La classe Rivadavia était composée de deux cuirassés (en ) construits par la société américaine Fore River Shipbuilding pour le compte de la Marine argentine (Armada de Argentina). Ils furent nommés ARA Rivadavia et ARA Moreno en l'honneur deux figures majeures de l'histoire argentine, Bernardino Rivadavia et Mariano Moreno. Les deux navires étaient la réponse de l'Argentine à la brésilienne.
En 1904, le Brésil annule un programme de construction navale en faveur de l'achat de deux cuirassés de type Dreadnought même si cela pouvait déclencher une course aux armements en Amérique du Sud. Pour contrer cette acquisition par une puissance rivale, l'Argentine lance un appel d'offres en 1908 pour au moins deux dreadnoughts. Au cours des deux années suivantes, de multiples chantiers navals de cinq pays différents font des propositions soutenues par leurs gouvernements respectifs. L'Argentine profite de cette intense compétition pour faire baisser les prix et obtenir les meilleures caractéristiques possibles. Les contrats sont attribués à l'offre la moins chère, celle de Fore River Shipbuilding au début de l'année 1910. Cette décision choque les constructeurs européens mais cela pouvait être expliqué par les capacités américaines à produire de l'acier à un coût très bas.
Durant leur construction, les cuirassés argentins font l'objet de rumeurs évoquant leur vente à un pays étranger, en particulier après le début de la Première Guerre mondiale. Du fait des pressions diplomatiques pour qu'ils ne soient pas vendus, l'Argentine conserve les deux navires. Tout au long de leur carrière, l'ARA Rivadavia et l'ARA Moreno sont stationnés à Puerto Belgrano et servent essentiellement en tant que navire-école et pour des missions diplomatiques. Ils sont modernisés aux États-Unis en 1924-1925 et sont inactifs durant la Seconde Guerre mondiale du fait de la neutralité argentine. Retiré du service le , l'ARA Rivadavia est démoli en Italie en 1959. L'ARA Moreno est rayé des listes le puis remorqué au Japon en 1957 dans ce qui était alors le plus long remorquage de l'histoire (96 jours).
Contexte L'origine de la classe Rivadavia remonte aux disputes territoriales entre l'Argentine et le Chili concernant la frontière en Patagonie et le contrôle du canal Beagle existantes depuis les années 1840. Celles-ci menèrent presque à une guerre en 1878 et alimenta une course aux armements navals entre 1887 et 1902 qui ne fut réglée que par une médiation britannique. Les trois accords signés en 1902 qui mirent fin à la course imposèrent des restrictions aux deux marines de guerre. La Royal Navy britannique acheta deux pré-Dreadnoughts de la qui étaient construits pour le Chili et l'Argentine vendit ses deux croiseurs cuirassés de la en cours de construction en Italie au Japon. Dans le même temps, la marine brésilienne entra dans une phase de déclin causée par la révolution de 1889 qui renversa l'empereur Pierre et par la guerre civile de 1893. Au début du , la flotte brésilienne se retrouvait distancée par les marines argentine et chilienne à la fois en termes de tonnage et de qualité en dépit du fait que la population brésilienne était trois fois plus importante que celle de l'Argentine et cinq fois plus que celle du Chili.
À partir de 1904, le Brésil commença à réfléchir à une modernisation de sa flotte pour revenir au niveau de l'Argentine et du Chili. La hausse de la demande mondiale en café et en caoutchouc augmenta les revenus du pays. Le plan naval prévoyait un investissement de 31,25 millions de $ (environ 760 millions de $ de 2011), une somme importante pour l'époque. La loi autorisait 28 navires dont trois cuirassés et trois croiseurs cuirassés. Il ne fut pas possible de commencer la construction des cuirassés jusqu'en 1906 au moment de la construction du révolutionnaire . Ce navire poussa les Brésiliens à annuler les plans de leurs cuirassés en faveur des dreadnoughts de la classe . La commande de ces puissants navires capables d'emporter le plus puissant armement de l'époque"Germany mai buy English warships," The New York Times, aout 1908, C8. effraya l'Argentine et le Chili. L'historien Robert Scheina commenta que les deux dreadnoughts à eux-seuls « surclassaient toute la flotte [vieillissante] argentine ».
L'Argentine était divisée sur la question de l'achat de ces dreadnoughts. Le Parti autonomiste national (PAN) au pouvoir y était favorable malgré le cout probable de 9.74 millions de $ (environ 240 millions de $ de 2011) mais l'acquisition de deux cuirassés de et de dix destroyers n'était pas populaire auprès du public. Alarmé, l'ambassadeur américain au Brésil envoya un câblogramme au Département d'État dans lequel il s'inquiétait des conséquences d'une course aux armements qui pourrait déstabiliser la région.
Malgré les interventions américaines pour empêcher la course aux armements, le Brésil continua le développement de ces navires. Associé à un regain des tensions frontalières, particulièrement dans la région du Río de la Plata, cela poussa l'Argentine à préparer la construction de ses propres cuirassés. Enflammé par les journaux, le public était maintenant complètement en faveur d'un programme de construction naval. Alors que le plan initial prévoyait de couter 35 millions de $ dont sept millions en prêts étrangers, un plan de 55 millions de $ fut adopté en aout 1908 (en dollars de 2011, ces sommes représentent respectivement 853, 171 et de dollars). Pour stopper la course aux armements, l'Argentine offrit d'acheter l'un des deux navires brésiliens mais le refus entraina l'envoi d'une commission navale argentine en Europe afin d'acquérir des dreadnoughts.
Appel d'offres thumb|right|Le Rivadavia en cours de construction, 2 décembre 1912 Un appel d'offres pour deux dreadnoughts (avec une option sur un troisième si le Brésil commandait un troisième cuirassé) et douze destroyers fut lancé en 1908. Pour que les dessins reflètent les techniques les plus modernes, les demandes étaient volontairement vagues.
Quinze chantiers navals aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en France et en Italie commencèrent à étudier les offres. Les pressions diplomatiques pour obtenir les contrats furent intenses. Même avec ce soutien, les industriels américains pensaient qu'ils n'avaient aucune chance dans l'appel d'offres sans une coopération active de leur gouvernement car l'Europe était le fournisseur traditionnel de l'Argentine (et de toute l'Amérique du Sud). Le gouvernement américain réduisit les droits de douane sur les produits argentins, promit d'autres concessions si les chantiers navals américains étaient sélectionnés et les propositions devaient inclure les systèmes de contrôle de tir les plus performants disponibles mais même avec cela les États-Unis étaient largement considérés comme un non-rivaux. L'historien Seward W. Livermore remarqua :
Le président de Newport News Shipbuilding and Drydock Company croyait que les États-Unis ne recevraient pas les contrats du fait de ce qu'il considérait comme de nombreuses négociations officieuses menées par les nations européennes en Argentine :
Les États-Unis, cependant, trouvèrent un allié dans le principal journal de Buenos Aires, La Prensa. Le propriétaire, éditeur et l'éditeur naval étaient tous en faveur de l'acquisition des dreadnoughts américains. De plus, le journal révéla des méfaits britanniques dans le cadre d'un contrat naval similaire. Sous la pression publique, la commission navale fut forcée de reconsidérer la liste originale qui plaçait l'Italie en première place et la Grande-Bretagne en second. À présent, les États-Unis étaient à la première place suivis par la Grande-Bretagne et l'Italie.
Dans un mouvement inattendu, la commission navale argentine rejeta tous les proposants et lança un nouvel appel d'offres ; dans le même temps, elle fit évoluer les spécifications pour inclure les meilleurs aspects des propositions précédentes. Les chantiers navals avaient trois semaines pour fournir de nouveaux dessins et des estimations de cout. Après des protestations diplomatiques, cela fut légèrement modifié ; les propositions initiales étaient conservées mais des modifications pour satisfaire les demandes étaient autorisées.
thumb|left|240px|Lancement de l'ARA Rivadavia, 16 aout 1911 La commission trouva que l'offre de Newport News Shipbuilding and Drydock Company était la moins chère pour la construction d'un cuirassé et Fore River Shipbuilding Company était la moins couteuse pour l'autre. Une tentative britannique pour soutenir Armstrong Whitworth-Vickers en réduisant le prix de poussa les États-Unis à accorder diverses assurances concernant les événements récents entre les États-Unis et le Brésil, la future conférence pan-américaine de 1910 et la garantie de la participation des États-Unis aux célébrations du centenaire de l'indépendance argentine achevèrent de sécuriser les contrats pour Fore River le . La proposition de prix de Fore River était de 10.7 millions de $ (250 millions de dollars de 2011), ce qui était inférieur de à la proposition britannique. L'offre italienne coutait seulement de plus mais le déplacement des cuirassés était inférieur de , la ceinture principale était plus fine de et la vitesse maximale était légèrement inférieurePhilip Alger, « Professional Notes ; Ships of War, Budgets and Personnel ; Argentine Republic », Proceedings of the United States Naval Institute 31, , 1910, ..
Le Rivadavia fut construit par Fore River dans son chantier naval du Massachusetts ; comme prévu dans le contrat, la construction du Moreno fut sous-traitée à la New York Shipbuilding Corporation du New Jersey. L'acier pour les navires fut principalement produit par la Bethlehem Steel Company de Pennsylvanie« Argentine Navy; Dreadnought Orders », The Evening Post, 23 mars 1910, 4., qui, du fait de sa capacité à produire de l'acier à un cout inférieur à celui des autres nations, avait été un élément déterminant dans l'attribution du contrat. Le secrétaire de la commission navale argentine, l'organisme qui choisit le dessin final, avança que la raison pour laquelle l'offre américaine était moins couteuse que celle britannique était que "l'acier pour la construction et le blindage est bien moins cher aux États-Unis qu'en Grande-Bretagne. Les salaires y sont plus élevés mais les contractants… sont capables d'obtenir un prix plus faible grâce aux manipulations du cartel de l'acier".
La construction d'un troisième dreadnought, prévu dans le contrat, était fortement soutenue par l'Argentine et les diplomates américains durant l'année 1910 alors que la classe Minas Geraes était encore en cours de construction. La Prensa et l'un de ses rivaux, La Nación Argentina, étaient partisans d'un troisième cuirassé ; le dernier lança même une pétition pour lever de l'argent pour financer sa construction. Un diplomate américain écrivit aux États-Unis que « cette rivalité journalistique annonçait la formation rapide d'un mouvement qui signifiait un troisième cuirassé financé soit par le gouvernement soit par une souscription publique ». Cependant, la Révolte du fouet au Brésil entre les 21 et au cours de laquelle les trois plus puissants navires de la flotte brésilienne (les deux cuirassés de la , le Minas Geraes et le São Paulo, le croiseur Bahia ainsi que le patrouilleur Deodoro) se mutinèrent détruisit le soutien pour un troisième cuirassé. En , un troisième dreadnought fut autorisé par l'Argentine dans le cas où le Rio de Janeiro brésilien était complété et livré. Le navire ne fut jamais achevé et fut vendu à l'Empire ottoman du fait de problèmes financiers et un autre cuirassé brésilien, le Riachuelo fut annulé lors du déclenchement de la Première Guerre mondialeScheina, Argentina et Brazil et 405..
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