La Folie Saint-James (prononcer [ʒam] et non [dʒɛms]) est une demeure située à Neuilly-sur-Seine, dans les Hauts-de-Seine, en France, qui appartenait à Claude Baudard de Vaudésir de Sainte-James, baron de Sainte-Gemmes-sur-Loire, contrôleur général de la Marine de Louis XV. Il fit construire et aménager en 1777 par François-Joseph Bélanger une maison et un domaine luxueusement décoré de fabriques et planté d’arbres recherchés appelé « folie » à Neuilly-sur-Seine, près de Paris.
La Folie et son parc font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1922.
Historique alt=Plan en couleurs de la partie nord du parc, la plus belle. En bas à droite la Folie, au bord gauche la Seine, route de Bagatelle à Neuilly se trouve verticalement vers le milieu, des massifs et plans d’eau tout en courbes de chaque côté, jardin aux formes géométriques en haut.|vignette|gauche|Plan du parc de 1788 montrant la plus belle partie au nord. vignette|gauche|alt=Au premier plan, la cour pavée ; au centre l’ancienne maison du domaine de la Chambre. Bâtiment blanc en forme de U, décoré de deux corniches, et au toit en ardoise.|Les anciens communs, ancienne maison du domaine de la Chambre. thumb|left|Mon gardien. Maison de santé de Neuilly, Toulouse-Lautrec, 1899. Au , le château de Madrid situé à Neuilly-sur-Seine était en ruines. Une autre demeure, une maison de maître d’allure classique en forme de fer à cheval, avait été bâtie en 1638 le long du mur de ce château : le domaine de la Chambre. En 1772, Claude Baudard de Vaudésir, baron de Sainte-James et riche financier, acheta ce domaine.. Neuilly était alors à la campagne.
En 1777, le comte d’Artois, futur Charles X, se fit construire une folie dans le bois de Boulogne voisin par François-Joseph Bélanger. Bélanger était le premier architecte du comte et l’un des plus grands paysagistes de son temps. Le baron de Sainte-James demanda alors à Bélanger de lui construire une folie afin de pouvoir rivaliser avec la folie d’Artois. Bélanger ajouta sur l’angle gauche de la maison de maître un vaste pavillon aux lignes palladiennes, en brique et en pierre. La demande de Saint-James à l’architecte fut la suivante : Christiany et Allain, L’art des jardins en Europe, Citadelles, 2006.. La maison de maître du domaine de la Chambre fut conservée et transformée en communsHISTOIRE DE LA FOLIE SAINT-JAMES, www.lyc-st-james-neuilly.ac-versailles.fr, consulté le 5 juillet 2013..
L’aménagement du parc commença dès 1777. Bélanger, avec Jean-Baptiste Chaussard, le conçut sur le modèle des jardins pittoresques et anglo-chinois du en France, typiques des parcs à fabriques à la mode à l’époque. D’une superficie de douze hectares (65 arpents.), il s’étendait alors des deux côtés de la route de Bagatelle à Neuilly (l'actuelle rue de Longchamp) ; les parties communiquant par deux souterrains. Une rivière sinueuse, ou canal, accompagnée de multiples ponts, cascades, îles, lacs et grottes, traversait le jardin. Le domaine longeait une partie de la Seine, dont l’eau alimentait la rivière grâce à une « pompe à feu ». Les fabriques étaient notamment des ponts, kiosques, pavillons, grottes et cascadesFolie Saint-James, www.neuillysurseine.fr, consulté le 7 juillet 2013.Syham N., « La Folie Saint James à Neuilly devient le 20 parc départemental des Hauts-de-Seine », Neuilly Journal, mis en ligne le 5 avril 2011, consulté le 10 juillet 2013.. L’ensemble aurait coûté dix millions de livres selon Krafft, voire quatorze millions d’après d’autres sourcesDominique Césari, avec l’aide de Philippe Baudard de Fontaine, La Folie de Baudard de Sainte-James, www.parcsafabriques.org, page créée le 5 mars 2000, mise à jour le 23 août 2009, consultée le 8 juillet 2013..
Lorsque Baudard de Saint-James fit faillite en 1787, ses biens furent saisisLe parc de la Folie Saint-James, promenades.hauts-de-seine.net, consulté le 7 juillet 2013.. Pendant la Révolution, la demeure est victime de graves dégradations par la Bande NoireMémoires de Madame la Duchesse D'Abrantès, ou souvenirs historiques sur Napoléon, la Révolution, le Directoire, le Consulat, l'Empire et la Restauration, 1833.. Le duc et la duchesse de Choiseul-Praslin achetèrent alors la Folie et son parc aux enchères à très bas prix, pour seulement livres. Ils la cédèrent en 1795 à la famille Bobierre, qui la loua. En 1811, le domaine fut morcelé en six lots puis vendu de nouveau en 1812. Il fut loti progressivement et se détériora. En 1844, le docteur Casimir Pinel, spécialiste des maladies nerveuses et neveu de Philippe Pinel, installa une maison de santé dans la propriété. Le peintre Henri de Toulouse-Lautrec y séjourna en 1899. Les descendants du médecin, les Semelaigne, poursuivirent cette activité jusqu’en 1920.
De nouveaux propriétaires, les Lebel, rénovèrent la propriété et transformèrent une partie de ce qui restait du parc dans le style Art déco. Ils aménagèrent un jardin clos avec un temple de l’Amour ainsi qu’un bassin rectangulaire d’inspiration mauresque et une roseraie. Mais, pour réaliser ces aménagements, ils démolirent des fabriques originales comme la glacière ou le kiosque de la rue. La Folie Saint-James fut classée aux monuments historiques le et le pavillon de musique le suivant« », recensement immeubles MH, réf. PA00088127, base Mérimée, ministère de la Culture.. Entre 1944 et 1947, la Folie fut occupée par les Allemands puis les Américains ; les communs furent fortement endommagés. La famille Lebel la vendit alors à l’État en 1952. Un lycée public fut construit entre 1956 et 1959 sur une partie du parc (l'entrée de l'établissement se situe rue de Longchamp), la Folie servant de locaux administratifs, tandis que les communs servent de cantine. Le parc de la Folie n’était alors ouvert au public que pendant les week-ends et les vacances scolaires. La rénovation du lycée en 2006 et 2007 permit de libérer le bâtiment de la Folie de sa fonction administrative et le jardin devint ouvert au public tous les joursThierry Hillériteau, Jean-Bernard Litzler, Alexandra Michot, « Neuilly-sur-Seine, l'échappée verte aux portes de Paris », Le Figaro, mis en ligne le 17 mai 2011, consulté le 10 juillet 2013.. La Folie Saint-James et son parc sont depuis 2009. le vingtième parc départemental et la propriété du conseil départemental des Hauts-de-Seine. Une restauration de la Folie, du parc et des fabriques est prévue, les premières études ayant eu lieu en 2010-2011. Retardée, la restauration commencera au second semestre 2014 pour une durée de quatorze mois et un coût de . Les fabriques subsistantes seront restaurées et le parc réaménagé pour le mettre en valeur, toutefois la destination de la Folie n’a pas encore été décidée.. Les travaux, à nouveau repoussés, ne commenceront qu'à la fin et dureront un anÉmile Vast, « La Folie Saint James, entre passé et futur », Magazine des Hauts-de-Seine n°40, mars-avril 2015, p. 54-57..
Description
La maison
vignette|alt=Au premier plan, la cour pavée ; la Folie est au deuxième plan, éclairée par le Soleil. Façade rose avec avant-corps central.|La façade donnant sur la cour d’honneur. vignette|alt=Vue du côté et du plafond du porche côté jardin. Peinture blanche très écaillée. Des morceaux de bois se détachent ou sont manquants.|Le porche côté jardin, en mauvais état. La maison à un étage est construite en brique et en pierre. Ses façades néoclassiques ont été crépies de rose en 1950. Les deux faces principales sont décorées d’un porche à quatre colonnes, élevé sur un soubassement, ainsi que d’un fronton central. Ces façades, à cinq croisées ornées de chambranles, sont également décorées de corps de refend et de corniches qui se détachent en blanc sur le fond rose auparavant de brique. Des médaillons sculptés se trouvaient entre les fenêtresComme indiqué sur l’élévation suivante : :Fichier:Élévation de la Folie Saint-James.jpg. ; cependant, ceux-ci ne sont plus présents que du côté de la cour d’honneur. Le toit à quatre pans est en ardoise.
Du côté de la cour d’honneur, un porche à quatre colonnes ioniques se trouve au centre du rez-de-chaussée et protège la porte d’entrée cintrée à deux vantaux. La façade sous le porche est en bossage. Le perron longeant la façade est bordé d’une balustrade et de vases en pierre. Une frise de palmettes en pierre sépare le rez-de-chaussée du premier étage, tandis qu’une corniche marque la séparation avec le toit.
La façade donnant sur le jardin est très semblable à celle donnant sur la cour. Les médaillons entre les fenêtres ont toutefois disparu. Le porche central, de bois richement sculpté, surmonte un perron et est formé de trois arcs cintrés reposant sur quatre colonnes sculptées en écailles. Les escaliers du perron se trouvent sur les côtés de celui-ci et sont bordés d’une balustrade dont les deux extrémités sont ornées d’une sculpture de lion couché.
À l’intérieur, le vestibule est décoré de statues et de vases représentant les quatre saisons en trompe-l'œil de tons ocre. La salle de billard accessible depuis le vestibule est décorée de griffons s’affrontant sur fond écarlate au-dessus des portes. L’escalier est orné d’une splendide rampe en fer forgé du . La plupart des pièces du rez-de-chaussée ont conservé leurs boiseries, cheminées de marbre, parquets et décors en stuc. Ainsi, à droite, le grand salon d’angle possède un plafond remarquable en stuc de Nicolas Lhuillier, représentant des écoinçons, une caducée, une lyre et un flambeau ailé. Les appartements de Julie-Augustine, baronne de Saint-James, étaient tendus de toile de Jouy, en particulier les rideaux, les alcôves et les fauteuils.
La cour d’honneur et les communs
La cour d’honneur (34, avenue de Madrid, auparavant route du Bois-de-Boulogne-à-Neuilly) a conservé ses pavés d’origine. Sur la gauche de la cour se trouve la « basse cour » (en opposition à la belle cour d’honneur), entre les ailes en U des communs. Les deux cours sont séparées et ne communiquent que par un portail. Ce portail se situe sur le passage traversant le centre des communs, de la « basse cour » et de la cour d’honneur jusqu’au jardin et formant ainsi un axe parallèle à la façade principale de la Folie.
Le parc
vignette|droite|alt=Peinture (huile sur toile d’avant 1795, 96 x ) montrant le grand Rocher et des gens se promenant et sur une barque sur le bassin devant celui-ci.|Huile sur toile de Claude-Louis Châtelet montrant le Grand Rocher et des promeneurs en barque. vignette|alt=Le Temple de l’Amour vu de gauche, à l’ombre, il est sur la gauche. Sur la droite petite partie du jardin Art déco. En arrière-plan, de grands arbres et des immeubles de l’avenue de Madrid.|Le Temple de l’Amour. vignette|upright|alt=Élévation en noir et blanc du Pavillon Chinois. Celui-ci est octogonal, à deux niveaux, avec des avant-toits, le est plus étroit que le rez-de-chaussée. Richement sculpté.|Élévation du Pavillon chinois par Krafft. Alors que le parc faisait à l’origine, sa superficie n’est plus que de en raison du lotissement progressif de celui-ci. Le jardin, plus long que large et approximativement sur un axe nord/sud, ne bordait la Seine que dans sa partie nord où il était le plus large, et s’étendait au sud jusqu’à l’actuel boulevard Richard-Wallace séparant le bois de Boulogne de Neuilly.
Les nombreuses fabriques construites à l’origine ont aujourd’hui pour la plupart disparu. Les pièces d’eau, la rivière et le grand canal supérieur ont été en majorité comblés et ne sont plus en eau de nos jours. De même, le bassin rectangulaire mauresque et la roseraie des années 1920 n’existent plus.