Le siècle des Lumières (en français : les lumières ; en allemand : Aufklärung ; en anglais : Enlightenment ; en italien : Illuminismo ; en espagnol : Ilustración) est un mouvement philosophique, littéraire et culturel bourgeois que connaît l'Europe au (de 1715 à 1789) et qui se propose de promouvoir le rationalisme, l'individualisme et le libéralisme, contre l'obscurantisme et la superstition de l'Église catholique et contre l'arbitraire de la royauté et de la noblesse, avec pour modèle la philosophie empirique, l'économie libérale et la monarchie constitutionnelle anglaise.

Financés pour la plupart par des fermiers généraux (comme Helvetius) ou par des spéculations (comme la traite négrière), des intellectuels qui se réunissent dans des salons (comme celui du Baron d'Holbach), dans des loges (comme celle des Neuf Sœurs), et autour du projet de traduction de l'Encyclopédie d'Ephraïm Chambers, ce qui les fera appeler les Encyclopédistes, publient un grand nombre d'essais, de gazettes, de pamphlets, de romans par lettres, de pièces de théâtre. Ils ont des correspondances avec les cours protestantes d'Europe pour former la République des Lettres.

La glorieuse Révolution anglaise de 1688 peut en constituer le premier jalon John Marshall, John Locke, Toleration and Early Enlightenment Culture, Cambridge University Press, 2006., mais pour l’historiographie française, la période charnière qui correspond à la fin du règne de (1643-1715) est comme sa gestationPaul Hazard, La crise de la conscience européenne (1680-1715), 1935 et le siècle des Lumières commence conventionnellement, en 1715, à la mort de ce roiLes ministres et les ministères du siècle des Lumières, 1715-1789: Étude et dictionnaire. Arnaud de Maurepas, Antoine Boulant. Christian, 1996 Le , 1715-1815. Elisabeth Belmas. Editions Bréal, 1994.Culture et politique dans la France des Lumières : (1715-1792), Monique Cottret. Armand Colin, 2002.La France des lumières (1715-1789), Pierre-Yves Beaurepaire. Belin, Humensis, .Les consuls de France au siècle des lumières (1715-1792), Anne Mézin. Peter Lang, 1998.Lumières et révolutions (1715-1815), Olivier Coquard. Presses Universitaires de France, 2014., plus précisément avec la Régence de Philippe, duc d'Orléans, et se termine avec la Révolution française. Certains historiens, en fonction de leur objet d'étude, privilégient une chronologie plus ou moins large (1670-1820)Jacques Godechot, Les Révolutions..

Le terme de « Lumières », pour les Juifs Maskilim, a été par la suite consacré par l'usage pour rassembler sous cette appellation la diversité des manifestations de cet ensemble d’objets, de courants, de pensées ou de sensibilités et d’acteurs historiques.

Pour les arts plastiques, le siècle des Lumières couvre la transition entre les périodes classique, rococo et néoclassique, et pour la musique, celle de la musique baroque à la musique de la période classique. L’expression provient d’emblée de son utilisation massive par les contemporains. Puis, le développement et l’affirmation de l’histoire culturelle et sociale depuis les années 1970, ont favorisé l’usage d’une notion féconde qui permet de mener des recherches de façon transversale et internationale tout en multipliant les objets d'étude et en dépassant les cadres nationauxAinsi, des institutions comme la Société internationale d’études du , ou des publications, comme la revue Dix-Huitième Siècle ou des entreprises éditoriales comme le Dictionnaire européen des Lumières (sous la direction de Michel Delon, PUF, 2007) ont familiarisé le public avec cette expression..

Significations usuelles vignette|Jacques-Louis David, Antoine Lavoisier et son épouse, 1788, Metropolitan Museum of Art, New York. vignette|redresse|Frontispice des Éléments de la philosophie de Newton, Voltaire, 1738. Le « siècle des Lumières »Sur l’usage que fit le siècle de la formule, voir l’article de Jacques Roger, (Cahiers de l’Association internationale des études françaises, 1968, 20, ) une archéologie de l’expression. se veut éclairé par la lumière métaphorique des connaissances acquises par l’expérience et l’enseignement du passé. Elle suggère aussi une vision manichéenne du monde, où l’ s’oppose à la masse de ceux restés dans les ténèbres. La formule a donc une dimension tant sociale que spatiale. Sous la plume des philosophes, les « Lumières » désignent par métonymie les élites européennes ouvertes aux nouveautés, une .

On trouve dès les années 1670, la mention de dans certains écrits historiques ou philosophiques relatant les expériences et les progrès scientifiques du temps Les philosophes « des Lumières » ont pour objectif d’éclairer leur siècle, d’amener une lumière nouvelle sur les questions restées sans réponse. Pierre Bayle, Nouvelles de la république des lettres, 1684. L’inflexion anticléricale et combative que prend la philosophie des Lumières dans les années 1750 devait marquer l’expression Nicolas Antoine Boulanger, Préface aux Recherches sur l’origine du Despotisme Oriental, 1761. Dans la France prérévolutionnaire, la formule est consacrée par les représentants des Lumières puis par les révolutionnaires eux-mêmes Mably, Le Banquet des politiques, 1776. On trouve souvent les formules ou .. L’historiographie française a retenu l’expression : Albert Soboul, La Civilisation et la Révolution française, Paris, Arthaud, 1978, .. L'image de la lumière renvoie à une coutume consistant à placer une bougie allumée à sa fenêtre pour annoncer un événement. Le voisin « illuminait » à son tour. De fenêtres en fenêtres les lumières éclairaient la nuit. Les philosophes séduits par cette pratique faisant de la transmission de l'information, de la connaissance, une chaîne de lumière et s'emparent de l'idée : ils transformeront la nuit de l'ignorance en clarté, guidés par la lumière de leur raison. Diderot écrit dans Addition aux pensées :

Traits dominants Le siècle des Lumières est marqué par une vision renouvelée et élargie du monde, héritée de questionnements, parfois angoissés, du dernier quart du . Sept traits marquants d’une pensée moderne s’y affirment et peuvent être retenusPaul Hazard, La Crise de la conscience européenne (1680-1715), Fayard, 1967 ; Geoffrey Parker et Lesley M. Smith, General Crisis of the Seventeenth Century, Routledge, 1978 ; André Zysberg, La Monarchie des Lumières (1715-1786), Nouvelle histoire de la France moderne, , Points Seuil, 2002, . : la primauté de l’esprit scientifique sur la Providence dont la révolution newtonienne est l’illustration la plus marquante ; La diffusion et la compréhension du Discours de la méthode de René Descartes; la réflexion politique marquée par la théorie contractuelle, influencée par les travaux de John Locke ; les progrès de l’esprit critique à l’œuvre, par exemple, dans le Dictionnaire historique et critique (1697) de Pierre Bayle et la critique lockienne des idées innées ; une première désacralisation de la monarchie dont les Dialogues du baron Louis de La Hontan (1710) sont l’une des manifestations ; l’affirmation de l’idée de tolérance dans une Europe marquée par les divisions religieuses dont l’œuvre de Lessing, Nathan le Sage est une illustration ; le déisme.

Ces champs de réflexion précurseurs, qui allaient former le socle de la Philosophie des Lumières, traversent le siècle et influencent de nombreux domaines, à l’instar de l’économie politiqueAinsi la critique du colbertisme dans le Détail de la France de Pierre Le Pesant de Boisguilbert, imprimé clandestinement en 1695. L’idée de progrès vient couronner tous ses traits dominants et les synthétiser dans les ouvrages de Nicolas de Condorcet – Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain – ou de Louis-Sébastien Mercier – L'An 2440, rêve s'il en fut jamais.

Combats des Lumières Les partisans des Lumières sont les acteurs de nombreux combats nés de Emmanuel Kant, Qu’est-ce que les Lumières, 1784.. Les « Causes Célèbres » ont permis une mise en perspective des lois et des coutumes d’Europe, ont ainsi opéré une révolution sociologique et ouvert la brèche à l’anthropologie politique. Le dépaysement est central dans cette démarche et le Persan et ses avatars – l’espion chinoisAnge Goudar, L’Espion chinois ou, l’envoyé secret de la cour de Pékin, pour examiner l’État actuel de l’Europe, Cologne, 1775., juif ou turcJean-Paul Marana, L'Espion turc, Cologne [i.e. Rouen], E. Kinkius, 1700. – peut apparaître comme un symbole de cet effort de toléranceHubert Baysson, L’Idée d’étranger chez les philosophes des Lumières, Éditions L'Harmattan, 2002..

Les philosophes ne se contentent pas d’écrire. Ils se mettent aussi personnellement en cause, au risque d’être arrêtés, emprisonnés. Diderot et D'Alembert consacrent plus de vingt ans de leur vie à la publication de l’Encyclopédie, énorme dictionnaire de 28 volumes dont 11 volumes d’illustrations consacré à toutes les formes de la connaissance et des sciences. Tous les écrivains et les savants du siècle participent à la rédaction des articles de l’Encyclopédie, dont la publication s’étend de 1751 à 1772. Accusé de propager des idées dangereuses, Diderot est emprisonné pendant plusieurs mois. Cependant la vraie volonté de Diderot et de tous les écrivains de l'Encyclopédie était de se battre contre ce qu'ils appelaient l'obscurantisme religieux. On oppose ainsi les Lumières à l'obscurantisme, ou le manque de culture, de savoir. La lumière permet de lutter contre l'obscurantisme c'est-à-dire la bêtise et l'ignorance qui rendent intolérants. C'est un âpre combat : Voltaire connaît l'exil et la prison. Montesquieu doit faire imprimer les lettres persanes en Hollande pour déjouer la censure. Ce combat est cependant jugé indispensable. Kant ordonne : . On promeut l'idée selon laquelle seule la connaissance permet de juger d'une situation en adulte sans obéir aveuglément aux tutelles que sont le roi, la religion, ou l'armée. Les travaux du juriste Beccaria, lui-même influencé par Montesquieu, trouvent leur retentissement dans les affaires Calas et Sirven, où sont affirmées la nécessaire abolition de la question et les limites du pouvoir exécutif. Le procès du chevalier de la Barre inspire à nombre de penseurs une réflexion sur la liberté de conscience. Leur but est avant tout de et .

Sciences et savants à l’âge des Lumières

vignette|Présentation des membres de l’Académie Royale des Sciences par Colbert à Louis XIV en 1667.

La France possède de nombreux philosophes et écrivains des Lumières, notamment Montesquieu, Voltaire, Diderot, Beaumarchais, Rousseau et D'Alembert.

L'époque des Lumières fut aussi celle de Bernoulli, Euler, Laplace, Lagrange, Monge, Condorcet, D'Alembert et Émilie du Châtelet en mathématiques, en physique générale et en astronomie. La compréhension du phénomène physique de l'électricité est amorcée en particulier par les travaux de Cavendish, Coulomb, Louis Sébastien Jacquet de Malzet et Volta.

Lavoisier pose les fondements de la chimie moderne.

Des savants naturalistes comme Linné, Réaumur, Buffon, Jussieu, Lamarck incarnent l'esprit des Lumières dans le domaine des sciences relevant de l'histoire naturelle dans toute son étendue.

vignette|redresse=1.2|Gravure représentant l’Académie Des sciences, 1698.