste quatre ans au service de publicité chez Hachette, où il occupe finalement un emploi équivalent à celui des attachés de presse modernes, ..

À la librairie Hachette, l'idéologie positiviste et anticléricale le marque profondément. Il y apprend de plus toutes les techniques du livre et de sa commercialisation. Travaillant avec acharnement pendant ses loisirs, il parvient à faire publier ses premiers articles et son premier livre, édité par Hetzel : Les Contes à Ninon (en 1864).

vignette|redresse|Alexandrine Zola, femme d'Émile Zola vers 1900.

À la fin de 1864, Zola fait la connaissance d'Éléonore Alexandrine Meley, qui se fait appeler Gabrielle. Ce prénom aurait été celui de sa fille naturelle qu'à dix-sept ans elle a été forcée d'abandonner à l'Assistance publique, lourd secret qu'elle révéla certainement à Zola après leur mariageElle abandonne ce prénom vers 1877, époque où, l'aisance venue, elle réalise une enquête qui lui apprend que son bébé est décédé quelques semaines après l'abandon. Le secret espoir de retrouver cet enfant abandonné s'évapora.H. Mitterand, Biographie d'Émile Zola, vol. 1 : Sous le regard d'Olympia, et s.. Née le à Paris, Alexandrine est la fille d'une petite marchande de dix-sept ans et d'un ouvrier typographe, né à Rouen. L'écrivain consacre un portrait à sa nouvelle conquête, « L'amour sous les toits », dans Le Petit JournalLe 13 mars 1865 ; réédité dans Esquisses parisiennes..Becker et al., Dictionnaire d'Émile Zola, ..

On ne connaît pas l'origine de cette liaison. Peut-être est-ce le fait du hasard, puisque Émile et Alexandrine habitaient tous deux les hauts de la montagne Sainte-GenevièveLui rue Saint-Jacques et elle rue Monsieur-le-Prince.. Des rumeurs font état d'une liaison préalable d'Alexandrine avec Paul Cézanne et du fait qu'elle ait pu être modèle pour le groupe de peintres que Zola fréquente, ou encore d'une relation avec un étudiant en médecineH. Mitterand, Biographie d'Émile Zola, vol. 1 : Sous le regard d'Olympia, .. Mais aucune preuve n'étaie ces affirmations.

Journaliste littéraire (1866-1868) vignette|gauche|redresse|Zola au Figaro, caricature de Hix, dans Le Grelot du . Dès 1863, Zola collabore épisodiquement, puis régulièrement à partir de 1866, aux rubriques de critique littéraire et artistique de différents journaux. Les quotidiens permettent au jeune homme de publier rapidement ses textes et ainsi de démontrer ses qualités d'écrivain à un large public. C'est pour lui .

Il bénéficie de l'essor formidable de la presse au cours de la seconde moitié du , qui permet l'émergence immédiate de nouvelles plumesHistoire de la presse en France, PUF, et s.. À tous les apprentis romanciers lui demandant conseil, et jusqu'aux derniers jours de sa vie, l'écrivain recommande de marcher sur ses pas, en écrivant d'abord dans les journaux.

Il fait ses débuts véritables dans des journaux du nord de la FranceLe Journal populaire de Lille, L'Écho du Nord.., opposants au Second Empire. Zola met à profit sa connaissance des mondes littéraire et artistique pour rédiger des articles de critique, ce qui lui réussit. Dès 1866, à , il tient deux chroniques dans le journal L'Événement. À L'Illustration, il donne deux contes qui rencontrent un certain succès. Dès lors, ses contributions sont de plus en plus nombreuses : plusieurs centaines d'articles dans des revues et journaux très variés. On peut citer les principaux : L'Événement et L'Événement illustré, La Cloche, Le Figaro, Le Voltaire, Le Sémaphore de Marseille et Le Bien public à DijonBecker et al., Dictionnaire d'Émile Zola, ..