La chasse au bison (en ), a été une activité fondamentale pour les tribus des Indiens des Plaines et pour les Métis, en Amérique du Nord, adoptée plus tard par des chasseurs professionnels américains, conduisant l'espèce au bord de l'extinction.

La chasse par les peuples autochtones

Le bison d'Amérique du Nord, originaire d'Eurasie, a migré par le détroit de Béring (comme les humains), et a remplacé, il y a , le bison des steppes, une espèce plus grande à longues cornes, aujourd'hui disparue. On pense que cette espèce de bison s'est éteinte en raison d'un changement de l'écosystème et de la pression de la chasse à l'époque préhistorique, correspondant à l'amélioration des techniques à l'époque du site Clovis. Durant cette même période, la mégafaune américaine a disparu, et de nombreux animaux ont été remplacés dans une certaine mesure par d'autres, originaires d'Eurasie et mieux adaptés aux hommes prédateurs. Le bison d'Amérique était un de ces animaux.

Le bison était ce que l'on appelle une espèce clé de voûte, c'est-à-dire dont l'empreinte sur l'environnement est disproportionnée. Le pâturage des bisons a façonné l'écologie des Grandes Plaines aussi fortement que les feux de prairie périodiques. Il est largement admis que les bisons étaient au centre du mode de vie des Indiens des Plaines et des Métis. Cependant, il y a aujourd'hui une certaine controverse scientifique sur cette interaction ou symbiose.

Le journaliste scientifique américain Charles C. Mann a écrit, dans 1491 : Nouvelles Révélations sur les Amériques avant Christophe Colomb (2005) :

Mann remet en cause l'idée que les Amérindiens ont non seulement créé, par l'usage sélectif du feu, de larges espace de prairies qui ont procuré aux bisons un habitat idéal, mais ont aussi précautionneusement régulé la population de bisons. Selon sa théorie, ce n'est que lorsque la population amérindienne a été dévastée par des vagues successives d'épidémies provoquées par les Européens à partir du , que les troupeaux de bisons ont prospéré démesurément. En suivant ce point de vue, les « mers » de bisons, décrites par des voyageurs européens, qui s'étendaient jusqu'à l'horizon, seraient le symptôme d'une écologie déséquilibrée, rendue possible seulement par des précipitations bien plus denses que la moyenne.

Ce qui n'est pas contesté, en revanche, c'est que, avant l'introduction des chevaux par les Européens, des groupes de chasseurs amérindiens parvenaient à diriger des troupeaux de bisons dans des goulets d'étranglement fabriqués avec des roches et des branches, débouchant sur des falaises, d'où les bisons en pleine course se tuaient en sautant. Plusieurs lieux de ce type, appelés buffalo jumps (« sauts de bison ») se trouvent aux États-Unis et au Canada, tel le précipice à bisons de Head Smashed-In dans l'Alberta. Les grandes quantités de viande ainsi obtenues permettaient aux chasseurs de disposer d'excédents, dont ils se servaient dans des échanges commerciaux. Une méthode de chasse similaire aboutissait à conduire des troupeaux dans des enclos naturels.

Pour optimiser la ressource qu'était le bison, les Amérindiens pratiquaient une méthode spécifique de dépeçage, identifiée sur le site archéologique d'(en) Olsen-Chubbuck dans le Colorado. Cette méthode consiste à écorcher le dos afin d'obtenir la viande tendre juste sous la surface. Ensuite, les pattes avant sont coupées ainsi que les omoplates. Cela expose la viande située dans la bosse du bison, la viande des côtes et les organes internes. Après que tout a été exposé, la colonne vertébrale est alors coupée, et les jambes postérieures et le bassin enlevés. Enfin, le cou et la tête sont séparés du corps en un seul morceau. Cette méthode permettait de sécher la viande dure pour en faire du pemmican.

Plus tard, lorsque les Indiens des Plaines ont obtenu des chevaux, il s'est avéré qu'un bon cavalier pouvait abattre facilement suffisamment de bisons pour nourrir sa famille et sa tribu, aussi longtemps que le troupeau se trouvait à proximité. Le bison fournissait la viande, le cuir, les tendons pour les arcs, la graisse, les bouses séchées pour faire du feu, et même les sabots, transformés en colle après avoir été bouillis. Quand les temps étaient durs, les bisons étaient consommés jusqu'au dernier fragment de moelle.

Les langues amérindiennes ont divers noms pour cet animal, entre autres tatanka en lakota.

Voies de migration des bisons et voies de circulation humaines Les premières voies de circulation d'Amérique du Nord, à l’exception des chemins ancestraux des mastodontes ou des bœufs musqués et les itinéraires des Mound Builders, ont été tracées par les bisons et les cerfs au cours de leurs migrations saisonnières à la recherche de pâturages et de dépôts de sel. Beaucoup de ces voies, piétinées par d'innombrables sabots suivant instinctivement les bassins versants et le chemin des crêtes pour éviter les basses terres inondées pendant l'été et soumises aux congères pendant l’hiver, ont été suivies par les Indiens qui les ont utilisées comme terrain de chasse et sentiers de guerre. Elles ont été très utiles aux explorateurs et ont été empruntées par les pionniers.

Les voies de bisons sont typiquement orientées nord-sud, mais leur principale piste est-ouest préfigure le tracé du chemin de fer. Selon une phrase du sénateur Thomas Benton saluant ces sagaces traceurs de routes, le bison a tracé la voie du chemin de fer vers le PacifiqueJames Truslow Adams, 1940, Dictionary of American History, New York: Charles Scribner's Sons..

La chasse au bison au Les bisons ont été chassés jusqu'à leur quasi-disparition au , réduits à quelques centaines d'individus au milieu des années 1880.

Les généraux et les politiciens les plus haut placés du pays dont le président Ulysses S. Grant, ont considéré la destruction du bison comme une solution au « problème indien » du pays.

Bien que la peau ait servi de commerce, le massacre des bisons a permis la soumission des Autochtones, privés de nourriture, aux gouvernements, et l'accaparement de leurs terres. De nombreux militaires en étaient conscients

Par exemple, le lieutenant-colonel Dodge, un officier militaire de haut rang, a dit un jour lors d'une conversation avec Frank H. Mayer : « Mayer, il n'y a pas deux façons de faire, soit le bison, soit l'Indien doit disparaître. Ce n'est que lorsque l'Indien deviendra absolument dépendant de nous pour tous ses besoins que nous pourrons le gérer. Il est trop indépendant avec le bison. Mais si nous tuons le bison, nous conquérons l'Indien. Il semble plus humain de tuer le bison que l'Indien, donc le bison doit disparaître. »

Même Richard Henry Pratt, fondateur de l'école indienne de Carlisle et lieutenant de la dixième cavalerie pendant la guerre de la rivière Rouge, a évoqué cette stratégie après sa retraite : « La production de bisons a été ordonnée comme mesure militaire parce qu'il était évident que les Indiens ne pourraient pas être contrôlés dans leurs réserves tant que leur plus grande ressource, le bison, serait si abondante. »

Les Européens les ont chassés pour leur peau, laissant le plus souvent la carcasse de l'animal pourrir sur place. Quand le processus de pourrissement était achevé, les os étaient récupérés et expédiés à l'Est en grandes quantités pour la production d'engrais agricolesCherokee Outlet Cowboy : Recollectioons of Laban S. Records, Laban Records, 1995..

Le train et l'armée américaine hostiles au bison L'armée américaine a activement approuvé le massacre des troupeaux de bisons. Le gouvernement fédéral des États-Unis a promu la chasse au bison pour diverses raisons : pour assurer aux éleveurs des pâturages pour leur bétail sans la concurrence d'autres bovins, et surtout affaiblir la population amérindienne en lui retirant sa principale source de nourriture et la contraindre à s'établir dans des réservesWildlife issues in a changing world, M. Moulton, 1995.. Sans bison, les Indiens des Plaines n'avaient pas d'autre choix que de quitter leur terre ou de mourir de faim. Les attaques des Comanches en réaction aux incursions, sur leur territoire, des chasseurs de bisons, sont l'une des causes de la guerre de la rivière Rouge, menée en 1874 par le gouvernement américain contre plusieurs tribus indiennes.

Selon l'historien Pekka Hämäläinen, les Amérindiens ont aussi contribué à l'effondrement de la population des bisons : dans les années 1830, les Comanches et leurs alliés dans les plaines du Sud auraient tué environ par an, ce qui aurait été proche du seuil de renouvellement dans cette régionPekka Hämäläinen, The Comanche Empire, 2008, p.294-295.. L'introduction des armes à feu et des chevaux, cumulée à une demande et une exportation croissante de peaux et de viandes de bison, ont eu pour conséquence l'abattage d'un nombre toujours plus élevé de bisons chaque année. Par ailleurs, une longue et intense sécheresse a frappé les plaines du Sud de 1845 jusqu'aux années 1860, aggravant la diminution générale des troupeaux de bisons. Dans les années 1860, avec le retour des pluies, les troupeaux de bisons ont de nouveau augmenté.

Les dirigeants des sociétés de chemins de fer ont également souhaité l'élimination des troupeaux de bisons, susceptibles, en traversant les voies, d'endommager les locomotives si le train ne s'arrêtait pas à temps. Dans les montagnes et les collines où les conditions hivernales sont rigoureuses, les troupeaux trouvaient souvent refuge, à l'abri des vents, dans les tranchées artificielles formées par le tracé du chemin de fer. Ainsi, les troupeaux pouvaient retarder un train pendant plusieurs jours.

La chasse industrielle

Toutefois, la raison principale de l'effondrement des populations de bisons est la chasse commerciale par les Américains d'origine européenne, sans commune mesure avec les précédentes formes de chasse, de la même façon qu'en fut victime le pigeon migrateur, espèce nord-américaine très abondante avant de disparaître totalement au .

Les peaux de bison ont été utilisées pour fabriquer des courroies de machines industrielles, des vêtements, et des tapis. Il y avait à l'époque une exportation massive de peaux à destination de l'Europe. On vendait aussi des amendements agricoles riches en calcium et oligo-éléments (phosphore, potassium, etc.) produits en brûlant des squelettes de bisons tués par les chasseurs et abandonnés dans la prairie.

Dans le Far West, la chasse au bison a très souvent été une grande entreprise commerciale, impliquant des équipes bien organisées d'un ou deux chasseurs professionnels, soutenus par une équipe de dépeceurs, d'hommes chargés de nettoyer les fusils ou remplir les étuis à munition, de cuisiniers, de palefreniers, de forgerons, de gardes pour la sécurité, de conducteurs de chariots, et de nombreux chevaux et véhicules. Des hommes ont même été employés pour récupérer les balles de plomb dans les carcasses et de les refondre.

Beaucoup de ces chasseurs professionnels, tels que William Cody (plus tard connu comme Buffalo Bill), étaient capables de tuer plus d'une centaine de bêtes à partir d'une seule position, et plusieurs milliers dans leur carrière. Un de ces chasseurs professionnels a prétendu avoir tué plus de . Une belle peau pouvait rapporter à Dodge City, Kansas, et une très belle peau (idéale pour un manteau d'hiver lourd) pouvait se vendre , à une époque où un ouvrier gagnait au mieux un dollar par jour.