August Zamoyski, né le à Jabłoń en Pologne et mort le à Saint-Clar-de-Rivière, est un sculpteur polonais qui participa au mouvement formiste.
Biographie Né dans une grande famille de la noblesse polonaise Fils de Tomasz Zamoyski (1861 - 1935) et de Ludmila, née Zamoyska (1864 - 1928), Auguste comte Zamoyski était donc « deux fois Zamoyski, par son père et par sa mère » qui appartenait à une branche des Zamoyski ayant fait souche en Hongrie. Voir : Hélène Zamoyska, Portrait d'un artiste, in : Auguste Zamoyski, Au-delà du formisme, L'Âge d'homme, coll. « Slavica - Écrits sur l'art », , 1975, page 7. Auguste Zamoyski avait deux sœurs plus âgées que lui, Elżbieta (née en 1888) et Elfryda (née en 1890). Son grand-père paternel était August Zamoyski (1811-1889), fils de Stanisław Kostka Zamoyski (1775 - 1856). Sur la famille Zamoyski, on pourra se référer, entre autres, à : Seweryn Uruski, Notices sur les familles illustres et titrées de la Pologne, A. Franck, libraire, Paris, 1862, pages 199 et suiv. (en ligne) Zamoyski suit des cours de droit, d'économie et d'agronomie à Fribourg puis de philosophie à Heidelberg (1912 - 1914). Son intérêt pour la théorie esthétique ne faiblira jamais, comme en témoigne la conférence sur L'Art et la Substance qu'il prononça en 1954 au Congrès International de Philosophie, à Sao Paulo Texte français dans : Auguste Zamoyski, Au-delà du formisme, L'Âge d'homme, coll. « Slavica - Écrits sur l'art », , 1975, pages 111 et suiv. .
De 1916 à 1918 il étudie à la Lewin-Funke Schule de Berlin, puis à la Kunstgewerbeschule de Munich, où il rencontre Stanislas Przybyszewski. Celui-ci l'introduit au sein du groupe d'avant-garde polonais de Poznań Bunt (« Révolte ») Voir : Marek Bartelik, Early Polish Modern Art : Unity in Multiplicity, Manchester University Press, 2005, pages 100 - 101. Bunt est un groupe de peintres et poètes expressionnistes polonais, parmi lesquels on citera notamment le poète Adam Bederski (1893 - 1961) et le peintre Jerzy Hulewicz (1886 - 1941). Le groupe fut actif dans les premières années de l’indépendance de la Pologne (1918 - 1920) et édita à Poznań la revue Zdrój (« Source »), qui continua jusqu'en 1922 , proche des revues expressionnistes de Berlin, Der Sturm et Die Aktion. Zamoyski participe en , à Poznań, à une exposition de Bunt qui fut à l'origine d'une polémique Affiche de l'exposition : BUNT, Ausstellung Expressionistischer Kunst, von 1. zu 30. April 1918. La Société des Amis des Beaux-Arts de Poznań ayant jugé immorales quatre œuvres de Zamoyski et une gravure de Stefan Szmaj (1893 - 1970), Pocałunek (« Le baiser »), l'exposition fut annulée et transférée dans une autre galerie de Poznań où elle fut présentée de manière autonome par Bunt. Rappelons qu'à cette époque, Poznań (Posen, en allemand) était sous administration prussienne , puis exposera avec le groupe à Berlin, en , dans une galerie de la revue Die Aktion Zamoyski présente sept œuvres, parmi lesquelles Łza (« Larme »). On trouve un Kalendarium détaillé des expositions de Zamoyski sur le site du Muzeum Augusta Zamoyskiego de Jabłon, le village natal du sculpteur .
Zakopane et les Formisci De retour en Pologne, il s'installe à Zakopane, « le Chamonix de la Pologne » Auguste Zamoyski, Au-delà du Formisme, L'Âge d'homme, coll. « Slavica - Écrits sur l'art », , 1975, page 44. Zakopane est une ville de montagne située dans les Tatras , lieu de rendez-vous des artistes et des intellectuels polonais de l'époque, avec sa femme, la danseuse et actrice italienne Rita Sacchetto (1880 - 1959), épousée en 1917 à Vienne . Il participe à la création d'un mouvement artistique expressionniste La première exposition du groupe eut lieu à Cracovie, en novembre 1917, suivie en avril - mai 1918 d'une exposition à Lwów. Voir (en polonais) : Małgorzata Geron, Les Formistes dans le milieu artistique de Lwów, Actes de l'Université Nicolas Copernic, Laboratoire d'Histoire d'art moderne, Torun, 2013 qui prend en 1919 le nom de Formisme Sur ce mouvement artistique on consultera le site de l' Adam Mickiewicz Institute - Culture.pl .
Regroupant en particulier Tytus Czyżewski, Stanisław Ignacy Witkiewicz (dit Witkacy), Léon Chwistek Léon Chwistek (1884 - 1944) est un peintre, logicien et mathématicien polonais. Il enseigna notamment à l'Université de Lwów. L'ouvrage Wielość rzeczywistości, publié en 1921 à Cracovie, présente sa conception philosophique fondamentale de la pluralité du réel qui exige que l'on « s'efforce de construire des concepts nouveaux de la réalité », et sa conséquence sur le plan de la théorie et de la pratique de l'art : « Pour la peinture et la sculpture, la théorie de la pluralité du réel a une signification double : 1) Elle implique la nécessité de rejeter le postulat de l'art comme copie de la nature, qui est la négation de tout art véritable. 2) Elle fournit la base d'une justification théorique de tous les types fondamentaux de peinture et de sculpture ». Voir : Leon Chwistek, Pisma filozoficzne i logiczne, Tom I, Państwowe Wydawnictwo Naukowe, Varsovie, 1961, respectivement : pages 32 et 80 (traduit du polonais) , les frères Zbigniew (1885 - 1958), Andrzej Pronaszko (1888 - 1961) et Tymon Niesiołowski (1882 - 1965), le Formisme est sans doute « le mouvement esthétique le plus important de la Pologne indépendante » Gérard Conio, Aleksander Wat et le diable dans l'histoire, L'Âge d'homme, Lausanne, 1989, page 22. Rappelons que la Pologne recouvra son indépendance en novembre 1918 .
La caractéristique essentielle du mouvement, selon Léon Chwistek, souvent considéré, à côté de Witkiewicz, comme le principal théoricien du Formisme À propos de la théorie du Formisme, Witkacy lui-même écrit en 1921 : « Une théorie du Formisme, sur laquelle tous les représentants de ce groupe pourraient s'accorder, n'existe pas pour l'instant. Cependant les articles de Chwistek, notre travail : Nowy formy w malarstwie (« Nouvelles Formes dans la peinture », 1919) et, récemment, l'ouvrage de Winkler intitulé Formizm devraient suffisamment éduquer les critiques afin que les Formistes et le public ne soient dorénavant plus obligés d'entendre les banales conversations au sujet du Beau, etc., sous lesquelles se cachent un vide absolu et une méconnaissance des choses ». Voir : Stanisław Ignacy Witkiewicz, À propos des critiques - Exposition formiste, in : Pismo Filozoficzne i Estetyczne, Tom II, Państwowe Wydawnistwo Naukowe, Varsovie, 1979, page 223 (traduit du polonais). L'ouvrage de Konrad Winkler (1882 - 1962), peintre, critique d'art et escrimeur de haut niveau, auquel Witkiewicz fait référence : Formizm na tle wspólczesnych kierunków w sztuce (« Le Formisme par rapport aux courants de l'art contemporain ») fut publié à Cracovie en 1921 est « la tentative de créer un style nouveau, sur la base des concepts de réalisme et de beau, qui se développaient à partir de l’expérience des cubistes, futuristes et expressionnistes » Leon Chwistek, Formizm, in : Catalogue de la Exposition des Formistes, Cracovie, 1919, page 7. Dans ce texte, Chwistek explique que le groupe s'était décidé à prendre le nom de formistes afin de se différencier des expressionnistes essentiellement Allemands. Le texte sur Formizm est repris dans : Leon Chwistek, Wybor pism estetycznych, Introduction et choix des textes par Teresa Kostyrko, Universitas, Cracovie, 2004, pages 93 - 96. Voir également: Małgorzata Geron, Tymon Niesiołowski (1882 - 1965) Życie i twórczość, Wydawnictwo Neriton, Varsovie, 2004, page 83 (traduit du polonais) .
Czesław Miłosz rapporte les débuts de cette première avant-garde polonaise : « Dès 1918, une poignée de poètes et de peintres qui fréquentaient à Cracovie un café appelé La Muscade, avaient formulé certains programmes et s’étaient donné le nom de formistes. Ils mettaient l'accent sur la forme pure comme essence de l'art ; c'est ainsi qu'en peinture leur mouvement conduisit à une déformation des objets représentés, voire à des compositions non figuratives (...) Un poème constituait un objet autonome, qui tenait debout du seul fait de son existence, et qui ne dépendait d'aucun message traduisible en prose » Czesław Miłosz, Histoire de la littérature polonaise (traduit de l’anglais par André Kozimor), Fayard, 1986, pages 542 - 544 .
Le groupe formiste s'exprima en particulier dans la revue Formisci (« Les Formistes ») éditée par Tytus Czyżewski dont six numéros parurent à Cracovie, en 1919 - 1921 . Léon Chwistek publia son célèbre et programmatique article: Formizm dans le n 2 de cette revue, en Cet article reprend certains éléments de celui publié dans le catalogue de la Exposition des Formistes (Cracovie, septembre 1919). Chwistek y accentue cependant l'originalité du Formisme qu'il décrit ainsi : « Au contraire du Cubisme, le Formisme rompt avec le concept traditionnel des choses pour mettre l'accent sur les formes », en prenant avantage de « la plurivocité du concept d' objet réel. » Voir : Leon Chwistek, Wybor pism estetycznych, Introduction et choix des textes par Teresa Kostyrko, Universitas, Cracovie, 2004, page 99 (traduit du polonais) .
Rappelant sa rencontre avec Witkiewicz, Zamoyski écrira plus tard : « L’imprésario de ma femme à Zakopane, M. Danek, me fit connaître Witkiewicz. Coup de foudre ! Avec Witkiewicz je ressentis immédiatement une union profonde et joyeuse, mais aussi tragique. Je décidai sur-le-champ de déménager de Vienne à Zakopane, et cela uniquement parce que nous étions devenus inséparables » Auguste Zamoyski, Au-delà du Formisme, L'Âge d'homme, coll. « Slavica - Écrits sur l'art », , 1975, page 44 . Zamoyski sera l'auteur de l'illustration de couverture de l'ouvrage de Witkacy Nowy formy w malarstwie publié en 1919 Reproduction de cette couverture sur le site Witkakologia . La même année, Zamoyski sculptera un Portrait de Stanislaw Ignacy Witkiewicz « sur fond de son essence », aujourd'hui disparu. La réponse facétieuse de Witkacy fut une œuvre qu'il intitula : Un débris non essentiel d'Auguste Zamoyski, également disparue Irena Jakimowicz (sous la dir.), Formiści, Arkady, Varsovie, 1989, page 7 .
Création et Forme pure Zamoyski présentera sa conception de l'art à plusieurs occasions dans des catalogues d'exposition, notamment lors de la I Exposition des Formistes qui eut lieu à Varsovie en 1919 et lors de l'exposition conjointe du groupe formiste et du groupe Bunt à Poznań en 1919 - 1920 Voir : Małgorzata Geron, Tymon Niesołowski, Wydawnictwo Neriton, Varsovie, 2004, page 89 . Cherchant une réconciliation théorique de la nature et de la forme, il introduisit le concept de l’œuvre d'art comme allégorie dynamique (« Alegoria dynamiczna ») que Witkacy, dans son essai sur L'Idée de forme (1919), rapproche de son propre concept de tension directionnelle (« Napięcie kierunkowe ») Stanisław Ignacy Witkiewicz, O pojęciu formy, in : Pisma Filozoficzne i estetyczne, Panstwowe Wydawnictwo Naukowe, Varsovie, 1974, pages 170 - 171 .